blog :::

Dans les salles : Les films de l'actualité (477 articles)

Le petit peintre du Rajasthan : Histoire des deux Indes.

En d?diant son premier long-m?trage ? son fils, le r?alisateur Rajkumar Bhan nous livre la clef de vo?te du film : l’h?ritage. Anirudh est un jeune enfant de onze ans, que son p?re et sa m?re, d?bord?s, placent chez la grand-m?re paternelle ? Shekhawati au Rajasthan (une province du nord de l’Inde), alors qu’ils r?sident ? Poona, ? 130 km au sud de Bombay. Anirudh va d?couvrir alors tout un monde qu’il ne conna?t pas, parce que son p?re ne lui en a jamais parl?, et renouer le lien avec ses anc?tres, notamment ? travers la peinture et les Havelis, ces immenses demeures d?cor?es de fresques.
Le film met en regard deux Indes, celle qui conna?t une croissance ?conomique forte et un d?veloppement urbain consid?rable (Bombay et de Poona, r?put?es pour ?tre des havres de tol?rance), et l’ "autre Inde", repr?sent?e ? l’?cran par la r?gion du Rajasthan. Ces deux espaces que tout oppose (population dense, commerces, ins?curit?, rythme infernal contre d?sert, ?conomie rurale et tranquillit?) sont l’occasion pour le r?alisateur de r?fl?chir ? une croissance ?conomique "sans conscience" qui entra?ne une rupture avec non seulement l’h?ritage culturel mais aussi familial.
Alors qu’ Anirudh red?couvre presque par hasard la vocation artistique familiale, son p?re la rejette. Autorit? violente et arbitraire, il veut se projeter dans la modernit? en faisant table rase du pass?. L’art est ainsi un pont lanc? entre deux rives, et la mise en ab?me est riche : ? travers un cin?aste filmant les Havelis, c’est tout ? la fois le monde moderne qui s’approprie le monde pass?, le mouvement qui donne vie au fig?, et un p?re qui s’adresse ? son fils.
L’exploitation de ce film comme support p?dagogique prend tout son sens en G?ographie et en Sciences Economiques et Sociales. On notera la pr?sence d’une parabole qui donnait son titre initial au film, "Pourquoi le dieu a ri", exploitable en Fran?ais en classe de Premi?re. On n’oubliera pas les Arts Plastiques avec les merveilleuses fresques des Havelis, narrant l’?pop?e de Krishna.

[Le petit peintre du Rajahstan de Rajkumar Bhan. 2006. Dur?e : 1 h 28. Distribution : Eurozoom. Sortie le 10 Janvier 2007]

Posté dans Dans les salles par le 10.01.08 à 09:50 - 3 commentaires

Good night and good luck : Mac Carthy contre CBS




18446497.jpg… o? George (Clooney) contre Bush (George W.) comme titrait Liberation mercredi ?
De ce c?t?-ci de l'Atlantique, m?me s'il d?fend deux nobles causes (les libert?s fondamentales menac?es par le fanatisme politique et la mission ?ducative du medium t?l?visuel), Good night and good luck le film de George Clooney aura du mal ? passer pour un br?lot ; la faute ? un sc?nario trop elliptique pour un public non-am?ricain (qui conna?t ici le journaliste Edward R. Murrow ?) et ? une r?alisation confie dans l'esth?tisme.
On a du mal ? partager la fascination manifeste de George Clooney pour son h?ros et les ann?es cinquante (noir et blanc somptueux, brouillard de fum?e de cigarette, musique jazz), et le huis-clos (tout le film est tourn? en int?rieurs) pourra para?tre bavard et bien longuet.
Reste que le film a un immense avantage : donner ? voir de substantielles images d'archives du s?nateur Mac Carthy, notamment des extraits d'auditions de la commission parlementaire, et une diatribe enflamm?e (qui ach?vera de le discr?diter) contre Murrow ? l'occasion du droit de r?ponse que lui avait accord? la cha?ne.
Ces saisissantes images permettent de mieux saisir l'homme (tribun d'origine modeste et de confession catholique, benjamin du S?nat, qui d?tonnait dans les rangs tr?s "WASP" du Parti R?publicain) et le climat d'hyst?rie politique et m?diatique entretenu par sa campagne. Le tr?s beau et riche site du film cite ces lignes de l'historienne Marie-France Toinet (La chasse aux sorci?res, Editions Complexes) : "Pendant des ann?es, une complicit? plus ou moins volontaire va faire d’une immense majorit? de la presse un alli? enthousiaste ou contraint de McCarthy. Celui-ci conna?t parfaitement les servitudes, notamment en mati?re de temps, de la presse. Il sait cajoler les journalistes, et leur proposer l’information ou le titre, avec un sens parfait de la formule, au moment exact o? ils en ont besoin. Ce minutage
parfait, affin? au fil des mois, lui donne un avantage consid?rable sur ses victimes, parfaitement ignorantes de ces techniques. Ainsi voit-on maints journalistes accepter, voire solliciter, la moindre bribe d’information de McCarthy."
En compl?ment, on conseillera ces pages p?dagogiques (celle-ci et celle-l?) sur le maccarthysme, et surtout le dossier qu'Arte consacrait au sujet ? l'occasion d'une ?mission des Mercredis de l'Histoire : biographie de Mac Carthy, chronologie et une liste de liens vers des sites fran?ais (notamment un utile sch?ma constitutionnel des Etats-Unis) et am?ricains.

[Good Night and Good luck de George Clooney. 2005. Dur?e : 1 h 33. Distribution : Metropolitan Filmexport. Sortie le 4 Janvier 2006]

Posté dans Dans les salles par le 07.01.08 à 17:33 - 13 commentaires

Lord of War / The Constant Gardener : L?Afrique entre la seringue et le fusil



constantwarlord.jpgDans le thriller The Constant Gardener de Fernando Meirelles (La cit? de Dieu), un des personnages compare les agissements de l’industrie pharmaceutique en Afrique au trafic d’armes. On pourra se faire sa propre id?e sur le sujet puisque sort aujourd’hui, co?ncidence ou signe des temps (T?l?rama y voit un mouvement de fond : la red?couverte de l’Afrique par Hollywood), Lord of war d’Andrew Niccol, film retra?ant pr?cis?ment l’itin?raire d’un de ces "seigneurs de la guerre" qui alimentent le continent en engins de destruction.
Le second prend le parti de la satire et du cynisme pour d?peindre un salaud int?gral, alors que le premier, thriller m?tin? de m?lo pr?sente des h?ros classiquement plus positifs (Rachel Weisz en pasionaria des ONG, donnant le sein ? un petit orphelin noir apr?s avoir perdu son b?b? en couches !). Mais les deux films pr?sentent des ressemblances frappantes : ils d?peignent un Occident tirant profit des malheurs de l’Afrique, ils posent le probl?me de la responsabilit? individuelle face ? la trag?die. On pourra ?galement leur faire les m?mes reproches : un manich?isme qui d?samorce toute r?flexion au profit d’une indignation facile (m?chants marchands d’armes et affreuses multinationales), et un regard finalement assez condescendant sur l’Afrique, qu’il tienne de la carte postale (les plans tr?s "National Geographic" de Meirelles) ou de la caricature (la galerie de pantins sanguinaires de Lord of War). On pense souvent au Cauchemar de Darwin qui ne faisait que sugg?rer ce qui est ici lourdement ass?n?, et qui soulignait la complexit? des interactions entre l’Afrique et l’Occident.
Reste que The Constant Gardener et Lord of war tranchent dans la production hollywoodienne standard par leur efforts tr?s document?s pour rendre compte de la r?alit? africaine et porter un discours sur le monde tel qu’il va (mal).
On peut signaler ces deux films aux ?l?ves de Terminale notamment pour les faire r?fl?chir ? certains aspects de leurs programmes d’Histoire et de G?ographie. Lord of War illustre ainsi remarquablement le chapitre sur "la recherche d’un nouvel ordre mondial" (Sections L, ES) en d?crivant le d?mant?lement des arsenaux de l'ancien bloc sovi?tique qui alimentera (entre autres) les multiples conflits inter-africains. Et quelle illustration plus cruelle et frappante des flux commerciaux de la mondialisation (G?ographie, Sections L, ES, Chapitre "Un espace mondialis?") que cette magistrale s?quence d’ouverture, qui suit en point de vue subjectif une balle de fusil, de l’usine o? elle a ?t? fabriqu?e jusqu’au cr?ne d’un enfant-soldat du Lib?ria o? elle finira sa carri?re ?

[The Constant Gardener de Fernando Meirelles. 2005. Dur?e : 2 h 8. Distribution : Mars. Sortie le 28 d?cembre 2005]
[Lord of war d'Andrew Niccol. 2005. Dur?e : 2 h 2. Distribution : SND. Sortie le 4 Janvier 2006]

Posté dans Dans les salles par le 05.01.08 à 01:16 - 20 commentaires

Le Perroquet rouge : cabaret

Si le public fran?ais connait l’histoire de la RDA, c’est plut?t par sa fin. Ces derni?res ann?es il a fait un triomphe ? deux films qui ont montr?, dans des tonalit?s tr?s diff?rentes ("ostalgie" douce-am?re contre d?nonciation du cauchemar totalitaire) la d?liquescence du r?gime et sa mort : Goodbye Lenin ! de Wolgang Becker (2003, 1 400 000 entr?es) et La Vie des Autres de Florian Henckel von Donnersmarck (2006, 1 500 000 entr?es) (voir ?galement notre site p?dagogique).
Le Perroquet rouge de Dominik Graf a l’int?r?t de prendre la RDA par l’autre bout, et de montrer non l’effondrement du r?gime mais sa progressive constitution, non la chute du Mur mais sa construction. De la m?me mani?re que les sc?nes de protestation lors de la construction du mur rappellent celles de liesse ? sa destruction, les probl?matiques abord?es par les films se rejoignent : la position des intellectuels face au r?gime, la place de l'art dans une soci?t? autoritaire, le d?voiement de l’id?al communiste. Bousculant une lecture trop fig?e de l’histoire, le film de Dominik Graf a l’int?r?t de restituer cette p?riode comme un moment de bouillonnement et d’incertitude o? tout ?tait encore possible…
Titre ?nigmatique et pittoresque, le "Perroquet rouge" renvoie au nom d’un cabaret qui incarnait, au d?but des ann?es soixante, la relative libert? que permettait encore le r?gime communiste. Dans ce lieu se croisait une jeunesse plus ou moins dor?e ? la recherche de plaisirs de son ?ge (et de la musique venue d’Outre-Atlantique) et dignitaires du r?gime s’encanaillant dans la zone grise s?parant le tol?r? de l'interdit. En quelques mois, pour des raisons qui ?chappent ? nos personnages, la crispation progressive des autorit?s est-allemandes va entra?ner la fermeture de tels espaces de libert? surveill?e, qui s'av?rera d?finitive, au moins pour une quarantaine d'ann?es.
Le mat?riel historique que brasse Le Perroquet rouge est donc passionnant. Il est dommage que Dominik Graf n’ait pas r?ussi ? les incarner, ? l’instar de Becker et Donnersmarck, dans des personnages et une intrigue ? la hauteur. La relation triangulaire qui unit les trois personnages principaux (Siggi est transi de la belle Louise qui n’a d’yeux que pour le beau Wolle, ind?crottablement volage) appara?t un peu convenue, et les personnages secondaires (la chanteuse, le tra?tre, la secr?taire nymphomane), semblent comme lacunaires. Le film semble ainsi attacher moins d’importance ? son intrigue (on comprend mal les motivations des uns et des autres) qu’? l’atmosph?re de parano?a qu’il installe, souvent baroque et parfois scabreuse (les fameux cornichons de la Spreewald trouvent ici un emploi inattendu). Sombre au propre comme au figur?, Le Perroquet rouge retrouve heureusement un peu de souffle romanesque dans sa derni?re partie, quand la fermeture progressive de la fronti?re pr?cipite les destins.
Le film est donc ? ?tudier plut?t en classe d’Allemand qu’en Histoire, notamment en s’appuyant sur le dossier p?dagogique ?dit? par le magazine Vocable (voir dans l'espace enseignants).

[Le Perroquet rouge de Dominique Graf. 2006. Dur?e : 2 h 08. Distribution : CTV. Sortie le 2 janvier 2008]

Posté dans Dans les salles par le 03.01.08 à 12:11 - 5 commentaires

It's a free world : chronique du lib?ralisme

C’est un vieux ressort de sc?nariste pour faire ressortir l’horreur du lib?ralisme : montrer comment celui-ci transforme certaines de ses victimes en bourreaux, comment il instille le poison de l’individualisme dans les relations amicales, familiales, ou amoureuses… Que l'on pense au h?ros de Ressources humaines de Laurent Cantet, fils d’ouvrier passant "de l’autre c?t?", ou ? la Rosetta des Dardenne, qui, pour lui voler son job, trahissait le seul ?tre qui l’ait jamais aid?, et aim?.
It's a free world de Ken Loach propose une nouvelle variation sur ce sch?ma : en nous montrant comment Angie, victime du syst?me, va en devenir une complice active, il s'agit pour Loach et son sc?nariste Paul Laverty, de nous montrer que "chacun a ses raisons", et de nous pousser ? nous interroger sur nos propres limites morales.
On sent bien ainsi que les premi?res sc?nes ont pour but de nous rendre Angie sympathique, en nous d?crivant ses "gal?res" personnelles (m?re c?libataire, on lui a retir? la garde de son enfant) et professionnelles (elle est licenci?e apr?s avoir envoy? sur les roses un patron trop pressant). Mais on sent aussi que derri?re cette volont? d'identification est un peu forc?e, le film a d?j? jug? son personnage. Angie appara?t tr?s vite comme une digne enfant du "miracle anglo-saxon", un parfait petit soldat du n?o-lib?ralisme. Elle incarne une g?n?ration qui a int?gr? les discours sur la libre entreprise, la guerre ?conomique de tous (soci?t?s, pays, individus) contre tous ; une g?n?ration ? laquelle la "valeur travail" tient lieu de viatique, ? l’exclusion de toutes les autres (Angie travaille si dur qu’elle s’offusque qu’on puisse encore lui demander quelque chose).
It’s a free world
aurait pu ?tre un film formidablement efficace, ? l’image de sa premi?re sc?ne : un entretien d’embauche tout ce qu’il y a de plus classique (? ceci pr?s que le recruteur est anglais et les candidats polonais) prend tout d’un coup une autre couleur, quand s’?change au dessus de la table une liasse de billets. Le scandale cr?ve l’?cran, de cet argent qui circule dans le mauvais sens, du futur employ? —du moins l’esp?re-t-il— ? l’employeur, du pauvre au riche…
H?las la suite du film n'a pas la pr?cision et la concision qui font toute la puissance de cette sc?ne. A travers le personnage d’Angie, on aurait ainsi aim? en savoir un peu plus sur la d?r?gulation du monde du travail au cœur du dynamisme de l’?conomie anglo-saxonne, comprendre les ressorts et les recettes de ce march? de la main d’œuvre clandestine, percer le scandale de l’incroyable mansu?tude dont semblent faire preuve les autorit?s ? l’?gard des employeurs malhonn?tes.
Au lieu de cela, le sc?nario pr?f?re nous faire la morale, alourdissant inlassablement les charges qui p?sent sur Angie (marchande de sommeil, m?re maquerelle, d?latrice anonyme), la confrontant ? des personnages-consciences morales (son associ?e, et surtout son p?re, ouvrier ? la retraite, vivante incarnation du point de vue de Loach) et ? des dilemmes assez m?caniques : ?tait-il ainsi n?cessaire (pour souligner ses contradictions ?) de nous montrer Angie h?bergeant une famille de clandestins iraniens ? Dans sa derni?re partie, le film virera ainsi au mauvais remake de M?re Courage et ses enfants, quand l’aveuglement de la m?re retombe sur son propre fils.
Le film reste bien ?videmment tr?s int?ressant pour une exploitation en classe, en Anglais, en G?ographie (notamment en Premi?re, pour l'?tude des migrations ?conomiques intra-europ?ennes) et en SES, pour aborder la notion de droit du travail en Seconde, mais aussi les bouleversements sociaux et ?conomiques induits par l'int?gration europ?enne.

Voir ?galement :
> cette interview de Ken Loach par le site Fluctuat.net
> [MAJ du 15/01/08] L'article de Philippe Leclercq pour les Actualit?s pour la classe du CNDP
> [MAJ du 27/01/08] cet article de Liens socio, le portail francophone des sciences sociales

[It's a free world de Ken Loach. 2007. Dur?e : 1 h 33. Distribution : Diaphana. Sortie le 2 janvier 2008]

Posté dans Dans les salles par le 02.01.08 à 12:31 - 16 commentaires

new site