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Festival de Cannes : L'actualité du festival (134 articles)

Hearat Shulayim (Footnote)

Footnote

On est curieux de savoir sous quel titre Hearat Shulayim (Footnote) sortira en France. La traduction litt?rale, "Note de bas de page", ne serait assur?ment pas des plus vendeuses. Il serait pour autant dommage de ne pas rendre justice ? la violente ironie du titre original du film de Joseph Cedar : ? travers l'histoire des Shkolnik, chercheurs de p?re en fils, Hearat Shulayim (Footnote) raconte justement comment les passions les plus br?lantes se cristallisent sur les objets les plus d?risoires.
Alors qu’Eliezer, le p?re, a toujours ?t? priv? de la reconnaissance que m?ritait son travail, son fils Uriel a br?l? toutes les ?tapes pour acc?der pr?cocement aux honneurs. Le film commence v?ritablement quand ce rapport semble s'inverser, le p?re apprenant qu'il est le prochain laur?at du prestigieux prix d'Isra?l, d?nouement inesp?r? d'une vie de frustration et d'aigreur.? Jusqu'? ce que l'on comprenne qu'il y a eu erreur sur la personne…
Hearat Shulayim (Footnote) se d?roule dans un espace physiquement et sociologiquement minuscule, un "tout petit monde" pour reprendre le titre d'un roman de David Lodge : physiquement, parce que les personnages ne sortiront pas d'un p?rim?tre d?limit? par la Biblioth?que Nationale, l'Universit? h?bra?que et le Minist?re isra?lien de l'?ducation ; sociologiquement, car leur affrontement est circonscrit dans le champ (au sens o? l'entendait Pierre Bourdieu) ?troit de la recherche universitaire, plus pr?cis?ment encore celui des ?tudes talmudiques. Il n'y a sans doute que quelques dizaines de personnes tout au plus au monde qui comprennent l'enjeu des travaux des Shkolnik p?re et fils : mais il n'y en aurait pas un seul que l'on sent bien que ce serait la m?me chose.L'affrontement entre Eliezer et Uriel est en effet d'ordre intime, c'est l'?ternelle lutte entre p?re et fils, un sch?ma aux fondements de notre culture ? travers les mythes grecs (la mythe d'Œdipe mais aussi celui de D?dale, Talos et Icare), et l'interpr?tation qu'en a fait la psychanalyse freudienne (voir Totem et tabou, 1913).
Hearat Shulayim (Footnote) ne manque pas d'intelligence et de finesse : quand le p?re est tout d'un coup saisi d'un doute sur l'authenticit? du rapport du jury qui l'a distingu?, c'est en philologue qu'il m?ne l'enqu?te, en travaillant sur le lexique et en rep?rant les occurrences de certains termes. De m?me, la m?taphore du pot cass?, par laquelle le p?re r?sume la diff?rence d'approche entre son travail scientifique et les œuvres de vulgarisation de son fils, est d'une simplicit? lumineuse. Mais le film de Joseph Cedar reste h?las coinc? entre l'anecdote universitaire et le mythe fondateur, n'arrivant pas vraiment ? se d?tacher de l'une pour se hisser ? la hauteur de l'autre. Le film ne semble pas croire aux enjeux de son sujet, se r?fugiant dans une accumulation d'effets (intertitres, musique) qui masquent une narration tournant quelque peu ? vide.
Il n'explorera pas la piste œdipienne qu'il prend pourtant le soin d'esquisser (c'est ? sa m?re et ? elle seule que le fils r?v?lera le secret qui fait d?gringoler le p?re de son tout nouveau piedestal). Il nous frustrera de la confrontation entre le p?re et le fils, qui s'affronteront ? distance sans jamais ?changer un mot ; il se garde bien de prendre partie, distribuant ?quitablement les bons et les mauvais points, renvoyant le p?re et le fils (lui-m?me p?re pr?t ? reconduire les m?mes mauvais r?flexes). Il nous refusera enfin une explication sur cette fameuse note de bas de page, qui aurait pu nous permettre de faire l'arch?ologie de cette haine familiale.? Sans v?ritable origine ni aboutissement, cette joute familiale tourne un peu ? vide et nous laisse m?diter ces paroles de l'Eccl?siaste : "Vanit? des vanit?s, tout est vanit?…"

Footnote (Hearat Shulayim) de Joseph Cedar, Isra?l, 110 mn, S?lection Officielle (en comp?tition)

Posté dans Festival de Cannes par le 17.05.11 à 19:16 - Réagir

Habemus papam

Habemus papam

On pourrait lire Habemus papam, le nouveau et tr?s attendu film de Nanni Moretti, comme l'exact inverse du Ca?man, pr?sent? en Comp?tition officielle ici m?me il y a trois ans : apr?s avoir portraitur? un homme qui a pass? toute sa vie ? conqu?rir le pouvoir et ? le conserver (au prix de tous les compromissions), Moretti en imagine un autre qui, au cr?puscule de sa vie, refuse la charge ?crasante qu'on lui offre sur un plateau.
"Tu est Pierre, et sur cette pierre je b?tirai mon ?glise" (Tu es Petrus, et super hanc Petram aedificabo Ecclesiam meam), dit le Christ ? l'ap?tre Pierre (Mathieu, 16, 18), dont la th?ologie catholique a fait le premier des papes : quant, ? peine ?lu par le conclave, l'ex cardinal et n?o-pape Melville (Michel Piccoli), saisi d'effroi, refuse de se pr?senter au balcon de Saint-Pierre de Rome devant les fid?les en liesse, c'est tout l'?difice catholique que l'on sent pr?t ? vaciller.
Avec ce film, Moretti renoue avec une veine comique que ses pr?c?dents films (le corrosif Ca?man et le bouleversant La Chambre du fils) avaient quelque peu assombri : Habemus papam est avant tout une d?licieuse satire, et il faut en go?ter pleinement la l?g?ret? avant de l'alourdir d'interpr?tations.? Moretti fait son miel du contraste entre le decorum du conclave (la Chapelle Sixtine, la pourpre des cardinaux, la liturgie) fig? par des si?cles de tradition, et la r?alit? tr?s prosa?que de ces vieux messieurs clo?tr?s au Vatican parce que celui qu'ils se sont choisi pour chef recule devant l'obstacle. Mais il r?serve autant de fl?chettes au monde d'aujourd'hui, celui de l'information en continu (la th?orie des envoy?s sp?ciaux qui tentent d'interpr?ter la vacance pontificale) et du tout-psychanalyse (on se demande par quel conformisme de pens?e les services du Vatican en viennent ? faire appel ? un analyste).

Moretti ne s'int?resse pas vraiment ? la question de la foi. A la question de savoir s'il est croyant, ? la question de savoir s'il a perdu la foi, le psychanalyste et le pape r?pondent tr?s simplement, respectivement par oui, et par non. Le film ne s'int?resse pas plus ? la psychanalyse : l'exploration de la psych? du pape, tournera tr?s vite court, laissant les deux hommes chacun ? sa marotte : le th??tre pour l'un (qui trouve asile parmi une troupe de th??tre qui joue Tchekhov), le volley-ball pour l'autre, qui va organiser dans la cour du Vatican un championnat du monde des cardinaux. Mieux, on a le sentiment que Moretti le Christ et Freud dos ? dos : par son ?chapp?e belle, le pape affirme qu'il n'est ni l'instrument de la volont? divine, ni le jouet de ses pulsions. Il est absolument libre, et l'effroi de Melville (magnifique Michel Piccoli) est ? la mesure de la d?couverte de cette libert?.

Habemus papam de Nanni Moretti, 104 mn, S?lection officielle (en comp?tition)
Sortie fran?aise pr?vue pour le 7 septembre

Posté dans Festival de Cannes par le 16.05.11 à 19:26 - Réagir

Le Festival de Cannes 2011

Le Festival de Cannes 2011, difficile de l'ignorer, s'est ouvert mercredi avec la projection du nouveau film de Woody Allen. L'?quipe de Z?rodeconduite.net sera pr?sente sur place d?s samedi pour chroniquer les films des diff?rentes s?lections.
En guise d'introduction, on conseillera quelques synth?ses assez p?dagogiques : le Festival de Cannes en dix questions sur Telerama.fr (qui propose une couverture assez exhaustive et multimedia du Festival), un point sur "Qu'est-ce qu'une s?lection ?" par le critique Jean-Michel Frodon sur son blog Slate.fr, et une interview du d?l?gu? g?n?ral Thierry Fr?meaux sur Curiosphere.tv. Et on renverra aux sites officiels des diff?rentes s?lections, de plus en plus fournis chaque ann?e (incluant notamment de nombreux contenus vid?os) : S?lection(s) Officielle(s), Quinzaine des R?alisateurs, Semaine de la Critique...

On notera enfin, comme le signalait l'Expresso de jeudi du Caf? p?dagogique, que le Prix de l'?ducation Nationale a disparu des radars : apr?s la non-publication du DVD Des Hommes et des Dieux dans la collection A propos, le Prix qui existait depuis sept ans semble ne pas avoir ?t? organis? cette ann?e.

Festival de Cannes, du 11 au 23 mai 2011

Posté dans Festival de Cannes par le 14.05.11 à 01:04 - Réagir

Azur et Asmar de Michel Ocelot

Pr?sent? dans le cadre de la Quinzaine des R?alisateurs, la derni?re animation de Michel Ocelot, Azur et Asmar, magistrale mise en tableaux, offre des possibilit?s d’exploitation p?dagogique aussi riches que vari?es.
Le graphisme en 3D r?pond au d?fi du r?alisme merveilleux, en donnant ? voir un trait g?om?trique qui pr?cise les contours et cr?e une ?l?gance dans le style, et qui respecte l’imaginaire en convoquant un v?ritable festival de couleurs.
Certes, si le film se r?f?re toujours autant ? la na?vet? du Douanier Rousseau, il emprunte aussi ses bleus et sa lumi?re ? Matisse. La recherche en Arts Plastiques peut porter sur quelques temps forts (les palmeraies aux troncs comme constell?s de pierreries, qui apparaissent telles un mirage ; le palais noir et blanc de la petite princesse dont les arcs et carrelages rappellent les palais de l’Alhambra, la salle des lumi?res, v?ritable mosqu?e des djinns….).
En chantant une v?ritable ode ? la culture musulmane (programme d’Histoire-G?ographie de 5?me), l’animation suscite ? certains plans une exclamation admirative, mais le sens de l’œuvre ne saurait se r?duire ? l’esth?tique. En plein d?bat sur l’immigration choisie, le film d’Ocelot est un intelligent plaidoyer pour le m?tissage, "le tiers instruit", sans aucun didactisme. Le film ?chappe constamment ? la binarit? du titre pour entrecroiser deux destins, ce que l’analyse pr?cise des sch?mas narratif et actantiel (programme de Fran?ais de 6?me) r?v?lera. Quant au message de tol?rance, il pourra ?tre ?voqu? au d?tour de l'analyse de l’apologue (qui dispara?t des programmes de Premi?re en Lettres, mais peut se retrouver ? travers l’?tude des Contes de Perrault illustr?s par Gustave Dor?, au programme des Terminales litt?raires —on notera au passage, le costume de Prince d’Azur qui n’est pas sans rappeler celui de Jean Marais dans le Peau d’?ne de Demy—).
Michel Ocelot offre donc ? Kirikou, une descendance digne du petit personnage, en explorant l’exotisme ?ternel de contr?es lointaines, et en nous "invitant au voyage" (voir cette interview r?alis?e pendant la production du film.)

Posté dans Festival de Cannes par le 23.05.10 à 14:21 - 14 commentaires

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