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Zérodeconduite.net fait peau neuve (et ouvre sa boutique) !
Zérodeconduite.net fait peau neuve pour la rentrée !
A partir du 1er septembre, découvrez la nouvelle version du site : un graphisme rafraîchi et une interface de navigation repensée, qui permettra notamment un meilleur accès aux archives du site, et surtout de sélectionner en un clic tous les contenus liés à votre discipline (actus, articles du blog, dossiers pédagogiques, sites de films).
Autre nouveauté, Zérodeconduite.net ouvre un service de vente de DVD aux établissements d'enseignements. En attendant l'ouverture de notre boutique en ligne, vous pouvez d'ores et déjà découvrir notre catalogue 2010-2011. Il comporte 40 titres soigneusement choisis par l'équipe de Zérodeconduite.net, vendus chacun avec ses droits institutionnels (qui permettent le visionnage en classe) et un dossier d'accompagnement pédagogique.
Posté par Zéro de conduite le 26.08.10 à 11:37 - Réagir
Hors la loi de Rachid Bouchareb

Trop courte, trop schématique, trop partielle… L'historien ne pourra se satisfaire de la représentation expéditive que donne Hors la loi de Rachid Bouchareb du massacre de Sétif du 8 mai 1945, et que la pré-polémique a placé sous les feux des projecteurs. Ces cinq minutes risquent de faire oublier les deux heures et quelques du film de Rachid Bouchareb. C'est bien dommage, car dans la salle de projection, c'est précisément l'inverse que l'on a vécu.
La séquence d'ouverture donne le "la" : en plans larges, presque leoniens, sur un paysage désolé, la séquence montre l'humiliation coloniale (un agriculteur dépossédé de sa terre au profit d'un colon), et introduit trois petites silhouettes frêles, trois frères que l'on retrouvera adultes (le trio Jamel Debbouze, Sami Bouajila et Roschdy Zem).
Cette scène originelle pose l'ambition du film : avec Hors la loi, Rachid Bouchareb signe son Il était une fois en… Algérie, entrelaçant les destins de trois frères à la lutte du FLN sur le territoire français. Bien plus à l'aise dans le film noir (clair-obscurs, fusillades, héros à chapeau mou) que dans le film de guerre (les séquences de bataille étaient le gros point faible d'Indigènes), le réalisateur de Little Senegal alterne avec bonheur scènes intimistes et morceaux de bravoure (impressionnantes scènes de foule). Avec sa construction en chiasme qui embrasse le film entre deux massacres (le 8 mai 1945 à Sétif, le 17 octobre 1961 à Paris) et deux combats de boxe, Hors la loi montre une sacrée ambition romanesque, au mépris —parfois— de la vraisemblance (la voiture de Said qui arrive à point nommé pour secourir ses frères) et —souvent—de l'ancrage historique (Rachid Bouchareb n'a que faire de nous donner un cours d'histoire).
Hors la loi n'est pas un film d'histoire : même si la fiction se raccroche à la chronologie historique, les personnages appartiennent clairement à la mythologie. Cela relativise d'emblée les critiques que l'on peut lui adresser. L'une d'elles est en tout cas particulièrement injuste : Hors la loi est tout sauf un film pro-FLN. Il montre la violence du parti indépendantiste, notamment dans sa lutte sanglante avec le MNA ou sa prise en main de la communauté algérienne de France. Il montre également le cynisme de ses dirigeants, capables de donner le mot d'ordre de la manifestation du 17 octobre 1961 en comptant bien exploiter le bain de sang qui va en résulter.
Hors la loi est finalement un film sur la manière dont l'histoire broie inexorablement les destins individuels, y compris de ceux qui cherchent à la servir. Le véritable héros du film est l'idéologue Abdelkader (Sami Bouajila), cadre du FLN, qui aura tout sacrifié à une victoire qu'il ne verra jamais.
Hors la loi de Rachid Bouchareb, Sélection Officielle
Sortie en France le 21/09/2010
Pour en savoir plus :
- Un autre point de vue sur le blog de Jean-Michel Frodon
Posté par zama le 23.05.10 à 16:26 - 1 commentaire
Documentaires : Inside Job et Countdown to zero
"Le meilleur film d'horreur de l'année" : c'est ainsi que Thierry Frémaux présentait au public Inside Job, documentaire de Charles Ferguson sur la crise financière dite "subprimes". Deux jours plus tard et dans la même salle, on l'aurait volontiers détrôné au profit de Countdown to zero de Lucy Walker, qui s'attache lui aux dangers de la prolifération nucléaire.
Musique rock à fond les ballons, infographies spectaculaires, montage survitaminé : les deux documentaires américains présentés cette année en Sélection Officielle (Hors compétition) s'inscrivent dans un genre, le néo-documentaire militant, lancé il y a quelques années par Une vérité qui dérange "le film d'Al Gore".
Une fois posée la comparaison, il faut toutefois reconnaître que les deux films ne sont pas d'égale qualité.
Troisième film du festival à traiter frontalement la question de la crise financière (avec la fiction hollywoodienne Wall Street 2 et le documentaire franco-suisse Cleveland contre Wall Street, Inside Job propose un exposé aussi rigoureux que pédagogique sur le sujet. "Tout ce que vous avez voulu savoir sur la crise des subprimes sans jamais oser le demander" en quelque sorte : on ressort du film avec l'impression d'avoir tout compris aux phénomènes complexes de la haute finance internationale. Inside Job est aussi percutant et corrosif que du Michael Moore (dont le dernier film, Capitalism : a love story, traitait peu ou prou du même sujet : la prise de pouvoir de Wall Street sur Washington), sans les défauts (approximations, pathos, manichéisme…) que celui-ci a développés.
On espérait de Countdown to zero une histoire de la dissuasion nucléaire, du projet Manhattan à la montée des périls actuels (élargissement du club des pays possesseurs de la bombe, vulnérabilité des anciens arsenaux de l'ex-URSS…). Prenant pour fil rouge une phrase de John Fitzgerald Kennedy ("Every man, woman and child lives under a nuclear sword of Damocles, hanging by the slenderest of threads, capable of being cut at any moment by accident or miscalculation or by madness. The weapons of war must be abolished before they abolish us...”), le film préfère marteler pendant une heure et demi son credo apocalyptique, décrivant par le menu les effets d'une explosion nucléaire.
Egrénant pour faire bonne mesure les incidents de toute sorte (crise des missiles de Cuba mais aussi dysfonctionnements informatiques) qui pendant la Guerre Froide auraient pu mener à l'anéantissement des deux Grands, le film agite surtout, à destination du spectateur occidental, la peur d'un attentat dans une grande métropole des Etats-Unis ou d'Europe occidentale, et ne se prive pas de désigner les usual suspects : Al-Quaïda, Iran, Pakistan…
Si le danger est indiscutable et que la dénucléarisation totale est la seule solution viable (le film cite la phrase d'Enrico Fermi : "Ce qui n'est pas impossible est inévitable."), on sait que la peur n'est pas toujours bonne conseillère : voir le seul film américain en compétition, Fair game de Doug Liman.
Inside Job de Charles Ferguson, Sélection Officielle Hors compétition (Séance spéciale)
Countdown to zero de Lucy Walker, Sélection Officielle Hors compétition (Séance spéciale)
Posté par zama le 22.05.10 à 20:37 - Réagir
Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
Comment le cinéma peut-il montrer la grâce, la grâce au sens fort, théologique du terme ?
Avec son nouveau film, Xavier Beauvois s'attaque à un sujet d'une folle ambition (la foi et la façon dont elle transcende l'humanité) et s'inscrit dans une veine exigeante, qui va (pour faire vite) de Dreyer à Bruno Dumont…
On pouvait s'attendre à un film-enquête reprenant l'affaire là où l'on laissée les révélations de l'historien américain John Kiser, qui y voyait la main de l'armée algérienne. On se rend vite compte que le sujet du film de Xavier Beauvois n'est pas là. Si Des hommes et des dieux prend la peine de poser les enjeux historiques, de montrer la violence des deux camps (massacres perpétrés par les islamistes, répression aveugle de l'armée), il s'en tiendra strictement à son point de vue : celui d'une communauté trappiste à la fois retirée du monde et immergée dans la réalité algérienne.
Le film prend ainsi le temps de décrire le quotidien des moines, d'égréner patiemment les prières, les travaux et jours. Il insiste sur l'indéfectible solidarité qui unit la communauté au petit village accroché au monastère, dont elle partage les joies et soulage les peines. Puis, les dangers de la guerre civile se rapprochent des portes du monastère, et posent aux moines une question déchirante : partir et abandonner leur "troupeau", ou rester, au risque quasi certain de leur vie ? C'est là que commence, direct pour certains, tortueux pour d'autres, le cheminement qui mènera six d'entre eux (les deux autres ayant réussi à se cacher au moment de l'enlèvement) au martyre.
Comment montrer la grâce, donc ? La force du film est d'y répondre d'abord par des moyens purement cinématographiques : Des hommes et des dieux est d'une beauté plastique à couper le souffle. La grâce, c'est peut-être avant tout une question de lumière, celle qui tombe sur Saint-Matthieu dans la Vocation… du Caravage). Le film accumule d'ailleurs les références à la peinture religieuse italienne : on aperçoit ici une reproduction de la Vierge de l'Annonciation d'Antonello da Messina, là un Christ à la colonne de Caravage ; certains plans citent directement les tableaux de maître, tel ce soldat islamiste blessé traité comme le Christ de Mantegna.
Mais l'histoire de la peinture montre bien que le sacré peut se nicher aussi dans des sujets profanes : pour filmer les visages des moines, la chef-opératrice Caroline Champetier dit s'être inspirée des autoportraits de Rembrandt. L'idée est magnifique : ces visages anguleux (Lambert Wilson), ronds (Michael Lonsdale) ou burinés (Jacques Herlin), sont autant de facettes d'une seule et même humanité, chacun porte en lui "la forme entière de l'humaine condition". C'est dans ces scènes frontales, d'une absolue simplicité, qui voit les moines discuter de la conduite à tenir, et peu à peu se rallier à la décision commune, que le film émeut peut-être le plus.
A mesure que l'on s'approche du dénouement fatal, Des hommes et des dieux prend un tour plus lyrique : quand il filme les moines chantant un cantique pour faire pièce au vrombissement menaçant d'un hélicoptère de l'armée ; ou quand il montre leur communion au cours de ce qui s'avèrera être leur dernier repas.
Certains auront été bouleversés par cette (s)cène, véritable acmé émotionnelle du film ; nous avouerons y être restés à la surface des choses (des hommes se souriant et pleurant en écoutant Le Lac des Cygnes). Comme si en cherchant à l'objectiver de manière littérale, Xavier Beauvois laissait finalement échapper cette grâce qu'il avait tutoyé pendant tout son film. Question de sensibilité toute personnelle, sans doute : certains sont amateurs des éclairages violents du Caravage ; d'autres de la lumière délicate de Giotto.
Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, Sélection Officielle
Posté par zama le 21.05.10 à 12:58 - Réagir
Carlos d'Olivier Assayas
"C’est subjectif. C’est désolant. On ne peut pas laisser la vérité historique travestie de telle manière !". Prononcé depuis sa cellule de la prison de Poissy dans laquelle il purge une peine de réclusion à perpétuité pour le meurtre de deux policiers de la DST et de leur indicateur survenu à Paris en 1974, le jugement d’Ilich Ramirez Sanchez, dit "Carlos" ou bien encore "le Chacal", est sans appel. Non contente d’être injuste, la critique est particulièrement sévère pour le film d'Olivier Assayas. Si Carlos n’a toujours pas vu Carlos dans son intégralité, il n’a pas davantage compris les motivations profondes du réalisateur de Clean, qui a refusé de le rencontrer pour puiser, à la source même, des informations de première main afin de retracer sa vie.
Tronquée, partielle et parfois allusive, la vie de Carlos telle qu’Olivier Assayas a choisi de la porter à l’écran n’appartient pas au genre des biopics classiques mais se situe à la confluence d’une double inspiration cinématographique. Digne héritier des polars réalistes des années 1970 comme French Connection de William Friedkin, le triptyque d’O. Assayas s’illustre par sa capacité à mêler, avec une rare souplesse, scènes intimistes et séquences spectaculaires pour mettre à jour tant les relations personnelles du terroriste avec ses conquêtes féminines que les violents attentats menés avec ses camarades révolutionnaires. Mené à un rythme effréné, Carlos s’inscrit également dans la droite lignée de longs-métrages récents sur les grandes (et petites) figures du XXe siècle (tels que le Che de Soderbergh ou le Mesrine de Richet). Produite pour la télévision (Canal +) comme pour le cinéma (Cannes), l’œuvre d’Assayas se décline en une saga de 5 h 30 divisée en plusieurs volets, destinés à ponctuer en trois phases distinctes la vie du terroriste : l’ascension vers la gloire médiatique de 1974 à 1975, après quelques coups d’éclat à Londres comme à Paris, l’apogée à partir de la prise d’otage menée à Vienne à l’encontre des ministres du pétrole de l’OPEP, et enfin le déclin inéluctable avec la fin de la Guerre froide et son incarcération en France en 1994.
Mensongère ? Fictive ? Contre-révolutionnaire ? La vie de Carlos version Assayas porte, selon les propres dires de l’intéressé, "une atteinte à son image et à sa présomption d’innocence". Comment imaginer Carlos en fumeur de cigarettes et non de cigares ? Comment oser le représenter en alcoolique, attiré par les femmes et prompt à se laisser acheter ? Comment entendre qu’il puisse s'entourer de telles équipes de bras cassés ? Comment croire que la prise d’otage de Vienne ait été commanditée par Saddam Hussein et non par Khadafi ? Autant "d’erreurs" (?) appartenant à la micro-histoire, elle-même dissimulée sous des zones d’ombre soigneusement entretenues par Carlos lui-même, autant de détails qui n’intéressent pas Olivier Assayas. Ce n’est pas sur la personne de Carlos que le réalisateur a choisi de braquer sa caméra, mais sur sa figure. Une figure mythique du terrorisme international qui a fait trembler le monde occidental de 1974 à 1994. Un personnage porté aux nues médiatiques qui en dit plus sur son époque que sur sa vie personnelle. Carlos n’est pas une œuvre à charge, mais une invitation à pénétrer le monde trouble et complexe du terrorisme international des années 1970-1980.
A ce titre, le long-métrage présente une double utilité pour les professeurs d’histoire-géographie. Fenêtre ouverte sur le monde de la guerre fraîche au programme des Terminales générales, Carlos se focalise sur les multiples mouvements révolutionnaires gauchistes (palestiniens, allemands, japonais…) qui ont changé d’alliances et de politiques au gré des contre-coups de la guerre froide ou encore des divisions mouvantes du monde arabe (depuis les décisions de Yasser Arafat de négocier un plan de paix au Proche-Orient jusqu’aux manœuvres de Saddam Hussein pour faire monter le prix du pétrole et ainsi s’armer pour mieux attaquer l’Iran…). Modèle de parcours à suivre pour retracer, à partir d’un cas individuel, tout un pan de l’histoire contemporaine, Carlos présente une belle synthèse de l’imbroglio idéologique des mouvements gauchistes des années 1970, qui n’hésitent à puiser aux sources du marxisme, du léninisme, du guevarisme ou bien encore du radicalisme musulman pour défendre, les armes à la main, la cause des opprimés contre l’impérialisme capitaliste. Riche, complexe et parfois pointu, le film ne présente qu’un défaut "pédagogique" : sa longueur (5 h 30 de saga terroriste, c’est déjà bien plus qu’il n'en faudra pour traiter dans le futur programme de première le thème de la Guerre froide) ; celle-là même qui en fait un régal pour les spectateurs.
Carlos d'Olivier Assayas, Sélection Officielle Hors compétition
En savoir plus :
- Une interview d'Olivier Assayas sur le blog de Jean-Michel Frodon
Posté par zama le 20.05.10 à 13:33 - Réagir
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