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Tabarly : c'est pas l'homme?

En sport comme ailleurs, certains anniversaires sont plus tristes que d'autres. Il y a dix ans la France remportait la Coupe du Monde de Football, et les afficionados peuvent m?me revivre l'?v?nement sur grand ?cran (avec "commentaires in?dits de Thierry Roland") !
Il y a dix ans ?galement disparaissait en mer le navigateur Eric Tabarly et un film lui rend aujourd'hui hommage : Tabarly de Pierre Marcel, montage d'archives audiovisuelles et radiophoniques pour une grande part in?dites. Dans l'actualit? cin?matographique un peu atone de ce mois de juin les Actualit?s pour la Classe du CNDP distinguent le film en proposant une fiche p?dagogique. Anne Henriot, enseignante de fran?ais, propose d'?tudier le film "…au lyc?e, en fran?ais, pour ?tudier l’autobiographie et la construction du personnage. Et aussi d?s le coll?ge et en fin de primaire, en ?ducation physique et sportive, pour d?couvrir les grandes courses ? la voile, s’interroger sur le sens de la comp?tition et l’importance de l’?quipe."

[Tabarly de Pierre Marcel. 2008. Dur?e : 1 h 30. Distribution : Path?. Sortie le 11 juin 2008]

Posté par le 16.06.08 à 19:04 - Réagir

Sagan : une vie

Une "performance" d’acteur peut-elle "faire" un film ? Sans Sylvie Testud on ne donnait pas cher de Sagan de Diane Kurys, produit t?l? con?u ? l’origine pour une diffusion rapide et ?ph?m?re si les d?cideurs n'avaient pas ?t? ?tonn?s par sa qualit?. L’interpr?tation de la com?dienne en fait une œuvre extr?mement plaisante, parfois fascinante.
Comme on l’a ?crit pr?c?demment (mais dans une toute autre mesure) ? propos de la version de Che pr?sent?e par Steven Soderbergh ? Cannes, Sagan ne joue pas totalement le jeu du "biopic" (ou biographie film?e) : pas de rosebud qui nous expliquerait la v?rit? intime du personnage, et une quasi absence de point de vue affirm? sur l’auteure (? la diff?rence de Che, cette fois). Le film de Diane Kurys se contente d’enquiller sur un mode strictement chronologique les ?pisodes de la vie de Sagan (? partir de la parution du futur best-seller Bonjour Tristesse : avant, Fran?oise Sagan n’?tait "que" Quoirez), les rencontres (Chazot, Schoeller, Peggy Roche…), les bons mots, les coups d’?clat ou de blues ; le tout est reli? par des extraits en voix-off de l’œuvre (Fran?oise Sagan a beaucoup utilis? le "je", beaucoup parl? d’elle, directement ou indirectement, jusqu’? ?crire sa propre ?pitaphe : ).
Paradoxalement, c’est cette simplicit?, cette modestie qui font le prix de Sagan : s’il le fait au d?triment de toute r?flexion sur l’œuvre (? peine est ?voqu?e la "petite musique"), sur le processus de l’?criture, sur les rapports entre l’art et la vie, le film parvient ? restituer le sentiment m?lancolique de la vie qui passe. Il fait la part belle aux com?diens, ?tonnamment justes et jamais ?cras?s, comme c’est souvent le cas dans les films historiques, par des personnages trop imposants (Pierre Palmade en Jacques Chazot, Jeanne Balibar en Peggy Roche, Denys Podalyd?s, Arielle Dombasle).
On en revient donc ? Sylvie Testud, et ? sa composition saisissante. Dans cette int?ressante notice Cinedoc, Barbara Velasco d?montre que d?s l’origine (en 1912, Sarah Bernhardt incarnait au cin?ma La Reine Elisabeth) le succ?s de la biographie film?e est indissociable de la pr?sence dans le r?le titre, sinon d’une star, du moins d’un acteur dont on saluera la performance (on a pu le voir r?cemment avec Marion Cotillard dans La M?me). Reste ? d?terminer ce qui dans la fascination que procure le jeu de l’actrice ce qui ressort du mim?tisme, de l’imitation talentueuse (silhouette, gestuelle, ?locution) d’une personnalit? rest?e dans la m?moire collective, et ce qui appartient la "construction du personnage" au sens stanislavskien du terme (l’actrice en parle longuement sur Tel?rama.fr).

[Sagan de Diane Kurys. 2007. Dur?e : 1 h 58. Distribution : Europacorp. Sortie le 11 juin 2008]

Pour aller plus loin
— La bande-annonce sur Curiosphere.tv
— Un dossier Sagan par le magazine Lire
— Quelques r?centes biographies film?es d'?crivains sur Z?rodeconduite.net :
Moli?re, La Fontaine, Jane Austen, Beatrix Potter

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Posté par le 11.06.08 à 11:53 - 6 commentaires

Les Liaisons dangereuses au programme des TL

C'est officiel : le cin?ma est de retour au menu du bac litt?raire. Si l'ann?e derni?re Le Gu?pard de Lampedusa avait ?t? inscrit au programme des Terminale L sans mention du chef d'œuvre de Visconti, Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos est propos? cette fois dans une logique comparatiste avec le film de Stephen Frears (1988). Le roman ?pistolaire et son adaptation s'inscrivent dans le domaine "Langage verbal et images - Litt?rature et cin?ma" : il faudra donc mener de front ?tude litt?raire et analyse du film, en proposant des pistes sur le passage de l'?crit ? l'image, ? l'instar du programme d'il y a trois ans sur Le Proc?s de Kafka et Welles.
Cette fois-ci, les enseignants auront de plus le loisir de prendre des points de comparaison dans les nombreuses adaptations du roman r?alis?es au fil des ans, et de confronter les diverses incarnations des Merteuil, Valmont et Tourvel : de l'adaptation r?alis?e par Roger Vadim (avec G. Philippe et Jeanne Moreau) en 1959 dans des d?cors et costumes "modernes" au Valmont de Milos Forman (1989) —que certains jugent sup?rieur ? l'œuvre de Frears—, en passant par le "teen movie" Cruel intentions (traduit en fran?ais par un navrant "Sexe Intentions"), autre transposition "moderne" sur un campus am?ricain (avec les stars Ryan Philippe, Sarah Michelle Gellar et Reese Witherspoon), voire, pourquoi pas, la version t?l?visuelle de Jos?e Dayan (2003) ? l'improbable casting international (Catherine Deneuve, Rupert Everett, Leelee Sobieski).
Le Bulletin Officiel indique entre autres comment se procurer le DVD avec les droits d'exploitation en classe (aupr?s de l'ADAV). Il propose ?galement une courte bibliographie introductive au film de Stephen Frears. On pourra ?galement se reporter ? notre s?quence p?dagogique sur le film : Les R??critures (Laclos / Frears).

Ressources :
- Les R??critures (Laclos / Frears), Z?rodeconduite.net, la s?ance du mois
- "Qu'est-ce que le montage altern? ?" (la sc?ne liminaire du film de Frears), T?l?doc, rubrique Plans Rapproch?s
- Les Liaisons dangereuses, Laclos et Frears, Site p?dagogique Lettres de l'acad?mie de Versailles
- Les Liaisons dangereuses : deux adaptations (Frears, Forman), CRDP de Lyon

Posté par le 07.06.08 à 16:25 - 59 commentaires

4 mois, 3 semaines, 2 jours prix? de l'Education Nationale

Comme en 2002 avec Elephant de Gus Van Sant, le Jury (six enseignants, deux ?tudiants et deux "professionnels" : l'actrice Bernadette Lafont, et le metteur en sc?ne Marcel Bozonnet) du Prix l'Education Nationale a devanc? celui de la S?lection Officielle en couronnant le tr?s beau 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu quelques heures avant qu'il se voie d?cerner la Palme d'Or…
Voici le texte de la proclamation du jury, qui motive ce choix :
"4 mois, 3 semaines, 2 jours est une fiction radicale, mais ?mouvante parce c'est un film qui ne triche jamais. Une des grandes qualit?s du film consiste ? regarder le sujet droit devant d'une mani?re implacable, sans disgression, sans rupture de rythme.
Ce qui nous est donn? ? voir, c'est une relation d'une extraordinaire solidarit? entre deux jeunes femmes pour permettre ? l'une d'entre elles de subir un avortement clandestin. Ce qui dans les derni?res ann?es du communisme en Roumanie ?tait un acte ill?gal (depuis 1966), qui fut pratiqu? en masse, causant la mort de plusieurs milliers de femmes.
D?s les plans d'ouverture, sans que rien ne soit pourtant exprim?, le film installe une atmosph?re d'ind?cision et d'oppression.
A partir de l?, le film s'inscrit dans une esth?tique naturaliste. Sans mis?rabilisme, en de longs plans s?quences, alternativement hyper mobiles ou fixes, la cam?ra capte la d?liquescence d'un pays sous le joug totalitaire tout en restant focalis? sur les deux personnages principaux, leurs actes, leurs ?motions. Nous avons ?t? particuli?rement sensibles ? la double perspective: l'inscription historique et la question de l'avortement toujours d'actualit?.
L'aproche descriptive, se r?v?le d'une incroyable efficacit?. Clea tire l'action vers le thriller, captant le spectateur pour ne plus le lacher. De ce point de vue la longue qu?te nocturne d'Otilia et de son "baluchon" encombrant est un mod?le du genre. Et comment ne pas parler de la sc?ne centrale du film —un insupportable huis-clos au cours duquel l'avorteur, se livre ? un abject chantage sexuel— qui est montr? sous la forme d'un hymne au hors champ (avec notamment la force du plan fixe sur Otilia de profil dialoguant avec son amie).
Pour ?chapper aux pi?ges de l'acad?misme et des raccourcis psychologiques d'un tel argument sc?naristique, il est ?vident qu'il fallait un grand cin?aste. Cristian Miungiu ?pure son trait et encha?ne les s?quences avec une ma?trise formelle ?poustouflante (qui s'inscrit dans le renouveau du cin?ma roumain). Enfin, est-il besoin de dire que la sobri?t? de la mise en sc?ne est valoris?e par une direction d'acteurs remarquables.
"
Joint par t?l?phone, Vincent Marie, un des six enseignants du jury, professeur d'histoire et membre actif de Cinehig (voir notamment son dossier sur le cin?ma africain) a lev? un coin de voile sur les d?lib?rations : 4 mois l'a emport? "en finale" sur le film isra?lien La visite de la fanfare d'Eran Kolirin, pr?sent? dans la s?lection Un certain Regard et qui a re?u le Prix de la Jeunesse. Selon lui, le Jury a voulu refl?ter une S?lection Officielle "engag?e et ouverte sur le monde" (s'inscrivant ainsi en d?calage avec le choix de l'ann?e pr?c?dente, Marie Antoinette, qui l'avait emport? sur Babel gr?ce ? la voix pr?pond?rante du pr?sident Fr?d?ric Mitterrand), tout en "prenant des risques" : il a ainsi ?cart? Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et De l'autre c?t? de Fatih Akin, tr?s appr?ci?s par le jury mais qui auraient constitu? des choix "un peu trop attendus" pour un Prix de l'Education Nationale. Comme les ann?es pr?c?dentes, le film laur?at fera l'objet d'un DVD p?dagogique qui devrait sortir dans le courant de l'ann?e prochaine.

Posté par le 01.06.08 à 14:43 - 11 commentaires

Une vieille ma?tresse : bien s?r ils eurent des orages?

En signant l’adaptation du roman de Barbey d’Aurevilly, Catherine Breillat rejoint le bal ? la mode des adaptations costum?es, aux c?t?s de Jacques Rivette et de son Ne touchez pas la hache. A la diff?rence notable, que s’il y a dans les deux cas souci de fid?lit? au texte litt?raire, le langage para?t naturel et le rythme romanesque pr?serv? par l’?criture cin?matographique de Catherine Breillat, tant?t vive, tant?t lascive, ? l'image de la panth?re, animal f?tiche de l’auteur dandy.
Si comme le titre l’indique, la v?rit? r?side dans la fid?lit? infid?le, la mise en sc?ne reproduit de mani?re vertigineuse le paradoxe. En effet, si elle s’attache aux traits caract?ristiques de l’?criture de Barbey : r?cit ench?ss? (traduit en un flash-back entrecoup?), h?ro?nes f?minines "viriles" et personnages masculins d?licieusement f?minins, elle sait aussi s’?manciper du roman, mais sans ?tre hors-sujet, toujours avec l’objectif d’en restituer la v?rit? profonde, celle du romantisme des artistes. La Vellini et son amant Ryno partent-ils ? l’?tranger ? ce sera dans une Alg?rie digne de Delacroix ; la Vellini r?side dans un h?tel particulier ? ce sera un mus?e improbable, ?voquant davantage la c?l?bre maison de Pierre Loti qu’un appartement bourgeois du XIX?. Enfin, Fu’ad Ait Aattou incarne un Ryno renversant, que Breillat a choisi pour sa resssemblance avec le portrait de Lorenzo Lotto, mais aussi pour sa bouche sensuelle qui ?voque le souvenir des adolescents du Caravage. Quant ? la marque de fabrique de Breillat, ses fameuses sc?nes de nus, elles acqui?rent une dimension picturale ; et quand elles s’animent, c’est pour faire respirer le texte de l’Amour.
Une vieille ma?tresse offre donc un tableau magistral de l’amour Romantique (au sens litt?raire du mot), centr? sur une Vellini haute en couleurs, ? la fois maman et putain, sublime et parfois grotesque, le regard ironique de la r?alisatrice rappelant le narration des r?cits de Barbey. On ajoutera que la distribution est taill?e sur mesure jusque dans les seconds r?les, avec un Micha?l Lonsdale cynique et une Yolande Moreau p?trie de bons sentiments hypocrites

Une vieille ma?tresse de Catherine Breillat. S?lection Officielle

Posté par le 25.05.08 à 14:51 - 8 commentaires

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