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L'irruption des nouvelles images

En guise d'ap?ritif au Festival Un Etat du monde et du cin?ma 2010, nous publions la retranscription d'une conf?rence donn?e lors de la premi?re ?dition du Festival (2009), par le psychologue Serge Tisseron.
[> Voir ?galement la conf?rence de Fran?ois de Singly, La famille dans le cin?ma contemporain]?

Les nouvelles images dans le cinema contemporain

D’apr?s la conf?rence donn?e par Serge Tisseron* au Forum des Images lors du Festival Un Etat du monde et du cin?ma 2009
Cette conf?rence a ?t? entrecoup?e d'extraits des films suivants, que nous ne pouvons reproduire ici :

Le Projet Blair Witch de de Daniel Myrick, Eduardo Sanchez (1999)
Rec de Paco Plaza, Jaume Balaguer? (2008)
Redacted de Brian de Palma (2008)
Cloverfield de Jim Abrams (2008)
Afterschool d’Antonio Campos (2008)

Nous remercions le Forum des Images et Serge Tisseron pour nous avoir permis de mettre en ligne cette retranscription.
NB : Cette retranscription, a ?t? r?alis?e ? partir de notes prises lors de la conf?rence, et n’a pas ?t? relue pas Serge Tisseron : elle n’engage donc que le site Z?rodeconduite.net.

Les films dont vous venez des voir les extraits sont construits sur un m?me postulat : quelqu’un est en train de filmer, et ce qu'il filme c'est ce que nous voyons ? l'?cran. Ils se terminent tous de la m?me mani?re, par la disparition des diff?rents protagonistes : le dernier ? dispara?tre est celui qui a r?ussi ? tenir la cam?ra jusqu’au bout. La cam?ra est une esp?ce de relais que les protagonistes se passent au fur et ? mesure.
Au niveau de la mise en sc?ne, l’id?e est de faire croire que c’est tourn? en continu : pour masquer les raccords la cam?ra se perd au plafond, au sol, ou dans des bousculades. Cette mani?re de tourner est destin?e ? rappeller les films que l’on peut faire soi-m?me. Il y a un rapport d’intimit?, de proximit? entre le preneur d’images et les personnes film?es, qui cr?e pour le spectateur un sentiment accru d’immersion dans l’action.
Le succ?s du Projet Blair Witch est li? au fait qu’il a ?t? lanc? sur Internet comme un document authentique. C’est le film qui a vraiment popularis? cette mani?re de filmer au cin?ma, mais il faut savoir qu’avant les r?alisateurs, des photographes l’avaient d?j? fait : le photographe japonais Araki filme constamment sa vie depuis une vingtaine d’ann?es.
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Posté par le 03.02.10 à 23:07 - Réagir

Le Petif fugitif en DVD

Le Petit fugitif

On ne dira jamais assez ce que le support DVD, qui va bient?t f?ter ses quinze ans, a apport? ? l’histoire du cin?ma. Au-del? (et ? cause) de ses qualit?s (interactivit?, robustesse, co?t r?duit) intrins?ques, il a surtout suscit? des vocations chez les ?diteurs?: le travail passionn? de quelques ind?pendants a permis red?couvertes, r?habilitations, r??valuations, faisant de la cin?philie contemporaine un work in progress en constant bouillonnement.
Ainsi Carlotta (qui restaur? et r??dit? des merveilles comme Cria Cuervos et Berlin Alexanderplatz) nous propose aujourd’hui de d?couvrir rien moins que le "cha?non manquant" du cin?ma moderne, qui relierait les deux grands mouvements que furent le n?o-r?alisme italien et la Nouvelle Vague fran?aise.
L’expression est d’Alain Bergala (critique et historien du cin?ma, directeur de la collection L’Eden Cin?ma) qui nous?raconte sur le DVD le destin singulier d’un film dont l’influence sera inversement proportionnelle au budget (30 000 dollars de l’?poque). Tourn? en 1953 ? Brooklyn dans une totale libert? artistique et ?conomique par un d?butant, le photographie Morris Engel (le film est co-sign? par ses collaborateurs Ruth Orkin et Ray Ashley), Le Petit Fugitif met en œuvre des principes (l?g?ret? du tournage en ext?rieurs, libert? de la narration) qui influenceront profond?ment le cin?ma ind?pendant am?ricain (Cassavettes tourne Shadows quelques ann?es plus tard) et surtout la Nouvelle Vague fran?aise?: de l’aveu m?me de Fran?ois Truffaut, c’est un film sans lequel ni A bout de souffle ni les 400 coups n’auraient exist?. On se rend d’ailleurs compte que c’est lui qui fait la couverture du mythique num?ro 31 des Cahiers du Cin?ma (o? Truffaut ?crit sa charge contre une "certaine tendance du cin?ma fran?ais").
Au-del? des questions historiques, 
il se d?gage du film, plus de cinquante ans apr?s, une ?tonnante impression de fra?cheur (bien mise en valeur par la qualit? de la copie en noir et blanc)?: tirant partie de la l?g?ret? de son dispositif (Morris Engel avait sp?cialement fait construire une cam?ra 35 mm tr?s compacte et maniable pour les besoins du tournage)? le film restitue de mani?re saisissante l’ambiance du New York populaire (les rues de? Brooklyn et des plages de Coney Island) de l’?poque?; mais il frappe ?galement par la pr?sence juv?nile des com?diens, au premier rang desquels le h?ros, le petit Joey (Richie Andrusco). A partir d’un canevas assez l?che (et qui rappelle A bout de souffle?: croyant avoir tu? accidentellement son grand fr?re, le petit Joey erre ? travers la ville), Le Petit fugitif s’attache en effet surtout ? capter successivement les ?motions et les ?tats d’?me d’un gar?onnet d'une dizaine d'ann?es.
La libert? et la sensibilit? qui se d?gagent de cette ballade placent cette œuvre dans la lign?e des plus beaux films sur l’enfance, aux c?t?s de Kes de Ken Loach ou Ponette de Jacques Doillon, en passant ?videmment par les 400 coups, film-fr?re de Fran?ois Truffaut.

Le Petit fugitif
de Morris Engel, Ray Ashley et Ruth Orkin, DVD Carlotta, 80 mn, 1953
Le DVD inclue ?galement les documentaires Le Cha?non manquant (11 mn) et Morris Engel, l’ind?pendant (29 mn) et un livret photo de 36 pages

> Gagnez 25 DVD sur le Club Z?rodeconduite.net (Jeu-concours jusqu'au 27/01/2010)

Posté par le 10.01.10 à 17:36 - 2 commentaires

Loup : le site p?dagogique

Loup

Plus de dix ans s'abstenir ! Tourn? dans les conditions extr?mes du grand Nord et "dans les conditions du r?el" (dixit le dossier de presse) par le cin?aste-explorateur Nicolas Vanier (Le Dernier Trappeur) , Loup semble pourtant aussi fabriqu? et aseptis? qu'un bon vieux Disney des familles. A la mi?vrerie assum?e du sc?nario et des dialogues s'ajoute le cat?chisme rebattu sur le respect de la belle nature.
Mais le plus g?nant n'est pas l?. Fig?s dans leur nature immuable de "peuple premier" qui n'est pas entr? dans l'histoire (? la diff?rence des Indiens et Inuits qui, comme il l'explique candidement, ont "d??u" Nicolas Vanier : "ils circulent ? motoneige, touchent les ch?ques de leur gouvernement…"), r?duits ? l'?tat de figurants de leur propre histoire (tous les r?les principaux sont assur?s par des com?diens fran?ais aux traits asiatiques), les Evenes ne sont finalement pas beaucoup mieux trait?s que les "indig?nes" africains ou asiatiques dans les films exotiques des ann?es trente. Il semble ici que le Vanier cin?aste, soucieux de vendre du "d?paysement" format? ? un public familal, soit en totale contradiction avec le Vanier explorateur, et son souci humaniste de rencontre avec l'autre.

Le Cin?doc du CNDP propose un site d'accompagnement p?dagogique autour du fil, qui propose activit?s et ressources pour le premier degr? ("La Yakoutie, le territoire de Loup ?") et le Coll?ge, en G?ographie et SVT ("Habiter des espaces ? forte contrainte").

[Loup de Nicolas Vanier. 2009. Dur?e : 1 h 42. Distribution : Path?. Sortie le 9 d?cembre 2009]

Posté par le 10.12.09 à 11:39 - Réagir

Les Herbes folles en salles

Les Herbes folles

Nous les avions rapproch?s lors de leur passage au dernier Festival de Cannes.
Co?ncidence, ils sortent aujourd'hui en salles ? une semaine d'intervalle : Les Herbes folles d'Alain Resnais aujourd'hui 4 novembre, et L'imaginarium du Docteur Parnassus mercredi prochain 11 novembre. A la diff?rence de la plupart des critiques, nous avions nettement pr?f?r? le second ("C'est baroque, foisonnant, ?trange, ? la fois onirique et cauchemardesque, avec des rappels aussi bien aux contes de f?es qu'? La quatri?me dimension") au premier ("on peut l?gitimement se demander si le ma?tre Resnais ne se livre pas ici ? un condens? caricatural et confus de ce qui fait son style. Le non-sens n'est pas toujours gage de g?nie.").
A vous de vous faire votre opinion…

Les Herbes folles / L'imaginarium du Docteur Parnassus (article du 23/05/2009)

Posté par le 04.11.09 à 13:40 - 2 commentaires

Re-lecture : Le Ruban blanc

Le Ruban blanc

Le film de Michael Haneke, Palme d'or et Prix de l'Education Nationale, sort dans les salles fran?aises. Nous avions chroniqu? le film au moment du Festival :
Le Ruban blanc : le Village des damn?s
Le Ruban blanc : Palme d'Or… et Prix de l'Education Nationale
Pour compl?ter cette approche (voir aussi les dossiers p?dagogiques fran?ais et allemand). Voici une "re-lecture philosophique" du m?me film

A la veille de la premi?re guerre mondiale, un petit village protestant du nord de l'Allemagne. Une autorit? traditionnelle, le baron, qui r?gne sur un peuple de paysans labourant ses terres, et fait office de garant de l'ordre social autant que d'employeur ; quelques notables, le pasteur qui r?gne sur les ?mes, le m?decin qui soigne les corps, et l'instituteur – dont on n'assiste jamais ? la classe (qui est, devenu vieux, le narrateur invisible de l'histoire). C'est l? tout le d?cor du Ruban blanc, le nouveau film de Michael Haneke, une parfaite illustration de ce que le sociologue Ferdinand T?nnies appelait, par opposition ? la Gesellschaft (soci?t?) individualiste et fond?e sur l'int?r?t bien compris de ses membres, une Gemeinschaft (communaut?), type de groupement caract?ris? par la primaut? du groupe sur l'individu et le caract?re quasi organique du lien social, soud? autour de valeurs traditionnelles et gouvern? par un hobereau (dernier reliquat d'un ordre f?odal ancestral o? les fonctions ?conomiques, sociales et politiques sont confondues dans la personne du seigneur). C’est cet ordre traditionnel, rythm? seulement par les saisons et le travail de la terre, qui va ?tre troubl? par d'?tranges actes de malveillance, dont le premier est le pi?ge tendu au cheval du m?decin, au cours de l'?t? 1913.
En toile de fond, on assiste ?galement ? quelques morceaux choisis de l'?ducation rigoureuse que le pasteur dispense ? ses enfants; coups de fouet en guise de punition pour ?tre rentr?s trop tard, ligotage nocturne du fils adolescent pour pr?venir toute atteinte ? la chastet?. Cette morale de la puret? – symbolis?e par le ruban blanc que les enfants doivent porter jusqu'? ce qu'ils se soient amend?s – a vocation ? inscrire sa loi dans les corps : on ne peut s'emp?cher de songer ? la critique classique de la morale kantienne par Schopenhauer?: la crainte de la torture et du ch?timent est l'envers du devoir, et le ressort de son int?riorisation.
De fait, tout est l? ; on devine peu ? peu, sans que jamais la v?rit? ?clate au grand jour, que les auteurs de ces agressions qui troublent la paix de la petite communaut? ne sont autres que les enfants du pasteur, men?s par sa fille a?n?e. Si le p?re incarne la loi sur le mode d'une instance ext?rieure et transcendante, maniant la r?tribution et le ch?timent, les enfants l'ont int?rioris?e au point de s'en faire les interpr?tes, et d'en rendre eux-m?mes, en un tribunal secret, les sentences. On peut renvoyer aux analyses d’Hannah Arendt sur ??l’imp?ratif cat?gorique dans le 3e Reich?? formul? par Hans Frank (gouverneur nazi de la Pologne)?: ??agissez de telle mani?re que le F?hrer, s’il avait connaissance de vos actes, les approuverait??. Il n'y a rien l?, en apparence, de commun avec la morale kantienne ; rien, sinon ??l’id?e que l’homme doit faire plus qu’ob?ir ? la loi, qu’il doit aller au-del? des imp?ratifs de l’ob?issance et identifier sa propre volont? au principe de la loi, la source de toute loi???; en effet, continue Arendt, ??il existe une notion ?trange, fort r?pandue en Allemagne, selon laquelle "respecter la loi" signifie non seulement "ob?ir ? la loi" mais aussi? "agir comme si l’on ?tait le l?gislateur de la loi ? laquelle on ob?it". D’o? la conviction que chaque homme doit faire plus que son devoir?? (Eichmann ? Jerusalem, Paris, Gallimard, 1966).
Si, comme le dit Haneke, Le Ruban blanc est une m?ditation sur le danger essentiel qui consiste ? faire d’un principe un absolu, sans distance ni, surtout, m?diation, et non pas seulement sur les conditions de possibilit? du fascisme – ces enfants de 1914 seront adultes dans l’entre-deux-guerres -, il y a n?anmoins l? une tentative d’apporter un ?l?ment de r?ponse ? ce qui reste un d?fi pour l’entendement – ou pour la ??raison pratique?? -: comment comprendre, comme le dit encore Arendt, ??que la Solution D?finitive ait ?t? appliqu?e avec un tel souci de perfection?? ?

Notions : le Devoir, la Justice, l'Inconscient.?

[Le Ruban blanc de Michael Haneke. 2009. Dur?e : 2 h 24. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 21 octobre 2009]

Pour aller plus loin :
— Le site officiel du film
Dossier p?dagogique fran?ais (Pdf, Cin?doc)
Dossier p?dagogique allemand (Kino macht Schule)

D'autres films de Michael Haneke sur Z?rodeconduite.net
Funny Games USA

D'autres "Re-lectures philo" :
Les trois singes de Nuri Bilge Ceylan
Valse avec Bachir d'Ari Folman
Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry

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Posté par le 20.10.09 à 17:05 - 8 commentaires

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