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Tour de France : le vieil homme et le rappeur

On aurait beaucoup pardonné à Rachid Djaïdani, après l’éclatante surprise qu’avait présenté Rengaine, diamant poétique patiemment taillé pendant huit années solitaires, avant d’éclater lors de la Quinzaine des Réalisateurs.
Mais son deuxième long-métrage, Tour de France, écrit, produit et distribué cette fois dans les replis du système (qui lui a offert une tête d’affiche en la personne de Gérard Depardieu), déçoit conscienscieusement toutes les attentes suscitées par ce premier opus.

À la fois road et buddy movie, Tour de France envoie sur les routes de l’Hexagone un couple antithétique, métonymie de la France divisée d’aujourd’hui : d’un côté Far’hook (Sadek), jeune rappeur obligé de quitter Paris pour échapper à une vendetta ; de l’autre, Serge, ouvrier retraité, acariâtre et raciste, qui veut refaire in situ la série de vues de ports de France que Louis XV commanda au peintre Joseph Vernet. Le vieil homme et le rappeur finiront, comme de juste, par s’apprivoiser, le film organisant leur rapprochement entre objets transitionnels (la gastronomie de nos terroirs, la chanson française ou L’Albatros de Baudelaire) et ressorts sentimentaux (Far’hook est en manque de père, André s’est éloigné de son fils). Il y avait du panache ou, au choix, de l’inconscience, à s’attaquer aussi frontalement aux fractures françaises (politiques, géographiques, générationnelles, ethniques) d’aujourd’hui pour livrer cette ode presque anachronique (tant la situation est aujourd'hui tendue) au « vivre ensemble ». Passé son beau titre (qui renvoie moins à la « Grande Boucle » cycliste qu’au compagnonnage — à travers le personnage d’André, artiste-artisan — voire, dans sa visée édifiante, au Tour du France de deux enfants), Tour de France ne fait hélas pas avancer le débat, entre blagues éculées (Far’hook pense que Joseph Vernet est un peintre du XVIIIème… arrondissement), clichés rebattus (Depardieu qui « rappe » la Marseillaise), rebondissements téléphonés et personnages secondaires caricaturaux ou insipides. On pourra revendiquer, comme le font certains pour sauver le soldat Djaïdani, la « naïveté » et la « candeur » du film. Mais la jeunesse de France n’est rien moins que naïve, comme on peut le voir dans Swagger d’Olivier Babinet, présenté à l'Acid, regard autrement moins candide et plus vivifiant sur les banlieues d'aujourd'hui.

Tour de France de Rachid Djaïdani, France 2016, Durée : 95 mn.
Quinzaine des Réalisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 23.05.16 à 15:28

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