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Les vacances de Monsieur Hulot (reprise)

Les Vacances de Monsieur Hulot

Voila un titre qui sonne comme de juste, en ce premier jour de juillet… Mais qu'on ne s'y trompe pas : la re-sortie en salles des Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati (1953) est l'aboutissement d'un travail de restauration de longue haleine, destiné à rendre à l'image et (surtout) au son du film leur éclat originel ; originel ou presque puisque c'est non la version de 1953 que l'on verra sur les écrans, mais celle de 1978, la dernière revue et approuvée par Jacques Tati. Perfectionniste inlassable, le cinéaste avait l'habitude de revenir sur le montage de ses films pour les améliorer encore et toujours : pour Les Vacances de Monsieur Hulot il alla jusqu'à retourner des plans pour ajouter le gag du canoë-requin, inspiré par le succès planétaire récent du film d'un tout jeune cinéaste… Les Dents de la mer de Steven Spielberg.
Les Vacances de Monsieur Hulot est une œuvre-charnière dans la carrière de Tati : parce qu'il réédite et amplifie l'énorme succès que fut Jour de fête (1949) ; parce qu'il introduit un personnage auquel le public l'identifiera, et qui l'accompagnera, bon gré mal gré, jusqu'à Trafic (1973). Au-delà du portrait, historiquement passionnant, d'une France d'après-guerre qui se reconstruit dans le loisir de masse — les vacances à la mer — (au même titre que ceux de Louis de Funès, les films de Tati, de Jour de fête à Playtime, constituent un document de première main sur vingt ans d'évolutions de la société française), Les Vacances de Monsieur Hulot est d'abord un chef d'œuvre du burlesque, avalanche de gags dont chacun mériterait d'être décortiqué pour comprendre comment les divers éléments du langage cinématographique (le cadrage, le son, le jeu des comédiens) concourent à provoquer le rire. Quelques-uns de ces aspects sont abordés dans cette fiche Teledoc du CNDP. Mais ceux qui ne l'ont pas vu ont encore l'occasion d'aller se plonger dans l'univers du cinéaste en découvrant l'Exposition que lui consacre la Cinémathèque Française, que nous avions chroniqué ici.

[Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati. 1953, version revue en 1978. Durée : Distribution : Carlotta. Sortie le 1er juillet 2009]

Posté dans Dans les salles par zama le 01.07.09 à 12:29 - Réagir

TL Option cinéma : le programme du bac 2010

L'homme à la caméra

Tziga Vertov (L'homme à la caméra, 1929) rejoint Alain Resnais (Hiroshima mon amour, 1959) et Alfred Hitchcock (La mort aux trousses, 1959) : c'est le programme, forcément éclectique, que découvriront l'année prochaine les Terminale L option "Cinéma et Audiovisuel". Au fleuron de la nouvelle vague française et à un des sommets du classicisme hollywoodien s'ajoute donc une des plus célèbres œuvres d'avant-garde de l'histoire du cinéma, qui ne manquera sans doute pas d'interpeller (voire de destabiliser) les jeunes optionnaires. Qui peuvent avoir un petit avant-goût du style du film dans ce texte, extrait du manifeste du "Ciné-œil" (1923) qui fonde l'esthétique de L'homme à la caméra :
"Je suis un œil / Un œil mécanique / Moi, c'est-à-dire la machine, je suis la machine qui vous montre le monde comme elle seule peut le voir / Désormais je serais libéré de l'immobilité humaine / Je suis en perpétuel mouvement / Je m'approche des choses, je m'en éloigne / Je me glisse sous elles, j'entre en elles / Je me déplace vers le mufle du cheval de course / Je traverse les foules à toute vitesse, je précède les soldats à l'assaut, je décolle avec les aéroplanes, je me renverse sur le dos, je tombe et me relève en même temps que les corps tombent et se relèvent…Voilà ce que je suis, une machine tournant avec des manœuvres chaotiques, enregistrant les mouvements les uns derrière les autres les assemblant en fatras. Libérée des frontières du temps et de l'espace, j'organise comme je le souhaite chaque point de l'univers. Ma voie, est celle d'une nouvelle conception du monde. Je vous fais découvrir le monde que vous ne connaissez pas."

Le film est disponible dans deux éditions DVD, celle éditée par le Scéren dans la collection Eden Cinéma (à laquelle sont attachée les droits d'utilisation en classe), et celle éditée par Arte Vidéo (qui propose l'œuvre en V. à D. également) (voir la critique de DVDClassik). Les plus studieux pourront également d'ores et déjà trouver en ligne quelques études intéressantes :
— Une analyse de la "séquence de la monteuse"
— Une conférence (son à télécharger) donnée par le cinéaste Jean-Louis Comolli à la Bibliothèque Publique d'Information : Histoire du cinéma sous influence documentaire : "L'Homme à la caméra

> Le B.O.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 26.06.09 à 16:48 - 1 commentaire

Une Journée particulière (reprise)

Une journée particulière

Avec l'été vient le temps des reprises : l'actualité cinématographique se calmant un peu, les "vieux films" parviennent à se frayer un chemin vers les salles. Avant les merveilleuses Vacances de Monsieur Hulot en copies neuves (cf l'Expo Tati à la Cinémathèque jusqu'au 8 août) on signalera ainsi la ressortie ce mercredi d'Une journée particulière (1977) d'Ettore Scola, beau film d'histoire et beau film tout court. Dans ce film aux résonnances autobiographiques (né en 1931, le réalisateur a vécu son enfance sous le fascisme) Ettore Scola raconte la brève rencontre, le 8 mai 1938 (le jour de la visite officielle d'Hitler à Rome) entre deux parias du fascisme : Gabriele, intellectuel homosexuel en voie d'ostracisation, et Antonietta, mère de famille nombreuse, esseulée et humiliée. Porté par l'interprétation sensible de deux monstres sacrés à contre-emploi (Mastroianni délaissant ses rôles de séducteurs, Sophia Loren en mère vieillissante), qui arrivent à rendre crédible et émouvante cette rencontre improbable, Une journée particulière est surtout un des plus grands films sur le fascisme. Par une utilisation assez géniale de l'espace (le film est huis-clos dans un immeuble collectif représentatif de l'architecture fasciste) et du son (la présence obsédante de la radio, "troisième personnage du film" selon Scola, qui fait vivre le hors-champ de la célébration fasciste), Ettore Scola montre les mécanismes de contrôle social et d'exclusion, fait sentir la pression idéologique que le groupe fait peser sur l'individu, ce qui en fait un support très recommandable dans le cadre du programme d'Histoire de Première.
En redécouvrant le film d'Ettore Scola aujourd'hui, on pense très fortement au superbe Vincere de Marco Bellochio que nous avons découvert à Cannes, et à propos duquel nous parlions d'"érotique du fascisme" : l'Antonietta de Scola, qui se crée des albums à la gloire de Mussolini, est une cousine de l'Ida Dalser de Bellochio (prétenduement enviée par toutes les italiennes) ; elles sont également subjuguées par la puissance virile du Duce qu'exalte la propagande du régime, et dont le repoussoir est incarné par un homme comme Gabriele…

> Le film a fait l'objet d'une fiche éditée par le magazine Teledoc

[Une journée particulière d'Ettore Scola. 1977. Durée : 1 h 45. Distribution : Les Acacias. Sortie le 17 juin 2009]

Posté dans Dans les salles par zama le 24.06.09 à 19:00 - Réagir

Fausta : horreur et merveilles

FaustaFausta ou la teta asustada… A l’image de son titre double, on peut lire le film de Claudia Llosa, Ours d’or du dernier Festival de Berlin de deux manières différentes : sa mise en scène fluide et sensuelle, ses personnages mystérieux, ses atmosphères étranges invitent à une rêverie fascinée ; la violence des rapports sociaux et humains qu’il met en scène, le caractère scabreux de la situation de départ (une jeune femme s’introduit une patate dans le vagin pour se prémunir du viol) renvoient au contraire à un réel traumatisant.
La force du film est de ne jamais obliger le spectateur à choisir entre merveilleux et réalisme, entre l’univers du conte et le poids de l’histoire ; il emporte au contraire l’adhésion par la cohérence et la richesse de son univers, et par la tension constante de sa narration. Grâce en soit en grande partie rendue au personnage-titre et à l’interprétation de Magaly Solier : Fausta, qui doit enterrer sa mère et (métaphoriquement) son passé traumatique, fait le lien entre le passé et le présent, la mort et le renouveau, les bidonvilles et le Lima bourgeois, indios et criollos. Elle porte dans son corps toutes les blessures et les contradictions du Pérou contemporain, hanté par une violence (les vingt ans de guerre entre l’état et la guérilla du Sentier Lumineux) jamais digérée.
Un peu difficile d’accès à première vue pour des élèves avant la classe de Première, Fausta se révèle d’une richesse pédagogique étonnante. Notre dossier d’accompagnement en explore quelques facettes, et propose des activités pour les enseignants d’espagnol. Un supplément V.O.Scope est également disponible pour les classes.

[Fausta, la teta asustada de Claudia Llosa. 2008. Durée : Distribution : Jour2fête. Sortie le 17 juin]

> Le site pédagogique
> Le site officiel du film

Posté dans Dans les salles par zama le 18.06.09 à 18:42 - Réagir

La Révolution Française en DVD

La Reacute;volution Française

"C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une Révolution ?"
"Nous ne sortirons d'ici que par la force des baïonnettes."
"Le bonheur est une idée neuve en Europe."
"N'oublie pas de montrer ma tête au peuple, elle en vaut la peine."
Etc…
Après des années d'attente et de magnetoscopage (comme le faisait remarquer un Clionaute "On a tous au labo d’histoire-géo, dans un coin perdu au fond d’un placard, une copie un peu usée du film La Révolution française"), La Révolution Française (Les Années Lumière/Les Années terribles) est enfin édité en DVD, vingt ans après sa sortie en salles.
Projet fou lancé par le producteur Alexandre Mnouchkine (père d'Ariane et producteur de son Molière, mais également du Nom de la Rose ou des films de Philippe de Broca), massivement soutenu par l'Etat français (mettant à disposition monuments historiques et bataillons d'appelés pour la figuration) dans le cadre des commémorations du bicentenaire, le film bénéficia de moyens pharaoniques et d'une distribution internationale (de Claudia Cardinale en duchesse de Polignac à Christopher Lee en Sanson). Handicapé par sa durée (deux fois deux heures et demi) et sa sortie en deux parties, le film ne rencontra à l'automne 1989 qu'un succès mitigé auprès du public français, peut-être lassé par une année de commémorations. Restant comme l'exemple-type du "film de patrimoine" de la fin des années 80 (le genre a alors pour mission, comme l'analysait l'historienne Raphaëlle Moine, d'être "le ciment d'une nation ébranlée par les premiers échecs de la politique sociale de la gauche"), il fut également pris de haut par la plupart des critiques et historiens du cinéma. Mais parallèlement il s'est constitué un fidèle public d'afficionados (voir cette pétition militant pour sa réédition), notamment chez les enseignants d'histoire, qui y voyaient un support pédagogique incomparable.
En redécouvrant aujourd'hui le film dans un master restauré, on ne peut que saluer l'opportunité de cette réédition. Si la mise en scène de Robert Enrico et Richard Heffron se borne à un sage académisme, on est en revanche frappé par la qualité de l'interprétation : Klaus Maria Brandauer en Danton, Andrezj Seweryn en Robespierre, un juvénile François Cluzet en Camille Desmoulins, Peter Ustinov en Mirabeau, et, à tout seigneur tout honneur, un savoureux et subtil Jean-François Balmer en Louis XVI. Mais la grande réussite du film est de réussir à faire revivre de manière crédible et vivante les grandes scènes de la Révolution, avec force moyens (le numérique n'existait pas encore, et le film mobilisa près de 30 000 figurants !) et parfois un vrai souffle épique : la réunion des Etat-Généraux à Versailles, la prise de la Bastille, la fête de la Fédération, la bataille de Valmy, la fête de l'être suprême au Champ de mars, et bien sûr les exécutions en place publique du Roi, de Danton et Desmoulins, ou de Robespierre (le film s'achève sur la journée du 10 Thermidor).

DVD La Reacute;volution FrançaiseLe film est disponible dans le commerce pour l'achat individuel. Mais c'est l'Agence Cinéma Education, en partenariat avec Zérodeconduite, qui commercialise auprès des établissements le DVD avec les droits de visionnage en classe, au prix de 49,50 € TTC.
Le bon de commande est téléchargeable sur le tout nouveau site pédagogique du film, qui proposera à partir de septembre un dossier pédagogique substantiel (pour partie réservé en "Bonus" aux établissements acquéreurs du coffret).

La Révolution Française, Coffret double DVD
DVD 1 : Les Années Lumière de Robert Enrico (165 mn)
De l’annonce de la convocation des Etats généraux (1788) à la prise des Tuileries le 10 août 1792.
DVD 2 : Les Années terribles de Richard Heffron (170 mn)
Du massacre des Tuileries jusqu’à la fin de la Terreur et l’exécution de Robespierre le 10 Thermidor 1794 (28 juillet).

Achat individuel : 19,90 € (prix public conseillé)
Achat établissement (coffret DVD + droits d'utilisation en classe + accompagnement pédagogique) 49,50 €

> Le Site pédagogique

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 16.06.09 à 23:55 - Réagir

Home : l'événement écolo

Home

On aura sans doute tout lu, tout vu, tout entendu sur "l'événement" planétaire Home et sur son fracassant débarquement multi-supports (diffusion télé, internet, cinéma, DVD) du 5/06/09. Passé le tsunami médiatique et ses répliques (cf le débat sur : "combien de voix le film a-t-il fait gagner à Europe Ecologie ?") passées, on peut penser que Home aura fait date et restera. Il ne s'agit pas ici des qualités proprement "cinématographiques" de ce film inclassable : Home est la rencontre sans surprise entre l'éprouvée méthode de Yann-Arthus Bertrand (la terre vue du ciel, littéralement) et un cathéchisme écologique déjà récité par Al Gore (Une vérité qui dérange) ou Leonardo di Caprio (La Onzième heure), avant le prochain Nicolas Hulot (Le syndrome du Titanic).
Il s'agit plutôt de signaler l'efficacité d'une démarche (la gratuité sponsorisée) dont on pourra critiquer la philosophie (de nombreux articles ont souligné l'insoutenable contradiction entre le message du film et son financement par un grand groupe capitalistique) mais pas la cohérence. En tant qu'outil pédagogique, Home a en tout cas le mérite de sa gratuite et de sa disponibilité multi-supports, qualités non-négligeables pour l'enseignant.
On en profite pour signaler (et saluer) le remarquable travail effectué par la Ligue de l'Enseignement en partenariat avec Milan Presse, rassemblé sur le site home-educ.org : disponible en trois langues (français, anglais, espagnol), ce dossier pédagogique de plus de 80 pages étudie le film littéralement sous toutes les coutures (et sans complaisance particulière).

[Home de Yann Arthus-Bertrand. 2007. 120 mn (version cinéma). Distribution : Europacorp. Sortie en salles et en DVD le 5 juin 2009]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 09.06.09 à 10:09 - 2 commentaires

Fausta : le site pédagogique

Fausta

En février dernier c'est un film péruvien au titre énigmatique (La Teta asustada, littéralement "le sein apeuré") qui remportait, un peu à la surprise générale (de nombreux journalistes l'avaient "raté") l'Ours d'Or du dernier Festival de Berlin. Fausta de Claudia Llosa (il sortira en France sous ce titre), n'avait pourtant pas volé sa récompense : c'est une œuvre littéralement envoûtante, portée par une mise en scène inspirée et l'interprétation de la jeune Magaly Solier ; c'est aussi une vision remarquablement riche et subtile du Pérou d'aujourd'hui, et du difficile oublie des "années de plomb" terroristes que vécut le pays dans les années 80 et 90.
Zérodeconduite.net propose un site pédagogique autour de ce film qui sortira le 17 juin dans les salles : il permet le téléchargement d'un dossier pédagogique (qui propose une introduction en Français et des activités en Espagnol) ainsi que celui du supplément V.O.-Scope édité par le magazine Vocable.

Fausta (La Teta asustada) de Claudia Llosa, Sortie le 17 juin

Le site pédagogique
> Le dossier pédagogique
> Le V.O.-Scope

Le site officiel du film

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 04.06.09 à 18:52 - Réagir

Le Ruban blanc : Palme d'Or… et Prix de l'Education Nationale

Le Ruban blanc

Comme en 2007 (4 mois, 3 semaines et 2 jours) et en 2005 (Elephant de Gus Van Sant), le jury de l'Education Nationale aura précédé celui, plus médiatique, présidé par Isabelle Huppert : Le Ruban blanc de Michael Haneke, évocation glaçante des prémisses du nazisme, a remporté dans la soirée de dimanche la Palme d'Or, quelques heures après s'être vu décerner le Prix de l'Education Nationale. Dans les deux cas, on ne pourra que saluer ce choix : Le Ruban blanc est une œuvre dont l'extraordinaire maîtrise formelle est mise au service d'une réflexion (historique, philosophique) exigeante ; signe qui ne trompe pas, il aura durablement hanté nos rétines au cours d'un festival où traditionnellement un film chasse l'autre.
On ne commentera pas plus le palmarès officiel, sinon pour regretter deux absences de choix, comme celles des superbes films de Marco Bellochio (Vincere) et Elia Suleiman (Le temps qui reste). Pour le reste, alors que Looking for Eric de Ken Loach est sur les écrans depuis hier, on signalera la traditionnelle reprise des sélections parallèles : Un certain Regard au Reflet Medicis du 27 mai au 2 juin, La Quinzaine des Réalisateurs au Forum des Images du 27 mai au 6 juin, (mais également à Marseille, Milan, Rome et Bruxelles) et la Semaine de la critique à la Cinémathèque Française du 4 au 7 juin.

Le Ruban Blanc sortira au cinéma le 21 octobre prochain (voir le site du distributeur). L'étude de la maîtrise formelle (esthétique, narrative) du cinéaste, les liens avec son œuvre antérieure, les références à l'histoire du cinéma (les exégètes ont cité les grands maîtres comme Bergman, Dreyer, Visconti, on a pour notre part fortement pensé à une série B de science-fiction, Le village des damnés), devraient faire le miel des options cinéma des lycées, auxquels s'adresse en priorité le Prix de l'Education Nationale. Au-delà, on ne saurait trop le conseiller aux professeurs du lycée, qu'ils enseignent l'allemand, l'histoire ou la philosophie. On attend en tout cas avec impatience le traditionnel DVD-DVD-Rom édité par le CRDP de Nice, qui viendra enrichir une remarquable collection aujourd'hui proposée en coffret (qui regroupe Elephant, La Vie est un miracle, Cinéma, aspirines et vautours, Marie Antoinette, et 4 mois 3 semaines 2 jours).

 

Posté dans Cannes 2009 par Zéro de conduite le 28.05.09 à 15:45 - Réagir

Contes de l'âge d'or : la vie des uns

Contes de l'âge d'or

Comment revivifier un genre tombé en désuétude depuis la fin des années 70, celui du "film à sketches" ? Contes de l'âge d'or (Amintiri de epoca de aur) bénéficiera certainement de la curiosité pour le jeune cinéma roumain, qui s'illustre régulièrement depuis quelques années dans les festivals internationaux, et dont Cristian Mungiu (Palme d'Or 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours) est ici à la fois le chef de file (il a produit le film) et la tête de gondole (il signe un épisode). Mais, une fois n'est pas coutume, c'est moins l'accumulation de prestigieuses signatures qui interpelle ici (comme dans les projets du type Paris je t'aime, Chacun son cinéma), qu'un sujet en parfaite cohérence avec la forme brève. "L'âge d'or" évoqué par le titre, c'est en effet le crépuscule de la dictature communiste de Ceaucescu ; les "contes" en question sont les légendes urbaines, drôles ou terrifiantes que se racontaient à voix basse les gens ordinaires. Comme le résume le synopsis du film : "Ces légendes à la fois comiques, bizarres et surprenantes, puisent dans les événements souvent surréalistes vécus au quotidien sous le régime communiste. L’humour fut à cette époque la bouée de sauvetage des Roumains et Tales from the Golden Age tente de restituer cette atmosphère en montrant une nation luttant pour sa survie au quotidien face à la logique insensée de la dictature. Tales from the Golden Age se compose de cinq histoires courtes liées entre elles par leur état d’esprit, leur structure narrative et leur contexte historique : la seule marque de voiture qu’on voit partout dans les rues, c’est la Dacia, fabriquée en Roumanie ; tout le monde survit en volant l’Etat ; il faut obéir aux ordres du Parti même s’ils sont illogiques et absurdes."
Contes de l'âge d'or c'est ainsi l'anti-La Vie des autres (voir notre site pédagogique) : les petits tracas de l'homme de la rue plutôt que la grande tragédie des dissidents, la satire plutôt que le réquisitoire. Le résultat est aussi drôle qu'instructif, tout en se heurtant aux limites du genre. La forme du film à sketches, peut-être fastidieuse pour le spectateur, en fait en tout cas un support pédagogique idéal pour les enseignants d'histoire (en salles et plus encore sans doute en DVD) : poids étouffant de la bureaucratie et du régime du parti unique, contrôle idéologique et propagande, difficultés économiques et marché noir, ces Contes de l'âge d'or constituent un tableau remarquablement parlant et complet d'un pays du bloc de l'Est au tournant des années quatre-vingt.

Contes de l'âge d'or de Hanno Höfer, Rãzvan Mãrculescu, Cristian Mungiu, Constantin Popescu et Ioana Uricaru, Roumanie-France, 2009, Sélection Officielle Un Certain Regard

> Le site officiel du film (anglais/roumain)
> Le site de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, prix de l'Education Nationale 2007

Posté dans Cannes 2009 par zama le 24.05.09 à 15:56 - 1 commentaire

Les Herbes folles / L'Imaginarium du Docteur Parnassus

L'Imaginarium du docteur Parnassus

Si tout oppose les films d'Alain Resnais et de Terry Gilliam (compétition, hors-compétitition ; l'art du dialogue, la puissance des images ; l'empreinte réaliste, la dimension fantastique hoffmanienne), le rôle que tous deux réservent aux pouvoirs de l'imagination est central.
D'une part, avec Les Herbes folles, Alain Resnais affiche à nouveau une fantaisie qui s'exprime avant tout à travers une trame décousue autour d'un sac "en-volé" qui fait advenir l'évidence d'un désir, sans aucune motivation : le sens n'est pas à chercher ; mais les dialogues font eux-aussi triompher l'épanorthose (jusque dans la voix-off du narrateur Baer), ces corrections incessantes qui en s'accumulant égarent le spectateur à force de précisions. Le film se révèle un pied de nez à la mort qui se dissimule chez le personnage de Dussolier entre Alzheimer et schizophrénie, ou encore à travers un plan à la fin sur des rochers qui dessinent d'inquiétantes silhouettes quasi lynchiennes. De fait, la pirouette finale : "Dis maman, quand je serais un chat, je pourrais manger des croquettes ?" rappelle dans le meilleur des cas un Picasso déclarant avoir mis toute sa vie à apprendre à peindre comme un enfant. A l'inverse, on peut légitimement se demander si le maître Resnais ne se livre pas ici à un condensé caricatural et confus de ce qui fait son style. Le non-sens n'est pas toujours gage de génie.
L'intrigue de L'Imaginarium du Docteur Parnassus, si elle se construit en abîme (Le Londres contemporain, le Parnassus immortel, le monde de l'Imaginarium), est plus aisée à suivre. Certains ont pu lui reprocher une visée édifiante, nous constaterons avec humilité avoir ri cent fois plus avec Gilliam qu'avec Resnais. L'imaginarium… "casse" avec justesse le langage politiquement correct : par la bouche d'un nain qui reprend le rôle si truculent du bouffon shakespearien (et qui n'est pas sans rappeler le meilleur humour des Farelly), par un diable somme toute sympathique, et enfin par un personnage d'escroc cynique —Heath Ledger et ses remplaçants— qui se sert des enfants pour récolter des fonds (on est même tenté de lire ici au-delà d'une satire des stars "engagées", une critique d'un cinéma qui fait son miel de la misère des enfants)… C'est baroque, foisonnant, étrange, à la fois onirique et cauchemardesque, avec des rappels aussi bien aux contes de fées qu'à La quatrième dimension (bouches qui disparaissent, silhouette d'un homme qui danse sur l'eau apparaissant à la faveur de la lune).

Les Herbes folles d'Alain Resnais, France 2008, Sélection officielle
L'Imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam, Etats-Unis 2009, Sélection officielle (Hors-compétition)

Posté dans Cannes 2009 par comtessa le 23.05.09 à 15:23 - Réagir

A l'origine : du fait divers comme métaphore

A l'origineAvec l'histoire vraie d'un escroc qui a réussi à monter un chantier d'autoroute, Xavier Giannoli réussit à conférer au fait divers des degrés divers de signification, comme des couches successives dont son film s'enrichit progressivement.
Naturalisme
Au départ, une impasse, celle de Paul le personnage principal en quête de réinsertion à sa sortie de prison. A travers les termes "Ce n'est pas ta place", "Faut pas rester ici", chaque rencontre lui confirme le rejet social dont il fait l'objet. On pourra lire ici l'ancrage naturaliste du film, à travers l'absence d'espoir qui naît de chaque plan. Paul ne va pas tarder à replonger, par désespoir et comme par atavisme. A l'origine, donc, un film social, où un destin se joue. Paul semble comme le premier homme, jeté hors de l'Eden, il y a du Germinal dans A l'origine.
Symbolisme
C'est en arrivant dans une ville, que son destin s'ouvre à lui : on le prend pour ce qu'il n'est pas, un consultant d'une grande société de bâtiments, un messie, un sauveur. Le film quitte le personnage de Paul qui devient de plus en plus Philippe Miller, pour se tourner vers les gens, une communauté asphyxiée, au bord de la dépression. Ces gens-là se tournent donc vers Philippe, présence flottante, aux phrases toujours inachevées, quasi jamais débutées. Littéralement, ils le font devenir ce qu'il n'est pas, et ce dernier voit là l'occasion d'accomplir son grand-œuvre, l'arnaque suprême.
Humanisme
Or, ce chemin se double d'une humanisation du personnage qui se frotte à ses congénères et découvre chez eux une fraternité, l'amour peut-être, et même l'occasion d'être un père. Ces émotions se disputent en lui au cynisme, cette arnaque devient aussi sa possible rédemption. Dans le faux, il accède au vrai.
Métaphore
A l'origine est un film sur l'illusion, comique, pathétique et tragique : le chantier que Philippe fait sortir de terre, à partir de rien, évoque un plateau de cinéma avec ses projecteurs et ses échafaudages. La route sans but au milieu de rien, exprime avec force l'inutilité, une inutilité qui devient la nécessité d'une communauté. Qu'est-ce que le cinéma et l'art en général sinon des projets forcenés, où la course au financement relève de la haute voltige, voire de l'escroquerie, pour mener à bien le projet d'un seul, l'artiste, qui a su créer autour de lui un groupe, travaillant dans un même sens, inutile et tellement signifiant?
La richesse du propos, l'interprétation plus que juste font de ce film un des moments de vérité du festival.

A l'origine de Xavier Gianolli, France 2009, Sélection officielle

Posté dans Cannes 2009 par comtessa le 23.05.09 à 11:27 - Réagir

Vincere : érotique du fascisme

VincereAmbition formelle, profondeur du propos : si l'on s'essayait au petit jeu des pronostics, on placerait assez haut le nouveau film de Marco Bellochio. Vincere raconte l'histoire de la femme et du fils "cachés" de Mussolini, liaison adultère dont il tenta dès son accession au pouvoir de faire disparaître toutes les traces : Ida Dalser et son fils Benito moururent enfermés à l'asile et furent jetés à la fosse commune.
En se plaçant ainsi dans une alcôve, Vincere éclaire l'histoire de biais. On y voit le glissement idéologique de Mussolini, ex militant socialiste, qui jettera sucessivement aux orties pacifisme, internationalisme, anticléricalisme pour lancer la "révolution" fasciste. Mais Vincere met surtout en scène une véritable érotique du fascisme, le personnage d'Ida Dalser (littéralement ravi par Mussolini) personnifiant la fascination de l'Italie pour l'énergie du futur "Duce".
Utilisant la lumière de manière quasi-expressionniste (le film est tout en clair-obscurs), intégrant de façon magistrale à sa narration les bandes d'actualité et les slogans d'époque ("La seule hygiène du monde c'est la guerre"), Vincere procède par bonds successifs (ainsi celui qui voit disparaître sans transition le Mussolini de fiction au profit de celui des actualités filmées), à la manière —violente— du mouvement futuriste dont Bellochio s'est inspiré. Enrichie d'une dimension opératique par la musique de Carlo Crivelli, la vision de l'histoire de Bellochio est d'une puissance renversante.

Vincere de Marco Bellochio. Italie, 2009, Sélection Officielle

Posté dans Cannes 2009 par zama le 22.05.09 à 20:25 - Réagir

Le Ruban blanc : le village des damnés

Le Ruban blanc

Malgré sa facture classique de film en costumes, son rythme et son atmosphère paisibles, le noir et blanc qui lui confère un charme suranné, le nouveau film de Michael Haneke est parcouru de bout en bout par une tension permanente qui confine à l'hallucinatoire.
Le Ruban blanc est d'abord un film historique, qui lorgne du côté des Damnés de Visconti (1969), par la peinture réaliste d'un village allemand en 1913, par sa mise en scène d'une rigide hiérarchie sociale : du sommet (un baron quasi féodal mais aussi "éclairé") jusqu'à la base de la pyramide (la masse soumise des paysans), en passant par les corps intermédiaires bourgeois (régisseur, pasteur, médecin instituteur). A travers la figure d'un fils de paysan qui se rebelle contre une aristocratie en fin de course, Michael Haneke montre l'émergence de la lutte des classes. Mais il dénonce aussi et surtout l'incapacité des figures tutélaires, morale (le pasteur) comme scientifique (le médecin) à éduquer l'humain à l'humain. Le film appuie particulièrement sur la présence abusive des pères, corrolaire de l'absence des mères, (mortes —peut-être asassinée—, délaissées ou bafouées). Le tableau est d'une précision sans fioritures, qui confine parfois à la froideur ; mais derrière cette transparence, surgit le fantastique.
Car Le Ruban blanc évoque aussi Le Village des damnés (1960), ce film de science-fiction britannique, qui montrait l'éclosion surnaturelle d'une terrifiante colonie de petits blonds aux yeux bleus. A l'inverse de certains des films précédents de Haneke, la terreur reste toujours ici "cachée" : la mort voilée d'une mère, l'inceste déguisé en perçage d'oreille, des coups de verge derrière une porte. Si le film cherche à deviner les sources du fascisme à travers ces enfants (les futurs adultes de l'Allemagne nazie), pervers polymorphes, dont la rigueur protestante fait croître la cruauté, il suggère un monde sans amour ni innocence, perverti par la conscience d'une mort inéluctable, un monde où trop de Dieu tue l'idée même de sacré, où un enfant peut vouloir se suicider, où des enfants peuvent en torturer d'autres.
Le titre qui renvoie au signe de l'innocence, montre que le seul à deviner l'horreur, l'instituteur, voix-off crépusculaire, est voué au silence par le pasteur, qui dans sa sévérité à châtier le Mal s'aveugle sur ses enfants. Mais l'instituteur deviendra tailleur après la première Guerre Mondiale, abdiquant son pouvoir d'éducation.
On sort de ce film littéralement hanté, parce qu'en retraçant une époque, il distille une atmosphère de cauchemar.

Le Ruban blanc de Michael Haneke, Autriche, 2009, Sélection Officielle

Posté dans Cannes 2009 par comtessa le 22.05.09 à 15:53 - Réagir

Polytechnique : les vivants et les morts

Polytechnique

Comment (et pourquoi) filmer l'insoutenable ? En choisissant de porter à l'écran le drame du massacre de l'Ecole polytechnique (le 6 décembre 1989 un homme armé entre dans l'École Polytechnique de Montréal et tue quatorze jeunes femmes) le réalisateur québécois Denis Villeneuve se heurte à la question du sens : qu'est-ce que son film a à nous apprendre ou faire comprendre d'un fait divers que, dès les premières heures, les médias québecois ont décrit, commenté et analysé sous toutes les coutures ? Comment dépasser la fascination pour ce geste qu'André Breton élevait au rang d'acte surréaliste ("L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule.", Manifeste du surréalisme, 1929) ?
Tourné dans un noir et blanc superbe, jouant sur le contraste entre l'atmosphère ouatée et studieuse d'un campus canadien et la soudaine explosion de la violence, Polytechnique n'échappe pas à l'esthétisation, dans la lignée (référence parfois écrasante) de l'Elephant de Gus Van Sant (voir le site pédagogique consacré à la Palme d'Or 2003). Mais il s'efforce de s'en détacher progressivement pour élaborer une réflexion sur l'événement, en liant le geste du tueur et celui de la victime. A la lettre (bien réelle, celle-ci) laissée par Marc Lépine pour expliquer son geste répond ainsi la missive (fictive) que l'une des survivantes du drame décide d'adresser à la mère du forcené (qui se suicida après avoir accompli sa tuerie). Dans la première Lépine explique son projet de tuer les futures ingénieures de l'Ecole polytechnique par sa haine anti-féministe. Dans la seconde, le personnage féminin inventé par Denis Villeneuve (que l'on voit au début du film en butte à un employeur misogyne) exprime sa difficulté à vivre sa vie de femme et de mère.
On subodore l'entourloupe qu'il y a à proposer une lecture aussi univoque d'un tel acte (peut-on donner autant de crédit aux déclarations de Lépine, dont la lettre manuscrite, lue ici d'un ton calme et décidé, était bourrée de fautes et de ratures ?), à faire du geste du forcené un symbole de l'oppression ancestrale des hommes sur les femmes. Mais l'entreprise cinématographique de Denis Villeneuve, cette volonté explicite d'"enterrer les morts et de réparer les vivants" (pour reprendre une des dernières répliques de Platonov de Tchekov), n'est pas sans beauté.

Polytechnique de Denis Villeneuve, Canada, 2008, Quinzaine des Réalisateurs

Posté dans Cannes 2009 par zama le 21.05.09 à 17:34 - Réagir

Les Beaux gosses : bienvenue dans l'âge ingrat

Un Prophète<L'antiphrase du titre suffira à résumer le film : Hervé et Kamel, les deux "beaux gosses" en question, incarnent précisément ce qu'on appelle parfois, de manière joliment désuète, l'âge ingrat. Interrogations indentitaires, tâtonnements vestimentaires, obsession sexuelle, ils ne laisseront personne dire qu'il s'agit du plus bel âge de la vie…
Premier vrai éclat de rire de ce Festival (traditionnellement peu versé dans la comédie), ces Beaux gosses réussissent là où tant de productions françaises se sont cassées les dents : donner un pendant français crédible au genre très américain de la teenage comedy, catégorie qui regroupe gros succès mainstream (American Pie) et des réussites "indé" du type Supergrave (devant lesquelles la critique française aime se prosterner).
Si Les Beaux gosses y parvient, c'est qu'il renonce à plaire à tous les publics, lorgnant clairement les jeunes adultes qui ont fait le succès des BD de Riad Sattouf. On doute d'ailleurs le film séduise les spectateurs de l'âge de ses personnages, sans doute horrifiés de se voir en ce miroir peu flatteur. Le genre de péripéties peu glorieuses que raconte le film ne prend sa saveur qu'à une certaine distance ironique (pour certains teintée de nostalgie). En revanche les enseignants (gentiment caricaturés au passage, un peu à la manière de P.R.O.F.S. de Patrick Schulmann) s'en paieront sans doute une bonne tranche : la scène qui épingle la sensiblerie des adolescentes (toutes en pleurs parce que "le grand-père de Loïc est mort") est par exemple d'une réjouissante justesse.
La vraie bonne surprise est que Riad Sattouf arrive à traduire en langage cinématographique son talent de vignettiste (qui s'exprimait dans la planche heddomadaire de Charlie Hebdo, parue depuis en recueil, La Vie secrète des jeunes) : cette suite de saynettes reliées par une intrigue assez lâche (un classique du genre : Hervé et Kamel vont-ils réussir à passer "à l'acte") pourrait être assez lassante s'il n'y avait ce sens du cadre et du rythme inhérent à l'art de la comédie. Mais le film tient surtout sur le travail réalisé par Riad Sattouf avec ses acteurs, à bonne distance entre le trait acéré de la caricature (les "tronches" du dessinateur sont souvent difformes) et une certaine épaisseur humaine. Au premier abord cruel, Les Beaux gosses n'oublie pas d'être tendre, se révélant finalement bon prince avec ses personnages : l'âge ingrat, on finit toujours par en sortir.

Les Beaux gosses de Riad Sattouf, France, 2009, Quinzaine des Réalisateurs

Posté dans Cannes 2009 par zama le 19.05.09 à 18:52 - 1 commentaire

Looking for Eric : son idole

Un Prophète<

Un brave type dans la mouise, sentimentalement et professionnellement, voit un soir lui apparaître son idole, un joueur de foot légendaire. A coup de philosophie positive et de sentences bien frappées, celui-ci va l'aider à se remettre dans le sens de la marche.
Le "pitch" pourrait être celui d'une comédie à succès, et la présence d'Eric Cantona dans son propre rôle a affolé les compteurs médiatiques. Mais on est ici chez Ken Loach, dans la grisaille des faubourgs de Manchester, dans la vie rien moins que glamour d'un postier de cinquante ans (excellent Steve Evets). Ce que l'on perd en efficacité comique, on le gagne en authenticité "lad"… Malgré un début que l'on pourra juger poussif (la scène de la première apparition de Cantona, étrangement atone) et une construction un peu lourde (incessants retours en arrière pour expliquer l'histoire compliquée d'Eric le postier) on est progressivement gagné par la chaleur du film, et séduit par l'intelligence avec laquelle il réactive la figure du footballeur Cantona (cf la réplique-culte : "I'm not a man, I'm Cantona").
Looking for Eric enthousiasme dans sa dernière demi-heure, en faisant entrer dans le cadre le petit peuple des supporters. A cet égard, un des principaux attraits du film est de "documenter" un univers (celui des supporters de foot) généralement regardé avec condescendance par le cinéma, et notamment de montrer le phénomène inexorable de "gentrification" des stades entamée dans les années 80 après les drame du Heysel et de Hillsborough (voir ce dossier de Rue89). Pour se débarrasser définitivement des hooligans, ce sont tout simplement les pauvres que l'on a banni des stades. La discussion dans le pub entre les fans résignés du club mancunien et les irréductibles de FC United (fondé en opposition aux "valeurs" mercantiles du nouveau MU) n'est ainsi pas sans rappeler, sur un mode comique, le Loach politique, celui capable de rendre passionnant un débat sur la collectivisation dans Land and Freedom.

Looking for Eric de Ken Loach, Grande-Bretagne, 2009, Sélection Officielle
Sortie prévue en France le 27 mai
Voir le site officiel du film

Autres films de Ken Loach sur Zérodeconduite.net :
It's a free world (2008)
Le Vent se lève (2006)

Posté dans Cannes 2009 par Zéro de conduite le 18.05.09 à 11:05 - 1 commentaire

Un Prophète : la prison, école du crime

Un Prophète<

Annoncé déjà comme un des grands événements de la Sélection Officielle, Un Prophète de Jacques Audiard réussi l'exploit de raconter l'ascension sociale d'un jeune homme sans feu ni lieu, sans presque jamais quitter les murs d'une prison. Entré en Centrale orphelin et analphabète, victime toute désignée du système carcéral, Malik (Tahar Rahim) en sortira cinq ans plus tard riche, puissant et respecté.
Reprenant avec succès un schéma narratif qui lui est cher, celui du David triomphant —malgré ses handicaps— de Goliath (ici un parrain de la mafia corse, formidablement incarné par Niels Arestrup), Jacques Audiard porte à un niveau inédit son style tendu et sensuel, basé sur une étroite focalisation sur le personnage principal (Un héros très discret, Sur mes lèvres, De battre mon cœur s'est arrêté…).
Mais le tour de force du film est de parvenir donner une puissance quasi documentaire à un univers recréé de toutes pièces, à conférer la séduction du réel à un pur fantasme scénaristique. La qualité du décor et du casting, la précision et l'effet de réel de certains détails (le rituel de la fouille au corps, la réunion de la commission d'application des peines, le racisme des détenus corses) parviennent à faire oublier le flou artistique qui entoure certaines situations et l'invraisemblance globale de la trajectoire du personnage principal.
Le film interroge ainsi la subjectivité des notions de réalisme ou de vraisemblance. Pas un instant dans le film on ne doute de ce que l'on nous montre. Pourtant la prison d'Un Prophète, gangrénée jusqu'au sommet par la corruption, où les mafias prospèrent, où les comptes se règlent en toute impunité, tient moins du témoignage sur le milieu carcéral français que d'un pur fantasme de cinéma (le parrain des Affranchis de Scorsese préparant la pasta pour ses co-détenus) ou de série américains (la prison-pilote de la série Oz, référence omniprésente d'Un Prophète).
La très forte séduction qu'opère le film (on reste objectivement scotché à son fauteuil deux heures durant) est aussi sa limite : le charme dissipé, on reste à se demander ce que ce Prophète voulait nous dire, ce qu'il nous annonce (pour prendre le titre au pied de la lettre). Le caractère criminogène du milieu carcéral (la prison comme école du crime) ? La prison comme métaphore de la société ? Le déclin d'une forme de délinquance au profit d'une autre ? Ou pour reprendre une clé plus psychanalytique, la revanche des fils sur les pères (déjà au centre de plusieurs films de Jacques Audiard) ? Tout cela et rien à la fois, se dit-on…
Comme Mesrine scénarisé par le même Abdel Raouf Dafri (qui ne signe ici que l'idée originale), Un Prophète devrait réconcilier la cinéphilie des centre-villes et celle des banlieues. La bonne nouvelle apportée par ces deux films est d'offrir, en passant des flics aux gangsters, un vrai renouveau au polar français…

Un Prophète de Jacques Audiard, France, 2009, Sélection Officielle

Posté dans Cannes 2009 par Zéro de conduite le 17.05.09 à 16:09 - 3 commentaires

Zéro de conduite à Cannes 2009

Le Festival Cannes sur Zérodeconduite.net ne commencera qu'avec un peu de retard (premiers articles à paraître demain). En attendant, on vous conseille d'aller voir sur le site de notre partenaire Curiosphere.tv et de sa nouvelle "sphère" cinéma, qui offre pour une deuxième année consécutive une vitrine au Prix de l'Education Nationale (voir le site édité par le CRDP de Nice), à travers le travail des élèves de BTS audiovisuel (mise en ligne d'une vidéo inédite par jour pendant toute la durée du Festival).
Pour le reste, on se reportera aux sites officiels des différentes sélections (voir ci-après), de plus en plus fournis chaque année, et (parmi l'océan rédactionnel consacré au festival sur les sites des journaux et les blogs) au blog d'Aurélien Ferenczi de Télérama. 

Le site officiel du Festival
La Semaine de la Critique
La Quinzaine des Réalisateurs

Posté dans Cannes 2009 par Zéro de conduite le 16.05.09 à 13:27 - 1 commentaire

Bachir et la jupe sur le Monde Diplomatique

Valse avec Bachir

"Sonder l’époque en empruntant la porte dérobée de la culture" : tel est l'objectif du blog Le lac des signes lancé en décembre 2008 par l'équipe du Monde diplomatique, qui promet (voir l'éditorial de Mona Chollet) d'aller "voir de plus près ce que [les œuvres ont] dans le ventre, ce qu’elles disent de l’air du temps, la vision du monde dont elles procèdent et qu’elle confortent plus ou moins consciemment, plus ou moins ouvertement". Près de six mois après le lancement, on s'aperçoit que le blog laisse une place assez importante (près de la moitié des articles) au cinéma, médium dont l'écho médiatique et l'intérêt sociologique restent sans doute inégalés…

Il s'agit à la fois de signaler des films qui ne bénéficient pas ailleurs de l'écho qu'ils méritent aux yeux de la rédaction du mensuel (quitte à dénoncer les "nouvelles fourches caudines" du cinéma français) mais aussi et surtout d'ausculter de manière critique et argumentée les films qui à divers titre (succès public ou critique, polémique…) font événement.
On prendra ainsi pour exemple deux articles récents. Dans Les hors-champ de Valse avec Bachir et Z32, Françoise Feugas met en parallèle deux films israéliens très récents (par ailleurs chroniqués sur ce blog : Valse avec Bachir, Z32), tous deux centrés sur "la figure emblématique du soldat […] pris dans l’engrenage de la violence", figure qu'ils tentent de hisser jusqu'à l'universel. Pour Françoise Feugas, derrière ces deux "récits documentaires" singuliers, il y a une même carence : celle de l'histoire du conflit israélo-palestinien. "Cet universalisme de la figure du soldat instrumentalisé est malgré tout dérangeant, parce qu’étant indiscutable, il occulte la spécificité, pour ne pas dire la vérité historique de l’écrasante responsabilité de l’Etat d’Israël dans la situation faite au peuple palestinien depuis l’époque du plan de partage de la Palestine en 1947. Le caractère exceptionnel de ce conflit, eu égard aux autres guerres coloniales et massacres divers évoqués par les deux réalisateurs, réside dans sa durée d’une part, dans l’impunité absolue dont a toujours bénéficié Israël de l’autre. Les soldats qui ne savent pas ce qu’ils sont venus faire là, ni ne comprennent ce qui se passe sous leurs yeux, sont réfugiés en quelque sorte dans leur histoire personnelle, seul point de référence et seule construction narrative possible." Et de pointer "la scène qui fait réellement problème dans les deux films : des Israéliens se pardonnent entre eux tout le mal qu’ils font aux Palestiniens." Tout en admettant la légitimité de ce point de vue israélien, Françoise Feugas regrette l'absence de films palestiniens sur nos écrans. Peut-être la projection du nouveau film d'Elia Suleiman (The time that remains) au prochain festival de Cannes lui apportera un début de réponse.

Plus récemment, dans Ils ne comprennent que la force (publié le 12 avril) Mona Chollet revient avec une ironie dévastatrice sur le succès (télévisuel et médiatique) de La Journée de la Jupe de Jean-Paul Lilienfeld (également chroniqué ici), alias "le film dérangeant et sans tabous qui va à contre-courant de la bien-pensance politiquement correcte (au point que les médias, dans leur pitoyable frilosité, ne lui ont consacré que quelques petites dizaines d’articles dithyrambiques)". Elle l'analyse l'œuvre de Jean-Paul Lilienfeld comme un "film à thèse, lourdement idéologique", qui poursuit l'entreprise de "diabolisation du "jeune de banlieue"", en réactivant les vieux discours coloniaux ("ils ne comprennent que la force"). "Loin de véhiculer un quelconque propos politique, comme certains se hasardent à l’affirmer en prétendant qu’il « dénonce les cités-ghettos », ou d’offrir la moindre perspective, il ne fait que stigmatiser un peu plus les enfants issus de l’immigration noire ou arabe, et autoriser à leur égard un déchaînement de haine effarant."
Si les arguments touchent souvent juste (ainsi sur le fétichisme de la jupe, que nous avions relevé, l'idéalisation de la violence virile —MC renvoie à la série 24 heures, nous faisions un parallèle avec Clint Eastwood—ou sur l'utilisation emblématique de l'actrice Isabelle Adjani), si la plume est acérée (et souvent drôle), on regrette que la démonstration tourne si rapidement au jeu de massacre : il n'est certes pas difficile de relever les invraisemblances et les outrances du film pour le caricaturer ; Mona Chollet le fait en outre au prix de procédés discutables, comme celui qui consiste à faire l'amalgame entre le discours du film et les réactions —parfois extrêmes— qu'il a suscitées, ou à comparer —uniquement à charge— le film à une version du scénario "dont [elle s'est] procuré une copie".
Il aurait été peut-être plus stimulant, y compris pour les lecteurs du Monde Diplo, de comprendre comment et pourquoi ce film a tant interpellé les enseignants (ce que Mona Chollet désigne avec mépris comme "l'orgasme collectif" autour du film), et au-delà une partie de la société française, en réaction au succès très récent d'Entre les murs de Laurent Cantet. Dans sa violence, l'article de Mona Chollet abandonne au contraire le souci de l'analyse pour la bonne conscience de la condamnation morale. Elle se met ainsi en porte-à-faux avec sa propre profession de foi qui en décembre 2008 proclamait qu'il n'y a "rien de pire que de verbaliser [une œuvre] quand elle sort des clous" idéologiques.

Conflit israélo-palestinien, diabolisation des jeunes de banlieue : s'il "n'y a pas que la politique dans la vie" (titre de l'éditorial de Mona Chollet), Le Lac des Signes y revient plus souvent qu'à son tour. Il est légitime qu'il le fasse sur les terrains de prédilection du mensuel. Dommage qu'il abandonne parfois la "délicatesse d’un horloger ouvrant le mécanisme d’une montre" (M.C.) pour s'adonner à la critique à coups de marteau.

> Le Blog Le Lac des Signes du Monde diplomatique

Posté dans Thèse-Antithèse par zama le 12.05.09 à 15:49 - 1 commentaire

Miracle à Santa Anna : le Spike Lee que vous ne verrez pas

Miracle à Santa Anna

Les spectateurs français pourront-ils voir un jour l'Indigènes noir-américain ? A la rentrée dernière nous annoncions pour le 22 octobre suivant la sortie du nouveau film de Spike Lee, qui revenait sur la participation de soldats noirs américains aux combats de la Seconde Guerre Mondiale… avant d'apprendre que cette sortie était purement et simplement annulée par le distributeur français. L'incident aurait dû ne pas sortir des pages de la presse professionnelle, qui évoquait l'accueil désastreux fait au film par les critiques français, et notamment au dernier Festival du film américain de Deauville.
Mais c'était compter sans la notoriété du réalisateur, et la dimension très "identitaire" de son sujet : l'absence d'information (pas de papiers dans la presse, et pour cause, pas de communication du distributeur) a nourri les spéculations sur une éventuelle "censure" du film, spéculations qui ont notamment pris forme dans cette vidéo largement diffusée sur internet. Poussé à se positionner, TFM distribution (filiale du groupe TF1) a évoqué un "différend commercial" avec le producteur américain, qui se règlera d'ailleurs devant les tribunaux. Est-ce suffisant pour faire taire les théories du complot ? Rappelons que si le fait (l'annulation de la sortie d'un film) est très loin d'être inédit, il est rarissime à une date si rapprochée de l'échéance. Mais de là à en déduire une censure "politique" voire raciale, il y a a un pas qu'il faut beaucoup d'imagination et un peu de mauvaise foi pour franchir. Rappelons que la sortie commerciale d'un film par un distributeur résulte d'un calcul qui met en balance les dépenses et le bénéfice escompté : les frais de mise en place (tirage de copies 35 mm) et de promotion (achat d'espace publicitaire, honoraires de l'attaché de presse), qui s'ajoute à l'à-valoir versé au producteur sur les futures entrées du film, sont autant d'investissements que le distributeur récupérera sur les recettes… ou pas (si le film ne remporte pas un succès suffisant).
S'il y a eu censure de Miracle à Santa Anna, elle est donc "économique" : formulation suffisamment ambigüe dans la mesure où pour être un art, le cinéma n'en cesse pas moins d'être une industrie.
Pour conclure, on propose de lire ci-dessous l'article que nous avait inspiré le film, et qui n'a jamais paru. En prévision d'une future sortie en salles (chez un autre distributeur) ou en DVD ?

"Miracle à Santa Anna : Oncle Tom et l'oncle Sam

Miracle à Santa Anna s’ouvre sur un conflit de mémoire qui fait écho à la récente polémique entre Spike Lee et Clint Eastwood. Face à une diffusion du Jour le plus long à la télévision, un homme proteste : le film qu’il regarde n’évoque que le rôle des Blancs dans l’effondrement des forces de l’Axe pendant la Seconde guerre mondiale. Or les Afro-américains y ont également participé avec leurs Buffalo Soldiers - régiment de Noirs américains créé lors de la guerre du Mexique et dont le nom vient de l’analogie que les Indiens percevaient entre la peau et les cheveux des Noirs et ceux des buffles. Les 15 000 hommes de la 92e Division d’infanterie, entièrement composée de Noirs, ont en effet combattu en Italie d’août 1944 à novembre 1945, le long de la « Ligne gothique » qui marquait la principale ligne de défense allemande à la fin de la guerre, dans les Apennins toscans. La fiction de Spike Lee isole quatre d’entre eux dans un village italien, au-delà de la ligne de front, et met en scène la fraternité qui anime les villageois et cette poignée de « soldats Ryan » en attente d’être sauvés par les leurs. Malgré les intentions louables du réalisateur, véritable Rachid Bouchareb de la cause Afro-américaine qui s’est appuyé sur les recherches et le scénario du journaliste James Mac Bride, il est difficile d’apprécier cette fiction au mysticisme naïf, à la longueur pesante, qui peine à trouver son genre – et dont on s'aperçoit progressivement qu'elle n'a pas pour objet principal de présenter une reconstitution historique. Au-delà de la justice rendue aux combattants noirs de la liberté, on pourra simplement en retenir certains faits avérés comme la fraternisation entre Italiens et soldats noirs américains à la fin de la Seconde guerre mondiale, qui contraste avec la ségrégation raciale encore en vigueur dans le Sud des Etats-Unis ; ou bien l’usage d’une propagande nazie à l’égard des Noirs pour les inciter à changer de camp – tout comme on l’avait déjà vu dans Indigènes ; ou encore le rôle majeur de la résistance italienne dans la lutte contre les fascismes. En revanche, il ne faudra pas compter sur Miracle à Santa Anna pour livrer l’interprétation définitive du massacre perpétré le 12 août 1944 par la 16e division de panzers du SS Walter Reder dans un village près de Lucques : Lee présente comme un acte de représailles vis-à-vis des résistants italiens le fait que les nazis aient assassiné puis brûlé 560 civils italiens, du nourrisson au vieillard. Or une querelle divise encore à ce sujet les historiens, dont certains pensent qu’il s’agissait en fait d’un acte prémédité de la part des nazis, destiné à couper les vivres aux partisans italiens alors qu’eux-mêmes battaient retraite vers le nord."

Posté par marion le 05.05.09 à 22:10 - 2 commentaires

La Séance du mois : OSS 117 Le Caire nid d'espions (Histoire)

OSS 117 Le Caire nid d'espions

"L’humour est-il incompatible avec la pratique de l’histoire ?" nous demandions-nous à la sortie de Le Caire nid d'espions, le premier volet des aventures de l'inénarrable Hubert Bonisseur de la Bath alias OSS 117 (De l'humour comme catégorie historique). Nous avons eu envie de répondre nous-mêmes à la question, et de proposer, à l'occasion de la sortie récente de Rio ne répond plus (le deuxième volet des…), un petit dossier historique autour du film de Michel Hazanavicius.
Celui-ci revisite en effet avec beaucoup de loufoquerie, mais aussi une certaine rigueur (!), quelques thèmes des programmes d'Histoire de Première (ES/L) et de Terminale : "La colonisation européenne et le système colonial" (incarnés avec brio par notre héros), "Le tiers monde : indépendances, contestation de l’ordre mondial, diversification" (notamment sur l'épisode de la crise de Suez), "La guerre froide 1947-1991" et, pour les Terminales L/ES, "Bilan et mémoires de la Seconde guerre mondiale" (la France des années 50 vivant encore dans le mythe de la France résistance —cf la scène inaugurale du film—).
Bref, une bonne manière de réviser pour le bac en ayant l'air de se détendre (ou l'inverse). Pour se creuser les méninges, on pourra d'ailleurs continuer l'exercice à partir de Rio ne répond plus. Qui par exemple a déclaré en 1967 que le peuple juif était "un peuple d'élite, sûr de lui et dominateur" ? Hubert Bonisseur de la Bath ? Non, De Gaulle.

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> James Bond contre Dr No
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> Louis de Funès, héros français
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> Nuit noire 17 octobre 1961
> Kingdom of Heaven

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Posté dans La séance du mois par marion le 29.04.09 à 17:23 - 4 commentaires

Exposition Tati à la Cinémathèque

Tati deux temps trois mouvements

En emménageant en 2005 dans ses nouveaux bâtiments de la rue de Bercy, la Cinémathèque Française se dotait d’un espace de 600 m2 destiné à accueillir "au moins deux expositions permanentes par an". Après Renoir, Almodovar, Méliès ou Guitry, c’est aujourd’hui le réalisateur Jacques Tati qui est à l’honneur jusqu’au 8 août. Comme les précédents, cet hommage rendu à Jacques Tati pose la question : les cinéastes ont-ils leur place au musée ? Pourquoi et comment leur rendre hommage autrement qu’en projetant leurs films, ce qui est après tout la fonction première d’une cinémathèque ?
En matière d’expositions cinéphiles, on connaît plusieurs approches… Il y a l’approche fétichiste, qui consiste à mettre sous vitrine les reliques du maître et de ses tournages. Il y a l’approche scientifique, qui privilégie au contraire l’analyse et la mise en perspective, en convoquant critiques et historiens… La troisième option consiste à proposer au visiteur-spectateur une recréation théâtralisée, à la fois synthétique et mimétique de "l’univers" du créateur : il s’agit d’exaucer un fantasme vieux comme le cinéma, celui de rentrer dans le film (cf La Rose pourpre du Caire de Woody Allen) ; fantasme qui sous sa forme la plus commerciale aboutit aux parcs d’attraction des studios Disney. Le parti pris de l’exposition Tati, deux temps trois mouvements est l'éclectisme : il s'agit de concilier chacune de ces trois approches. Les tatillons se rassureront ainsi de la caution universitaire de Stéphane Goudet (auteur notamment d’un Jacques Tati aux Editions des Cahiers du cinéma), qui apparaît notamment à travers une série de vidéos pédagogiques ("Les leçons du professeur Goudet"). Les "Tati-fosi" y trouveront leur lot de documents authentiques puisés dans les archives du maître (notamment un somptueux carnet de notes où Tati consignait ses idées de gag) par l’autre commissaire de l’exposition, qui n'est autre que la nièce du cinéaste, Macha Makeieff. Mais c'est l'accent particulier mis sur la scénographie qui frappe le visiteur dès le long couloir d’entrée, qui évoque une scène de Playtime : Macha Makéieff est une femme de spectacle, et l'inspiration de l'exposition  il s’agissait de proposer une exposition « comme un spectacle vivant ».
Le résultat séduit autant qu’il agace. Il séduit parce que plus qu’aucun autre peut-être, l’univers de Jacques Tati se prête à cette théâtralisation (le plan large, l’attention minutieuse aux détails —décors, costumes, accessoires—, le travail poussé sur le son), et que la metteur en scène Macha Makeieff n’en est pas à son coup d’essai (voir l'édition DVD de Playtime ou le site Tativille). Il agace parce que l’exposition semble s’ingénier à brouiller les repères, quitte à plonger le visiteur dans un certain inconfort, même si c'est sur un mode ludique. Ces chapeaux de femme dans la vitrine sont-ils bien ceux de Playtime ou une recréation hommage ? Cette compression est-elle un pastiche de sculpture contemporain ou un vrai César ? Les —hilarants— spots publicitaires pour la marque Gervais qui servent d’interlude aux "leçons du professeur Goudet" sont-ils bien signés du cinéaste ?
Divisé comme chez Proust (et comme Mon Oncle) en deux "côtés", le côté Playtime (la critique de la modernité, le Tati visionnaire) et le côté Jour de Fête (la nostalgie de la France des petits métiers, le Tati artiste de music-hall), Tati deux temps trois mouvements abolit ainsi les repères temporels, au profit d’une vision synchronique de l'œuvre de Jacques Tati (à la différence par exemple de l’expo Chaplin et les images accueillie il y a quelques années par le Jeu de Paume).
L’inconfort intellectuel qui naît de cette absence de repères se double parfois d’un inconfort physique : pour profiter des —finalement très pédagogiques— modules vidéo, il faut tendre l’oreille (le son est parfois recouvert par la bande-son de l’exposition) et se tordre le cou (en lorgnant sur deux écrans à la fois) ; comme s’il s’agissait de recréer in vivo le burlesque froid , de pousser jusqu'au bout cette "démocratisation du gag" qu'accomplissait Playtime.
Dans Musée haut, musée bas, le dernier film de Jean-Michel Ribes, les personnages comprenaient soudain, en entrant dans la salle, vide, d'un musée d'art contemporain, qu’ils étaient l’œuvre conceptuelle qu’ils s'attendaient à découvrir. Toutes proportions gardées, on vit un peu la même expérience au cours de Tati, deux temps, trois mouvements quand on comprend (pour moi ce fut en m’affublant d’un casque de chantier rouge, qui m’avait fait bien rire sur la tête de mes voisins) que l’on est partie intégrante de l'installation, à la fois sujet et objet du regard.
On n'est pas sûr toutefois de devoir reprocher aux deux commissaires d'avoir poussé jusqu'au bout le tati-isme. Comme dans les films du réalisateur il s'agit finalement d'en demander un tout petit peu plus au spectateur/visiteur, de le faire sortir d'une attitude purement passive et consommatrice. On soulignera aussi que Tati deux temps trois mouvements est loin de se limiter à l'exposition proposée à la cinémathèque : "Tati-trip" à Paris (le 104 propose ainsi de visiter grandeur nature la villa Arpel de Mon Oncle)… mais aussi à Sainte-Sévère sur Indre (côté Jour de fête, donc), spectacle au Théâtre de Chaillot, lectures et conférences, et bien sûr… une rétrospective Tati à la Cinémathèque !

Tati, deux temps trois mouvements à la Cinémathèque française, Jusqu'au 8 août 2009

Posté dans Evènements par zama le 24.04.09 à 18:54 - 3 commentaires

Cannes 2009 : La Sélection officielle

Festival de Cannes

Comme ces trois dernières années, Zérodeconduite.net sera cette année au Festival de Cannes (du 13 au 24 mai), et essayera de couvrir avec ses moyens et son regard, l'ensemble des sélections…
Pour l'instant, alors que la Sélection Officielle vient de tomber, on en est, comme les autres, réduit aux conjectures : on se raccroche à un bout de synopsis, un nom connu, et on espère. On suivra donc avec attention les retours de Jane Campion (qui relate avec Bright Star les amours du poète John Keats avec Fanny Brawne, tandis que Bellochio nous racontera dans Vincere celles de Mussolini) et d'Elia Suleiman (Le Temps qu'il reste). Si Ken Loach délaisse l'histoire (Le Vent se lève, palme d'or 2006) pour la comédie (Looking for Eric avec Eric Cantona), Michael Haneke s'y plonge lui dans Le ruban blanc.
La vision de la Seconde Guerre Mondiale par Quentin Tarantino (Inglorious basterds) tiendra apparemment plutôt de la série B que du devoir de mémoire à la Eastwood, et Jan Kounen proposera avec Coco Chanel et Igor Stravinsky une version sans doute moins sage du personnage de la créatrice que le récent biopic d'Anne Fontaine. Mais le plus intéressant se niche peut-être ailleurs que dans la très exposée Compétition Officielle : hors-compétition Robert Guédiguian proposera L'Armée du crime sur le groupe Manouchian, et Alejandro Amenabar un peplum sur les débuts du christianisme, Agora. Dans la section Un Certain Regard, Pavel Lounguine s'attaquera au personnage d'Ivan le Terrible (Le Tsar) près de soixante ans après Eisenstein, tandis que Cristi Mungiu, palmé en 2007, proposera (avec d'autres réalisateurs, il s'agit d'un film à sketchs) Contes de l'âge d'or, "évocation des dernières années de la Roumanie communiste, à travers les légendes urbaines que se racontaient les gens ordinaires."

Festival de Cannes, du 13 au 24 mai
> Le Site officiel du Festival de Cannes
> Cannes sur Zérodeconduite.net, les archives : 2008, 2007, 2006

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 23.04.09 à 18:24 - Réagir

Témoin indésirable : arrêt sur images

Témoin indésirable

Témoin indésirable commence par un travelling arrière : braquée sur une télévision qui diffuse Contravia, l’émission d’investigation du journaliste Hollman Morris, la caméra se recule et nous laisse découvrir les cuisines puis la salle d’un restaurant de Bogota. Dans le même plan-séquence on passe insensiblement de l’horreur de la guerre civile qui agite les confins de la Colombie à la douceur des quartiers bourgeois de Bogota, des stigmates d’un conflit d’un autre âge à l’indifférence d’une métropole du XXième siècle.
En suivant le travail et le combat quotidien d’Hollman Morris (le "témoin indésirable" du titre), un des derniers journalistes indépendants à suivre le conflit colombien, le film documentaire de Juan José Lozano fait coup double : il nous ouvre les yeux sur une véritable guerre civile qui malgré une relative accalmie ces dernières années continue de faire son lot de victimes et de déplacés ; il nous propose une réflexion ô combien actuelle sur le journalisme et la "fabrique de l’information" dans les sociétés modernes.
A l’image de la première séquence déjà citée, le film ne nous plonge en effet dans la violente réalité colombienne que pour mieux nous en extraire et nous inviter à la réflexion. A la faveur de ce mouvement de recul, de ce travelling arrière, rentrent en effet "dans le champ" le journaliste Hollman Morris, ses problèmes et ses doutes, mais également tout le paysage médiatique et politique colombien. Quelques images familières de la télé-spectacle (le président Uribe interviewé sur… la beauté comparée des colombiennes et de l’actrice Angelina Jolie) nous renvoient à notre propre condition de citoyen-spectateur : à quoi servent l'information et les journalistes quand il n'y a plus personne pour les écouter ? La censure à laquelle se heurte le journaliste est ainsi au moins autant économique que politique (les intérêts des uns et des autres marchant main dans la main), les chaînes commerciales reléguant dans les marges un conflit "qui ne fait pas recette" (le journaliste est même obligé… d’acheter à la télévision publique les créneaux de diffusion de son émission !). Mais Témoin indésirable montre également les menaces très réelles qui pèsent sur le journaliste, régulièrement désigné par les autorités ou les partis de droite à la vindicte populaire. Comme le dossier de presse le rappelle, la Colombie est un des pays les plus dangereux au monde pour l'exercice du journalisme.
Le film fait l’objet d’un site pédagogique édité par Zérodeconduite.net, qui propose un dossier pour les profs d’espagnol et V.O. Scope, le supplément édité par le magazine Vocable.

[Témoin indésirable de Juan José Lozano. 2008. Durée : 1 h 25. Distribution : Eurozoom. Sortie le 15 avril 2009]

Posté dans Dans les salles par zama le 16.04.09 à 16:51 - 2 commentaires

Let's make money : la couleur de l'argent

Lets make money

Le documentaire sur la mondialisation est-il devenu un genre en soi ? Le même jour que Katanga Business de Thierry Michel sort Let’s make money, le nouveau film de l’Autrichien Erwin Wagenhofer.
En 2007, le réalisateur autrichien nous alertait avec We feed the world (auquel nous avions consacré un site pédagogique) sur les dérives économiques, humaines et environnementales d’un "marché mondial de la faim" qui allait aboutir à la crise alimentaire planétaire. Aujourd’hui, Let’s make money se penche sur le "travail de l’argent", à savoir sur le fait que l’argent puisse rapporter hors de tout travail humain ou mécanique ; le film démonte ainsi les rouages d’un système qui a abouti à la crise économique et financière actuelle.
L’enquête menée par Wagenhofer se situe immédiatement sur une échelle mondiale : dès les premières images du film, il apparaît que l’or péniblement extrait au Ghana par des travailleurs misérables est envoyé en Suisse où il est stocké sous forme de lingots parfaitement polis – et rapportera pour 97% aux Occidentaux, pour 3% aux Africains… Tout le documentaire suit les ramifications d’une mondialisation financière qui touche l’ensemble de la planète via fonds de pensions, investissements internationaux, au moyen d’acteurs comme les chefs d’entreprise, les investisseurs, ou encore les gouverneurs de paradis fiscaux ; les contrastes Nord/Sud, les phénomènes transnationaux, le rôle des firmes multi-nationals (FMN) sont ainsi visibles.
Certains faits analysés par Let’s make money sont moins connus du grand public – comme les liens entre la City de Londres et l’île de Jersey, juridiction secrète qui permet à nombre de sociétés de ne pas payer d’impôts tout en disposant de l’intégralité de leur argent à Londres ; ou le fait qu’il existe, entre autres sur la Costa del Sol espagnole, des investissements immobiliers qui tournent littéralement à vide, n’ayant pour but que de faire fructifier de l’argent et non de loger des personnes ; ou, surtout, le rôle d'individus surnommés les "chacals" dont le plus connu, John Perkins, raconte à l’écran la fonction comme il l’a fait dans son livre : ces véritables "assassins financiers" sont envoyés par des grandes entreprises occidentales (cautionnées par leur gouvernement) dans des pays du Sud, qu’ils encouragent à s’endetter auprès du FMI ou de la Banque mondiale afin que, en rupture de paiement, ceux-ci deviennent ensuite dépendants des investisseurs occidentaux – et doivent leur céder leurs matières premières, ou bien se soumettre à leurs exigences diplomatiques… Enfin, fait intéressant, le documentaire d’Erwin Wagenhofer retrace les étapes de cette mondialisation ultralibérale en rappelant le rôle de la Conférence du Mont Pèlerin de 1947 , qui a inspiré le Consensus de Washington des années 1970 ainsi que le néolibéralisme impulsé par Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les années 1980.
Les élèves de Terminale générale trouveront donc des images et des témoignages concrets sur un système complexe et dont il leur faut connaître les principaux ressorts. Toutefois le propos est tellement virulent contre les profiteurs de la mondialisation financière qu’il en vient parfois à flirter avec la théorie du complot. Procédant hélas à quelques fâcheuses simplifications (sur les relations entre investisseurs et lieux d’investissement par exemple), Let's make money privilégie le sensationnel (ainsi les déclarations cyniques de quelques entrepreneurs sans âme : "Le meilleur moment pour acheter, c’est lorsque le sang se répand dans les rues. Même si c’est le vôtre.") à une analyse approfondie de la complexité de la situation (à la différence de Katanga Business). Bien que divisé en chapitres qui veulent guider le raisonnement, le film se perd dans les méandres des flux financiers dont on ne comprend pas toujours la logique. Il ne faut pas chercher à y trouver une compréhension globale de la mondialisation financière, mais plutôt quelques éclairages latéraux.

[Let's make money d'Erwin Wagenhofer. 2008. Durée : 1 h 47. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 15 avril 2009]

Posté dans Dans les salles par marion le 15.04.09 à 19:21 - 10 commentaires

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