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Festival de Cannes 2012 : les sélections

Tout est en place. Avec son désormais traditionnel adendum dévoilé lundi 30 avril, le sélectionneur Thierry Frémaux a mis la dernière touche à la Sélection Officielle.
On retrouve les grands noms de la cinématographie mondiale : Michael Haneke, Abbas Kariostami, Ken Loach (revenant à la comédie après Looking for Eric avec The Angels Share), le roumain Cristian Mungiu (palmé pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours) pour les "déjà palmés", mais aussi Carlos Reygadas, Ulrich Seidl, ainsi que David Cronenberg et Walter Salles adaptant respectivement Don Dellilo (Cosmopolis) et Jack Kerouac (Sur la route)… Sous la bannière tricolore concourreront Jacques Audiard, Alain Resnais et le revenant Leos Carax (Holy motors), ainsi qu’en clôture et hors-compétition sera présenté le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller, récemment disparu.
La compétition officielle, exclusivement masculine (aucune réalisatrice cette année au contraire de l’édition passée), est également plus européo-américaine (et anglophone, si l’on ajoute l’australien John Hillcoat ou le Sur la route de Walter Salles) qu’à l’accoutumée. Les Etats-Unis seront représentés par trois espoirs : Lee Daniels, Andrew Dominik et Jeff Nichols, sans oublier le confirmé Wes Anderson en ouverture. Les presque homonymes Im Sang-Soo et Hong Sangsoo (pour la Corée), Yousri Nasrallah pour l’Égypte colorent cette sélection d’une touche un peu plus exotique, tandis qu’Abbas Kariostami présentera un film tourné… au Japon.
On retrouvera la diversité géographique dans la Sélection Un Certain Regard, qui présentera des films du Kazakhstan, du Sénégal, d’Inde, de Colombie, de Chine, de Bosnie et d'ailleurs, réalisés par des auteurs en devenir (Nabil Ayouch, Pablo Trapero, Lou Ye, Aida Begic, Joachim Lafosse et le québécois Xavier Dolan) ou de parfaits inconnus (cinq premiers films). On attend avec curiosité les Confessions d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde (auteure du très beau Stella), libre adaptation (en anglais) d’Alfred de Musset avec les « rockers » Pete Doherty et Charlotte Gainsbourg, et en clôture, un Renoir de Gilles Bourdos, projet alléchant qui confronte Auguste et Jean, le père et le fils, le peintre et le futur cinéaste…
Les deux autres sélections dîtes "parallèles", constituent des premières fois, puisque ce sera le baptême du feu pour leurs deux sélectionneurs respectifs. A la Quinzaine des Réalisateurs, Edouard Waintrop reprend les rênes des mains de Frédéric Boyer. Est-ce en réponse aux deux éditions précédentes souvent jugées trop hermétiques ? Le nouveau sélectionneur orchestre le grand retour de la comédie avec Denis Podalydès (Adieu Berthe ou l’enterrement de Mémé) et Noémie Lvovsky (Camille redouble), et de l’animation avec Ernest et Célestine d'Aubier, Patar (les auteurs de Panique au village !) et Renner, d’après les albums de Gabrielle Vincent. A la Semaine de la Critique, c’est Charles Tesson qui reprend les rênes à Jean-Christophe Berjon pour une sélection de premiers et de deuxièmes films qui promet de belles surprises. Rendez-vous le mercredi 16 mai !
> Zérodeconduite.net sera présent au Festival de Cannes du 16 au 27 mai et vous fera vivre en direct (ou presque) le Festival…
Le site officiel du Festival :
http://www.festival-cannes.fr/
Le site de la Quinzaine des Réalisateurs :
http://www.quinzaine-realisateurs.com/
Le site de la Semaine de la critique :
http://www.semainedelacritique.com/
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 09.05.12 à 17:08 - Réagir
Re-lecture philo : Hunger games

Adapté du premier tome d'une trilogie à succès de l'américaine Suzanne Collins, Hunger games triomphe dans le monde entier auprès du public adolescent.
Chaque année à Panem des jeux d'un genre macabre sont organisés : les Hunger Games voient chacun des douze districts de la nation envoyer une fille et un garçon âgés de douze à dix-huit ans dans un combat à mort dont un(e) seul(e) seulement sortira vivant(e). Comme le roi Minos qui exigeait des Athéniens le sacrifice de leurs enfants au Minotaure pour le meurtre de son fils Androgée, l'organisation des "Jeux de la faim" prend la forme d'une expiation. Selon la théorie de la rançon d'Origène, Dieu propose le Christ à Satan afin de libérer l'humanité devenue son esclave pour avoir chuté par ses péchés. Marché conclu. La pénitence qu'est le sacrifice annuel des enfants aux Hunger games est l'occasion de rappeler le pêché irréparable qu'avait commis le treizième district en osant la rébellion. Le peuple de Panem sera lui le débiteur éternel de son gouvernement.
Les jeux de la faim s'érigent donc comme une démonstration de force qui plonge le peuple dans la terreur. Mais la perspective d'une année de prospérité pour le district gagnant maintient également un minimum d'espoir chez les citoyens. Du pain et des jeux lancés à la foule : panem et circenses selon l'expression latine, à laquelle le roman de Suzanne Collins emprunte le nom de sa contre-utopie. Le jeu d'une brutalité sans pareille (adoucie dans le film par rapport aux descriptions du roman) plonge le peuple de Panem dans un perfide état d'hypnose. Une léthargie qui empêche tout soulèvement contre le joug tentaculaire des dirigeants. Cette paralysie collective obtenue par le gouvernement offre une illustration du concept d'Art de l'Etat de Machiavel : comment assurer, maintenir et perpétuer le pouvoir.
Au sein du jeu cette fois, les personnages sont plongés dans un milieu où les principes de la morale s'effondrent. La règle est de tuer ou de se faire tuer : chacun doit choisir son camp. L'héroïne Katniss Everdeen est celle qui refuse cette fatalité, tout en voulant survivre à tout prix. Le film fait alors émerger une morale de situation, de l'existence, de l'ambiguité. Katniss réussit à éviter l'écueil de l'exclusion de la raison et de l'action que suppose le fatalisme. L'ordre éthique passe ainsi d'un impératif inconditionnel, de type kantien, à un projet existentiel, de type sartrien, où l'homme doit se redéfinir à chaque instant. Katniss incarne cette personne humaine imprévisible, en perpétuel surgissement…
Pour abattre son Minotaure à elle, notre Thésée féminine devra jouer du paraître, sans se trahir pour autant. A certains moments, la facette exhibitionniste inhérente au jeu nous laisse dans l'incertitude (est-elle dans la représentation ou bien dans un élan de sincérité ?). Soumise à la distorsion des facteurs d'un environnement totalitaire, Katniss use de son libre-arbitre pour choisir le chemin qu'elle empruntera. Enchevêtrée dans ce carcan répressif, elle incarne la liberté (au sens de Saint-Thomas d'Aquin) contre la conjoncture. Compte tenu de la situation, ses choix paraîtront parfois équivoques, ce qui permet de contourner avec intelligence le manichéisme qui frappe ce type de productions. Hunger games nous offre le parcours initiatique plein de rebondissements d'un personnage plus complexe qu'il n'y paraît.
[Hunger games de Gary Ross. 2012. Durée : 2 h 22. Sortie : le 21 mars 2012. Distribution : Metropolitan]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 27.04.12 à 15:21 - Réagir
Revue de web # 2 : Tavernier et l'histoire, Le Havre au cinéma, Hunger games…

> Ville de cinéma, Le Havre a été mise particulièrement à l'honneur ces deux derniers années : par Mathieu Amalric (Tournée), Dominique Abel et Fiona Gordon (La Fée), Lucas Belvaux (le récent 38 témoins) et bien évidemment Aki Kaurismäki, qui a intitulé son dernier film… Le Havre. Le Courrier International publie le reportage d'un compatriote de Kaurismäki et Culturebox (francetv) revient en images sur les films tournés dans la ville, et interroge (brièvement) le maire sur les raisons de l'attrait qu'elle exerce sur les cinéastes : "Ici, [la lumière] est réellement exceptionnelle. c'est elle qui a attiré les premiers peintres impressionnistes. La première toile du genre, "Impression, soleil levant", de Claude Monet, a été peinte au Havre. C'est notamment la situation particulière, en estuaire, qui apporte cette caractéristique prisée des artistes comme Boudin, Monet ou Pisaro. Ensuite, la ville forme un décor fort. Il y a d'abord la zone portuaire, cette architecture typique des années cinquante."
> La 7ème édition du festival du film d'histoire de Compiègne s'est tenue du 7 au 12 novembre 2011 sur le thème de la drôle de guerre. Certaines tables rondes et interviews ont été captées par le CNDP, qui les propose sur le site de l'Académie d'Amiens : l'historien Laurent Veray et le réalisateur Bertrand Tavernier échangent sur "Le jeu de l'acteur et la mise en scène de la violence en temps de guerre, à partir de l'exemple du film Capitaine Conan (1996)" ; sur le mode plus intime de l'interview, le réalisateur de La Princesse de Montpensier revient également sur sa passion de l'histoire. Toujours passionnant, il revient aux sources de sa passion de "rêver en images sur le passé", cite Les Châtiments de Victor Hugo (L'expiation), évoque son amour des westerns de John Ford, parle du moment il faut "renvoyer le modèle à la maison" (Manet) autrement dit se détacher de la documentation historique…
> Tiré d'un best-seller de la littérature pour la jeunesse, Hunger games est la nouvelle saga qui électrise le public adolescent. Slate.fr consacre pas moins de trois articles au film et à Panem, l'effrayante contre-utopie (ou dystopie) qui sert de décor au film. Le site revient notamment sur L'économie de Hunger Games : "Un vrai pays pourrait-il fonctionner selon le modèle économique de Panem, la nation fictive du livre et du film Hunger Games ?"
> En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy ne jurait que par le cinéma américain. Depuis, le président a découvert Pasolini et Dreyer et lancé Cinélycée.fr. Lesinrocks.com s'interrogent sur la cinéphilie des hommes politiques…
Posté dans Bonnes ressources par Zéro de conduite le 06.04.12 à 17:42 - Réagir
Le Prix National lycéen du cinéma est attribué à… Une bouteille à la mer

Et le premier Prix National lycéen du cinéma est attribué à… Une bouteille à la mer de Thierry Binisti.
Lancée à l'automne dernier au plan national (après une expérimentation dans l'Académie de Créteil), cette première édition a mis en lice huit films sortis entre août 2011 et mars 2012 : Habemus papam de Nanni Moretti, La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli, The Artist de Michel Hazanavicius, Le Tableau de Jean-François Laguionie, Tous au Larzac de Christian Rouaud, Le Havre d'Aki Kaurismäki, Une bouteille à la mer de Thierry Binisti, Amador de Fernando León de Aranoa. Le jury de lycéens (2 représentants pour chacune des classes) s'est réuni les 3 et 4 avril pour rencontrer les équipes des films puis délibérer.
Le PNLC a été créé en partie pour combler le vide laissé par l'arrêt du Prix de l'Éducation Nationale (dernier lauréat en date : Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, lors du Festival de Cannes 2010), qui n'avait jamais réussi à réellement trouver sa place dans le paysage éducatif : décerné à la fin du Festival de Cannes à un film d'une des deux compétitions officielles (Sélection Officielle et Un Certain Regard), il souffrait à la fois d'une image élitiste et de l'ombre écrasante du "vrai" palmarès. Tenant compte des critiques adressées à son prédécesseur, le Prix Lycéen s'est inspiré d'un autre modèle : le Goncourt des Lycéens, à la fois manifestation très populaire chez les enseignants et élèves, et véritable label pour les lecteurs (dûment signalé, à l'instar de son illustre grand frère, par son bandeau rouge). Ce sont ainsi les lycéens eux-mêmes (à raison d'une classe par académie) qui désignent le lauréat, après avoir visionné tout au long de l'année les huit films sélectionnés par un comité associant l'Éducation Nationale et les professionnels du cinéma.
Le Prix a été à un film "coup de cœur", qui nous avait nous-mêmes beaucoup touchés. Nés sous la plume de la romancière Valérie Zénatti, portés à l'écran par Thierry Binisti, fiévreusement interprétés par Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby, les jeunes personnages de Tal et Naïm ont su émouvoir et interpeller les lycéens par leur sincérité et leur soif d'idéal. Le jury a sans doute été également sensible à l'engagement du réalisateur et de la scénariste (et romancière), qui sont venus avec beaucoup de chaleur et d'humilité à leur rencontre, et ont su (à l'instar de Christian Rouaud, réalisateur de Tous au Larzac) trouver les mots simples et justes pour parler de leur travail.
Zérodeconduite.net est partenaire du Prix National Lycéen du Cinéma, à travers l'édition de dossiers pédagogiques sur chacun des huit films pré-sélectionnés. Ceux-ci s'efforcent d'offrir des outils d'analyse filmique aux lycéens et aux enseignants, et de replacer les films dans l'histoire du cinéma à travers des parcours cinéphiles : La Guerre est déclarée est ainsi l'occasion de découvrir les films de la Nouvelle Vague, Amador renvoie au néo-réalisme, sans parler de The Artist. Tous ces dossiers sont téléchargeables ci-après et sur le blog du Prix National (rubrique "Films"), sur lequel on pourra également trouver les contributions critiques des classes participantes…
> Le blog du Prix National lycéen du cinéma
> Une bouteille à la mer, le site pédagogique
> Les dossiers pédagogiques Zérodeconduite.net / Prix National Lycéen du Cinéma :
Habemus papam
Tous au Larzac
La guerre est déclarée
Le Havre
Amador
Une bouteille à la mer
Le Tableau
The Artist
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 04.04.12 à 18:41 - 1 commentaire
Re-lecture philo : Oslo 31 août

La querelle du libre arbitre n’est pas un débat théologique (Augustin contre Pélage) ou philosophique (Spinoza versus Descartes) que les sciences déterministes auraient définitivement rendue caduque. Elle est davantage une interrogation existentielle, une hésitation intérieure, la tension d’une volonté qui s’abandonne ou non à l’événement. Oslo 31 août, avec son titre-programme, joue subtilement de cette note existentielle. Soit Anders, sorti pour un jour de cure de désintoxication afin de se confronter à Oslo, ses rues, ses amis et ses anciennes amours, une promesse d’embauche, la crainte de replonger. Un homme à peine sorti d’une tentative de suicide tenue secrète, à qui s’offre la durée d’un jour pour choisir, ou ne pas choisir, entre vie et mort. Vingt-quatre heures placées sous le signe d’une fatalité (l’échec amoureux et social, la conscience alourdie par le poids du passé) paradoxalement déstabilisée par la douceur du jour, le hasard d’une rencontre, la promesse d’un renouveau.
Selon ses propres options philosophiques, et la manière dont il se laissera toucher par la gravité souriante de l’interprète principal (admirable Anders Danielson Lie), le spectateur pourra lire partout les signes d’un destin scellé ou, au contraire, apprécier les écarts rêveurs d’une trajectoire pas si prévisible. Le caractère indécidable de certaines scènes accroît le vertige de l’interprétation. Lors de la scène d’embauche dans une rédaction de journal, dans une répétition sociale et symbolique du suicide, Anders avoue les blancs laissés par son curriculum vitae : alcoolisme, drogue, deal. Il en rajoute pour susciter le rejet d’un recruteur sans doute ému par sa sincérité, et prêt à tenter un essai. Plus tard, au seuil de la clôture du film, Anders regarde comme absent la jeune femme qu’il a séduite en soirée et qui l’attend au bord d’une piscine en plein air. La naïade l’invite à s’approcher. A chaque fois qu’Anders lui sourit, son sourire se défait. Se mêlent alors, flash-forward ou alternative fictionnelle, les images mentales de sa fuite. Va-t-il céder à son désir de mort ou se laisser happer par une vie amoureuse frémissante ?
Ces bulles indécises flottent dans un parcours erratique, étonnamment léger, qui conduit Anders à revenir sur les traces de son passé, et à se confronter au jugement, optimiste, incrédule ou assassin de ceux qu’il a connus. Son ami Thomas (Hans Olav Brenner) porte sur lui un regard vibrant d’intensité, s’émeut, se fâche de reconnaître les indices du désir de suicide, mais, traduisant plus son inquiétude que son affection, console mal Anders de son sentiment de vide. Pire, en trahissant les faiblesses de sa propre vie, il accumule les petites maladresses qui vont créer entre eux un éloignement certain. Le grand amour passé d’Anders, une jeune femme absente partie travailler à Londres, ne lui retourne aucun appel. Sa sœur ne prend pas la peine de venir au rendez-vous qu’il lui a fixé pour récupérer les clefs de la maison familiale, mais envoie une émissaire chargée d’asséner quelques vérités blessantes. L’accumulation des bévues fait ressembler cette journée à un chemin de croix où les caresses attendues sont des claques. Anders oppose à l’infortune cet indéfectible sourire résistant, fragile et parfois dérisoire, peut-être la dernière arme d’un séducteur qui a trop abusé les siens.
Avec sa manière de déjouer toujours la gravité par la douceur, la fatalité par l’aléatoire de l’errance, le parcours d’Anders devenant presque une promenade en hommage à une ville aimée, Oslo 31 août défie toute réduction théorique, sans cesser d’alimenter le débat. Que veut dire choisir ? Se laisser porter par un désir enfoui, une détermination inconsciente qui trompe la volonté ? C’est bien ainsi que Spinoza réfute la conception commune de la liberté dans l’Ethique : « Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s'il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu'ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire ». Anders, lorsqu’il vole à nouveau de l’argent pour se payer une dose de drogue suffisante, croit-il librement agir ou se laisse-t-il happer par une habitude d’ancien drogué ? A ce moment précis, même déçu par sa journée, confronté au sentiment de l’impossibilité de reconstruire sa vie, il n’est pas celui qui agit sous emprise. Sevré, il semble répondre à un mécanisme qui n’affecte plus son corps ou son esprit, mais lui apparaît pourtant comme le seul geste qu’il peut poser, la seule manière de remplir le vide. Est-il alors une figure sartrienne tragique qui choisit de ne pas assumer sa liberté ? La manière dont le film déplace, retarde, surprend même l’inévitable rechute ne dissipe pas le mystère de l’individu, et confond même ce dernier dans celui d’une vie urbaine aux contours incertains. Anders reste une figure floue et pourtant indélébile qui laisse ses pas s’estomper, ses notes s’éteindre, à l’écoute d’un monde qui poursuit sa course folle et hasardeuse.
Oslo, 31 août de Joachim Trier, actuellement au cinéma
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 03.04.12 à 18:46 - Réagir
