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Le classeur : Vieux films et bonnes ressources

Cinéhig fait peau neuve

Logo CinehigCinéhig, l’excellent site des Clionautes consacré au cinéma et à la vidéo en classe, bénéficie d’une nouvelle présentation sous SPIP, plus agréable (les illustrations ont fait leur apparition) et plus lisible. C’est l’occasion pour les enseignants qui ne le connaissent pas de découvrir ce site de mutualisation, et pourquoi pas d’y proposer une contribution. Bénéficiant d’un système de classement simple est pratique (les films sont classés par grandes périodes historiques : antiquité, moyen-âge, temps modernes, contemporaine), Cinehig propose à ce jour près de 300 fiches d’activités (collège et lycée). Le site fait également le point (rubrique « La Pratique») de manière synthétique et claire, sur les aspects techniques ou juridiques (voir l’article Vidéo en classe et droit), et s’efforce de mener une réflexion sur la pédagogie de et par l’image.
Parmi les mises en ligne récentes, on notera une activité en Seconde (Chapitre "Plus de six milliards d’hommes sur la terre") autour du film Traffic de Steven Soderbergh (voir sur un sujet similaire le récent Sin nombre), et une analyse de spots publicitaires (visionnables en ligne) pour traiter le programme de Terminale S ("Economie, société et culture en France depuis 1945"), de 1945 (Vittel) aux années 90 (Danone, IBM).
Dans la rubrique des Jalons pour l’histoire du temps présent (en partenariat avec l’INA), un parcours autour du thème Les Femmes et la sexualité dans les années 70 est proposé, qui résonne avec la thématique des derniers Rendez-vous de l'Histoire de Blois (voir à ce propos cette communication de Georges Vigarello sur Brigitte Bardot et la révolution du sensuel).
Au chapitre cinéma et histoire, on rappellera également le travail de l’historien Lionel Lacour dans l’Académie de Lyon. Les séances « Histoire et Cinéma » qu’il organisait à l’Institut Lumière se déplacent désormais dans les établissements, et viennent à la rencontre des élèves…

Cinehig, Le site des Clionautes consacré au cinéma et à la vidéo en classe

Histoire et Cinéma

Posté dans Le classeur par zama le 03.11.09 à 14:31 - Réagir

Metropolis et Méliès : les

Zoom surNous avions déjà signalé ici les somptueuses "expos virtuelles" mises en ligne par la Cinémathèque Française. La collection s'est enrichi d'une nouvelle déclinaison : les "Zoom sur" qui expérimentent une approche monographique. Il s'agit cette fois de partir non d'un genre, d'un auteur ou d'un métier, mais d'un objet phare, qui décortiqué dans le détail va permettre une multiplicité d'approches. Ainsi le robot de Metropolis (1926) de Fritz Lang est étudié sous toutes les coutures, au propre (via une animation multimedia qui permet de littéralement tourner autour de la sculpture) comme au figuré : genèse du personnage, signification dans le film, étude des effets spéciaux, sans oublier la postérité cinématographique du robot et une approche des enjeux muséographiques (le fonds Fritz Lang de la Cinémathèque Française est un des plus riches au monde). Le tout est illustré par de nombreux extraits en ligne, du film de Fritz Lang comme d'autres
Le deuxième opus de la collection est consacré à un dessin préparatoire de Georges Méliès pour L'Homme à la tête en caoutchouc. Là encore la richesse du document original permet "d'ouvrir le champ" de manière assez large : on (re)découvrira ainsi Méliès et ses différents visages ("Méliès magicien", "Méliès dessinateur"…), on étudiera point par point la mise en œuvre aussi artisanale qu'inventive du "truc", on guettera, extraits à l'appui, l'influence de Méliès sur des cinéastes aussi divers qu'Alfred Hitchcock (Vertigo), David Cronenberg (Scanners) ou Tim Burton (Beetlejuice)…
Scientifiquement irréprochables (ce qui est bien le moins étant donné la vocation patrimoniale de la Cinémathèque Française) ces deux sites bénéficient également d'une réalisation soigneuse, en termes de graphisme que de navigation. S'ils proposent une "visite guidée" avec un commentaire audio qui résume l'essentiel, on avouera avoir préféré le plaisir du butinage qu'offre la visite libre

Zoom sur le robot de Metropolis
Zoom sur un dessin de Georges Méliès
Les expos virtuelles de la Cinémathèque
Le site de la Cinémathèque Française

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 02.03.09 à 16:59 - Réagir

Gomorra et la crise des déchets sur Géoconfluences

Gomorra

Une série de liens sur le film Gomorra (voir notre article sur le film) et le livre de Roberto Saviano dont il est tiré, un parallèle avec le documentaire Biutiful Cauntri (sorti dans les salles cet été) et un reportage de France 24 : voici ce que propose Géoconfluences, site de la géographie universitaire et enseignants du secondaire, sous le titre "Quelles images pour sensibiliser aux grands débats environnementaux ?"
"Certaines causes environnementales sont plus particulièrement l'objet de diverses formes de médiatisations et de productions culturelles passionnées voire passionnelles. Leur utilisation raisonnée et argumentée dans le cadre d'activités pédagogiques peut faciliter la motivation et l'implication des élèves à une époque où les possibilités d'accès à l'image et où ses supports se démultiplient à vive allure. Avec les narrations de la fiction, du documentaire, du reportage, des genres mixtes que sont les "docu-fictions", et l'apparition d'un foisonnement de productions vidéos de statut très variable sur des plateformes de mise en ligne, les possibilités sont multiples."
La page renvoie surtout vers deux dossiers très fouillés sur des thèmes associés :
Gouvernance territoriale et gestion des déchets : l'exemple de la Campanie (Italie)
Entre déchets et recyclages, des flux à risque social et environnemental

[La ressource est signalée par le site Cinéhig, qui parmi ses nouveautés propose également un questionnaire sur le Ben Hur de William Wyler (1959).]

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 01.02.09 à 12:45 - Réagir

Europa film treasures : la cinémathèque européenne en ligne

Quand on aborde le sujet du cinéma via l'internet, c'est généralement pour parler d'argent et d'avenir : à propos du juteux marché de la VOD (Video on demand), qui aiguise les appétits, ou du "fléau du piratage" qui menace les acteurs économiques du secteur… C'est dire si l'initiative Europa Film Treasures tranche avec l'air ambiant : ici tout est gratuit (les vidéos sont en streaming) et l'on s'intéresse à l'histoire voire à la préhistoire du cinéma. Lancé à l'initiative de Serge Bromberg (dont la société Lobster Films est spécialisée dans la restauration de films oubliés) et réunissant trente-sept fonds d'archives et cinémathèques d'Europe, le site propose à tout un chacun de découvrir les "incunables" du cinéma mondial, sauvés (on estime que plus de 70% des images tournées durant les cinquante premières années du cinéma sont définitivement perdues), restaurés, sous-titrés (en cinq langues) et remis en perspective (chaque extrait est accompagné d'un petit livret) à destination des internautes. "Tous les genres – et toutes les époques - sont à l'affiche ! De la comédie à la science-fiction, du western à l'animation, de l'érotique à l'ethnologique, Europa Film Treasures est à travers le profil de chaque archive qui en est le conservateur, un plongeon dans le patrimoine en mouvement de l'histoire culturelle et politique de l'Europe."
Il n'est possible pour l'instant que de rechercher et visionner le fonds, mais un "espace pédagogique" et une rubrique "documentation" enrichiront très bientôt l'offre d'European film treasures. A suivre attentivement, donc… 

> Le site Europa Film Treasures

Illus. : une image du film Der Magische Gürtel, Allemagne, 1917, The Imperial War Museum and Video Archive

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 27.09.08 à 15:30 - 1 commentaire

L'Amérique, du cœur aux marges


L'Amérique, du cœur aux marges : c'est un portrait composite et subjectif des Etats-Unis que nous propose en ce moment le site des Cafés Géographiques à partir de l'actualité cinéma. Le cœur c'est Juno et sa description satirique de la suburb américaine (tournée, magie du cinéma, au Canada) : " le film investit une géographie assez classique de la suburb et de ses lieux génériques, du pavillon au Mall en passant par le drugstore de quartier et la High School."
Les marges sont à la fois sociales et géographiques : le désert texan et la frontière mexicaine, lieux de toutes les (mauvaises) rencontres et du déchaînement de la violence, dans le No Country for Old Men ; les paysages superbes de l'Alaska, dernière "frontière" à l'horizon américain, dans Into the wild de Sean Penn.
"Trois espaces sont en confrontation : les voyages de ces trois personnages ont lieu à travers l’espace sans horizon du désert du Nouveau Mexique, la ville de Las Vegas et, enfin, à travers la frontière américano-mexicaine. Un croisement de trois destins aux finalités différentes sur trois espaces, allégorie de notre société, noire, violente et réflexion sur l’être humain. " (à propos de No Country for Old Men)
"Pourtant, les paysages cinématographiques de Penn et Gautier sont des paysages trop grands pourrait-on dire pour l’homme. Les procédés utilisés par le réalisateur (plan grue, ralentis, long travellings pour l’image, voix off et musique omniprésente pour le son), « spectacularisent » ceux-ci, et renforcent par là même le constat sans illusion du film de l’inadaptabilité de l’homme postindustriel à la nature et de la fracture entre nature et culture en dépit de l’idéalisme d’Alex." (à propos de Into the Wild)

Posté dans Le classeur par zama le 17.02.08 à 20:31 - Réagir

Les Expos virtuelles de la Cinémathèque : le storyboard


Illus. : Peur sur la ville, Extrait du storyboard d'André Guérin

Un petit tour à la Cinémathèque française ? Rassurez-vous, pas besoin de quitter votre fauteuil. Même les nostalgiques des fauteuils inconfortables et les salles d’exposition poussiéreuses du Palais de Chaillot reconnaîtront que le déménagement au 51, rue de Bercy a donné un sacré coup de fouet à la belle endormie. Mais l’une des initiatives les plus séduisantes et les plus originales a peu à voir avec le changement de locaux : le lancement d’expositions virtuelles destiné à valoriser via le web le patrimoine de la Cinémathèque et de la Bibliothèque du Film qui lui est maintenant associée.
"Expositions virtuelles" : le terme pourrait paraître ronflant, mais il n’est pas galvaudé. Chacun de ces sites internet a en effet bénéficié, outre de l’approche scientifique des commissaires d’exposition de la Cinémathèque, d’une véritable réflexion "scénographique", en termes de graphisme mais aussi de navigation. De Le cinéma à quatre mains (sur la collaboration entre François Truffaut et son scénariste Jean Gruault) au Métier de scripte, en passant par Affiches françaises du film noir américain (le plus graphique, notre préféré) mais aussi des sites consacrés au néo-réalisme italien au à l'expressionnisme allemand la variété des approches n’a d’égale que celles des documents proposés (extraits de films, fac-similé de scénarios, dessins préparatoires, photos de tournage, interviews audio ou vidéo…).
Le dernier-né de la collection, consacré au Story-board de cinéma, n’est pas le moins réussi de la collection. Tout en retraçant l’histoire du story-board (jusqu’à Mélies, dont les dessins préparatoires constituaient déjà une véritable "mise en images" du scénario), il a le mérite de le replacer au carrefour des dimensions esthétiques (choix de mise en scène) mais aussi techniques et économiques de l'industrie du cinéma. La démonstration s’appuie sur six études de cas richement illustrées, six "tournages à risque", pour lesquels le recours au storyboard s’est avéré indispensable : Man hunt et Moonfleet de Fritz Lang, Duel au soleil de King Vidor, Peur sur la ville d’Henri Verneuil (la fameuse scène de Belmondo sur le toit du métro), La Reine Margot de Patrice Chéreau (la grande scène du mariage) et Les Favoris de la lune d’Otar Iosseliani (pour lequel a été tourné un entretien croisé entre le réalisateur et son "story-boardeur").
Si le graphisme est plutôt sobre (le story-board n'est après tout qu'un document de travail) comparé aux précédentes expositions virtuelles, la navigation est d’une grande fluidité, de petits plans interactifs favorisant la mise en relation entre les documents.
Chapeau bas donc à la Cinémathèque, pour ces sites qui constituent à la fois une mine d’informations pour les étudiants et élèves, et une véritable invitation au voyage pour tous les amateurs de cinéma.

Toutes les expositions virtuelles de la Cinémathèque :
Storyboard de cinéma
Le métier de Scripte
Le néoréalisme italien

Roberto Rossellini, une passion didactique
Le cinéma expressionniste allemand
Affiches françaises du film noir américain
Le cinéma à quatre mains
Premiers pas vers le cinéma

D'autres liens sur le storyboard :
Le dossier d'Objectif cinéma
Le dossier du Quai des Images

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 25.01.08 à 17:46 - 1 commentaire

Hitchcock encore et toujours

On peut affirmer sans trop craindre de se tromper qu’Alfred Hitchcock (1899-1980) est un des cinéastes les plus présents et étudiés sur le Web. L’importance (qualitative comme quantitative) de sa filmographie, son aura de réalisateur grand public mais redécouvert par la critique, sa capacité à brillamment théoriser sa pratique (le livre d’entretiens Hitchcock/Truffaut, publié en 1983, reste une référence des livres de cinéma), mais aussi certains gimmicks esthétiques (ses apparitions à l’écran) ou publicitaires (les retardataires interdits aux projections de Psychose), lui ont conquis une place à part dans le cœur des cinéphiles du monde entier ; de sites persos en publications diverses, le Net en est un fidèle reflet.
En témoigne ce nouveau portail, Hitchcock wiki (signalé par Telerama.fr) consacré exclusivement au maître du suspense, qui essayer de recenser tout ce qui s’est écrit, dit, tourné, autour de son œuvre. avec une volonté encyclopédique, et une touche ludique (la page d’accueil présente en aléatoire des citations de Sir Alfred) une citation . Seul bémol : le site est totalement anglophone ; pas besoin de parler anglais toutefois pour apprécier la section la plus originale et la plus fascinante du portail : 1000 frames of Hitchcock. Le créateur du site a patiemment numérisé 1000 images (en moyenne une toutes les 6 secondes) pour 52 longs métrages du maître, présentées chronologiquement et agrandissables d’un simple clic.
On connaît beaucoup d’étudiants et chercheurs en cinéma qui se seraient damnés pour bénéficier d’un tel outil. Mais c’est tout d’abord un pur plaisir de cinéphile, quasi fétichiste, que de se promener ainsi dans les films de Hitchcock, de feuilleter, un peu à la manière d'un flip-book, des classiques comme Vertigo, La Mort aux trousses (North by Northwest), Les Enchaînés (Notorious) ou Psychose
Et la pédagogie dans tout ça ? Là encore, Hitchcock est bien servi, et à différentes sauces. On signalera notamment cette copieuse séquence destinée —une fois n’est pas coutume— aux premières Bac Pro sur le dynamique site Lettres-Histoire de l’Académie de Marseille, et une récente exploitation de La Maison du Docteur Edwardes (Spellbound) en Philosophie ("Une introduction à la psychanalyse par A. Hitchcock"). On renverra surtout au superbe site mis en ligne par le CNDP autour de La Mort aux trousses dans le cadre du baccalauréat musique (Hitchcock/Herrmann/La Mort aux trousses). Il s'intéresse moins à Hitchcock qu'à son collaborateur fétiche : Bernard Herrmann, compositeur des scores de ses grands classiques. Voici un extrait de la présentation du site :
"Quel est donc ce musicien qui, durant près de dix années, collabora avec Alfred Hitchcock et contribua à ce que cette même période marque l’apogée de la carrière du réalisateur ? L’étude approfondie de la partition composée pour La Mort aux trousses et présentée par ce dossier apportera nombre de réponses. Certaines illustrent les influences et références du compositeur, d’autres, une science consommée de l’écriture des timbres ou de l’harmonie ; toutes enfin soulignent un style singulier, original et… efficace à l’image, qui signe son auteur.
Ce dossier fait parallèlement ressortir la relation subtile entre la musique et le film, l’histoire qui s’y raconte, les personnages et leur psychologie et les enjeux des situations qu’ils rencontrent : la musique apporte fréquemment une profondeur supplémentaire à la narration en jouant de la symbolique musicale et de la mémoire auditive.
"

> Hitchcockwiki.com
> Hitchcock pour les Bac Pro
> La Mort aux trousses / Baccalauréat Musique

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 10.01.08 à 15:05 - 4 commentaires

4 mois, 3 semaines… : le site pédagogique

Il y a maintenant près de trois mois qu'est sorti 4 mois, 3 semaines et 2 jours, et le souvenir d'Otilia et Gabita n'est pas près de nous quitter. Plutôt bien accueilli par le grand public malgré un réalisateur inconnu et sujet difficile, le film a été également adopté par les enseignants, et ce en dépit de la polémique initiale (qui aura au moins eu comme effet positif de faire parler du film). Ainsi, le choix du jury du Prix de l'Education Nationale (qui avait hésité, comme nous le racontait Vincent Marie, avec un autre très beau film, La Visite de la Fanfare) apparaît avec le recul d'une vraie pertinence.
En prévision de la parution du DVD pédagogique du film dans la collection A propos de (en avril 2008), le CRDP de Nice poursuit son travail éditorial avec la mise en ligne d'un site pédagogique du film (voir également celui du Quai des images). Il propose un certain nombre de liens vers toutes les ressources éditées en ligne autour du film, mais également des fiches d'accompagnement. Si l'on connaissait le travail de Vincent Marie sur l'Histoire dans le film ("Les histoires dans l'Histoire, Raconter la Roumanie de Ceaucescu"), les trois autres fiches mises en ligne complètent bien les approches déjà existantes. Réalisées en partenariat avec des associations comme le Planning familial, elles abordent frontalement les thématiques du film : L'avortement, le viol, et Les rapports sociaux de sexe. Chaque fiche fait le point sur le sujet, fait le lien avec le film, et donne quelques indications bibliographiques pour aller plus loin. L'ensemble sera très utile aux enseignants pour répondre aux questions des élèves, et pour un travail spécifique par exemple avec les sections médico-sociales.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 11.12.07 à 22:06 - Réagir

Un Secret : regards pédagogiques croisés

Deux dossiers pédagogiques "pour le prix" d’un : les enseignants qui désirent travailler sur l’adaptation cinématographique d’Un Secret (au cinéma le 3 octobre), le court roman de Philippe Grimbert (Goncourt des Lycéens 2004) ne vont pas se plaindre… Ils disposeront en effet à la fois :
— du dossier d’accompagnement réalisé par Olivier Brunet pour Le Livre de Poche (envoyé sous format papier dans les établissements début septembre, il est également téléchargeable sur le site officiel du film)
— de celui conçu par Florence Salé pour Zérodeconduite.net (téléchargeable sur le site pédagogique Un secret).
Si les deux dossiers se rejoignent évidemment sur bien des points par les thèmes explorés (la dimension autobiographique, la présence de l’Histoire, le désir…) et les figures narratives analysées (l’enchevêtrement temporel dans le roman et le film, l’analyse du titre, le passage de la couleur et du noir et blanc), ils offrent chacun un parcours singulier (selon le mot de F. Salé) dans les "forêts de signes" que constituent le livre et le film.
Le dossier Zérodeconduite se focalise sur trois axes forts (L’écriture du temps, L’écriture du secret, Les enjeux de l’écriture autobiographique) tandis que celui du Livre de Poche multiplie les entrées (La narration, L’adaptation cinématographique, le paratexte —titre, couverture, quatrième de couverture—, "Les traumatismes enfouis", le désir, "Les actes fondateurs et leur relation à la peur", L’évolution de Philippe/François…), de manière plus impressionniste. L’intérêt réside également dans les œuvres de référence convoquées par chacun des rédacteurs, en fonction de leur lecture d'Un Secret : la bande dessinée Maus d’Art Spiegelman ou, plus surprenant, Gaston Leroux (Le mystère de la Chambre jaune) pour Olivier Brunet, Bruno Bettelheim et William Styron (Le choix de Sophie) pour Florence Salé. Signalons enfin que le dossier du Livre de Poche propose en complément d’intéressants entretiens avec le réalisateur Claude Miller et le romancier Philippe Grimbert.

Posté dans Le classeur par comtessa le 25.09.07 à 16:04 - Réagir

L'Ennemi intime : le site pédagogique

Le voilà-t-il enfin, ce fameux "grand film sur la Guerre d’Algérie" que le cinéma français est censé attendre depuis 1962, qui réconcilierait les historiens et le grand public, la France avec sa "guerre sans nom" ? Peut-être, mais pas seulement : L’Ennemi intime (le 3 octobre dans les salles) est également un grand film de guerre et sur la guerre, qui donne à ses personnages et aux événements qu’il décrit une résonance universelle, s’approchant des grandes réussites américaines du genre (Christian Bonrepaux dans le Cinéclasse de septembre invoque le colonel Kurz d’Apocalypse now).
C’est pourquoi le dossier que Zérodeconduite.net lui consacre sur le site pédagogique L’Ennemi intime mêle trois regards : celui de l’historien, celui du cinéphile, celui du philosophe. La première partie ("Un film d’histoire") replace ainsi les personnages et les événements du film dans le contexte historique (Kabylie, 1959) du Plan Challe, au paroxysme de la Guerre d’Algérie. Mais elle étudie également la façon dont le scénariste Patrick Rotman replace le film dans le "temps long" de la décolonisation, et donne à comprendre la guerre aux spectateurs de 2007.
La seconde partie ("Un film de guerre") rappelle que le film s’inscrit dans un genre balisé et codifié, celui du film de guerre, qui mêle le spectacle de la violence à sa dénonciation morale. Enfin la dernière partie ("Comprendre la barbarie") ouvre le dossier noir de la sale guerre : quelle a été l’ampleur des actes de torture et autres crimes de guerre ? comment des hommes ordinaires comme Terrien ont-ils pu basculer dans une telle violence ? peut-on quantifier l’ampleur des refus et résistances au sein même de l’armée ? Et puisque l’Histoire, si elle permet de dégager des circonstances, des processus, ne résout pas la question des choix individuels, le dossier interrogera le film à la lumière des philosophes qui ont traité ces questions de la violence et de sa représentation.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 18.09.07 à 22:42 - 3 commentaires

Politique des acteurs : Romy Schneider au collège

En réaction à la "politique des auteurs" lancée par François Truffaut et les Cahiers du Cinéma, dont l'effet pervers était de sacraliser la signature du réalisateur au détriment des autres créateurs du film, le critique et cinéaste Luc Moullet (dont le nouveau film est actuellement en salles) a inventé le concept de "politique des acteurs" (titre d'un ouvrage paru en 1993) : sa thèse est qu'au même titre que les cinéastes, certains grands comédiens — Gary Cooper, John Wayne, Cary Grant, James Stewart — font œuvre, par le choix des rôles qu'ils interprètent, par la continuité de leur gestuelle ou de leur travail corporel. La langue populaire reconnaît d'ailleurs confusément cet état de fait quand elle parle d'un film "de" Bruce Willis ou "de" Louis de Funès : l'effet de signature du réalisateur disparaît derrière la personnalité du comédien-vedette…
Si l'on accepte ce postulat de départ, la filmographie d'un comédien devient un objet d'étude à part entière, que l'on se place sur le terrain esthétique, sociologique ou historique. On avait tenté de le faire ici à propos de Louis de Funès (Louis de Funès, héros français) et, dans une moindre mesure, de Sylvester Stallone (Stallone, icône reaganienne, Les historiens aiment Stallone). Kevin Labiausse propose sur le site Cinehig un travail autour de la filmographie de Romy Schneider… et du programme d'Histoire de Troisième, choix qu'il justifie de manière assez convaincante : "Allemande, Romy Schneider est née en 1938 et son enfance sera traversée par un conflit qui conduira ses parents à quitter Vienne et à s’installer, fortuitement, à quelques encablures du nid d’aigle d’Hitler. Ce passé personnel et national la marquera à jamais dans sa vie et dans ses choix professionnels. Rejetant au début des années 1960 l’image passéiste et idéalisée d’une Sissi dans laquelle elle ne se reconnaît pas, elle va alors s’engager dans un cinéma où il est encore question d’histoire, mais surtout question des faits les plus sombres du XXème siècle, et plus particulièrement de la Seconde Guerre mondiale."
A partir d'un choix très précis (minutage à l'appui) d'extraits tirés de sept films de l'actrice (du Cardinal d'Otto Preminger en 1963 jusqu'à La Passante du Sans-souci en 1982), il propose de faire travailler les élèves sur des thèmes comme l’occupation allemande (dans Le Vieux fusil), l'exode (dans Le Train de Pierre Granier-Deferre) ou le ségrégationnisme aux Etats-Unis (dans Le Cardinal).

Posté dans Le classeur par zama le 25.06.07 à 11:42 - 4 commentaires

Mémoires de nos pères en DVD

Choix artistique ou raisons commerciales, le diptyque de Clint Eastwood sur la bataille d'Iwo Jima était arrivé sur nos écrans en deux temps : Mémoires de nos pères en octobre 2006 et Lettres d'Iwo Jima en février 2007. Il devrait en être la même chose pour l'édition DVD, puisque vont paraître à quelques mois d'intervalle les DVD de Mémoires de nos pères (dans les bacs depuis le 30 mai) et de Lettres d'Iwo Jima (prévu pour la fin août). Il faudra sans doute attendre un peu plus pour disposer d'un coffret de la "saga" qui réunisse les deux films.
Le diptyque aura en tout cas sa place dans la DVDthèque de tout passionné d'histoire, tant le projet de Clint Eastwood est hors-normes. Non content de filmer un simple champ-contrechamp de la bataille d'Iwo Jima (côté américain, côté japonais), il a, à partir de sources très différentes (un roman de James Bradley, les lettres enterrées par les combattants japonais) adopté deux modes de narration très contrastés pour bâtir sa réflexion sur l'héroïsme et la mémoire des conflits.
Accueilli un peu tièdement à sa sortie par certains critiques, décontenancés par l'entrelacement des strates temporelles, le ton très réflexif et mélancolique du film, Mémoires de nos pères n'apparaît que plus passionnant face au classicisme de Lettres d'Iwo Jima. Comme nous l'indiquions à l'époque, c'est aussi le volet le plus pertinent dans le cadre des programmes d'histoire (Premières générales, Terminale STG), et sa complexité s'accorde parfaitement à l'étude fragmentée que permet le DVD : "Il présente en effet la réalité des combats menés lors de la reconquête du Pacifique, qui sont plus rarement abordés au cinéma que les grandes batailles européennes de cette période. Il est utile d'autre part pour comprendre les différents enjeux de la guerre totale menée par les Etats-Unis : la tournée des survivants du cliché de Rosenthal rappelle en effet l'intense travail de propagande mis en oeuvre pour convaincre les Américains du bien-fondé de leur combat comme de l'impérieuse nécessité de financer l'effort de guerre de la nation."
Outre les bonus offerts par le DVD (notamment une présentation du film par Clint Eastwood, le livre et le scénario du film) l'enseignant pourra s'appuyer sur l'article de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP, sur un article du TDC N° 932 du 15 mars 2007, "Des héros américains face à l'armée des ombres japonaise", et indirectement (notamment pour tout ce qui concerne l'historique de la bataille) sur le dossier pédagogique que nous avions consacré à Lettres d'Iwo Jima

Posté dans Le classeur par zama le 05.06.07 à 12:27 - Réagir

Rocky, icône reaganienne

Ah, la politique, difficile de s'en détacher complètement… Il y a quelques mois, Francis Larran nous proposait de voir dans les synopsis de la série des Rocky un reflet de l'idéologie américaine au tournant des années 70-80 (c'était notre séance du mois d'octobre). Contredisant le cliché qui situerait Hollywood forcément à gauche de la psyché américaine, il montrait comment le héros inventé et interprété par Sylvester Stallone incarnait à merveille le retour reaganien aux "valeurs de l'Amérique" (America is back !).
On pourra poursuivre l'analyse grâce au site Cadrage.net qui propose un article du québécois Yannick Quéau intitulé : "Hollywood et la sécurisation de l'identité états-unienne : Rocky ou la (re)valorisation des mythes fondateurs". L'enseignant replace le film de Jon Avildsen (1977) dans cette vague d'œuvres qui ont participé "à une entreprise de diffusion des valeurs libérales de la droite conservatrice, à travers une sorte de projet quasiment éducatif (responsabilité individuelle face à l'adversité, liberté d'améliorer sa condition, promotion des valeurs liées au courage, à la persévérance…". Il lit ainsi le tableau manichéen du monde ouvrier que dresse le film (tableau sordide mais illuminé par les valeurs simples de notre héros) à la lumière des valeurs de la droite conservatrice, il interprète le combat perdu par Rocky comme une possible métaphore du Vietnam (on peut perdre en restant le héros).
Moins convaincant dans ses démonstrations sur le féminisme (Adrian peut-elle être vue comme un idéal anti-féministe ?) ou le rôle des médias, il est en revanche très percutant dans son analyse du boxeur Appollo Creed comme une caricature à peine voilée de Mohammed Ali (à travers c'est plus largement le mouvement des droits civiques qui est visé) : "Il est présenté comme le champion incontestable, un individu arrogant, sûr de lui (trop?) et capable de manipuler les journalistes. Mais surtout, Creed méprise les mythes fondateurs de la nation. Son combat avec Rocky n'est pour lui rien d'autre que l'occasion d'ironiser sur le libéralisme des État-Unis et sur la réussite individuelle accessible à tous. (…) Le soir du combat est l'occasion pour Appolo de ridiculiser une fois de plus les fondements des États-Unis. Déguisé en Georges Washington, il jette de l'argent à la foule et joue les recruteurs pour l'armée américaine, allusion directe au refus de Ali de se soumettre au service militaire."
Yannick Quéau conclut : "Pour Stallone, en 1976, les États-Unis sont divisés en deux camps. D'un côté, on trouve ceux qui méprisent les mythes fondateurs, c'est-à-dire les noirs du mouvement des droits civiques et tous ceux qui se retrouvent dans le discours de Ali, de l'autre, on identifie Rocky Balboa et les conservateurs. Le combat final va permettre à Rocky de prouver que ceux qui croient dans les valeurs traditionnelles de l'Amérique véritable ont raison de penser ainsi." Et pour finir, il souligne ironiquement que le dernier avatar de la série, Rocky Balboa, est sorti sur les écrans français le même jour (un 24 janvier) que Bobby d'Emilio Estevez : deux icônes majeures, mais diamétralement opposées, de la culture états-unienne. Deux projets de société, comme on dit…

Posté dans Le classeur par zama le 15.05.07 à 01:18 - 4 commentaires

Souvenirs, souvenirs : Cannes par l'INA


Fidèle à sa nouvelle politique d'ouverture au grand public (numérisation et mise en ligne depuis avril 2006 de plus de 10 000 heures d'archives télévisuelles et radiophoniques) et de mise en valeur de ses trésors (ergonomie repensée du site, animation permanente), l'Institut National de l'Audiovisuel lance le site "Chronique d'un Festival, Mémoires audiovisuelle du Festival de Cannes" à l'occasion du 60ème Festival (qui se tiendra cette année du 18 au 27 mai). Sur un ton un peu lyrique, l'éditorial cosigné par les présidents Emmanuel Hoog (INA) et Gilles Jacob (Festival de Cannes), souligne que le Festival est l'un des événements qui sont nés avec la télévision, et que celle-ci a contribué, à sa façon, à façonner son aura : "La première édition du Festival de Cannes a lieu en 1946 et le premier journal télévisé est diffusé en 1949. Premières marches, premières images, premiers sons. La radio et les "actualités cinématographiques" s’invitent dans le quotidien des Français, les associant à des événements auxquels ils ne participent pas en direct : le Festival de Cannes, fleuron du cinéma international sur le territoire français va alors faire son entrée dans leur vie."
A la manière du site de la maison mère, Chroniques d'un Festival présente ainsi ses 1500 archives télé et radio sur un mode à la fois dynamique (la "une" est renouvelée régulièrement) et impressionniste (les "carnets de cinéma", sélections thématiques ou subjectives). On avouera notre préférence pour la fresque interactive qui a le mérite de dépasser une lecture superficielle (portant le plus souvent sur le folklore festivalier ou ses aspects les plus "glamour", les reportages restent le plus souvent anecdotiques) en resituant les extraits dans leur diachronie…
Ludique et nostalgique, le site propose en tout cas un plaisant voyage dans l'histoire du Festival, en attendant, pourquoi pas, d'en tirer une exploitation plus pédagogique…


Posté dans Le classeur par comtessa le 11.04.07 à 15:56 - 8 commentaires

Tsotsi et la géographie sud-africaine

Alors que sort sur les écrans Goodbye Bafana de Bille August, évocation positive et héroïque du destin de Nelson Mandela et de la transition (relativement) pacifiée vers la démocratie, le film Mon nom est Tsotsi de Gavin Hood (sorti en juillet 2006 et aujourd'hui disponible en DVD), peut constituer un utile contrepoint, plus réaliste et plus noir, pour les enseignants. Loin des cercles du pouvoir de Pretoria ou du Cap, le film suit un petit délinquant noir (un tsotsi, terme générique d'argot) arpentant la ville de Johannesburg dans toute son étendue, des townships misérables aux quartiers de la nouvelle bourgeoisie noire.
Deux sites s'attachent à faire du film un objet et un support de géographie. Sur le site de l'Académie de Lille (et dans le cadre d'un dossier consacré à l'Afrique), Nicolas Smaghue ("Cinéma et géographie : Une plongée dans les townships de Johannesburg") démontre combien l'étude d'un film de fiction peut être fructueuse lors d'une leçon de géographie : "Le géographe utilise l’image pour ce qu’elle donne à lire. Les avantages sont nombreux par rapport à une image fixe (ou un hyperpaysage) car on y ajoute une dimension sociale dynamique et surtout un regard à plusieurs échelles. L’errance de Tsotsi nous fait traverser les différentes composantes de l’espace urbain." En deux temps (une présentation des personnages comme "tableau de la société sud-africaine", puis une étude du "paysage urbain filmé"), il dresse le tableau d'une réalité urbaine : persistance de la ségrégation, violence (à l'instar de la situation des grandes métropoles africaines), éclatement et morcèlement de la structure urbaine ("la question des déplacements et des transports est bien visible : les temps de trajet sont longs, les personnages se déplacent aussi beaucoup à pied. Le township est isolé du reste de l'agglomération par de vastes zones tamps, non construites…").
Il est intéressant de remarquer que le film de Gavin Hood (couronné en 2006 par l'Oscar du Meilleur Film Etranger) est inspiré d'un récit d'Athol Fugard, rédigé dans les années 1960 et publié dans les années 80 : comme si la rupture politique de la fin du régime d'apartheid n'avait pas réellement changé la situation. Sur le site des Cafés Géographiques, Myriam Houssay-Holzschuch étudie la transposition d'une époque à l'autre : si effectivement "le passé d'apartheid informe toujours la situation post-apartheid", le scénario du film a introduit des phénomènes importants, comme l'apparition du SIDA (l'Afrique du Sud est dramatiquement touchée par l'épidémie) et l'existence d'une nouvelle élite noire, etc. A la différence du livre, la fin du film laisse une petite place à l'espoir : "Symbole de la rédemption politique d’une société et de ses ambitions universalistes, description réaliste de la pauvreté et de la violence touchant la majorité de la population, Tsotsi rend compte des ambivalences sud-africaines."

Posté dans Le classeur par zama le 10.04.07 à 13:44 - 3 commentaires

Les Lip : le site pédagogique


Les Lip, l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud sortira dans les salles mercredi prochain (bande-annonce ci-dessus). Utile contrepoint au Cinéclasse consacré au film par Le Monde de l'Education, le dossier pédagogique réalisé par Francis Larran (voir le site pédagogique Les Lip) permettra aux enseignants d'inscrire l'étude du film dans le cadre du programme d'histoire ("Economie et société dans la France de la Ve République") de Terminale.
Etudiant tout d'abord ce conflit social original de la fin des Trente Glorieuses ("Il se distingue par son succès comme par l'originalité des revendications ouvrières. Une étude approfondie des moyens mis en oeuvre par les ouvriers pour sauver leurs emplois permettra probablement de faire apprécier aux élèves les réalités du monde de l'usine au début des années 1970, le mode de vie et les aspirations d'une "aristocratie ouvrière", tout comme la complexité de la culture ouvrière qui se trouve ici au carrefour de plusieurs grands courants de pensée —la démocratie, le socialisme et le christianisme—."), il s'attache ensuite à travailler sur la mémoire ouvrière : quels souvenirs de ce conflit surnagent dans la mémoire et l'imaginaire de ses acteurs ? comment et pourquoi ces souvenirs peuvent-ils être réactualisés dans le contexte actuel ?

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 16.03.07 à 13:02 - 9 commentaires

Le cinéma chez les grecs

Avec quelles images cinématographiques représenter le monde grec antique en classe de sixième ? Comme nous le faisions remarquer à propos de 300, l'antiquité grecque est un peu le parent pauvre du genre du peplum. Le site Cinéhig nous fait trois propositions contrastées : un dessin animé de Disney ("Hercule et l'hydre de Lerne"), un peplum italien des années 50 ("Ulysse et le cyclone Polyphème"), et une superproduction hollywoodienne récente ("Troie").
Il s'agit à chaque fois de montrer la prégnance de la mythologie grecque dans notre civilisation contemporaine mais aussi de s'exercer à confronter différentes sources d'époque et de nature différentes, textuelles (L'Odyssée ou L'Illiade) et iconographiques (vases grecs et images cinématographiques). Ainsi Olivier Joos part d'un extrait de Troie de Wolgang Petersen pour le confronter au texte correspondant du "scénario" d'Homère et à une représentation d'une phalange hoplitique sur un vase du VIIème siècle av. J.C.
Non content d'offrir une représentation vivante et frappante du guerrier grec, le passage par le film permet d'aborder plusieurs aspects de la leçon : l'importance de la guerre dans la culture grecque, la présence des Dieux dans le texte homérique (absents de la version hollywoodienne, "sécularisation" que l'on avait beaucoup reproché au film), la confrontation entre le héros solitaire et l'armée (via la comparaison avec la phalange du vase Chigi) de citoyens-soldats, etc. "Cela me permet aussi d’insister, ajoute Olivier Joos, sur le fait que des histoires d’hier, comme l’Iliade, jusqu’aux blockbusters hollywoodiens d’aujourd’hui, il y a peu de différences fondamentales. Il s’agit toujours d’histoires de héros, de vengeance, d’honneurs, de sacrifice, d’amour, etc... et donc que les grands manitous américains "raconteurs" d’histoires n’ont rien inventé, le cinéma étant un perpétuel recyclage de thèmes pluri-séculaires."
On renverra pour finir au magnifique mini-site consacré par la BNF à Homère (Sur les traces d'Ulysse) et notamment ses fiches pédagogiques très bien faites et assorties de nombreuses illustrations.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 23.02.07 à 09:54 - Réagir

Sisters in law en DVD

Sorti le 8 mars 2006 à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le film de Florence Ayisi et Kim Longinotto, documentaire tonique et émouvant sur le combat de deux femmes de loi camerounaises (une juge et une avocate, les sisters du titre) contre les violences familiales et conjugales, n'avait pas trouvé son public, dans un contexte médiatique et commercial fortement concurrentiel (deux autres films se revendiquaient à la même date du combat féministe). Espérons que sa récente édition en DVD permettra de réparer cette injustice, et que le film deviendra un classique des salles de classe.
Il le mérite car le charisme truculent de ses "héroïnes" ainsi que l'exemplarité des affaires présentées permettent d'intéresser les élèves à des thématiques fondamentales : la justice et le sens de la peine, la violence (notamment dans le cercle familial), l'émancipation des femmes, et ce dans un certain nombre de disciplines (Lettres, Philosophie, SES, ECJS, Sciences médico-sociales).
C'était en tout cas l'objectif du mini-site pédagogique que nous avions mis en ligne à l'occasion de la sortie de ce film, qui propose notamment des didactisations du film dans trois disciplines : ECJS (Les femmes et leurs droits : une reconnaissance fragile), Philosophie (La Justice et le féminin, où comment déposer la "domination masculine" et accéder à l'universel), Lettres (Qu'est-ce qu'un "documentaire engagé" ?)…
Et rappelons pour finir qu'un certain nombre d'associations de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants s'étaient associées à ce film pour mener un travail de sensibilisation dans les établissements scolaires, et qu'elles constituent un réseau irremplaçable d'intervenants et de personnes ressources pour les enseignants, notamment quand ils sont confrontés à des cas dramatiques comme ceux présentés dans le film.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 09.02.07 à 16:27 - 2 commentaires

Rétrospective 2006

Promis, en ce début d'année pas de "le palmarès de la rédaction", de "les tops et les flops" ou de "les dix meilleurs films de l'année"… Néanmoins, pour les nouveaux venus, les oublieux et les distraits, nous proposons un petit récapitulatif de l'année écoulée sur Zéro de conduite.net

1/ Les sites pédagogiques, tout d'abord, édités en partenariat avec les distributeurs, qui ont accompagné les sorties les plus marquantes de l'actualité cinématographique :
La Trahison de Philippe Faucon (le 25 janvier ), beau témoignage sur les appelés pendant la Guerre d'Algérie (Histoire, ECJS)
Sisters in law de Kim Longinotto et Florence Ayisi (le 8 mars), documentaire camerounais sur la justice (Histoire-Géographie, ECJS, Français, Philo)
Indigènes de Rachid Bouchareb (le 27 septembre), le film-événement sur les soldats de l'empire (Histoire, ECJS)
Le Parfum de Tom Tykwer (le 4 octobre), adaptation du best-seller de Patrick Süskind par le prodige du cinéma allemand (Français)
Bamako d'Abderrahmane Sissako (le 18 octobre), implacable procès de la mondialisation (SES, Histoire-Géographie, Français)
La faute à Fidel (le 30 novembre) de Julie Gavras, joli film sur l'éducation et la transmission
La Flûte enchantée (le 13 décembre) de Kenneth Branagh , adaptation virevoltante de l'opéra de Mozart (Français, Education Musicale)
Daratt (saison sèche) (le 27 décembre) de Mahamat Haroun Salah, fable puissante sur la vengeance et le pardon (Français, Philosophie)

2/ Sur le blog ensuite :
Rappelons d'abord toutes nos séquences pédagogiques parues de janvier à décembre (rubrique La séance du mois) : La ville dans trois films muets (Français), Les Liaisons dangereuses, Laclos et Frears (Français), L'homme qui rétrécit (Philosophie), Lettre d'une inconnue, Zweig et Ophüls (Français), Flandres (Philo), La controverse de Valladolid (Histoire, Français), Rocky (Histoire), Le Goût des autres (SES), Louis de Funès, héros français, (Histoire)…

Mais aussi les débats les plus marquants, sur Le cauchemar de Darwin, Marie Antoinette, Flandres, Borat (1 et 2), et nos coups de cœur : Ils ne mouraient pas mais tous étaient frappés, OSS 117, The Queen, Les fils de l'Homme

3/ Rappelons enfin que Zéro de conduite.net a eu les honneurs de la presse en 2006, de Télérama (Mathilde Blottière) en janvier : "En piochant intelligemment dans les films à l’affiche, il propose ressources pédagogiques, pistes de réflexion et même des cours clefs en main. Un succès qui doit beaucoup à l’ergonomie du site, qui se veut à la fois "boîte à outils et lieu de débat". La preuve est faite qu’associé à une pédagogie intelligente le grand écran peut aussi être un pupitre." à France Inter (David Abiker, Blog à part) en décembre : "Ça s’appelle Zéro de conduite, c’est animé par des profs qui ont eu la bonne idée de développer des actions pédagogiques à travers des films. C’est vraiment un blog bien fait. Ca part des disciplines enseignées à l’école et ça vous emmène au cœur d’un film."

Sur ce, nous vous souhaitons une heureuse et cinématographique année 2007…

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 03.01.07 à 12:10 - 4 commentaires

Shining : une comédie romantique (ou l'art de la bande-annonce)


Stanley Kubrick génie incompris ? Prenons Shining (1980) par exemple : beaucoup rangent ce film dans la catégorie "fantastique" ou "horreur", alors qu'il s'agit d'une des plus charmantes comédies romantiques jamais tournées.
Sceptique ? La preuve en images avec cette géniale bande-annonce alternative. Une voix off aux accents rassurants, trois temps musicaux (rapide/lent/rapide), des plans judicieusement choisis et agencés, et le tour est joué : on n'a pas vu le même film. A comparer avec la bande-annonce originale, complètement aux antipodes : un simple plan séquence, fixe et vide de toute présence humaine, mais redoutablement anxiogène.
De quoi épater ses amis lors d'un réveillon cinéphile, en attendant la rentrée sur Zerodeconduite.net et une éventuelle séquence sur l'art de la bande-annonce et les pouvoirs du montage.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 24.12.06 à 10:30 - 9 commentaires

Que les SES soient avec toi

La "Force", fontaine d'abondance pédagogique ? Après Star Wars et la physique, Star Wars et la géographie, Star Wars et l'histoire des mythes, voici Star Wars en SES… Dans la dernière édition mensuelle du Café pédagogique Claude Bordes nous signale le dossier documentaire réalisé par Renaud Chartoire et téléchargeable en pdf sur le site du CNDP, qui propose d'étudier la saga de Georges Lucas comme "phénomène économique, social et politique" :
"Les cours d’introduction en classe de seconde et de première nous amènent à montrer aux élèves que les SES réalisent une approche à la fois économique, sociale et politique des phénomènes contemporains. Pour ce faire, la plupart des manuels proposent d’analyser une activité donnée (les vacances, la musique, la mode, le cinéma...) en mettant l’accent sur cette triple dimension. Le dossier documentaire suivant reprend cette démarche, mais en l’appliquant au cas particulier de la saga Star Wars, qui se prête parfaitement à ce type d’analyse."
Développement du merchandising et de l'empire commercial "Star Wars" mais aussi importance du poste dans le budget des fans et concentration du secteur de la distribution, c'est surtout l'économie de la saga qui est évoquée. On regrettera l'absence de correction, mais le choix des documents (articles de journaux principalement) constitue une synthèse utile.

Posté dans Le classeur par Zéro de conduite le 18.12.06 à 18:15 - 1 commentaire

Retour de croisade : Kingdom of Heaven


kingdom.jpgKingdom of Heaven de Ridley Scott caracole depuis quelques semaines en tête du classement des meilleurs ventes de DVD. Profitons-en pour faire un petit inventaire des ressources disponibles en ligne sur ce film qui a fait l’objet de notre Séance du mois de juin.
Pour commencer par un simple point de vue critique, on pourra confronter l’article plutôt laudatif du site Herodote.net à l’opinion beaucoup plus sévère des Cafés Géographiques. On entrera ensuite dans le vif du sujet avec l’étude circonstanciée de Nicolas Smaghue sur le site Histoire-Géographie de Lille (Kingdom of Heaven : histoire ou spectacle ?). Il critique les approximations historiques du scénario (qui propose notamment une vision assez idéalisée des relations entre communautés), tout en soulignant la qualité de la reconstitution des lieux (Jérusalem mais aussi le château de Kerak) et des techniques de combat de l’époque, et propose une utilisation en seconde. Pour une utilisation au collège en cinquième, on renverra à notre propre Séance du mois (télécharger le pdf). Et on ira regarder cette très pointue analyse en anglais du Cid d’Anthony Mann, proposée dans le cadre d’une classe européenne par le site académique de Bourgogne.
Enfin on approfondira avec l’utilisation que nous proposions en lettres (pdf) en seconde et première (sur l'écriture du spectaculaire, "le regard de l’autre", "les Lumières et l’apologue"), en nous appuyant sur des passage de la Vie de Saint Louis de Joinville, et avec le magnifique mini-site consacré par la BNF à la Géographie d’Al Idrîsî, manuscrit du XIIème siècle qui propose "une exploration du monde par un savant arabe vivant à la cour cosmopolite du roi normand Roger II de Sicile" (voir dans les pistes pédagogiques le chapitre consacré aux croisades).

Posté dans Le classeur par zama le 05.12.06 à 19:46 - Réagir

Les historiens aiment Stallone

Serait-ce le come-back de Sylvester Stallone… et des grandes icônes de l'Amérique reaganienne ? Alors que l'on annonce les suites respectives aux sagas Rocky et Rambo, les enseignants d'histoire s'intéressent de près aux originaux, tournés et sortis au tournant des années 70 et 80. Ainsi, après notre séance du mois d'octobre, qui relisait le scénario du premier Rocky à la lumière du modèle idéologique américain, Jean-Pierre Meyniac s'intéresse pour le site Cinehig à Rambo de Ted Kotcheff (1983). S'appuyant sur le début et la fin du film, il propose un court questionnaire afin de faire mesurer aux élèves la profondeur de la blessure vietnamienne dans la crise morale qui secoua les Etats-Unis à la fin des années 1970.
Le Rambo 2006, lui, a remisé au placard ses vieux démons (vietnamiens, russes, afghans) de la Guerre Froide, et adopté un profil bien plus politically correct. S'il reprend du service, nous apprend en effet le synopsis du film, c'est au service d'une Organisation Non Gouvernementale, et pour libérer une mission humanitaire des griffes de pirates birmans : "John Rambo est engagé par une ONG pour les protéger des pirates Birmans durant une mission humanitaire destinée à aider le peuple Karen. Alors que certains des bénévoles sont faits prisonniers, Rambo met sur pied une opération de sauvetage avec l'aide de mercenaires..."
De l'intérêt historique des grandes sagas hollywoodiennes…

Posté dans Le classeur par zama le 07.11.06 à 21:48 - 5 commentaires

Un film dans son siècle : Le Procès


le_proces_lahti.jpgÇa s’appelle faire d’une pierre deux coups : puisque le Procès d’Orson Welles est au programme des classes de Terminale littéraire (cf notre Séance du mois de Septembre), pourquoi ne pas en profiter pour utiliser le film en cours d’histoire ?
Comme le montre Vincent Marie sur Cinehig, Le Procès est un matériau passionnant puisqu’il s’inscrit (et inscrit l’œuvre de Kafka) profondément dans son temps. Pour Welles, "l’histoire contemporaine a transformé la vision personnelle [de Kafka] en vérité universelle" et c’est l’une des directions qu’emprunte son adaptation.
La Fiche professeur analyse ainsi les marques de l’histoire contemporaine dans le film : réminiscences des camps de concentration via l'image des justiciables en pyjama rayé, manifestations du totalitarisme (notamment la suspicion paranoïaque généralisée qui évoque le bloc soviétique, mais aussi le maccarthysme), évolution (on n’ose dire progrès) technologique… Les quatre Fiches élèves traduisent ces analyses en questionnaires, en renvoyant à des documents historiques (photos de déportés) ou à d’autres films (Brazil de Terry Gilliam, Les Temps modernes de Chaplin)…


Posté dans Le classeur par zama le 07.11.06 à 20:20 - Réagir

L'ami Yabon






lamiyabon.jpgUn contrepoint au pharaonique projet d’Indigènes (voir notre article), le court-métrage L’ami Yabon (téléchargeable ici) du réalisateur Rachid Bouchareb, l’est à plusieurs points de vue : par la durée évidemment, le style (le réalisme épique de la reconstitution d’époque contre la stylisation —noir et blanc, muet— que permet l’animation), mais aussi la tonalité.
Alors qu’Indigènes s’attache à glorifier de manière consensuelle l’héroïsme des tirailleurs africains, L’ami Yabon revient sur l’un des épisodes les plus honteux de l’histoire de l’armée française : la répression sanglante, le 1er décembre 1944, d’une mutinerie de tirailleurs sénégalais réclamant le paiement de leurs arriérés de soldes ; un épisode déjà porté à l’écran par le réalisateur —et lui-même ex-tirailleur— Sembène Ousmane (voir cette interview à l’occasion d’une rétrospective), avec Camp de Thiaroye (1987).
Mais l’ambition historique et pédagogique, elle, est commune aux deux projets. Elle se manifeste ici, en l’occurrence, par un site très bien fait, qui outre le téléchargement du court-métrage dans son intégralité, propose quelques éclaircissements historiques et le storyboard du film. Occasion d’amorcer, après avoir resitué l’épisode dans son contexte et évoqué l’histoire des troupes coloniales, un travail sur la représentation du tirailleur sénégalais, par exemple en ECJS.
On attirera notamment l’attention des élèves sur le choix esthétique du noir et blanc, qui s’oppose à l’image très colorée (voir illustrations) du "tirailleur Banania", marque dont le slogan a donné son titre au film. Et on pourra étudier avec eux l’histoire de ce stéréotype raciste qui rendait furieux Léopold Sédar Senghor (criant sa rage de ne pouvoir "déchirer les rires Banania sur tous les murs de France") : sur le site très (trop) neutre du musée de la publicité, et sur le site associatif grioo.com, qui milite contre la récente réintroduction du personnage (abandonné dans les années 80) dans les publicités Banania.
De 1915 à nos jours l’analyse est implacable : le choix du personnage du tirailleur (avec son exotisme bon enfant et ses connotations racistes : le noir un grand enfant naïf mais plein d’énergie), sa stylisation dans les représentations successives (code couleur, traits du visage), etc.
Pour étayer l'analyse, ce passionnant Travail interdisciplinaire autour de l’esclavage mis en ligne par le Quai des Images, propose autour de thèmes comme "La place du Noir dans l'imaginaire occidental" et "La chanson coloniale : un concentré de stéréotypes" de très nombreuses illustrations, textuelles, visuelles et sonores.
Quant à la pétition en ligne ("Non au retour de Banania"), on verra dans les commentaires laissés sur ce blog qu'elle ne fait pas l'unanimité. Nombreux sont ceux qui contestant l'accusation de racisme soulignent au contraire la dimension positive du personnage du tirailleur Banania, et regrettent l'aseptisation progressive des représentations. Un débat à rapprocher de celui sur la censure par Warner des représentations racistes dans la réédition des courts-métrages de Tex Avery, évoqué ici et développé sur le site Cinehig.

[Illustrations : rough préparatoire de Franck Lecavorsin pour L'ami Yabon / Publicité Banania 1936, d'après Georges Elisabeth]


Posté dans Le classeur par zama le 01.11.06 à 21:01 - 2 commentaires

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