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Dans les salles : Les films de l'actualité (481 articles)

Le Perroquet rouge : cabaret

Si le public fran?ais connait l’histoire de la RDA, c’est plut?t par sa fin. Ces derni?res ann?es il a fait un triomphe ? deux films qui ont montr?, dans des tonalit?s tr?s diff?rentes ("ostalgie" douce-am?re contre d?nonciation du cauchemar totalitaire) la d?liquescence du r?gime et sa mort : Goodbye Lenin ! de Wolgang Becker (2003, 1 400 000 entr?es) et La Vie des Autres de Florian Henckel von Donnersmarck (2006, 1 500 000 entr?es) (voir ?galement notre site p?dagogique).
Le Perroquet rouge de Dominik Graf a l’int?r?t de prendre la RDA par l’autre bout, et de montrer non l’effondrement du r?gime mais sa progressive constitution, non la chute du Mur mais sa construction. De la m?me mani?re que les sc?nes de protestation lors de la construction du mur rappellent celles de liesse ? sa destruction, les probl?matiques abord?es par les films se rejoignent : la position des intellectuels face au r?gime, la place de l'art dans une soci?t? autoritaire, le d?voiement de l’id?al communiste. Bousculant une lecture trop fig?e de l’histoire, le film de Dominik Graf a l’int?r?t de restituer cette p?riode comme un moment de bouillonnement et d’incertitude o? tout ?tait encore possible…
Titre ?nigmatique et pittoresque, le "Perroquet rouge" renvoie au nom d’un cabaret qui incarnait, au d?but des ann?es soixante, la relative libert? que permettait encore le r?gime communiste. Dans ce lieu se croisait une jeunesse plus ou moins dor?e ? la recherche de plaisirs de son ?ge (et de la musique venue d’Outre-Atlantique) et dignitaires du r?gime s’encanaillant dans la zone grise s?parant le tol?r? de l'interdit. En quelques mois, pour des raisons qui ?chappent ? nos personnages, la crispation progressive des autorit?s est-allemandes va entra?ner la fermeture de tels espaces de libert? surveill?e, qui s'av?rera d?finitive, au moins pour une quarantaine d'ann?es.
Le mat?riel historique que brasse Le Perroquet rouge est donc passionnant. Il est dommage que Dominik Graf n’ait pas r?ussi ? les incarner, ? l’instar de Becker et Donnersmarck, dans des personnages et une intrigue ? la hauteur. La relation triangulaire qui unit les trois personnages principaux (Siggi est transi de la belle Louise qui n’a d’yeux que pour le beau Wolle, ind?crottablement volage) appara?t un peu convenue, et les personnages secondaires (la chanteuse, le tra?tre, la secr?taire nymphomane), semblent comme lacunaires. Le film semble ainsi attacher moins d’importance ? son intrigue (on comprend mal les motivations des uns et des autres) qu’? l’atmosph?re de parano?a qu’il installe, souvent baroque et parfois scabreuse (les fameux cornichons de la Spreewald trouvent ici un emploi inattendu). Sombre au propre comme au figur?, Le Perroquet rouge retrouve heureusement un peu de souffle romanesque dans sa derni?re partie, quand la fermeture progressive de la fronti?re pr?cipite les destins.
Le film est donc ? ?tudier plut?t en classe d’Allemand qu’en Histoire, notamment en s’appuyant sur le dossier p?dagogique ?dit? par le magazine Vocable (voir dans l'espace enseignants).

[Le Perroquet rouge de Dominique Graf. 2006. Dur?e : 2 h 08. Distribution : CTV. Sortie le 2 janvier 2008]

Posté dans Dans les salles par le 03.01.08 à 12:11 - 5 commentaires

It's a free world : chronique du lib?ralisme

C’est un vieux ressort de sc?nariste pour faire ressortir l’horreur du lib?ralisme : montrer comment celui-ci transforme certaines de ses victimes en bourreaux, comment il instille le poison de l’individualisme dans les relations amicales, familiales, ou amoureuses… Que l'on pense au h?ros de Ressources humaines de Laurent Cantet, fils d’ouvrier passant "de l’autre c?t?", ou ? la Rosetta des Dardenne, qui, pour lui voler son job, trahissait le seul ?tre qui l’ait jamais aid?, et aim?.
It's a free world de Ken Loach propose une nouvelle variation sur ce sch?ma : en nous montrant comment Angie, victime du syst?me, va en devenir une complice active, il s'agit pour Loach et son sc?nariste Paul Laverty, de nous montrer que "chacun a ses raisons", et de nous pousser ? nous interroger sur nos propres limites morales.
On sent bien ainsi que les premi?res sc?nes ont pour but de nous rendre Angie sympathique, en nous d?crivant ses "gal?res" personnelles (m?re c?libataire, on lui a retir? la garde de son enfant) et professionnelles (elle est licenci?e apr?s avoir envoy? sur les roses un patron trop pressant). Mais on sent aussi que derri?re cette volont? d'identification est un peu forc?e, le film a d?j? jug? son personnage. Angie appara?t tr?s vite comme une digne enfant du "miracle anglo-saxon", un parfait petit soldat du n?o-lib?ralisme. Elle incarne une g?n?ration qui a int?gr? les discours sur la libre entreprise, la guerre ?conomique de tous (soci?t?s, pays, individus) contre tous ; une g?n?ration ? laquelle la "valeur travail" tient lieu de viatique, ? l’exclusion de toutes les autres (Angie travaille si dur qu’elle s’offusque qu’on puisse encore lui demander quelque chose).
It’s a free world
aurait pu ?tre un film formidablement efficace, ? l’image de sa premi?re sc?ne : un entretien d’embauche tout ce qu’il y a de plus classique (? ceci pr?s que le recruteur est anglais et les candidats polonais) prend tout d’un coup une autre couleur, quand s’?change au dessus de la table une liasse de billets. Le scandale cr?ve l’?cran, de cet argent qui circule dans le mauvais sens, du futur employ? —du moins l’esp?re-t-il— ? l’employeur, du pauvre au riche…
H?las la suite du film n'a pas la pr?cision et la concision qui font toute la puissance de cette sc?ne. A travers le personnage d’Angie, on aurait ainsi aim? en savoir un peu plus sur la d?r?gulation du monde du travail au cœur du dynamisme de l’?conomie anglo-saxonne, comprendre les ressorts et les recettes de ce march? de la main d’œuvre clandestine, percer le scandale de l’incroyable mansu?tude dont semblent faire preuve les autorit?s ? l’?gard des employeurs malhonn?tes.
Au lieu de cela, le sc?nario pr?f?re nous faire la morale, alourdissant inlassablement les charges qui p?sent sur Angie (marchande de sommeil, m?re maquerelle, d?latrice anonyme), la confrontant ? des personnages-consciences morales (son associ?e, et surtout son p?re, ouvrier ? la retraite, vivante incarnation du point de vue de Loach) et ? des dilemmes assez m?caniques : ?tait-il ainsi n?cessaire (pour souligner ses contradictions ?) de nous montrer Angie h?bergeant une famille de clandestins iraniens ? Dans sa derni?re partie, le film virera ainsi au mauvais remake de M?re Courage et ses enfants, quand l’aveuglement de la m?re retombe sur son propre fils.
Le film reste bien ?videmment tr?s int?ressant pour une exploitation en classe, en Anglais, en G?ographie (notamment en Premi?re, pour l'?tude des migrations ?conomiques intra-europ?ennes) et en SES, pour aborder la notion de droit du travail en Seconde, mais aussi les bouleversements sociaux et ?conomiques induits par l'int?gration europ?enne.

Voir ?galement :
> cette interview de Ken Loach par le site Fluctuat.net
> [MAJ du 15/01/08] L'article de Philippe Leclercq pour les Actualit?s pour la classe du CNDP
> [MAJ du 27/01/08] cet article de Liens socio, le portail francophone des sciences sociales

[It's a free world de Ken Loach. 2007. Dur?e : 1 h 33. Distribution : Diaphana. Sortie le 2 janvier 2008]

Posté dans Dans les salles par le 02.01.08 à 12:31 - 16 commentaires

Que sait-on de la r?alit? !? : n?buleux

La m?canique quantique, la notion de temps, le fonctionnement du cerveau, les rapports entre science et religion, etc. : pour employer un euph?misme, rares sont les films de cin?ma qui ont os? s’attaquer s?rieusement ne serait-ce qu’? une seule de ces questions.
Que sait-on vraiment de la r?alit? !? se les coltine toutes, entre autres probl?mes scientifiques, philosophiques ou spirituels, et les m?le dans un docu-fiction foisonnant ? d?faut d’?tre tout ? fait digeste.
Le film raconte l’histoire d’Amanda, jeune femme qui apprend ? questionner ses certitudes sur le monde et ? analyser sa propre exp?rience. Voil? pour la partie fiction, saupoudr?e par force effets sp?ciaux et s?quences d’animation plus ou moins bienvenus. La partie documentaire donne la parole ? des "sp?cialistes" recrut?s dans des champs aussi divers que les questions abord?es, et bien au-del? du cercle des scientifiques.
On mettra au cr?dit de Que sait-on vraiment de la r?alit? !? sa volont? de vulgariser certaines des grandes questions scientifiques actuelles, ainsi que son souci transdisciplinaire de montrer les connaissances actuelles comme une boucle inter-connexe. Il met en œuvre certains proc?d?s cin?matographiques non d?nu?es de pertinence : les s?quences de focalisation interne de l’h?ro?ne illustrant implicitement certains aspects de la r?volution quantique, la dualit? documentaire/fiction faisant ?cho ? la dualit? observateur/observ? en m?canique quantique… Le (court) passage anim? sur le r?le des synapses dans le cerveau est ainsi tout ? fait r?ussi : les m?canismes biologiques ? l’?chelle cellulaires sont ?voqu?s de mani?re tout ? fait int?ressante d’un point de vue scientifique et cin?matographique. Les effets sp?ciaux sont ici tr?s bien utilis?s et apportent une vraie clart? sur le contenu informatif.
Mais, m?me si le film recoupe par bien des aspects les programmes scolaires du Secondaire (en Terminale S, le chapitre Ouverture au monde quantique, en Seconde le chapitre l’atome et l’?l?ment chimique, en Troisi?me la constitution de la mati?re, voire en Premi?re L sur l’argumentation scientifique) et peut susciter le d?bat, il est difficile de le recommander aux ?l?ves, ? moins d'un tr?s s?rieux recadrage de la part de l’enseignant.
Le film est sujet ? caution par de nombreux aspects. Tout d'abord, la volont? de vulgarisation c?de trop souvent la place ? la tentation du sensationnel, comme si le film devait offrir une vision des ph?nom?nes scientifiques aussi ludique et glamour que celle qui irrigue le cin?ma de fiction hollywoodien (Retour vers le futur ou Stargate). Le point de vue scientifique est ici abord? par un floril?ge d’analogies plus ou moins claires d?laissant presque totalement l’essentiel, les savoirs eux-m?mes. On ne prendra qu'un exemple, l’analogie entre les remises en question de l’h?ro?ne et les relations d’incertitude d’Heisenberg, sans cesse utilis?es et jamais explicitement cit?es.
Cela est d’autant plus vrai que le film ne permet pas au spectateur d'avancer sur le chemin de la v?rit? mais lui donne au contraire l'impression progressive de se noyer dans la masse des savoirs. Les questions pos?es ne d?bouchent pas sur des r?ponses ou avanc?es, mais plut?t sur des renvois ? d’autres disciplines, qui appellent d’autres questions et d’autres renvois… formant finalement une boucle de probl?mes sans solutions claires ! Ce proc?d? est tr?s ?loign? de la conception commun?ment admises par la communaut? scientifique occidentale d’aujourd’hui : ? titre d’exemple, Gilles et Claude Cohen-Tannoudji (laur?at du prix Nobel de physique en 1997) donnent une toute autre vision de l’articulation des connaissances et th?ories —scientifiques ou non— consid?r?es comme abouties ? l’heure actuelle. Ils ont l’habitude de donner l’image d’un arbre fruitier sans cesse grandissant et dont les fruits tombants arriv?s ? maturit? se doivent de consolider les racines ; image brillamment et clairement vulgaris?e dans le livre Les constantes universelles (G. Cohen-Tannoudji, 1991)…
Mais le plus grave est que le film accorde un m?me cr?dit ? tous les "sp?cialistes" (l? encore les guillemets sont de mise) interrog?s, qu’ils appartiennent au champ scientifique (m?canique quantique, biologie, biochimie, ?pist?mologie des sciences…) ou aux champs th?ologique et ?sot?rique, pour ne pas dire sectaire… Ce relativisme pourrait ?tre un signe d’œcum?nisme et de tol?rance mais le film ne traverse pour ainsi dire jamais les fronti?res am?ricaines, ce qui fait incontestablement d?faut pour des questions aussi universelles. On se demande d?s lors quels crit?res ont pr?valu pour le choix de ces intervenants non-scientifiques, et on en vient ? douter des intentions du documentaire, qui l?gitime de cautions scientifiques un discours qui ne l'est pas du tout.

[Que sait-on de la r?alit? !? Un film de William Arntz, Betsy Chasse et Mark Vicente. 2004. Dur?e : 1 h 48. Distribution : Medula Films. Sortie le 7 novembre 2007]

Posté dans Dans les salles par le 12.11.07 à 12:13 - 5 commentaires

9m2 pour deux : regards sur la prison

9m2.jpgDe sa diffusion en feuilleton t?l?vis? sur Arte ? sa sortie en salles dans une version long-m?trage, 9m2 pour deux de Joseph Cesarini et Jimmy Glasberg a interpell? les commentateurs par le caract?re ? la fois novateur et hybride de son dispositif : confier ? des d?tenus des cam?ras DV pour t?moigner de leur exp?rience carc?rale, mais dans une optique plut?t fictionnelle (d?cor reconstitu?, sc?narisation) que documentaire.
La prison est en effet autant un impens? social et m?diatique qu?un lieu privil?gi? de l?imaginaire cin?matographique (comme le rappelle Manuel Merlet pour Fluctuat.net, le "film de prison" est un genre hollywoodien ? part enti?re). Et 9m2 pour deux interpelle aussi bien le spectateur (comment se d?partir de la pulsion voyeuriste, de "l??il du maton" ?) que le citoyen, au nom duquel l?Etat punit et incarc?re.
C?est pourquoi entre autres analyses (voir notamment celle du s?miologue Guillaume Soulez pour Teledoc, bas?e notamment sur la distinction entre hors champ et hors cadre) on distinguera celles livr?es par les Caf?s G?ographiques, qui confrontent l?approche cin?matographique du film (sous la plume de Nicolas Bauche) ? la vision du g?ographe.
Ce dernier, Olivier Milhaud, pointe l?int?r?t du film ("donner ? voir ? une ?chelle tr?s fine - la cellule - comment se vit le surpeuplement actuel des maisons d?arr?t fran?aises.") tout en rappelant qu?il montre une r?alit? tr?s partielle (on ne voit qu?un aspect de la d?tention).
Surtout, dans un article de fond (La prison : terra incognita) il rappelle que la prison est un objet d??tude l?gitime pour le g?ographe, puisqu?elle constitue en elle-m?me un traitement g?ographique de la d?linquance : "La soci?t? traite le crime et la d?linquance par la g?ographie : l?enfermement est une strat?gie spatiale de mise ? distance." Il brosse donc rapidement plusieurs approches : une g?ographie des taux de d?tention (o? l?on apprend que ceux-ci sont moins proportionnels aux taux r?els de criminalit? qu?au sentiment d?ins?curit? ? sociale, ?conomique et existentielle ? d?une soci?t?), une g?ographie de la localisation des prisons, et une g?ographie interne de l?espace carc?ral.

A voir ?galement : le site Internet de Lieux fictifs, le collectif ? l'origine du film (qui en pr?sente quelques extraits)
Et ? ?couter en ligne, une ?mission en deux parties de RFI, Culture Vive de Pascal Paradou, consacr?e ? L'exp?rience de la prison, en pr?sence des r?alisateurs et de l'avocat Thierry Levy, ancien pr?sident de l'Observatoire international des prisons

[9m2 pour deux de Joseph Cesarini & Jimmy Glasberg. 2005. Dur?e : 94 min. Distribution : Shellac. Sortie le 1er f?vrier]

Posté dans Dans les salles par le 25.02.06 à 16:16 - 15 commentaires

Petit(s) Chaperon(s) rouge(s)

chaperon_1.jpg"Il n?y a que des variantes" au conte du Petit Chaperon rouge disait Claude Levi-Strauss. La v?ritable histoire du petit chaperon rouge l'aurait-il fait rire ? Nous beaucoup en tout cas.
On ne conseillera pas toutefois un travail sur le conte ou le th?me des r??critures, comme nous avions pr?vu de le faire avant de voir le film, tant le r?cit immortalis? par Perrault et les Grimm n'est ici qu'un pr?texte vite exp?di?.
On en profitera tout de m?me pour conseiller le superbe site consacr? par la BNF aux contes : Il ?tait une fois? les contes de f??s riche en analyses, extraits et documents iconographiques, et propose "feuilletoirs", cl?s de lectures et pistes p?dagogiques. Il s'appuie justement sur le double exemple de Cendrillon et du Chaperon rouge. O? l'on apprend que dans la version de Claverie, "la m?re est marchande de pizza et le loup g?rant d?une casse automobile"?

[La v?ritable histoire du petit chaperon rouge de Cory Edwards, Tony Leech et Todd Edwards. 2005. Distribution : Bac Films. Sortie le 25 Janvier]

Posté dans Dans les salles par le 25.01.06 à 17:30 - 3 commentaires

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