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Dans les salles : Les films de l'actualité (474 articles)

Pentagon Papers : Spielberg rend hommage à la liberté de la presse, d'hier et d'aujourd'hui

Pentagon Papers

On connaît le scandale du Watergate, passé à la postérité grâce au film d’Alan Pakula, Les Hommes du président (1976) et à ses conséquences sur la carrière de Richard Nixon. Mais on sait moins que quelques mois plus tôt, une autre affaire ébranla la démocratie américaine. Le 13 juin 1971, le New York Times publie des révélations exclusives sur le contenu des "Pentagon Papers", un rapport confidentiel de 7 000 pages dévoilant les mensonges des dirigeants américains sur la guerre du Vietnam. Poursuivi en justice par le gouvernement fédéral, le New York Times est interdit de publication ; son concurrent, le Washington Post, prend alors le relais.

Malgré les similitudes entre ces deux « films d’action du journalisme », il est trop tôt pour dire si le long-métrage de Steven Spielberg sera aux Pentagon Papers ce que Les Hommes du président furent au Watergate. D’autant que la postérité intéresse moins Spielberg que le temps présent. Car un an après l’élection de Donald Trump, qui n’a depuis cessé de critiquer les médias mainstream (c'est-à-dire tous ceux qui n'étaient pas acquis à sa cause), l’histoire des Pentagon Papers rappelle que la presse est au service des "gouvernés", pas des gouvernants. Katharine Graham, propriétaire du Washintgon Post à l’époque et héroïne du film, dut en effet choisir entre son attachement au journalisme et sa loyauté envers ses amis, elle qui était notamment proche de Bob McNamara, l’ancien secrétaire d’État à la Défense, fortement impliqué dans les Pentagon Papers. Pour les gouvernés, et contre les gouvernants malhonnêtes, Graham renonça à cette amitié lorsqu’elle décida de publier dans son journal le contenu de ce rapport classifié.

Manifeste pour le temps présent, Pentagon Papers l’est d’autant plus qu’il résonne avec une deuxième actualité, dont on doute cette fois-ci qu’elle avait été anticipée par Spielberg. En plein mouvement #MeToo, et alors qu’Hollywood s’interroge sur les mécanismes de la domination masculine, le récit de l’émancipation de la directrice du Washington Post tombe à pic. Katharine Graham, personnage essentiel du Watergate (pourtant absente des Hommes du président) n’est, au moment des Pentagon Papers, pas encore une passionaria de la liberté d’informer. Propulsée à la tête du journal familial suite aux décès de son père et de son mari, elle évolue dans un monde presqu’exclusivement masculin. Pour mettre en valeur le décalage entre cette femme timide, persuadée d’être une potiche, et l’assurance des hommes qui l’entoure, Spielberg joue notamment sur les costumes, les robes claires de Katharine Graham se détachant au milieu des habits sombres des hommes. Passionnant dans ses enjeux, Pentagon Papers peine toutefois à toujours prendre chair. Spielberg s’en tient à la matière brute – les faits – sans développer la psychologie de ses personnages. Dans le cas de Katharine Graham, dont l’évolution est au centre du récit, ce défaut de caractérisation psychologique limite l’adhésion du spectateur. Présentée comme passive au début du film, elle le reste tout du long, même quand sa décision de publier les Pentagon Papers fait d’elle une héroïne du journalisme d’investigation. Alors qu’on voudrait pleinement s’enthousiasmer de cette transformation féministe, on reste un peu sur se faim.

La densité et l’austérité du film rendront donc nécessaire un travail en amont avec les élèves – pour introduire la période, la présidence Nixon, la guerre du Vietnam et camper les différents protagonistes de l'histoire –, et l'on préconisera plutôt un travail avec des classes de lycée. En Anglais, Pentagon Papers s’inscrira parfaitement dans l’objet d’études « Lieux et formes du pouvoir ». On y trouve en effet de belles réflexions sur les différentes formes du pouvoir (la politique, le juridique, la presse, mais aussi le pouvoir des hommes sur les femmes). Le film, mis en relation avec l’époque actuelle (Wiki… et autres "leaks") et la présidence Trump, pourra également être le point de départ d’une séquence sur la liberté de la presse. En Histoire, Pentagon Papers permettra d’évoquer la guerre du Vietnam, la Guerre froide et les dessous de la puissance américaine à l’époque (« De la guerre froide à de nouvelles conflictualités » dans le programme de Première ; « Les États-Unis et le monde depuis 1918 » en Terminale). Enfin, en Éducation Morale et civique, on pourra traiter, grâce au film, de la liberté de la presse (« La personne et l’État de droit » en Seconde, objet d’étude qui inclut les libertés collectives et la séparation des pouvoirs ; « Les enjeux moraux et civiques de la société de l’information » en Première) ou de la place des femmes dans la société (« Égalité et discrimination » en Seconde).

Philippine Le Bret

Merci à Karin Grosset-Grange, professeure d’Anglais, et à Anaïs Clerc-Boudet, professeure d’Histoire-Géographie EMC, pour leur contribution à cet article

[Pentagon Papers de Steven Spielberg. 2018. Sortie le 24 janvier 2018. Distribution : Paramount]

Posté dans Dans les salles par le 31.01.18 à 14:57 - Réagir

Entre littérature et histoire, Emmanuel Finkiel sublime la Douleur de Marguerite Duras

La Douleur

En juin 1944, le mari de Marguerite Duras, Robert Antelme, est arrêté pour faits de résistance, puis déporté en Allemagne. Duras l’attendra jusqu’en avril 1945, sans nouvelles mais persuadée qu’il n’est pas mort. De cette attente insoutenable qu’elle décrit dans son récit (finalement paru en 1985), Finkiel fait une expérience immersive pour le spectateur, invité à percevoir le monde à travers les yeux et les oreilles de Duras. Le spectateur ne voit donc que ce qu’elle voit, l’utilisation de longues focales troublant une large partie de l’image ; il entend tout ce qu’elle entend, cette confusion permanente des bruits et des voix qui fait croire à chaque instant au retour de Robert ; il ne sait que ce qu’elle sait, la narration étant interne et non omnisciente. L’interprétation magistrale de Mélanie Thierry, de tous les plans et souvent filmée de près, parachève la totale identification du spectateur à l’héroïne-Duras.

Mais le récit n’est pas seulement celui, somme toute classique, d’une épouse éplorée attendant le retour d’un mari aimé. À l’époque où Robert Antelme est arrêté, Duras n’est déjà plus en couple avec lui. La Douleur qu’elle écrit entre juin 44 et avril 45 est donc moins liée à l’attente qu’à la prise de conscience qu’elle n’aime plus celui qu’elle attend, qu’il n’y aura pas de retrouvailles. Pour restituer toute la complexité du personnage, Finkiel choisit de fusionner le récit intitulé La Douleur avec celui nommé Monsieur X. dit ici Pierre Rabier. La mise en valeur de la relation entre Duras et un milicien français (interprété par Benoît Magimel) permet de souligner les ambigüités de l’écrivaine, qui ne peut s’empêcher de continuer à vivre alors qu’elle montre à tous (y compris à ses lecteurs) que la douleur la tire vers la mort, qu’elle ne survit plus que pour Robert.

Ce que l’on sait, ce qui nous est caché, ce que l’on refuse de savoir… tout cela est encore plus prégnant dans la deuxième partie de La Douleur. Car au milieu du film surgissent ceux que la société de l’époque ne veut pas voir, ceux que le cinéma d’aujourd’hui ne sait pas toujours comment montrer : les anciens déportés, revenus des camps par une radieuse journée de printemps. La Douleur s’inscrit alors dans un questionnement qui parcourt le cinéma et la critique français : le cinéma peut-il, doit-il représenter les camps nazis et leurs effets sur les corps de ceux qui y ont survécu ? Finkiel choisit de montrer certains déportés, revenus amaigris mais ayant toujours figure humaine. Mais le corps de Robert Antelme, décrit par Duras comme une « forme » qui « flottait entre la vie et la mort », se refuse à toute mise en image ; une façon pour Finkiel de reconnaître l’impuissance de la fiction face à l’horreur des camps. Le surgissement des anciens déportés permet également à Finkiel d’interroger l’Histoire de France. Au printemps 1945, la France célèbre la Libération, l’allégresse envahit les rues de Paris. Personne ne veut voir les fantômes de cette guerre, personne ne veut comprendre la terrible singularité du sort du peuple juif pendant la guerre. La cécité collective ne fait que renforcer la douleur de ceux dont les proches ne sont toujours pas revenus, Marguerite bien sûr, mais également Madame Katz, autre personnage phare de cette seconde partie. Cette vieille femme attendant le retour de sa fille déportée, même après qu’elle ait eu la certitude que celle-ci avait été gazée, est une réminiscence déchirante de l’histoire personnelle d’Emmanuel Finkiel, dont le père a attendu toute sa vie le retour de ses parents et de son frère, morts à Auschwitz.

Pédagogiquement, le film s’affirme comme un passionnant objet d’étude dans trois disciplines (plutôt adapté aux lycéens en raison de ses quelques longueurs). En Lettres, les professeur·e·s de Première L pourront l’utiliser, conjointement avec le livre de Duras, pour la thématique « Le personnage du roman, du 17e siècle à nos jours ». En Histoire, en classe de Première (« La Seconde Guerre Mondiale : guerre d’anéantissement et génocide des Juifs et des Tziganes ») ou de Terminale (« L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en France »), on pourra s’intéresser à la lente reconnaissance de la Shoah après la guerre ou à la collaboration sous le régime de Vichy. Un travail conjoint Lettres-Histoire pourra d’ailleurs être envisagé autour du film. Enfin, en Histoire des Arts, en Première, on pourra se pencher sur la représentation des camps nazis et de la figure du déporté au cinéma, en croisant La Douleur avec d’autres films tels que Nuit et brouillard, La Liste de Schindler, Shoah ou Le Fils de Saul.

Philippine Le Bret
Merci à Renée Marmonnier, professeure de lettres, pour sa contribution à cet article

[La Douleur d'Emmanuel Finkiel. Durée : 126 mn. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 24 janvier 2018]

Posté dans Dans les salles par le 25.01.18 à 11:23 - Réagir

Marie Curie : le biopic d'une femme d'exception qui se perd dans l'anecdotique

Marie Curie

Quand on sait qu’en France seulement 33% des postes scientifiques et techniques sont occupés par des femmes, la mise en avant de modèles scientifiques féminins est toujours une bonne nouvelle. On se réjouissait donc de la sortie d’un film consacré à la physicienne et chimiste Marie Skłodowska-Curie, d’autant que la réalisatrice, Marie Noëlle, semblait vouloir se détacher de l’entité bicéphale « Pierre-et-Marie-Curie » pour se consacrer uniquement à sa moitié féminine. Malheureusement, au-delà de cette intention initiale, on peine à comprendre ce que Marie Noëlle souhaite raconter. Entendait-elle faire un biopic de Marie Curie ? Cela aurait nécessité de se pencher plus en détails sur le génie que déploya la scientifique dans son travail (ses recherches, son apport à la science, l’origine de sa passion pour la physique et la chimie, etc.). Or, rien de tout cela ici : les novices n’auront aucun moyen de comprendre l’importance des travaux de Marie Curie. Il y a pourtant dans sa carrière matière à nourrir le romanesque, elle qui pendant la Première Guerre Mondiale utilisa sa connaissance du radium pour concevoir des unités de radiologie mobiles (surnommées plus tard les « petites Curies ») et se rendit régulièrement sur le front pour réaliser des radiographies des soldats blessés.
Peut-être Marie Noëlle voulait-elle s’affranchir du biopic, et montrer une intellectuelle dans son époque. Mais sa description manque de précision. Le film effleure de nombreux éléments singuliers de la vie de Marie Curie sans en approfondir aucun. Ainsi, la coopérative d’éducation montée avec son mari et plusieurs autres intellectuels de l’époque (un geste politique fort visant à redéfinir le modèle d’éducation donnée aux enfants) n’est présentée que comme une succession d’ateliers rigolos destinés à faire passer le temps. Le manque de mise en contexte est d’ailleurs une des grandes faiblesses du film, car il empêche le spectateur peu informé de saisir tous les enjeux de la dramaturgie.
La réalisatrice voulait-elle donc moins inscrire le film dans son cadre historique que faire écho au présent, en filmant une femme qui se bat pour s’imposer dans un milieu machiste ? C’est l’hypothèse la plus convaincante, soutenue par les scènes les plus réussies du film : l’effacement forcé de Marie Curie lors de la réception de son premier prix Nobel, pour lequel on ne félicite que son mari ; ses difficultés à être reconnue comme une vraie scientifique par ses pairs ; les refus qu’on lui oppose lorsqu’elle tente de s’imposer comme cheffe de laboratoire ou professeure d’université ; les reproches incessants formulés à l’encontre de son mode de vie et de sa liberté. Autant d’éléments qui soulignent avec justesse la force de caractère déployée par Marie Curie pour imposer son travail.

Quel qu’ait été le projet de Marie Noëlle, on regrette qu’elle laisse autant de place à la liaison qu’entretinrent Marie Curie et Paul Langevin. Loin des questionnements passionnants que posent nombre d’éléments de la vie de Marie Curie, cette histoire d’amour adultérine n’est qu’une romance conventionnelle, qui reprend sans inventivité les topos de l’homme marié séducteur, de la maîtresse trop libre pour son époque et de la femme trompée basculant dans la folie. Dommage donc pour les professeurs de physique-chimie, qui ne trouveront dans ce film pas suffisamment d’éléments scientifiques pour pouvoir aborder avec leurs élèves les découvertes de Marie Curie, ni suffisamment d’éléments historiques pour discuter avec eux de la place de cette femme d’exception dans l’histoire des sciences.

Philippine Le Bret

Merci à Martin Tiano, professeur de physique-chimie, pour sa contribution à cet article

[Marie Curie. Un film de Marie Noëlle. 2017. Durée : 99 mn. Distribution : KMBO. Sortie le 24 janvier 2018]

Posté dans Dans les salles par le 24.01.18 à 09:33 - Réagir

"Les Heures sombres" ou comment Churchill a mobilisé la langue anglaise et l’a envoyé au combat

Les Heures sombres

Qu’est-ce qui fait un homme d’État ? La question traverse Les Heures sombres comme elle parcourt El Presidente, deux films sortis en salles ce mercredi 3 janvier. Dans le long-métrage de Joe Wright, c’est un personnage historique qui fait naître cette réflexion : Les Heures sombres explore les jours décisifs de mai 1940, au cours desquels le tout nouveau Premier Ministre, Winston Churchill, doit faire face à l’avancée fulgurante des troupes nazies. Alors que les pays européens capitulent les uns après les autres, Churchill porte sur ses épaules la destinée de son pays et du monde, tiraillé entre sa conviction qu’une guerre totale est nécessaire et la possibilité que des négociations avec Hitler soient un meilleur moyen de garantir la survie de son pays.

La grande réussite de Joe Wright est de substituer au film d’action - traitement cinématographique habituel des conflits - un film sur la parole. Ce qui est intéresse le réalisateur britannique, ce ne sont pas les grands gestes de la guerre (ce que montrait récemment le Dunkerque de Christopher Nolan), mais la façon dont le verbe politique forge le destin d’une nation. En toute logique, Les Heures sombres s’ouvre et se clôt sur des discours. Entre les deux, la faconde de Churchill déploie toute sa puissance, de sa promesse de « sang et de larmes » à sa détermination à « faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs ». Wright cherche l’origine de ces mots qui déterminèrent en leur temps le sort de l’Europe. Il la trouve dans le talent oratoire de Churchill autant que dans ses excès, ceux d’un homme caractériel et porté sur la bouteille. Il révèle aussi que cette parole inspirante naît parfois du mensonge, Churchill ne cessant de mettre en avant la victoire prochaine sur le nazisme pour préserver le moral de ses concitoyens. Comme l’exprime un député vers la fin du film, Churchill a « mobilisé la langue anglaise et l’a envoyée au combat ».

Riche de ces ambivalences, le verbe peine néanmoins à prendre chair. Quelques morceaux de bravoure rappellent le talent de Wright pour dépeindre l’atmosphère d’une époque - un plan-séquence dans les rues de Londres, un autre sur les routes de l’exil en France, un troisième dans la forteresse assiégée de Calais. Mais l’inventivité sans limites du précédent film de Joe Wright, Anna Karénine, semble bien lointaine. Dans ce précédent film, le monde était un opéra, et la réalité ne cessait d’être rattrapée par sa mise en scène. Dans Les Heures sombres tout est aussi question de mise en scène - Churchill sait bien que l’image qu’il renvoie à son peuple et au monde est aussi importante que les décisions qu’il prend. Cette fois-ci pourtant, Joe Wright se contente de reconstituer, avec talent mais sans génie. Malgré ces faiblesses, Les Heures sombres porte suffisamment de questionnements pour constituer un support pédagogique profitable. En cours d’anglais au cycle terminal, le film s’intègrera parfaitement dans les objets d’études « Mythes et héros » (pour étudier au plus près la figure de Winston Churchill) et « Lieux et formes du pouvoir » (le film parcourt en effet tous les lieux de pouvoir du Royaume-Uni de l’époque, de Westminster aux souterrains des Cabinet War Rooms en passant par le palais de Buckingham).

Philippine Le Bret

[Les Heures sombres de Joe Wright. 2017. Durée : 126 mn. Distribution : Universal Pictures France. Sortie au cinéma le 3 janvier 2018]

Posté dans Dans les salles par le 05.01.18 à 11:40 - Réagir

El Presidente, un "House of cards" géopolitique à la sud-américaine

La Cordillera

La séquence d’ouverture est magistrale : on entre par la porte de service pour finir dans l’épicentre du pouvoir, le cabinet du président argentin… Hernàn Blanco, tout frais élu sur son image d’homme ordinaire, s’apprête à s’envoler pour le sommet des pays d’Amérique du Sud, alors qu’un scandale impliquant son gendre menace d’éclater. Plongée tambour battant dans les arcanes du pouvoir suprême, mêlant les affaires domestiques aux grands enjeux géopolitiques (ici à l’échelle d’un continent), El presidente distille un parfum capiteux — et fort plaisant — de House of cards ou The West Wing latino-américain.

Santiago Mitre tire brillamment partie du charisme de ses interprètes (à commencer par Ricardo Darin, superstar du cinéma argentin) et de décors impressionnants (le sommet se déroule dans un grand hôtel des montagnes andines, métaphore visuelle de l’Olympe où frayent les "grands de ce monde") pour faire naître le mystère. Qui est ce présidente Blanco récemment élu ? Un président « normal » manipulé par ses conseillers plus capés, ou un ambitieux aux mains pas très propres ? Le film refuse toutefois de suivre les voies toutes tracées du thriller politique que laissait deviner cette mise en place, pour traiter l’affaire qui menace sur un mode plus psychologique et quasi-fantastique

On reste un peu sur sa faim de ce côté-là, mais ce choix a l’intérêt de déplacer toute la tension sur le sommet en lui-même et ses enjeux géostratégiques. Occupant une position-clé dans ce sommet qui doit accoucher d’une sorte d’OPEP sud-américaine, l’Argentine de Blanco va-t-elle adouber la puissance montante du géant brésilien ou favoriser les menées états-uniennes pour garder la main sur les destinées du continent ? Pas totalement abouti, El présidente constitue néanmoins un matériau de choix pour traiter de l’objet d’étude « Lieux et formes du pouvoir » en classe d’espagnol au cycle terminal. Le film permettra de réviser la géographie politique du continent, en s’appuyant sur les nombreuses tractations mises en scène dans le film. Les différentes figures présidentielles décrites dans El Presidente permettront aux élèves de s’interroger à la fois sur les caractéristiques propres à chaque pays (la rencontre entre Blanco et le président du Mexique reprend par exemple tous les clichés du Mexicain, en même temps qu’elle fait entendre un espagnol rempli de mexicanismes) ; et sur les caractères plus généraux de l’homme politique (qu’est-ce qu’un homme politique ? quel est son rôle ? quelles sont les qualités requises ? – il serait intéressant de poser ces questions aux élèves avant qu’ils ne voient le film, puis de revenir sur leurs réponses après la projection). El Presidente pourra également s’inscrire dans l’objet d’études « Espaces et échanges », initiant une analyse de la relation économique et politique entre les pays d’Amérique latine et les États-Unis, et du rôle des seconds dans l’histoire des premiers.

Philippine Le Bret

Merci à Élodie Douvry, professeure d’espagnol, pour sa contribution à cet article

[El Presidente de Santiago Mitre. 2017. Durée : 114 mn. Distribution : Memento Films. Sortie le 3 janvier 2018]

Posté dans Dans les salles par le 02.01.18 à 11:52 - Réagir

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