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Jeunes critiques : Doctor Jerry et Mister Love
Zérodeconduite.net s'est associé au Champs-Élysées Films Festival et à sa programmation de films du répertoire, les Incontournables TCM, pour la création d'un jury lycéen, composé de vingt-six étudiants des sections hypokhâgne et khâgne cinéma-audiovisuel des lycées Paul Valéry (Paris), Jean-Pierre Vernant (Sèvres) et Léon Blum (Créteil).
Nous vous proposons leurs compte-rendus, tout au long du Festival…

Doctor Jerry et Mister Love de Jerry Lewis, par Tom Cuisinier-Rosset :
"Alambics, éprouvettes, fioles bigarrées constituent les premiers plans du film sur lequel défile le générique qui lui-même accorde la même importance, ou du moins la même taille de police de caractère, aux noms des acteurs du film qu’au mot « Technicolor ». Ainsi, à peine passée la première minute du film on sait sur quoi porter son regard et surtout son attention : les couleurs du film sont d’un kitch splendide et il est fort probable qu’au sortir de la séance les principaux souvenirs visuels qui resteront dans la mémoire du spectateur soient un amalgame de verts flubber, de rouges pétants et de bleus sulfate de cuivre. De fait, la transformation de Dr. Jerry en Mr. Love est elle-même au moins aussi « haute en couleur » que les deux personnages eux-mêmes : le visage de Lewis adopte des couleurs improbables, faisant presque de son visage celui d’un clown – ce qui lui va particulièrement bien, étant donné le ton du film – au cœur d’un laboratoire où les outils de chimistes évoquent plus des fioles de peinture qu’autre chose. Evidemment, Lewis ne s’est pas contenté de se peinturlurer le visage : c’est tout le film qui est barbouillé de couleurs vives (...)"
[Doctor Jerry et Mister Love de Jerry Lewis, 1963, 107 min]
Posté par Zéro de conduite le 18.06.13 à 16:40 - Réagir
Jeunes Critiques : Un trou dans la tête (versus Scarface)
Zérodeconduite.net s'est associé au Champs-Élysées Films Festival et à sa programmation de films du répertoire, les Incontournables TCM, pour la création d'un jury lycéen, composé de vingt-six étudiants des sections hypokhâgne et khâgne cinéma-audiovisuel des lycées Paul Valéry (Paris), Jean-Pierre Vernant (Sèvres) et Léon Blum (Créteil).
Nous vous proposons leurs compte-rendus, tout au long du Festival…

Un Trou dans la tête de Frank Capra et Scarface de Brian De Palma, critique comparative par Maxime Grandgeorge :
"Quel rapport y a-t-il entre Tony Manetta (du film Un trou dans la tête de Capra) et Tony Montana (du Scarface de De Palma) ? Sans doute aucun. Ils ne vivent pas à la même époque, ne sont pas issus du même milieu social, ni même du même pays ! Rien ne semble rapprocher ces deux films. En 1959, lorsque Capra réalise son avant-dernier film, il n’a plus rien à prouver. C’est peut-être le principal reproche que l’on pourrait adresser à Un trou dans la tête. En effet, le film semble réutiliser la formule de la comédie à caractère socio-politique qui avait fait le succès de Capra depuis près de trente ans. On y retrouve les thèmes qui lui sont chers — la famille, le travail, la réussite … — mais cependant exploités avec moins d’ingéniosité. De Palma lorsqu’il tourne Scarface en 1983, bien qu’il ait connu un certain succès avec Phantom of the Paradise, Carrie et Blow Out, n’est qu’au début d’une importante carrière cinématographique. En s’inspirant du film de gangster de Howard Hawks, il réalise l’un de ses plus grands films, qui sera mal accueilli à sa sortie en raison de sa violence et de son langage, mais obtiendra avec le temps le statut de véritable « film culte ». (...)"
[Un trou dans la tête de Frank Capra, 1959, 120 mn]
[Scarface de Brian De Palma, 1983, 170 mn]
Posté par Zéro de conduite le 18.06.13 à 12:23 - Réagir
Jeunes critiques : Monte là-dessus ! (Safety last)
Zérodeconduite.net s'est associé au Champs-Élysées Films Festival et à sa programmation de films du répertoire, les Incontournables TCM, pour la création d'un jury lycéen, composé de vingt-six étudiants des sections hypokhâgne et khâgne cinéma-audiovisuel des lycées Paul Valéry (Paris), Jean-Pierre Vernant (Sèvres) et Léon Blum (Créteil).
Nous vous proposons leurs compte-rendus, tout au long du Festival…

Monte là-dessus ! (Safety Last) de Fred Newmeyer et Sam Taylor, par Maxime Grandgeorge :
"Difficile de se faire une place au panthéon du burlesque américain : Charlie Chaplin et Buster Keaton ne cessent de voler la vedette. Quel rôle camper lorsque celui du clown auguste – le sourire aux lèvres – et celui du clown triste – Keaton, l’homme qui ne sourit jamais – sont pris ? Qui pourrait prétendre inventer un personnage aussi génial que celui de Charlot, ou bien interpréter un rôle comique avec le même sérieux que Keaton ? Harold Lloyd réussit à combiner les deux !
Son personnage de jeune homme au chapeau de canotier en paille et aux petites lunettes rondes est passé à la postérité. En alliant le charme de Chaplin à l’agilité de Keaton, Harold Lloyd nous offre une pléiade de gags à un rythme frénétique. Malgré le recours à certains trucages, les prouesses de cascadeur qu’il réalise n’en donnent pas moins le vertige – ce casse-cou y laissa même deux doigts quelques années auparavant. (...)"
[Monte là-dessus de Fred Newmeyer et Sam Taylor, 1923, 1h10min. Version restaurée en 2K par Janus Film, The Criterion Collection et Harold Lloyd Entertainment]
> Voir également l'article Champs-Élysées Films Festival.
Posté par Zéro de conduite le 16.06.13 à 07:48 - 1 commentaire
Le Joli mai : le temps retrouvé

En 1962-1963, Chris Marker a sorti deux films : le premier, La Jetée, reste à ce jour son œuvre la plus connue, et constitue la porte d'entrée dans son cinéma pour les jeunes cinéphiles ; le second, Le Joli mai, était peu à peu tombé dans l'oubli, jusqu'à cette restauration suivie d'une ressortie en salles. En apparence tout oppose les deux films : le genre (fiction / documentaire), la durée (28 mn pour la Jetée contre plus de deux heures pour cette version du Joli Mai), l'écriture (le romanesque du voyage dans le temps contre la captation propre au "cinéma du réel"), etc. Mais ils sont réunis par une même thématique obsédante, celle du temps et des rapports entre passé, présent et avenir : si le héros de La Jetée était envoyé par les scientifques dans un passé pré-catastrophe nucléaire pour "appeler le passé au secours du présent", le cinéaste a conçu a contrario son documentaire comme "un vivier aux pêcheurs du passé de l'avenir"…
Pendant tout le mois de mai 1962, Chris Marker et ses équipes sillonnent donc Paris, caméra et micro aux poings. Le but est de constituer un portrait de la capitale à travers ses habitants, et de documenter en toute liberté ce "premier printemps de la paix" (avec la Guerre d'Algérie s'achève la longue parenthèse des conflits de la décolonisation), quelques semaines après la ratification des accords d'Evian par le référendum du 8 avril 1962. Ils partent un peu à l'aventure, attrapant les passants dans la foule pour les interroger, saisissant au vol des moments de vie, avec en tête l'idée d'un "film à ricochets" : "Les auteurs ne seront que des lanceurs de questions, sur l'eau de Paris : on verra comment les cailloux retomberont, et s'ils vont loin." Le Joli mai est tout d'abord indissociable d'un moment-charnière de l'histoire du cinéma, celui d'une libération des contraintes techniques qui enfermaient les tournages en studio. On connaît bien le versant "fiction" de cette évolution à travers les films de la Nouvelle Vague (cf Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo arpentant les Champs-Élysées dans A bout de souffle), mais ce moment marqua aussi la naissance de ce qu'on allait appeler le "cinéma du réel"… Chris Marker et son opérateur Pierre Lhomme (finalement crédité comme co-réalisateur) ont utilisé un prototype de caméra (l'autre exemplaire avait servi à Jean Rouch pour Chronique d'un été) qui alliait légéreté, faible bruit et surtout la possibilité de synchronisation avec un magnétophone : c'est la première fois en France que l'on pouvait tourner dans la rue en son direct…
C'est justement cette manière sonore brute qui frappe tout au long du film. Autant ces visages en noir et blanc, on a l'impression de les connaître, à travers les photographes (Doisneau, Atget…) et les cinéastes, autant cette parole en absolue liberté a quelque chose d'inédit. Après le prologue à la poésie un peu sentencieuse (lue par la voix d'Yves Montand, reconnaissable entre mille), on plonge dans le flot continu d'une langue à la fois commune et diverse (la syntaxe et le phrasé constituant un impitoyable marqueur social), à la fois datée (les "que voulez-vous", "c'est-à-dire", " voyez-vous", "n'est-ce pas" qui ponctuent les phrases) et extraordinairement présente cinquante ans plus tard. Le plus surprenant est peut-être la manière étonnamment directe, simple et sincère, avec laquelle les témoins prennent la parole, faisant montre d'une innocence que la généralisation du medium télévisuel fera disparaître à jamais. C'est aussi que Marker fait systématiquement le choix du plan-séquence, laissant les discours se développer dans la continuité, se donnant pour seul guide une exigence "d'objectivité passionnée". Chaque séquence, hilarante (le tailleur du début, dans un extraordinaire numéro sur "le pognon, le pognon, le pognon") ou émouvante (la famille nombreuse déménageant de son taudis pour un F4 flambant neuf), constitue à elle seule un morceau de bravoure, une petite épiphanie, donnant pleinement raison à Jean Renoir qui disait que "La réalité est toujours féérique"…
Mais le film, remonté et raccourci par Pierre Lhomme selon les instructions de Marker, "tient" également par son travail de montage : passant d'un visage et d'un quartier à un autre, faisant se télescoper les séquences (on passe de la sortie du procès Salan à un dancing), les auteurs ont écrit une véritable symphonie du réel que l'on suit avec une attention toujours en éveil. Par ces choix de mise en scène, l'unité de lieu et de temps, la conscience de travailler pour les spectateurs futurs (à eux de "tirer ce qui marquera ce qui n'aura été inévitablement que l'écume."), Le Joli Mai constitue ainsi un document historique unique sur cette France de mai 1962 : on est à la fois dans l'univers des Mythologies de Roland Barthes (1957), et celui de la Nouvelle Vague, dans un Paris archaïque (le quartier populaire de la Mouffe) mais en transformation rapide (les barres poussent comme des champignons)… Au fil des séquences, et outre la question algérienne (dont la plupart des passants rechigne à parler), le film passe en revue le racisme, la question du logement, le féminisme, la lutte des classes, etc. Il propose aussi une passionnante interrogation sur l'histoire en train de se faire, et sur la conscience qu'en ont ses acteurs anonymes : "quel était l'événement marquant de ce mois de mai 1962 ?" demandent systématiquement les interviewers aux passants. Non pas la paix en Algérie et ses cicatrices encore à vif (le procès Salan ou les funérailles des victimes de Charonne, seule séquence tournée avant le mois de mai), semblent nous dire ces quidams, mais plutôt le temps qu'il fait (froid et pluvieux pour un mois de mai) ou "les patates à 220 francs le kilo" !
Dans le dossier de presse, le co-réalisateur Pierre Lhomme raconte qu'il existait des heures de rushes supplémentaires, écartés du montage final et à jamais perdus, notamment toute une journée passée en taxi, avec les clients successifs… (préfiguration du Ten d'Abbas Kiarostami ?). Le vertige saisit à l'idée de ces documents irremplaçables à jamais disparus, mais cette finitude renforce également la bouleversante poésie du Joli Mai. Car, comme le disait le poète Paul Celan, "Un poète doit laisser des traces, non des preuves. Seules les traces font rêver".
[Le Joli mai de Chris Marker et Pierre Lhomme. 1963. Version remontée et restaurée : 2013. Durée : 136 mn. Distribution : Potemkine films. Sortie le 29 mai 2013]
Posté dans Dans les salles par zama le 14.06.13 à 15:52 - Réagir
Champs-Élysées Films Festival

Redonner à la "plus belle avenue du monde" son lustre cinématographique d'antan : c'est l'un des objectifs avoués du Champs Élysées Film Festival, dont la deuxième édition se déroulera du 12 au 18 juin dans les sept salles de ce quartier cinématographique d'exception. Le Festival est centré sur la création cinématographique indépendante américaine (de nombreux inédits à l'affiche), mais propose également de riches à-côtés : avant-premières (dont le très beau Grand Central de Rebecca Zlotowski que nous avions découvert à Cannes), master-classes (dont une du documentariste Frederick Wiseman), courts-métrages, ainsi qu'une programmation de grands classiques du répertoire, Les Incontournables TCM Cinema.
A l'occasion de cette programmation, Zérodeconduite.net s'est associé au Champs-Élysées Films Festival pour la création d'un jury lycéen, composé de vingt-six étudiants des sections hypokhâgne et khâgne cinéma-audiovisuel des lycées Paul Valéry (Paris), Jean-Pierre Vernant (Sèvres) et Léon Blum (Créteil).
Ils sont chargés de distinguer un film parmi les suivants : Le choix de Sophie de Alan J. Pakula, Deux filles au tapis de Robert Aldrich, Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis, Mais qui a tué Harry ? de Alfred Hitchcock, Un monde fou, fou, fou, fou de Stanley Kramer, Monte là-dessus de Fred Newmeyer et Sam Taylor, Plein soleil de René Clément, Runaway train de Andrei Konchalovsky, Scarface de Brian De Palma, Transamerica Express de Arthur Hiller, Un, deux, trois de Billy Wilder, Un trou dans la tête de Frank Capra, Les voyages de Sullivan de Preston Sturges.
Tout au long de la semaine, vous retrouverez également sur le blog Zérodeconduite.net leurs comptes-rendus critiques sur les films ainsi découverts ou redécouverts…
Champs Élysées Film Festival, du 12 au 18 juin
Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 12.06.13 à 23:29 - Réagir

