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Dans les salles : Les films de l'actualité (446 articles)

The Birth of a nation : la liberté ou la mort

The Birth of a nation

Il existe de rares exemples de films qui, tout en racontant des histoires totalement différentes, portent le même titre… Dans le cas de The Birth of a nation (2016), la coïncidence avec Birth of a nation (1915) n’a rien de fortuit : le film de  Nate Parker, tourné exactement cent ans après son prédécesseur, est à la fois le négatif et l’antidote au brûlot raciste de D.W. Griffith (qui, entre autres conséquences, aurait entraîné la renaissance meurtrière du Ku Klux Klan).

La "nation" dont Parker raconte la naissance est celle du peuple afro-américain, dont Nat Turner, meneur d’une révolte d’esclaves, est présenté comme un des premiers prophètes. Le film s’inscrit dans une lignée d’œuvres récentes comblant le retard pris par le cinéma dans la représentation de l’histoire afro-américaine : Le Majordome, 12 years a slave, Selma, tous réalisés par des cinéastes noirs et touchant un très large public. Il s'en démarque toutefois par son refus des facilités parfois consenties pour ne pas s’aliéner le public le plus large. Meneur d’une révolte qui connut son lot d’atrocités, dépeint par le roman de William Styron (The confessions of Nat Turner, 1967) comme un violeur de femme blanche, Nat Turner n’est pas précisément une figure consensuelle. En outre, The Birth of a nation ne sacrifie pas au casting de stars blanches (12 years a slave), censées rendre plus acceptable l'histoire noire au public blanc. Il n’y a pas de héros ou d’anti-héros blanc dans The Birth of a nation, mais beaucoup de nuances de gris : le film dépeint un aréopage de maîtres plus ou moins éclairés ou cruels, mais tous partie prenante du système économique, social et politique qu’était l’esclavage.
Le film refuse également les facilités de l’épopée, même s’il en reprend les codes cinématographiques. Nat Turner ne sera pas le Spartacus du peuple noir, faisant trembler Rome sur ses bases. La révolte sera matée en moins de 48 heures par les milices blanches et l’armée dépêchée en renfort. C’est d’ailleurs dans cette anticipation tragique que le film tire ses effets les plus bouleversants : une des plus belles scènes du film est celle où les esclaves, après une nuit de violence, savourent leur première matinée de liberté, dont on comprend vite qu’elle sera également la dernière…
Mais comment pouvait-il en être autrement ? Comment ces pauvres hères, abrutis de privations et de mauvais traitements, auraient pu menacer le pouvoir esclavagiste ? Comme l’explique très bien l'historien Pap Ndiaye, si les esclaves dépassaient largement en nombre la population blanche, la structure du peuplement et l’organisation du Sud rendaient très improbable la réussite d’un soulèvement, par ailleurs redouté et anticipé par les maîtres. C’est pour éteindre les étincelles de désobéissance qui jaillissaient chez ses compagnons d’infortune que Nat Turner, à qui on avait appris à lire et donné une éducation religieuse, fut élevé au rang de prédicateur, trimballé par son maître (qui en fit un commerce lucratif) de plantation en plantation pour prêcher à ses ouailles l’obéissance et la résignation. Le film pointe ainsi avec acuité le rôle ambivalent de la religion, que Marx définira quelques années plus tard comme "le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu." : d’un côté, elle fut un puissant facteur de conservation sociale, instrumentalisée par le système esclavagiste ; de l’autre, elle fut le ferment d’une prise de conscience, le caractère subversif des Évangiles ayant inspiré à Turner sa révolte (pour en savoir plus, voir cet article universitaire sur les liens entre protestantisme et esclavage)…

Tout l’intérêt du film est de ne pas faire de Nat Turner un héros anachronique débarquant du XXIème siècle pour redresser les torts historiques, mais de tenter de le restituer dans son temps et ses limites mentales, prophète illuminé qui lut dans le ciel (une éclipse de soleil) le signe qu’il attendait pour déclencher la révolte. Turner fut un héros partiel et partial. Mais il n’en est pas moins une des pierres d’un long chemin vers l’émancipation, auquel les dernières séquences du film le relient, des premiers bataillons noirs de la guerre de Sécession, jusqu’aux crimes policiers qui perdurent… Écrit, tourné et sorti dans l’Amérique d’Obama (qui fut aussi, rappelons-le, celle du mouvement Black Lives Matter), le film nous arrive à quelques jours de l’investiture de Donald Trump, héraut de l’Amérique blanche et suprémaciste : autant dire que c'est un nouveau chapitre, plein d'incertitudes, qui s'ouvre dans l'histoire des Noirs américains.

[The Birth of a Nation de Nate Parker. 2016. Durée : 120 mn. Distribution : Twentieth Century Fox. Sortie le 11 janvier 2017]

Pour aller plus loin :
Entretien avec l'historien Pap Ndiaye
Dossier pédagogique (Anglais, Lycée)

Posté dans Dans les salles par le 11.01.17 à 10:11 - Réagir

Primaire : à l'école de la vie

Primaire

Quand elle parle de Primaire, sa réalisatrice explique que le point de départ du film a été l’émotion qu’elle a ressentie quand son fils a quitté son école, en fin de CM2. « Moi je pleurais parce que c’était la fin de l’enfance, lui était excité par la vie qui s’ouvrait devant lui ! J’ai réalisé à quel point l’école marque nos vies d’enfants et de parents ». Quitter l’enfance, c’est peut-être là le cœur du quatrième film d’Hélène Angel. L’un des personnages principaux du film, Sacha, se voit en effet retirer l’un des droits fondamentaux de l’enfance, le droit à l’insouciance. Abandonné par sa mère, qui se contente de lui donner un peu d’argent chaque semaine, le garçon doit apprendre à se débrouiller seul. C’en est fini pour lui des récréations joyeuses et du plaisir d’apprendre, désormais Sacha bascule dans un univers où l’isolement se conjugue à la violence. « Tu pues », lui murmurent-ils à plusieurs reprises, alors que Sacha, qui vit seul, n’a plus d’habits propres à mettre. Le film frappe par sa justesse à mettre en scène une situation de harcèlement, s’appuyant sur le jeu des jeunes acteurs, en particulier Ghillas Bendjoudi qui, dans le rôle de Sacha, parvient à plusieurs reprises à dégager une violence crédible et émouvante.

L’autre héroïne du film, c’est la « maîtresse » de Sacha, Florence (Sara Forestier), qui va découvrir la situation du petit garçon et se mettre en tête de le sauver, s’engageant corps et âme dans une relation de plus en plus ambiguë. Le cas de Sacha est le pivot d’un questionnement moral fort sur le rôle de l’enseignant, mis en position de sentinelle des dysfonctionnements familiaux et sociaux (on retrouve la problématique du Ça commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier). En cela, Primaire n’est pas dénué d’une portée politique (comme le dit Hélène Angel, l’école est un décor clos qui raconte le monde) : le film aborde également, en filigrane, des questions comme le salaire des professeurs, l'engagement syndical, ou encore la précarité des assistants de vie scolaire. La réussite du film est ainsi de parvenir à traiter ces différentes questions sans renoncer pour autant à la légèreté propre à l’enfance. Le choix de la réalisatrice de tourner avec deux caméras, l’une fixe, l’autre sur rails, lui permet de conserver la spontanéité des enfants et la confusion des salles de classe. L’esthétique du film s’inscrit elle aussi dans un univers enfantin, par son décor d’école format réduit bien sûr, mais également par le choix de couleurs vives présentes dans tous les plans.

On regrettera cependant que Primaire ne parvienne pas tout à fait à trouver sa voix, entre enfants et adultes, entre burlesque et drame social. Certes, la confusion des genres s’intègre assez bien à l’aspect foisonnant du film, qui colle à l’atmosphère des écoles primaires. Mais elle donne parfois lieu à des fausses notes, comme celle que constitue le monologue final de Sara Forestier, dans lequel Florence explique aux enfants son rapport à l’école et, plus largement (trop largement), sa compréhension de la vie. Pour Hélène Angel, l’idée était probablement de montrer l’évolution de son personnage, son accès « à une plus grande conscience de la vie ». Mais ce monologue est doublement maladroit : à la fois trop et mal écrit (abusant de grandes phrases plates comme « le monde est beau, mais il n’est pas juste »), il sort le personnage de Florence de la fiction pour en faire, de manière trop évidente, le porte-parole des intentions de la réalisatrice. Il résume la fragilité de Primaire, film sur les enfants mais pour les adultes, qui ne sait jamais vraiment sur quel pied danser.

Philippine le Bret

[Primaire de Hélène Angel. 2017. Durée : 105 mn. Distribution : Studio Canal. Au cinéma le 4 janvier 2017]

Posté dans Dans les salles par le 09.01.17 à 17:36 - Réagir

Baccalauréat : Roumanie, no future

Il y a huit ans Cristian Mungiu remportait la Palme d'or avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, sombre tableau de la Roumanie communiste. Le tableau qu'il dresse de l’état du pays, dans Baccalauréat, son troisième film en compétition officielle (après Au-delà des collines) n’est pas beaucoup plus réjouissant.
Chirurgien à l'hôpital, Romeo s'est coulé dans une existence routinière, coincé entre sa femme avec laquelle il ne parle plus, sa maîtresse qui lui reproche ses atermoiements, sa mère vieillissante. Le seul rayon de soleil est sa fille, sur laquelle il fonde beaucoup d’espoirs : brillante élève, Eliza n’a plus qu’à décrocher la mention au baccalauréat qui permettra de valider sa bourse d’inscription dans une prestigieuse université anglaise. Mais à quelques jours de l'examen, Eliza est agressée sur le chemin du lycée. Choquée et blessé au poignet, elle n’est plus dans les meilleures conditions pour décrocher l’indispensable sésame. Craignant que cet événement ne gâche des années d'efforts et d'espoirs, Romeo se résout à remiser ses grands principes moraux au placard, pour assurer à tout prix la réussite de sa fille. Il plonge ainsi le pied dans les eaux nauséabondes qu’il avait toujours voulu éviter, celles des "échanges de bons procédés", des enveloppes données de la main à la main, des dossiers qu’on fait remonter dans la pile. À travers le personnage de Romeo, Cristian Mungiu brosse le tableau d'un pays que le capitalisme n’a pas guéri de la maladie de la corruption (qui apparaissait dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours et les sketchs du film Chansons de l'âge d'or), et le portrait d’une génération désenchantée : Romeo et sa femme sont rentrés à la chute de Ceaușescu, pleins d'espoirs et d'idéaux, pour construire un pays nouveau. Vingt ans plus tard, ils ne croient plus à rien, et misent tout sur leur fille qu’ils pressent de partir à l’étranger, comme s’il n’y avait plus rien à espérer de la Roumanie.

Comment être fidèle à ses principes quand c’est la chair de votre chair qui est en jeu ? Comment continuer à croire en la justice quand celle-ci est quotidiennement bafouée autour de vous ? Comment rester un agneau dans une société de loups ? Cristian Mungiu orchestre en longs plans-séquences parfaitement rythmés (semblable en cela à Cristi Puiu dans Sieranevada, l’autre film roumain de la compétition) la descente aux enfers de Romeo, à qui cette faute initiale va tout faire perdre, jusqu’à l’estime de sa fille. Comme dans un film de Michael Haneke (l'Autriche n'est pas loin), des incidents inexpliqués (une brique lancée à travers la vitre, des essuie-glaces vandalisés) viennent alourdir le climat d'angoisse, et alimenter la paranoïa de Romeo. Le film se hisse ainsi à un niveau métaphysique, donnant l'impression qu'une culpabilité quasi ontologique pesant sur les épaules du personnage principal. 

Baccalauréat de Cristian Mungiu, Roumanie, 2016, Durée : 127 mn
Sélection officielle, en compétition
Sortie au cinéma le 7 décembre 2016

[MAJ du 10/12/2016] Baccalauréat fait partie de la sélection du Prix Jean Renoir des Lycéens 2017.
Retrouvez notamment une fiche pédagogique réalisée par Philippe Leclercq pour le réseau Canopé.

Posté dans Dans les salles par le 10.12.16 à 19:40 - Réagir

La Fille de Brest : le cinéma lanceur d'alerte

En ces temps d’invidualisme triomphant et de paranoïa généralisée, les « lanceurs d’alerte » (ou whistleblowers aux États-Unis) font figure de héros idéaux, fragiles David opposant la seule force de leur détermination aux Goliath de la raison d’État et du big business. D’Erin Brokovich au tout récent Snowden d’Oliver Stone (en salles depuis le 2 novembre), Hollywood n’a pas manqué de se saisir du sujet. Le cinéma français n’est pas en reste : après avoir porté à l’écran l’affaire Clearstream et le combat de Denis Robert (L’Enquête de Vincent Garenq, 2015), il s’intéresse aujourd’hui au scandale du Médiator et à Irène Frachon dans La Fille de Brest d’Emmanuelle Bercot (sorti le 23 novembre).

La réussite du film d’Emmanuelle Bercot tient beaucoup à la figure de la pneumologue, modèle d’héroïne dont rêverait tout cinéaste hollywoodien : dès les premières images, elle nous est présentée comme une médecin aimée de ses patients, passionnée par son métier et profondément attachée aux règles d’éthique qui régissent sa profession. C’est d’ailleurs d’abord et avant tout par empathie envers ses patients qu’elle se lancera dans un combat titanesque contre Servier, le laboratoire qui produisait le Mediator. Le film, qui adopte le point de vue d’Irène Frachon elle-même, ne met jamais en question la conviction de son héroïne (la dangerosité du Mediator, aujourd’hui scientifiquement avérée). L’enjeu du film est ailleurs : il s’agit de montrer comment Irène Frachon parviendra, malgré les pressions et les intimidations, à faire entendre la vérité sur le Mediator.

La Fille de Brest est ainsi porté de bout en bout par son actrice principale, la danoise Sidse Babett Knudsen découverte dans la série Borgen. Présente dans tous les plans du film, la comédienne impressionne par son débit de parole incroyable, son énergie folle, et sa capacité à rendre crédible les colères titanesques d’Irène Frachon. Emmanuelle Bercot dit d’ailleurs que la ressemblance entre Knudsen et Frachon, qui n’est pas physique, « réside dans l’énergie qu’elles sont capables toutes les deux de déployer », et dans « leurs natures très « clownesques » ».   Il restait à Emmanuelle Bercot à dramatiser cette affaire aux ressorts pas forcément spectaculaires et à la chronologie au long cours. Cela passe par une compression du temps (les années deviennent des minutes), par un montage très resserré et par des séquences souvent courtes. Hormis quelques scènes (notamment les rencontres entre Irène Frachon et son contact au sein de la Caisse nationale d’assurance maladie, qui semblent sorties d’un mauvais téléfilm), la réalisatrice parvient cependant à éviter les effets de surdramatisation qui rendaient le Snowden d’Oliver Stone parfois risible, et cela en épousant la perception d’Irène Frachon. Ainsi, les scènes les plus angoissantes sont celles où l'héroÏne, persuadée qu’on veut attenter à sa vie et à celle de ses enfants, bascule dans la paranoïa, refusant par exemple de prendre sa propre voiture par crainte qu’on ait trafiqué ses freins.  La Fille de Brest parvient ainsi à ménager des instants de pur suspense, tout en montrant l’étalement de la lutte d’Irène Frachon dans la durée. Là aussi, on ressent avec elle la lenteur du processus, à tel point qu’on finit par se demander si elle n’est pas devenue folle, et si cet épuisant combat en vaut vraiment la peine. Avant, bien sûr, de comprendre que l’affaire du Mediator n’aurait jamais pu éclater sans l’investissement total de la pneumologue brestoise.

Le film d’Emmanuelle Bercot est donc une grande réussite, sur un plan cinématographique bien sûr, mais aussi sous un angle plus politique et citoyen. Le film se pose en effet comme un nouveau relais du combat d’Irène Frachon, l’affaire du Mediator étant loin d’être terminée : 7 ans après les premières révélations, de nombreuses victimes n’ont pas été indemnisées, et la possibilité d’un procès pénal s’éloigne sans cesse. Comme le dit la pneumologue dans une récente interview au Monde, « si l’indemnisation des victimes et le procès doivent passer par une exposition médiatique, s’il faut un film, du théâtre, un opéra, on y va, je l’assume ! ». Dans ce combat, la force du cinéma est de poser de manière sensible la gravité des faits relatés. C’est particulièrement visible dans une des scènes les plus puissantes du film, où Irène Frachon assiste à l’autopsie d’une de ses patientes, morte après avoir pris du Mediator. De manière très concrète (un corps ouvert, dépecé, désacralisé), le spectateur voit les ravages du médicament Servier sur l’organisme de ce personnage secondaire auquel il s’était attaché. Une scène à la limite de l’insoutenable, mais qui permet au spectateur de prendre pleinement conscience du coût humain de ce scandale.

[La Fille de Brest d'Emmanuelle Bercot. Durée : 128 mn. Distribution : Haut et court. Sortie au cinéma le 23 novembre]

Posté dans Dans les salles par le 25.11.16 à 10:52 - Réagir

Tour de France : le vieil homme et le rappeur

On aurait beaucoup pardonné à Rachid Djaïdani, après l’éclatante surprise qu’avait présenté Rengaine, diamant poétique patiemment taillé pendant huit années solitaires, avant d’éclater lors de la Quinzaine des Réalisateurs.
Mais son deuxième long-métrage, Tour de France, écrit, produit et distribué cette fois dans les replis du système (qui lui a offert une tête d’affiche en la personne de Gérard Depardieu), déçoit conscienscieusement toutes les attentes suscitées par ce premier opus.

À la fois road et buddy movie, Tour de France envoie sur les routes de l’Hexagone un couple antithétique, métonymie de la France divisée d’aujourd’hui : d’un côté Far’hook (Sadek), jeune rappeur obligé de quitter Paris pour échapper à une vendetta ; de l’autre, Serge, ouvrier retraité, acariâtre et raciste, qui veut refaire in situ la série de vues de ports de France que Louis XV commanda au peintre Joseph Vernet. Le vieil homme et le rappeur finiront, comme de juste, par s’apprivoiser, le film organisant leur rapprochement entre objets transitionnels (la gastronomie de nos terroirs, la chanson française ou L’Albatros de Baudelaire) et ressorts sentimentaux (Far’hook est en manque de père, André s’est éloigné de son fils). Il y avait du panache ou, au choix, de l’inconscience, à s’attaquer aussi frontalement aux fractures françaises (politiques, géographiques, générationnelles, ethniques) d’aujourd’hui pour livrer cette ode presque anachronique (tant la situation est aujourd'hui tendue) au « vivre ensemble ». Passé son beau titre (qui renvoie moins à la « Grande Boucle » cycliste qu’au compagnonage — à travers le personnage d’André — voire, dans sa visée édifiante, au Tour du France de deux enfants), Tour de France ne fait hélas pas avancer le débat, entre blagues éculées (Far’hook pense que Joseph Vernet est un peintre du XVIIIème… arrondissement), clichés rebattus (Depardieu qui « rappe » la Marseillaise), rebondissements téléphonés et personnages secondaires caricaturaux ou insipides. On pourra revendiquer, comme le font certains pour sauver le soldat Djaïdani, la « naïveté » et la « candeur » du film. Mais la jeunesse de France n’est rien moins que naïve, comme on peut le voir dans Swagger d’Olivier Babinet, dont la sortie, le même jour que Tour de France, ne souligne que plus cruellement l’échec du film de Rachid Djaïdani.

[Tour de France de Rachid Djaïdani. 2016. Durée : 95 mn. Distribution : Mars. Sortie le 16 novembre]

 

Posté dans Dans les salles par le 17.11.16 à 15:28 - Réagir

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