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Graine de Champion : Mon sport ma bataille

« Vu les quatre dernières années que je viens de passer, si je m'en retape encore quatre comme ça, vous allez me retrouver entre quatre planches ». Cet été, après des performances catastrophiques aux Jeux Olympiques de Rio, le nageur français Yannick Agnel annonçait sa retraite, soulignant l’épuisement physique et mental qu’avait provoqué chez lui la pratique du sport de compétition. Cette déclaration fait écho aux trois moyens-métrages de Simon Lereng Wilmont et Victor Kossakovsky, qui filment trois jeunes sportifs confrontés à la brutalité du haut niveau. En effet, que l’on suive un jeune Danois champion d’escrime (Ruben), une petite ballerine russe (Nastya) ou un apprenti sumo (Chikara), on constate que les exigences du sport de haut niveau font toujours peser sur les enfants une pression insupportable. C’est d’abord Ruben qui se roule par terre après chaque match perdu, incapable d’accepter la défaite ; c’est ensuite Nastya qui pleure à chaudes larmes lorsque sa professeure de danse corrige un peu sèchement sa posture à la barre ; c’est enfin Chikara qui s’épuise à l’entraînement pour ne pas décevoir son père, ancien lutteur.

Les adultes qui entourent et entraînent ces graines de champions sont d’ailleurs de piètres soutiens, peu réceptifs aux détresses enfantines. Le film fait ressortir l’inconscience ou le cynisme de certaine phrases, en mettant en lumière le fossé entre ce que professent ces adultes et la façon dont ils se comportent. Il en est ainsi de la professeure de danse de Nastya, qui demande à ses élèves de ne pas danser machinalement : « N’oubliez jamais votre cœur », leur intime-t-elle, elle qui se soucie peu des sanglots de Nastya.

À travers le prisme du sport de haut niveau, chacun des trois moyens métrages interroge donc la notion de pédagogie. La réussite de ces enfants (chaque film se termine en effet sur une victoire) justifie-t-elle les litres de larmes, les frustrations accumulées et l’amertume de la défaite ? Chikara, le seul à qui un adulte (sa mère) demande s’il souhaite continuer son sport, explique qu’il ne peut pas abandonner à cause de son père. On peut dès lors se demander pourquoi ces enfants persistent dans le haut niveau, tant l’on peine à percevoir ce que cette pratique leur apporte. Pour autant, les trois documentaires s’efforcent de nuancer le propos, notamment en donnant la parole aux enfants et à leur attachement au sport : Nastya explique qu’elle danse « pour être heureuse » ; Chikara assure que « l’entraînement était dur, mais [que] ça valait le coup ».

Au-delà de cette réflexion, on pourra également voir en Graine de champion une belle introduction au genre documentaire pour les plus jeunes (très bien exploitée dans le riche dossier pédagogique du film.) Chacun des trois moyens métrages présente en effet une facette différente de ce genre cinématographique. La veine naturaliste pour Ruben, segment sans voix off ni effets de mise en scène : c’est simplement le choix des séquences et des cadres qui crée le suspense et l’émotion. L’aspect pédagogique de Chikara : le petit garçon explique lui-même, en voix-off, les règles du combat de sumo et l’importance de la tradition dans ce sport. Et une approche plus stylisée avec Nastyia et ses plans soigneusement composés. On pense notamment à un plan inversé où les jeunes danseurs, marchent en pont les uns à la suite des autres et ressemblent à des araignées géantes collées au plafond. Cette séquence très drôle capte bien tout l’enjeu du genre documentaire : capter fidèlement la réalité, tout en la transformant en matière artistique.

Le dossier pédagogique du film

[Graine de Champion de Simon Lereng Wilmont, Viktor Kossakovsky. 2016. Durée : 85 mn. Distribution : Les Films du Préau. Sortie le 9 novembre 2016]

Posté dans Dans les salles par zama le 10.11.16 à 14:52

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