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4 mois, 3 semaines? en DVD

Apr?s le "coup" retentissant de 2007 (la co?ncidence avec la Palme d’Or puis la pol?mique sur le soup?on de censure), sur quel film se portera cette ann?e le choix du jury (pr?sid? par l'acteur Robin Renucci) du Prix de l’Education Nationale ?
On retrouvera ? partir de jeudi sur Z?rodeconduite.net, et tout au long du festival, la chronique au jour le jour des films pr?sent?s dans les diff?rentes s?lections. Mais cette veill?e d’armes est l’occasion de revenir, avec un peu de retard, sur l'?dition DVD du film de Christian Mungiu, et notamment de saluer le remarquable travail ?ditorial accompli par le CRDP de Nice, qui ?dite ce film dans la s?rie "A propos de" consacr?e aux Prix de l'Education Nationale (dont Marie-Antoinette en 2006).
Comme les pr?c?dents films, le coffret propose deux galettes, un DVD et un DVD-Rom. Le DVD ne pr?sente en guise de bonus qu'une interview de Bernadette Lafont, mais la richesse du coffet est ailleurs, dans le DVD-Rom qui permet d'ausculter le film litt?ralement sous toutes les coutures : ?tudes culturelles et historiques, r?flexions cin?matographiques, analyses de s?quences, on louera la pluralit? d'approches, enrichie par la vari?t? des plumes associ?es ? ce projet (ainsi le Planning familial signe la note sur l'avortement, un enseignant d'Arts Plastiques apporte ses lumi?res sur l'architecture et l'urbanisme dans le film). Loin de se contenter de survoler le sujet, chaque page offre une ?tude pr?cise et aprofondie, sans ?tre pesante ou trop didactique.
On appr?cie particuli?rement les passionnantes analyses de s?quences, qui font feu de tout bois (extrait en incrustation, commentaire audio, photogrammes et sch?mas) pour d?cortiquer la mise en sc?ne de Cristian Mungiu. On citera ?galement, plus anecdotique mais non moins plaisant, le "glossaire culturel" qui propose des entr?es aussi diverses que "Bauhaus", "cigarette Kent", "Dupuytren" (? propos du plan sur le foetus), "Economie de p?nurie", "T?ratologie"…
Loin de se d?florer ou de s'?puiser, le plaisir que l'on a pris ? la vision en sort renforc?, et au-del? d'une utilisation "p?dagogique" ? laquelle il est cens? ?tre destin? (les droits d'utilisation en classe sont compris dans l'achat du coffret), on ne saurait trop conseiller son acquisition aux cin?philes. Pour le m?me prix, les ?diteurs DVD proposent en effet trop souvent des ?ditions "Premium" ou "Deluxe" artificiellement boursoufl?es, o? la quantit? prime sur la qualit?.

4 mois, 3 semaines et 2 jours, collection "? propos", Coffret DVD + DVD-Rom 27 € 90

Et aussi, parmi les autres sorties DVD r?centes, les films qui ont fait l'objet d'un dossier Z?rodeconduite.net :
Un Secret, L’Ennemi intime, Mon meilleur ennemi

Posté par le 13.05.08 à 23:44 - Réagir

Bataille ? Seattle : ils r?vaient d?un autre monde


A l’heure o? la comm?morationnite de mai 68 atteint son apog?e, au risque de l’overdose, on pourra s’?tonner de l’indiff?rence qui semble accueillir Bataille ? Seattle de Stuart Townsend, relatant les manifestations anti-mondialisation qui perturb?rent le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce en septembre 1999. Du joli mai qui enflamma le Quartier Latin aux cinq jours d’?meutes qui secou?rent Seattle, se posent en effet, ? pr?s de trente ans de distance, les m?mes questions (sur la place de l’id?al en politique, sur la question de la violence), se reformulent les m?mes enjeux (l’irruption de mouvements alternatifs ? c?t? des organisations institu?es comme les syndicats, l’intensit? plus ou moins forte de la r?pression polici?re, l’importance des m?dias)… L’anti-(devenu alter depuis) mondialisme des ann?es 00 serait-il ? ce point pass? de mode tandis que l’on c?l?bre l’actualit? de 68 ?
On mettra au cr?dit de Bataille ? Seattle son efficacit? visuelle et narrative, ainsi que sa ferme volont? p?dagogique. Le jeune r?alisateur Stuart Townsend fait preuve d’une ma?trise incontestable dans la mise en sc?ne des mouvements collectifs et des affrontements de rue entre police et manifestants. Par des choix de mise en sc?ne souvent ing?nieux et l’utilisation judicieuse des images d’archive, sa reconstitution n’en para?t pas une, et parvient ? recr?er l’effervescence de l’?v?nement en train d’advenir, la f?brilit? et l’urgence de l’instant. Surtout, le film prend un grand soin ? replacer les ?v?nements qu’il d?peint dans leur contexte g?o-?conomique, et ? resituer les enjeux que repr?sentait le sommet de l’O.M.C., notamment via une tr?s p?dagogique pr?sentation liminaire (voir ce dossier de la Documentation Fran?aise sur l’OMC et cette page sur l’?chec de Seattle). Il ne se contente d'aileurs pas de filmer la cin?g?nique bataille qui se d?roule dans le rues de Seattle, il parcourt aussi les trav?es du th??tre o? se d?roulait tant bien que mal le sommet.
L? ou en revanche Bataille ? Seattle ?choue, c’est sur le plan de la fiction : charg?s (selon le principe du film "choral") d’offrir une multiplicit? de points de vue sur l’?v?nement, ses personnages ne d?passent que rarement leur r?le de porte-parole ; quand c'est le cas, c'est h?las pour tomber dans le clich? (l’activiste traumatis? par la mort de son fr?re), ce que n’arrangent pas des p?rip?ties cousues de fil blanc (le CRS — indirectement — victime de la violence polici?re, la journaliste qui prend fait et cause pour les manifestants). La dimension r?flexive et p?dagogique du film dispara?t alors derri?re l'ode au courage et ? l’ing?niosit? des militants altermondialistes…
Il serait dommage toutefois de disqualifier un film dont l'?nergie et l'enthousiasme devraient galvaniser nos ?l?ves. Bataille ? Seattle permet en effet d'aborder de mani?re vivante le sujet de la mondialisation et de sa contestation. C'est l'occasion aussi, pourquoi pas, de montrer que les bons sentiments font parfois du mauvais cin?ma.

[Bataille ? Seattle de Stuart Townsend. 2007. Dur?e : 1 h 40. Distribution : Metropolitan Filmexport. Sortie le 7 mai 2008]

Posté par le 09.05.08 à 18:56 - 4 commentaires

Cin?classe : Goodbye Bafana

Si de nombreux films ont trait? de l'apartheid et de ses suites, aucun n'avait jusqu'ici os? aborder frontalement la personnalit? de Nelson Mandela. Il faut dire qu'il n'est pas ?vident de faire un film sur quelqu'un qui a pass? vingt-sept ans en prison, et d'incarner l'une des rares ic?nes politiques de la fin du XX?me si?cle.
"Une ic?ne", c'est le titre de l'?ditorial de Christian Bonrepaux dans le suppl?ment Cin?classe que Le Monde de l'Education (en partenariat avec Z?rodeconduite.net) consacre au film Goodbye Bafana de Bille August (au cin?ma le 11 avril). Il souligne que Goodbye Bafana "?chappe au pi?ge de l'admiration b?ate en d?roulant les fils du r?cit ? travers le regard de James Gregory, son gardien pendant toutes les ann?es de d?tention. La confrontation quotidienne d'un homme hors du commun et celle d'un Afrikaner ordinaire, convaincu de la supr?matie de la race blanche, permet de mettre en ?vidence les m?canismes du discours raciste et leurs violences."
Comme chaque mois, les rubriques "Education ? l'image" et "De la salle ? la classe" replacent l'?tude du film dans les programmes et les pratiques des enseignants. Ceux-ci pourront s'appuyer ?galement sur le substantiel entretien avec l'historien Fran?ois-Xavier Fauvelle-Marty, sp?cialiste de l'histoire de l'Afrique du Sud. il analyse le personnage de Mandela, ? la fois symbole (le "plus vieux prisonnier politique du monde") et strat?ge, il d?crit les difficult?s de la transition d?mocratique (qui a fait tout de m?me entre 20 000 et 30 000 morts dans les ann?es 1990) et la persistance encore aujourd'hui d'une forme d'apartheid ?conomique ; il revient sur les racines du syst?me racial, h?rit? des guerres entre colons n?erlandais et britanniques : "En ce sens, la situation au sud de l'Afrique ?voque celle des Etats-Unis apr?s la guerre de S?cession. Dans les deux pays, en effet, les Noirs ont fait les frais d'une volont? de r?conciliation entre deux communaut?s blanches."

[Le Monde de l'Education n? 358. Avril 2007. Suppl?ment Cin?classe]
[Voir ?galement notre site p?dagogique]

Posté par le 30.03.08 à 16:32 - Réagir

Le Voyage ? Panama : c?est o? le bonheur ?

Petit Ours et Petit Tigre vivent heureux dans leur maison pr?s de la rivi?re. Petit Tigre "chasse" les champignons, Petit Ours cultive son potager et invente sans cesse de nouvelles recettes qui ravissent son ami. Un matin, ils trouvent, ?chou?e sur la rive, une caisse en bois vide qui d?gage une d?licieuse odeur de banane. Sur le c?t? est ?crit : "Panama". Les deux amis se convainquent que le paradis sent la banane et s’appelle Panama. Ils partent ? sa recherche.
Qu’est-ce que le bonheur ? Ce film d’animation au style na?f d?peint des personnages en proie ? de v?ritables interrogations existentielles. Le tigre et l’ours ne manquent de rien, sont heureux et pourtant un doute les saisit : peut-?tre est-il possible d’?tre plus heureux encore ? Comment peut-on le savoir ? Ils partent ? la recherche de ce bonheur auquel ils donnent les traits vagues d’un paradis qui regorge de ce qu’ils n’ont pas (les bananes) et multiplie ce qu’ils ont. Cette qu?te du bonheur va se transformer ainsi en cheminement initiatique o? l’exp?rience instruit. Le bonheur n’est pas une question d’avoir mais d’?tre. Au mythe d’un jardin d’Eden insaisissable se substitue la r?alit? des joies quotidiennes : Il faut cultiver son potager…
R?alis? par Martin Otevrel, ce film d’animation est l’adaptation d’un livre de l’auteur pour enfants Janosch, Oh ! Wie sch?n ist Panama, publi? en 1978. Et des ann?es 70, en effet, on retrouve l’empreinte d’un mouvement ?ducatif pr?nant l’id?e selon laquelle il faut exp?rimenter pour savoir.
Il est rare de trouver des films d’animation adapt?s ? un tr?s jeune public (d?s 3 ans). Le Voyage ? Panama concilie pour cela des crit?res essentiels : il est relativement court (1h10), et les sc?nes, rythm?es par de nombreuses rencontres, sont suffisamment br?ves pour capter et conserver l’attention. Des d?tails au th?me g?n?ral, les enfants trouveront du plaisir ? la fois ? apprendre des mots et ? r?pondre ? cette question : qu’y aurait-il dans ton paradis ? N’oublions pas la musique, essentielle dans les films d’animation, et l’entra?nant "Tout est beau ? Panama", car ce que l’on chante est ce qui nous reste de plus concret et ce qui nous ram?ne vers un film.

[Le Voyage ? Panama de Martin Otevrel. 2006. Dur?e : 1 h 10. Distribution : Gebeka. Sortie le 20 f?vrier 2008]

Posté par le 21.02.08 à 18:32 - 1 commentaire

Les Faussaires : vertige de la fiction, horreur de l'histoire

Faux papiers, fausses identit?s, fausse monnaie : quoi de plus romanesque et de plus cin?matographique que le th?me du faux ? Il constitue le ressort d’un grand nombre de films sur la Seconde Guerre Mondiale, variations plus ou moins brillantes sur la guerre entre espions Alli?s et ceux de l’Axe, dans les registres dramatique (L’Affaire Cic?ron de Mankiewicz) ou comique (To be or not to be de Lubitsch).
L’histoire de Salomon Sorowitsch, faussaire de g?nie impliqu? dans l’op?ration Bernhard (vaste entreprise de contrefa?on de billets de banque lanc?e par les nazis pour saper les ?conomies alli?es), pourrait rentrer dans cette cat?gorie. A ceci pr?s que Salomon Sorowitsch ?tait juif comme la plupart des autres "faussaires" du titre, et qu’il ne participa qu’? son corps d?fendant ? l’op?ration Bernhard : s?lectionn?s par l’administration SS dans tous les camps de concentration europ?ens, les sp?cialistes (illustrateurs, ouvriers typographes, …) furent regroup?s dans le "KZ" de Sachsenhausen pour travailler au projet nazi. Ils b?n?ficiaient d’un traitement de faveur par rapport aux autres d?port?s, tout en ?tant ? la merci des nazis.
On per?oit ce qu’il y avait de d?licat ? m?ler le vertige de la fiction ? la r?alit? historique de la Shoah. Mais l’int?r?t du film, comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cin?classe consacr? au film, est justement d’aborder la r?alit? du g?nocide nazi de mani?re "oblique". Parqu?s dans un enclos relativement prot?g? ? l’int?rieur du camp de Sachsenhausen (dans l’œil du cyclone en quelque sorte, puisque Sachsenhausen ?tait aussi le QG de l’administration SS), totalement s?par?s des autres d?port?s, les faussaires du film ne per?oivent l’?tendue de l’horreur concentrationnaire que par bribes. Le moment le plus saisissant du film est d’ailleurs la rencontre entre les deux populations du camp d?laiss? par les SS ? l’arriv?e des troupes alli?es : les faussaires d?couvrent avec stup?faction les silhouettes d?charn?es des "musulmans" (comme les appelait Primo Levi) ; de leur c?t? ceux-ci n’arrivent pas ? prendre pour des d?port?s ces d?tenus si bien portants.
Le grand int?r?t du film est l?, plut?t que dans le portrait ambigu de l’officier nazi qui dirige l’op?ration, ou dans le dilemme moral qui tiraille les faussaires (sauver sa peau ? tout prix ou saboter un projet qui risque de permettre la victoire nazie ?). Mais la grande r?ussite des Faussaires r?side ?galement dans l’interpr?tation magistrale de l’acteur Karl Markowics, qui campe un Sorowitsch ambigu, ? la fois fonci?rement amoral et profond?ment humain.
Comme nous l’expliquions dans notre pr?c?dent article, ce film sobre et pudique rec?le en tout cas un vrai int?r?t p?dagogique pour aborder l’histoire du syst?me concentrationnaire. Les enseignants d’Histoire et d’Allemand trouveront ainsi un dossier p?dagogique dans chaque discipline sur le site p?dagogique du film, o? ils pourront ?galement t?l?charger le Cin?classe du Monde de l’Education.

[Les Faussaires de Stefan Ruzowitzky. 2007. Dur?e : 1 h 38. Distribution : Rezo. Sortie le 6 f?vrier 2008]

Posté par le 06.02.08 à 16:34 - 7 commentaires

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