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Entretiens : Les entretiens (56 articles)

Jimmy P. : entretien avec la sc?nariste Julie Peyr

Jimmy P.

Julie Peyr est sc?nariste (Happy few et Douches froides d'Anthony Cordier) et romanci?re (Le Corset, Deno?l). Elle a co-?crit Jimmy P., Psychoth?rapie d'un indien des plaines avec Arnaud Desplechin et Kent Jones. David Larre enseigne la philosophie au lyc?e Maurice Utrillo de Stains, il ?crit sur le blog de critique dramatique aupoulailler.com et pour Z?rodeconduite.net. Nous les avons fait se rencontrer pour ?voquer l'?criture de Jimmy P., le travail d'adaptation du livre de Georges Devereux (Psychoth?rapie d'un Indien des plaines : r?alit?s et r?ve, 1951, r??dit? chez Fayard), la mise en sc?ne de la psychanalyse au cin?ma…

David Larre : Tout d'abord je voudrais dire que j'ai beaucoup aim? le film. A la fois il nous emm?ne dans un univers familier du cin?ma d'Arnaud Desplechin, celui de la psychanalyse, mais il le fait d'une mani?re totalement nouvelle et inattendue. Ce qui m'a le plus surpris c'est que c'est un film tr?s doux, apais?, pas aussi corrosif que peuvent les films pr?c?dents de Desplechin, par exemple dans la repr?sentation des rapports familiaux. Depuis quand Desplechin conna?t-il ce texte, et quand est venue l'id?e de l'adapter ?

Julie Peyr : Arnaud Desplechin conna?t ce texte depuis tr?s longtemps, c'est v?ritablement un de ses "livres de chevet". Il n'a pas arr?t? de le lire et le relire, il s'en est nourri pour ses films pr?c?dents, tout en poursuivant ce r?ve un peu inaccessible de l'adapter un jour. L'adaptation d'un texte non-romanesque, centr? sur une psychanalyse, tourn? aux Etats-Unis : ?a apparaissait comme une sacr?e gageure…?

D.L. : Il n'y a pas dans le film les ?l?ments saillants habituellement associ?s ? la th?rapie au cin?ma : r?sistances, transfert, d?couverte d'une sc?ne originelle atroce. Le film est ? mille lieux par exemple de l'hyst?rie de A dangerous method de David Cronenberg, consacr? ? la relation entre Freud et Jung, et du r?cit de ces "grands cas" devenus presque mythologiques. C'est un film sur la psychanalyse prise au long cours, au ras du quotidien…

J.P : Il est vrai que ce film s'?loigne d'une repr?sentation "canonique" de la psychanalyse telle que l'ont install?e les films d'Alfred Hitchcock par exemple. Il n'y a pas ce passage oblig? de la r?v?lation finale d'un traumatisme cens? expliquer le mal-?tre du personnage principal, comme dans Pas de printemps pour Marnie ou La Maison du Docteur Edwardes. Jimmy P. est plut?t un film qui va de petite d?couverte en petite d?couverte, m?me si il y a une progression dramatique, des "coups de th??tre" sur lesquels nous avons b?ti les articulations du sc?nario. C'est aussi ce qui fait la beaut? du livre et du film : ils montrent que ce dont on souffre, et dont peut nous gu?rir la psychanalyse, ce n'est pas forc?ment un traumatisme spectaculaire (viol, inceste), mais d'une multitude de petites choses qui en s'accumulant finissent par devenir insupportables. En ce sens je trouve que le film constitue un bel hommage ? la psychanalyse…

D.L. : Comment avez-vous travaill? sur le texte de Devereux ? Dans le film, l'amie de Devereux, regardant ses notes de s?ances, dit qu'elles ressemblent ? un dialogue de th??tre.?

J.P : Le livre de Devereux reproduit tous les mots prononc?s au cours de l'analyse de Jimmy Picard, du premier "bonjour" jusqu'au dernier "au revoir"… On a donc effectivement l'impression d'un dialogue de th??tre, m?me si les r?pliques sont assez longues. Tout le travail consistait ? r?duire ce texte tr?s cons?quent et ? y d?celer les points qui dans le sc?nario pouvaient constituer des ?l?ments dramatiques forts. Il fallait concilier les exigences du cin?ma et la fid?lit? au livre, ? laquelle Arnaud ?tait vraiment attach?…

D.L. : En m?me temps le film ?chappe ? l'enfermement du face ? face, au dispositif un peu ?touffant d'une s?rie comme En analyse, qui est constitu?e uniquement de s?ances. Le film prend le temps de nous pr?senter Jimmy Picard puis Devereux. Ensuite, une fois la th?rapie commenc?e, il y a de nombreuses sc?nes qui nous permettent de nous ?chapper des s?ances. D'o? avez-vous tir?s ces ?l?ments romanesques "p?riph?riques" ?

J.P : Nous avons exploit? toute une s?rie d'indices tir?s du texte, soit du dialogue lui-m?me, soit des commentaires de Devereux. On savait qu'ils n'avaient pas toujours rendez-vous dans la m?me pi?ce, qu'? un moment Jimmy s'?tait fait faire des lunettes, et caetera. Nous nous sommes accroch?s ? ces petites choses pour donner de la chair ? l'histoire, offrir un arri?re-plan ? ces s?ances. Il y a eu aussi, ?videmment tout un travail de documentation pour savoir ? quoi pouvait ressembler un h?pital militaire en 1948, la vie dans une r?serve, les rapports entre un type comme Devereux et la m?decine "officielle"…

D.L. : J'ai ?t? tr?s frapp? par la facilit? avec laquelle Jimmy rentre dans la parole, dans le principe de la cure…

J.P. : Oui c'est effectivement un des aspects ?tonnants du livre. Jimmy rentre tr?s vite en confiance, il y a une complicit? qui s'?tablit avec Devereux. Cet aspect du livre a beaucoup touch? Arnaud : la premi?re fois qu'il m'a parl? du film, il me l'a pr?sent? comme "une histoire d'amiti? entre deux tocards" ! D'un c?t? il y a un Indien qui revient sans gloire de la guerre, qui a ?t? bless? sans que l'on sache vraiment ce qu'il a ; de l'autre c?t? il y a un analyste exil? en Am?rique, qui a chang? de nationalit? et de religion, qui n'est pas reconnu par ses pairs car il n'est m?me pas m?decin… Peut-?tre sont-ce ces points communs qui font qu'ils s'entendent et se comprennent tr?s vite.

D.L. : Il y a tr?s peu de r?sistance de la part de Jimmy, le film est presque d?nu? de confrontations. La seule opposition de Jimmy vient ? la fin du film, quand il est question de religion. Je me suis demand? si ce qui se d?roulait dans le film ne correspondait pas plut?t au soulagement d'une ?me (sur le mod?le de la confession) qu'? la cure analytique proprement dite.

J.P : Dans le processus de la cure analytique le patient s'en remet compl?tement ? l'analyste. Puis arrive le moment de la fin de la cure, quand il va falloir se d?brouiller par soi-m?me. A ce moment-l? Jimmy panique ? l'id?e de se retrouver tout seul. C'est l? qu'il en appelle ? la religion et ? la figure du pr?tre. Devereux le remet face ? sa libert? et sa solitude. Jimmy en veut alors ? Devereux d'avoir fait figure de pr?tre ou d'agent protecteur indien, pour finalement l'abandonner, le laisser livr? ? lui-m?me. La col?re de Jimmy exprime son d?sarroi et sa terreur…

D.L. : Est-ce que la fin du film correspond ? l'ach?vement de la cure ? Le film semble laisser des choses en suspens, des questions non r?solues. En m?me temps il semble que Jimmy s'est all?g? de certains de ses maux, qu'un nouvel espace de possibles s'ouvre pour lui.? J.P. : Nous nous sommes pos?s cette question de la fin de la cure pendant toute l'?criture… Comment une cure se termine-t-elle, quand peut-on dire qu'elle est achev?e ? C'est une des questions les plus d?licates de la psychanalyse. Il y a un paradoxe suppl?mentaire dans le livre de Devereux : plus l'analyse avance, plus Jimmy fait de crises ! Il semble aller de plus en plus mal, va de rechute en rechute. Mais ? partir de maintenant il saura affronter lui-m?me ces crises, lui dit Devereux… C'est en cela que l'on peut parler, sinon de gu?rison, ou en tout cas de progr?s…? D.L. : C'est plut?t r?ussi dans le film : il y a une forme de r?solution qui n'est pas "la" r?solution…

J.P. : La fin n'est effectivement pas dans le spectaculaire, on peut se dire que ?a n'est pas tr?s cin?matographique. Mais nous tenions vraiment ? ?tre fid?le au livre. Dans le livre Jimmy dit : "Il y a encore quelque chose, mais je ne sais pas quoi." C'est tr?s flagrant dans l'histoire du th??tre de marionnettes : Jimmy voit quelque chose sur sc?ne qui le perturbe profond?ment, et il n'arrive pas ? expliciter ce trouble. Devereux ?met des hypoth?ses, qu'il aurait ?t? trop long de reprendre dans le film. Il y a des questions r?solues dans le film, et d'autres qui ne le sont pas…

D.L. : Le film pose la question majeure de l'ethnopsychiatrie, celle de la diff?rence culturelle au cœur de la relation th?rapeutique. C'est un th?me qui ?tait d?j? abord? dans Rois et reines. Le personnage jou? par Mathieu Amalric rejette violemment la psychiatre de l'institution, jou?e par Catherine Deneuve, et se pr?cipite chez son analyste, d'origine africaine, qui semble jouer pour lui le r?le d'un v?ritable gourou. Qu'est-ce qui int?resse Desplechin l?-dedans ?

J.P. : Ce personnage de psychanalyste d'origine africaine dans Rois et Reine s'appelle d'ailleurs… Devereux ! L'inspiration est plus qu'?vidente. Je pense que ce qui int?resse profond?ment Arnaud c'est qu'il n'y a pas de rapport social de domination entre Devereux et Picard. Devereux ne traite pas Jimmy comme un inf?rieur, mais v?ritablement comme son ?gal. Les autres m?decins ont un rapport diff?rent avec Jimmy, dans lequel entre une part de condescendance, mais aussi de culpabilit? vis ? vis du peuple am?rindien. En cela, le film est tr?s diff?rent de L'Enfant sauvage de Truffaut : la dimension p?dagogique, le rapport entre ma?tre et ?l?ve, en est totalement absente… Tout ce que fait Devereux c'est de r?v?ler Jimmy ? lui-m?me, il le force ? s'?couter.

D.L. : L'autre grande qualit? du film, c'est le personnage de Jimmy, et son interpr?tation par Benicio del Toro. C'est le premier beau personnage d'Indien qu'il m'ait ?t? donn? de voir au cin?ma depuis celui d'Ira dans M?moires de nos p?res de Clint Eastwood.

J.L : Le cin?ma am?ricain donne peu de places ? ces personnages d'am?rindiens. En revanche il y a une litt?rature native american tr?s vivace, avec des auteurs passionnants comme Sherman Alexie, James Welch. Leurs livres tournent souvent autour de la m?me probl?matique identitaire : faut-il rester dans la r?serve et pr?server ? tout prix cette culture ancestrale en train de dispara?tre, ou faut-il partir dans les grandes villes et se fondre dans la culture dominante ? Nous nous en sommes beaucoup servis pour incarner Jimmy, pour essayer de le comprendre de l'int?rieur…

[Jimmy P., Psychoth?rapie d'un Indien des plaines d'Arnaud Desplechin. 2013. Distribution : Le Pacte. Sortie le 13 septembre 2013]

> Voir ?galement notre article ("Jimmy P. : aux racines de l'ethnopyschiatrie" publi? au moment du Festival de Cannes 2013

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Posté dans Entretiens par le 11.09.13 à 19:35 - Réagir

Hannah Arendt : entretien avec Annabel Herzog

Hannah Arendt

Le Dr. Annabel Herzog est docteur en Philosophie (Université de Paris VII - Denis Diderot), et responsable de la Division de la théorie politique et gouvernementale à l’École des sciences politiques de l’Université de Haïfa. Elle a étudié la théorie politique et des philosophes tels que Emmanuel Lévinas, Jacques Derrida et Hannah Arendt. Parmi ses ouvrages publiés, elle a coordonné Hannah Arendt : totalitarisme et banalité du mal (PUF, 2011). Autour du film de Margarethe Von Trotta, Hannah Arendt, nous lui avons demandé de nous éclairer sur cet épisode-clé de la carrière de la philosophe.
Propos recueillis par Vincy Thomas pour Zérodeconduite.net.

Zérodeconduite.net : En quoi Hannah Arendt était-elle une philosophe majeure à cette période ? 

Dr. Herzog : Arendt avait écrit l’une des premières théories du totalitarisme (c’est-à-dire, une analyse des points communs entre nazisme et stalinisme) et son livre était considéré par beaucoup comme le meilleur sur le sujet. Son deuxième (d'un point de vue chronologique) grand livre, The Human Condition, traite du politique en général, à une époque où le sujet était peu ou mal étudié (on considérait que le libéralisme d’un côté et le marxisme de l’autre avaient tout dit sur le sujet). Les deux livres lus ensemble (Origins of totalitarianism et Human Condition) offrent une analyse originale de la modernité et de ses risques de destruction du politique, et une redéfinition du politique comme domaine de la liberté et de l’innovation.

Quelle était sa motivation pour assister au procès Eichmann ?

Dr. Herzog : Elle avait écrit l’ouvrage majeur sur le totalitarisme (et donc sur le nazisme) mais elle n’avait jamais vu « de près » les responsables du désastre. Elle voulait les entendre s’expliquer. Elle voulait voir ça de ses propres yeux et juger.

Comment peut-on définir l’impact de son analyse du procès Eichmann ?

Dr. Herzog : Ce n’est pas son analyse du procès qui a changé quelque chose dans sa philosophie parce que son analyse n’est compréhensible que dans le cadre de sa philosophie et de ses catégories. Son analyse est un exemple, un cas particulier de sa philosophie. Elle a analysé Eichmann comme exemple et conséquence de la destruction du politique qu’a été, selon elle, le nazisme –destruction survenant au terme du vaste processus d’effondrement du politique qui a constitué la modernité.

Dans le film, on l’entend dire que « Le pire mal est celui qui est accompli par des gens sans motifs, des gens banals. »  Pouvez-vous préciser sa pensée ?

Dr. Herzog : Elle n’a pas exactement dit ça. La banalité du mal est humaine et n’est pas liée à l’absence de motifs mais à l’idéologie. Elle a dit qu’Eichmann n’avait pas de motifs personnels contre les Juifs. Cela ne veut pas dire qu’il n’avait pas de motifs. Il avait toute l’idéologie nazie comme motif, et ce n’est pas rien. Mais ces motifs ne provenaient pas de sa propre pensée, de son propre jugement. Dire que ce type d’attitude est banal signifie que l’attitude n’est pas fondée en raison – n’est pas profonde, argumentée - mais provient de clichés et de préjugés. La banalité n’est pas l’absence d’importance ou l’absence d’humain, mais l’absence de raison, la superficialité de l’argument, les phrases toutes faites et les prétextes qui remplacent la pensée. Le problème et la force du totalitarisme est qu’il a réussi à détruire la pensée.  Elle est très proche d’Orwell dans son roman 1984.

Lire la suite de l'entretien sur le site pédagogique du film.

Hannah Arendt de Margarethe von Trotta, au cinéma le 24 avril 

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Allemand, Histoire, Philosophie), sur la boutique DVD Zérodeconduite.  

 

Posté dans Entretiens par le 20.04.13 à 12:00 - 16 commentaires

Guerri?re : entretien avec Patrick Moreau

Guerri?re

N? en R?publique F?d?rale d'Allemagne, r?sidant aujourd'hui ? Berlin, l'historien et politologue fran?ais Patrick Christian Moreau est un des meilleurs sp?cialistes de l'extr?me-droite en Europe, notamment en Allemagne et dans les pays de l'Est. Nous lui avons demand? de nous ?clairer sur le contexte dans lequel s'inscrit le film Guerri?re de David Wnendt (au cin?ma le 27 mars), fiction qui a fait sensation en Allemagne pour sa peinture ?pre et sans concession de la jeunesse n?o-nazie, et notamment sa composante f?minine…

Z?rodeconduite.net : Quelle est l'ampleur du mouvement neonazi en Allemagne actuellement ?

Patrick Moreau : Le n?onazisme pose un r?el probl?me en Allemagne, il divise le pays en deux grandes zones. A l'ouest, les groupes d'extr?me droite sont pr?sents mais faiblement organis?s alors qu'? l'est, ils sont tr?s actifs et r?unissent la majorit? des 25 000 militants. A l'image de la cellule terroriste Clandestinit? nationale-socialiste (Nationalsozialistischer Untergrund, NSU), pr?s de 10 000 activistes pratiquent la violence ouvertement. Ils sont de plus en plus jeunes et les femmes sont plus nombreuses et violentes.

Comment expliquez-vous cette f?minisation du ph?nom?ne ?

Le renforcement de la pr?sence de la femme dans les mouvements politiques se g?n?ralise dans toutes les soci?t?s europ?ennes. En Allemagne, elles se politisent de mani?re tr?s forte, ? droite comme ? gauche. Si elles sont longtemps rest?es en marge des partis n?onazis, elles deviennent aujourd'hui des t?tes pensantes ? l'instar du personnage de Marisa dans le film de David Wnendt. Elles poussent de jeunes hommes ? l'affrontement contre les communistes ou toute personne qui peut ?tre per?ue comme ?tant l'ennemi.??

Comment le mouvement n?onazi allemand a-t-il ?volu? ?

Le comportement des groupes et les choix vestimentaires se sont transform?s. Il y a dix ans, ce sont les skinead qui, avec leurs cr?nes ras?s, leurs blousons bomber et leurs chaussures rangers, incarnaient l'extr?me droite. Mais ils n'existent pratiquement plus. Les groupes les plus violents en Allemagne f?d?rale s'appellent les nationalistes autonomes. Ils ont copi? le style des anciens autonomes d'extr?me gauche v?tus de noir et de cagoules. S'appuyant sur leur r?seau de militants actifs, les "soldats politiques" (Politischer Soldat, terme forg? par l?extr?me droite le NSDAP de la R?publique de Weimar et repris par le NPD dans les ann?e 1990), ils mettent en œuvre une strat?gie d'occupation du terrain et de conqu?te de la rue. Avant la r?unification on avait ? faire ? des n?o-hitl?riens (adorateurs post mortem d'Adolf Hitler), mais depuis 1989, l'anti-capitalisme monte en puissance. Les soldats politiques n?onazis utilisent la violence de mani?re cibl?e pour d?truire l'?tat et le capitalisme. Les nationalistes autonomes se d?finissent en tant que socialistes et nationalistes r?volutionnaires. Ces partis gagnent en dangerosit?. Des groupes terroristes apparaissent, le NSU n'est pas le seul. Il y en a peut-?tre d'autres que nous connaissons mal ou pas du tout.??

Y a-t-il un lien entre immigration et l'implantation de l'extr?me-droite ?

A l'est, o? la densit? de n?onazis est la plus forte, il n'y a quasiment pas d'?trangers. Il n'y a pas de relation forte entre la pr?sence d'?trangers et la mont?e en puissance du n?onazisme. L'antis?mitisme, qui est un bien commun ? l'extr?me-droite depuis toujours, est tr?s intense en Allemagne de l'est alors qu'il y a peu de juifs. Il n'existe pas d'?quivalent du Front National en Allemagne.

Pour quelle raison ?

De nombreux Allemands n'aiment ni les Turcs ni les Vietnamiens et sont hostiles ? l'adh?sion de la Turquie ? l'Europe mais cela ne suffit pas pour cr?er un grand parti du style du Front National. Seul le NPD est populaire mais comme cette formation politique risque de devenir ill?gale, un nouveau parti issu d'une structure n?onazie vient d'?tre cr??. Il se nomme Die Rechte (les droites). Contrairement ? la France, la haine anticapitaliste surpasse largement la haine de l'?tranger. C'est ce qui fait la sp?cificit? du courant national socialiste r?volutionnaire en Allemagne. Evidemment on trouve des dimensions communes ? la totalit? des extr?me-droites europ?ennes. Notamment une violente hostilit? ? l'Am?rique, consid?r?e comme le bastion du capitalisme et ? Isra?l qui, ? travers les banquiers juifs, est vu comme la nation qui dirige plus ou moins les Etats-Unis d'Am?rique. Mais la raison principale de l'adh?sion de ces jeunes militants aux groupes nationalistes demeure le rejet du syst?me.

Quelles actions les jeunes n?onazis m?nent-ils concr?tement contre le capital ?

Ils ont compris qu'une r?volution nationaliste ne serait possible qu'? partir du moment o? ils disposeraient de troupes et de moyens suffisants pour r?sister ? l'appareil de r?pression et ? la police. Ils envoient des soldats politiques qui prennent contact avec les populations des villages. Ils cherchent ? contr?ler politiquement des zones. Ils participent aux ?lections communales. Le NPD poss?de trois cents ?lus communaux. Des ?lus si?gent dans les chambres parlementaires des L?nder. Ils tentent de conqu?rir les esprits des jeunes et les mobiliser pour pr?parer une r?volution nationaliste. Pour la premi?re fois, les activistes n?onazis d?tiennent une strat?gie ?labor?e de conqu?te de l'Etat, m?me s'ils en sont tr?s loin sur le plan politique et militaire.?

L'essor du n?onazisme en Allemagne s'explique-t-il essentiellement par le ch?mage des jeunes et la crise ?conomique ?

L'?conomie n'explique pas tout. C'est un processus complexe n? de la r?unification. Avant, les Allemands vivaient dans un syst?me organis? avec des rep?res tr?s forts, celui du communisme, de l'?tat-RDA. La r?unification a pr?c?d? la disparition de la quasi totalit? du tissu industriel. Le ch?mage s'est accru consid?rablement, provoquant une forte d?sorientation intellectuelle et collective face ? l'arriv?e de valeurs nouvelles et inconnues. Les Allemands de l'est ne se sentent pas repr?sent?s par un parti politique ? l'exception des n?o-communistes. Ainsi, ceux qui sont en mal de protestation, les jeunes en particulier, recherchent un parti exutoire. Et le seul parti pr?sent sur le march?, c'est celui qui repr?sente les n?onazis. Tous les autres partis sont per?us comme des partis de l'?tranger, des partis de l'ouest.

>>>>? Suite de l'entretien sur le site p?dagogique du film

Guerri?re de David Wnendt, au cin?ma le 27 mars

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Posté dans Entretiens par le 19.03.13 à 23:00 - 12 commentaires

La Religieuse : entretien avec l'historienne Elizabeth Lusset

La Religieuse

Combien y avait-il de femmes ayant "pris l'habit" au XVIII?me si?cle, au moment o? Diderot ?crit son roman La Religieuse ? Les cas de vocations forc?es comme celle de Suzanne Simonin, le personnage de Diderot, ?taient-ils fr?quents ? Quel pouvoir les sup?rieures avaient-elles sur les religieuses qui se montraient r?tives ? leur autorit? ?
En compl?ment de notre dossier p?dagogique autour du film, et du d?bat avec Guillaume Nicloux, Z?rodeconduite.net a interrog? l'historienne Elisabeth Lusset, sp?cialiste des questions de justice et de criminalit? au sein des monast?res (elle dirige le programme de recherche Enfermements) pour offrir un contrepoint historique ? l'?tude cin?matographique et litt?raire de
La Religieuse, et r?pondre aux questions que ne manqueront pas de (se) poser ?l?ves et spectateurs.

Z?rodeconduite.net : Pouvez-vous brosser ? grands traits l'histoire du monachisme f?minin en France jusqu'? la R?volution Fran?aise ? Quand voit-on appara?tre les premiers couvents ?

Elisabeth Lusset : Les premiers couvents apparaissent au Haut Moyen-?ge. A partir du IV?me si?cle, des femmes s’enferment chez elles pour vivre une vie de chastet?, vou?e ? Dieu. L’enfermement monastique devient la r?gle ? partir VI?me si?cle : les religieuses se regroupent dans des monast?res afin de se soustraire au monde, con?u comme un lieu de p?ch?. Ces communaut?s sont plac?es sous l’autorit? de l'?v?que du dioc?se. Les ordres proprement dits, c’est-?-dire les regroupements de monast?res, n'apparaissent en tant que tels qu'au XII?me si?cle. Au XVIIIe si?cle, il existe trois grandes familles d’ordres religieux : ceux qui vivent sous la r?gle de saint Beno?t, ceux qui vivent sous la r?gle de saint Augustin et, enfin, les communaut?s mendiantes comme par exemple les Carm?lites. La plupart des ordres f?minins associent vie contemplative et activit?s pastorales, ?ducatives et caritatives.

Z?rodeconduite.net : A la fin de l'Ancien R?gime, au moment o? para?t La Religieuse, combien y a-t-il de religieuses en France ??

E. L. : En 1790, on recense 55 000 religieuses en France, r?parties dans environ 600 monast?res, sur une population globale de 29 millions d'habitants.?

Z?rodeconduite.net : Le film de Guillaume Nicloux met en sc?ne un contraste frappant entre les diff?rents couvents, aussi bien en termes de r?gles de vie que des conditions mat?rielles.

E.L : Les communaut?s sont r?gies par diff?rentes r?gles et des coutumes qui viennent compl?ter ces r?gles. Selon les ordres religieux, la vie r?guli?re peut ?tre plus ou moins s?v?re : le vœu de pauvret? et le rapport aux biens mat?riels, par exemple, est interpr?t? diff?remment. Certains contrats ?tablis ? l’entr?e des religieuses dans le monast?re pr?voient m?me des ? rentes de douceur ? pour leur permettre de supporter les aust?rit?s d’une vie en rupture avec leur milieu social d’origine.

Z?rodeconduite.net : Au sein de quelles couches sociales recrutaient prioritairement les couvents, et pour quelles raisons ces femmes prenaient-elles l'habit ?

E.L. : La majorit? des religieuses provient de la noblesse, mais ? l'?poque moderne, on constate une pr?sence toujours plus grande des filles de bourgeois et de marchands. Concernant leurs motivations, il est toujours difficile de faire la part entre d?cision personnelle et d?terminations sociales, souvent intimement m?l?es. Certaines religieuses expliquent qu'elles se sont senties appel?es ? Dieu. Il arrive que leurs familles s'opposent ? cette vocation religieuse, au XVIII?me si?cle notamment, car ? cette ?poque l'enfermement volontaire est de plus en plus d?battu. On trouve ?galement le cas de figure inverse, celui de religieuses incit?es plus ou moins fortement par leur famille ? entrer au monast?re, comme dans le roman de Diderot. Il existe quelques cas de violence attest?es, de parents qui forcent physiquement leurs filles ? entrer en religion, mais les incitations sont plus souvent d'ordre psychologique.??

Z?rodeconduite.net : Pourquoi ces jeunes femmes ?taient-elles incit?es ? entrer au couvent ?

E.L : On trouve souvent, comme dans La Religieuse, le d?sir des familles d’avantager un des enfants, qui h?rite de mani?re privil?gi?e du patrimoine, au d?triment du cadet plac? au monast?re. L'entr?e au monast?re signifie en effet la mort civile et donc le renoncement aux droits sur l'h?ritage.? Pour les parents, l’entr?e au monast?re permet d’?loigner l’enfant des affaires de la maison tout en lui assurant une subsistance quotidienne. On peut aussi trouver des familles plus modestes dont les filles entrent au monast?re pour y b?n?ficier d'une ?ducation et d'un mode de vie plus favorable que ce qu'elles auraient pu attendre de la vie s?culi?re.?

Z?rodeconduite.net : La c?r?monie de prise de voeux est particuli?rement spectaculaire dans le film…?

E. L. : La vision que donne le film est assez juste. La position des religieuses (face contre terre avec les bras en croix) et le linceul qui les recouvre signifient leur mort au monde. La profession est assimil?e ? un nouveau bapt?me, au cours duquel la jeune fille rena?t au monde en tant que religieuse, c'est ? dire en tant qu'?pouse du Christ. Mais le film montre tr?s bien qu'au-del? du caract?re spectaculaire de la c?r?monie, auquel assistent les parents, l'accent est plac? sur le consentement des religieuses. Dans le droit canonique, si la novice exprime clairement le fait qu'elle ne consent pas aux voeux, elle n'a pas ? entrer au monast?re : d'o? les questions pos?es ? plusieurs reprises aux novices pendant la c?r?monie. C'est d'ailleurs pour cela que le noviciat existe : il est destin? ? permettre aux jeunes filles de tester leur foi pendant une ann?e, avant de faire profession. Le concile de Trente au XVIe si?cle a pris des mesures pour garantir la libert? d’engagement dans la vie religieuse et surveiller les recrutements des ordres monastiques.

(…)

>>>> Suite de l'entretien sur le site p?dagogique du film

La Religieuse de Guillaume Nicloux, au cin?ma le 20 mars

Posté dans Entretiens par le 12.03.13 à 15:14 - Réagir

No : Entretien avec Ren?e Fregosi

No

Directrice de recherche en science politique ? l'Institut des Hautes Etudes de l'Am?rique Latine (Universit? Paris III - Sorbonne Nouvelle), Ren?e Fregosi a beaucoup travaill? sur les dictatures sud-am?ricaines et la transition vers des r?gimes d?mocratiques. Son ouvrage Parcours transnationaux de la d?mocratie. Transition, consolidation, d?stabilisation (?ditions Peter Lang, 2011) raconte l'histoire de la d?mocratie, ses concepts et pratiques ? travers le monde ces trente derni?res ann?es (le deuxi?me chapitre est consacr? aux enjeux des contr?les ?lectoraux). Elle faisait ?galement partie de l'?quipe internationale de contr?le parall?le lors des ?lections g?n?rales du Chili en 1989, et a donc v?cu de pr?s l'histoire racont?e par No. Elle a visionn? le film de Pablo Larra?n pour Z?rodeconduite.net et accept? de r?pondre ? nos questions…?

Z?rodeconduite.net : Comment consid?rez-vous le film d'un point de vue politique et historique ?

Ren?e Fregosi : Tout ce qui est dit dans le film est juste, mais un peu parcellaire… No est une œuvre de fiction, il faut la prendre comme telle. L'histoire romanesque de ce publicitaire est belle, mais les ressorts de la victoire du non lors du r?f?rendum de 1988 furent ?videmment plus complexes. Le personnage de Juan Gabriel Vald?s est central. C'est lui, le responsable politique de la "Concertation des partis pour la d?mocratie" (coalition de 17 partis politiques chiliens du centre et de la gauche, repr?sent?e par le logo arc-en-ciel), qui va chercher le publicitaire et le pousser ? faire ce type de campagne moderne. Il souhaite une campagne qui se tourne vers l'avenir plut?t que le pass?, une campagne qui ne ressasse pas les horreurs commises par la dictature et ?voque la joie ? venir.

Z?rodeconduite.net : Ce n'est pas la campagne publicitaire qui a fait gagner le "non" ??

R. F. : Une campagne publicitaire efficace s'articule autour d'une bonne strat?gie politique. C'est la strat?gie politique qui fait la campagne publicitaire, pas l'inverse. Pourquoi la Concertation a-t-elle accept? cette campagne publicitaire qui choque certains de ses membres ? En son sein il y a alors des jeunes modernistes qui ont impos? la strat?gie consistant ? prendre part au r?f?rendum et de tout faire pour que le non l'emporte, afin de prendre la dictature ? son propre pi?ge. Mais cette campagne pour le "non" succ?de ? une grande campagne d'inscription sur les listes ?lectorales en 1987. Ce qu'on appelait ? l'?poque la croisade pour l'inscription sur les listes ?lectorales. On sent bien, ? travers ce terme, la pr?sence de la d?mocratie chr?tienne (Parti d?mocratie-chr?tien) dans la Concertation. Jusqu'aux grandes manifestations de 1983-1984, on imagine que la chute de la dictature ne peut ?tre que brutale. Mais la forte mobilisation populaire de ces ann?es-l? ne suffit pas ? renverser pas la dictature. C'est pourquoi l'opposition modifie sa tactique. Au niveau r?gional, des transitions pacifiques ? la d?mocratie ont d?j? eu lieu. Les intellectuels et les responsables politiques pensent qu'eux aussi pourraient concevoir une transition pacifique de la dictature ? la d?mocratie en pervertissant le jeu m?me de la dictature.

Z?rodeconduite.net : Comment est n?e cette id?e de pl?biscite ?

R. F. : Ce r?f?rendum n'?tait pas pr?vu. En 1988, les dispositions transitoires de l'installation de la constitution de 1980 se terminaient et Pinochet, qui assumait la transition depuis huit ans, ?tait cens? quitter le pouvoir. La constitution, ?crite par Jaime Guzman, un grand juriste de droite chilien, instaurait une "d?mocratie prot?g?e". Son installation pr?voyait des ?lections : ? partir de 1987, on met en place des listes ?lectorales et des nouveaux partis pour participer ? ces ?lections. Les socialistes, qui n'ont pas le droit d'appara?tre comme tels, forment le parti pour la d?mocratie. Mais Pinochet d?sire finalement se repr?senter, ce qui provoque des remous au sein m?me du groupe dirigeant. Pinochet d?cide alors de se faire l?gitimer par le peuple en demandant par r?f?rendum s'il a le droit d'?tre candidat. Le r?f?rendum de 1988 s'inscrit donc ? la fois ? l'int?rieur et hors du cadre de cette nouvelle constitution.?

Z?rodeconduite.net : Comment r?agit l'opposition ?

R. F. : A partir de 1987, l'inscription sur les listes ?lectorales est volontaire. Les membres de l'opposition se lancent dans une vaste campagne pour pousser les Chiliens ? s'inscrire sur les listes. Le paradoxe est que l'opposition fait ouvertement campagne pour le non, alors que le r?gime continue ses exactions (r?pression, torture…). Cette ambiance un peu incertaine est bien rendue dans le film.

>>> Suite de l'entretien sur le site p?dagogique du film : www.zerodeconduite.net/no

No, de Pablo Larra?n, au cin?ma le 6 mars 2013.

Posté dans Entretiens par le 28.02.13 à 11:47 - Réagir

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