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Zérodeconduite lance le magazine Lumières sur

Le site Zérodeconduite.net lance son supplément papier ! Intitulé LUMIÈRES SUR, imprimé dans un grand format (580x400), ce magazine consacrera chaque mois ses quatre pages à un film sortant dans les salles de cinéma. En variant les approches (d'une contextualisation globale du film à l'analyse pointue d'une séquence), les formats (interview, analyse, infographie, carte) et les contributeurs (enseignants, journalistes, universitaires, critiques), LUMIÈRES SUR s'efforcera d'apporter un regard, sinon exhaustif, en tout cas riche et diversifié, sur une œuvre cinématographique dont un simple article ne permettrait pas d'épuiser la richesse.

Le premier numéro de LUMIÈRES SUR est consacré à National Gallery de Frederick Wiseman (actuellement en salles). Il comporte une interview de l'historien des musées et institutions culturelles Dominique Poulot, une analyse du film par la critique de cinéma Charlotte Garson, et une infographie consacrée au cinéma de Frederick Wiseman. Ce numéro est disponible (au format papier) dans le réseau Canopé et dans les salles qui diffusent le film, ainsi qu'en téléchargement dans le Club Enseignant Zérodeconduite.

Le prochain numéro de LUMIÈRES SUR sera consacré à Iranien de Mehran Tamadon (au cinéma le 3 décembre).

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 10.10.14 à 23:41 - Réagir

National Gallery : entretien avec l'historien Dominique Poulot

Comment les musées peuvent attirer le public d’aujourd’hui devant les grandes œuvres du passé, sans perdre de vue leurs missions de conservation et de recherche ? À l'occasion de la sortie en salles du documentaire-fleuve National Gallery de Frederick Wiseman, que nous avions vu et apprécié à Cannes, nous avons interrogé l’historien des institutions culturelles Dominique Poulot. Pour lui, le film de Frederick Wiseman pose parfaitement les défis auxquels sont confrontés les grands musées contemporains… 

Cet entretien est extrait du n° 1 de Lumières sur, le supplément papier de Zérodeconduite.

Voir également notre critique du film : National Gallery, l'école du Regard 

Zérodeconduite.net / Lumières sur : Pouvez-vous comparer la National Gallery aux autres grands musées européens, notamment le Louvre ?

Dominique Poulot : La collection de la National Gallery ne se différencie pas tellement de celles des grands musées européens ou mondiaux. De prétention universelle et encyclopédique, elle offre un exemple de chaque école et témoigne de la volonté de constituer une histoire générale de la peinture. La National Gallery représente néanmoins un « goût anglais » tout comme le Louvre représente un « goût français » ou italien.

Zdc / LS : Qu’avez-vous pensé de la manière dont Frederick Wiseman filmait le musée…

DP : Il le montre comme une petite ville, une petite communauté, à l’instar de ce qu’avait fait Nicolas Philibert dans La Ville Louvre (1990). Frederick Wiseman filme avec la même attention aussi bien le directeur de la National Gallery et les membres du conseil d’administration que les restaurateurs, les conférenciers ou le personnel de nettoyage. National Gallery témoigne de la diversité des professions au sein du musée, mais aussi de celle de ses publics, car le documentaire donne à voir un échantillon de visiteurs qui va des jeunes enfants aux personnes âgées en passant par les personnes en situation de handicap.

Zdc / LS : Plusieurs séquences sont consacrées aux opérations de restauration des peintures.

DP : Les discussions à propos d’anciennes restaurations ou d’autres en cours de réalisation révèlent les enjeux de la profession. La National Gallery a été marquée au XIXe siècle par une controverse sur le nettoyage des oeuvres qui a provoqué une réflexion collective. Certaines oeuvres ont été abimées irrémédiablement par la suppression de couches ou de vernis. Les restaurations modernes sont réversibles, comme l’exige la charte de Venise de 1964. On peut effacer des mois de travail en quelques minutes si on juge qu’il s’agissait d’une erreur.

Zdc / LS : La politique culturelle du musée est un enjeu très fort, comme en témoigne les débats qui agitent le conseil d’administration.

DP : En Angleterre comme en Europe, les budgets s’amenuisent. Les grands musées comme la National Gallery recherchent constamment de nouvelles ressources. Il faut souvent choisir entre des opérations financièrement profitables et le maintien d’une exigence éthique. La National Gallery se situe sur Trafalgar Square, au coeur de la ville de Londres. Le musée se retrouve ainsi malgré lui au centre de nombreuses manifestations, qu’elles soient commerciales, sportives (le marathon dont il est question au cours du conseil d’administration) ou politiques (ainsi la banderole visant British Petroleum, déployée par des militants écologistes sur la façade du musée).

Zdc / LS : Si le partenariat avec le marathon fait débat, le directeur rappelle que le personnel était d’accord pour s’associer au film Harry Potter.

DP : Le succès du Da Vinci Code de Dan Brown a largement profité au musée du Louvre. Les lecteurs ont voulu parcourir les salles sur les pas des héros. Le musée propose même un parcours Da Vinci Code à ses visiteurs. La National Gallery a joué sur la même symbiose avec Harry Potter. Les musées tentent de se raccrocher à l’actualité médiatique : le Louvre invite des artistes, des intellectuels, des prix Nobel de littérature pour ses manifestations.

Zdc / LS : La danse s’invite également au musée, comme le montre la scène finale du documentaire.

DP : L’art vivant tient une place inédite dans les musées. Cela faisait débat dans les années 70 car certains conservateurs craignaient que les visiteurs ne regardent les oeuvres que de façon distraite, que les tableaux deviennent un simple décor. Mais aujourd’hui, le spectacle vivant est entré dans les moeurs. Les mises en scène et chorégraphies s’adaptent aux galeries et valorisent les collections. Les musées modernes deviennent des centres artistiques généralistes. On y regarde des films, écoute de la musique, assiste à des spectacles, des lectures... Le film montre une autre forme de médiation, plébiscitée aujourd’hui par presque tous les musées du monde : des coups de projecteur rapides sur une œuvre, proposés à différents moments de la journée (à l’heure du déjeuner par exemple), qui permettent d’attirer différentes catégories de publics. On est passé d’une médiation longue à des formats courts, correspondant à ce que l’on voit sur internet ou à la télévision.

Zdc / LS : Les milliers de visiteurs quotidiens de la Joconde au musée du Louvre ne lui accordent souvent que quelques secondes.

DP : La reproduction technique, les photographies au sein des musées interrogent. Certains visiteurs prennent individuellement tous les tableaux en photos, à la volée. En une minute trente ils couvrent toute la salle et repartent. A l’instar du musée d’Orsay, certains musées interdisent la photographie, considérée comme une appropriation illégitime. Au lieu de se tenir debout un moment afin d’apprécier une oeuvre, le visiteur choisit la facilité en prenant une photo rapidement. Il existe un affrontement entre deux tendances, les partisans de l’approche brève, cinq minutes face à l’œuvre, plus en phase avec les goûts du public, et les partisans du slow (comme dans le mouvement slow food) qui veulent ralentir la consommation, la limiter à une ou deux oeuvres par visite, en restant longtemps devant.

Zdc / LS : La pédagogie des conférenciers de la National Gallery est remarquable.

DP : Leur parole est extrêmement libre face à l’oeuvre. Ils parlent peu d’histoire de l’art au sens académique du terme. Ils tentent plutôt d’amener les visiteurs à regarder le tableau de façon précise. La comparaison que propose une des médiatrices entre une figure féminine d’un tableau et une jeune fille d’aujourd’hui envoyant un texto peut surprendre. Cet aspect de la médiation consiste à déshistoriciser le tableau et jouerla carte de l’anachronisme délibéré, pour rendre une certaine actualité à l’oeuvre. Wiseman filme aussi la stratégie inverse : en face d’un tableau religieux du Moyen-âge, la médiatrice tente de faire prendre conscience à son public des conditions matérielles, en particulier visuelles, dans lequel se trouvait le tableau à l’origine. Elle leur explique qu’il était vu dans la pénombre, éclairé à la bougie et que les figures surgissaient de manière quasi magique. Au Louvre, c’est totalement différent, les conférenciers et conférencières tiennent des discours plus académiques, de grande qualité certes, mais qui sont semblables à ceux qu’on reçoit à l’école. Ce sens de la vulgarisation manque aux musées français. Les musées anglais et américains bénéficient peut-être de moyens et de réflexion plus conséquents...   

Dominique Poulot est spécialiste de l’histoire du patrimoine et des musées. Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il a notamment écrit Patrimoine et Musée : l’institution de la culture, Paris, Hachette, collection Carré Histoire, en 2001 et Musées en Europe : une mutation inachevée (avec Catherine Ballé), Paris, La Documentation française, en 2004.

Propos recueillis par Magali Bourrel 

Posté dans Entretiens par zama le 08.10.14 à 12:35 - Réagir

Le Sel de la terre : le site pédagogique

Quand l'un des cinéastes les plus marquants de la fin du XXème siècle, l'allemand Wim Wenders (Palme d'Or en 1984 pour son chef d'œuvre Paris, Texas), rencontre l'un des plus grands photographes contemporains, le brésilien Sebastião Salgado, cela donne un somptueux documentaire, justement récompensé par le Prix Spécial du jury Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes : Le Sel de la terre (au cinéma le 15 octobre). Avec son titre tiré d'une métaphore biblique, ce documentaire à trois voix (le film est cosigné par Juliano Ribeiro Salgado, fils du photographe) peut se lire comme le bilan de l’engagement professionnel et artistique d’un grand témoin de l'histoire contemporaine, en même temps qu'un vibrant message d'espérance écologique…
Né en 1944 dans une famille d'éleveurs du Minas Gerais, le Brésilien Sebastião Salgado renonce à une carrière toute tracée d’économiste pour devenir photojournaliste. Pendant quarante ans, il a parcouru les "points chauds" du globe pour le compte des grandes agences de presse, couvrant notamment les crises humanitaires (famine au Sahel, génocide rwandais), les conflits (Guerre du Golfe, Guerre en Ex-Yougoslavie), tout en menant à bien des projets personnels au long cours (La Main de l'Homme). Son style puissamment expressif (rigueur des cadres, puissance de la composition, noir et blanc extrêmement contrastés), qui en fera un des photographes contemporains les plus populaires, est mis au service d'une réflexion sur l'homme et la relation qu'il entretient aux espaces qu'il habite, et à la nature. Depuis le début du nouveau millénaire, il a abandonné les sujets "humains" pour se consacrer à la nature, ou à ce qu'il en reste d'encore préservé (projet Genesis), orientation cohérente avec son projet de reprendre la ferme familiale pour en faire un laboratoire écologique… 

Mettant magnifiquement en images (le grand écran du cinéma offre un écrin rêvé aux photos de Salgado) et en paroles (à travers le récit rétrospectif —et introspectif— du photographe) le parcours de Salgado, Le Sel de la Terre donne aux enseignants l'occasion rare de mêler Histoire (celle des quarante dernières années), Géographie, Éducation au développement durable et Histoire des arts, au Collège et Lycée. Zérodeconduite a mis en ligne un dossier pédagogique qui s'efforce d'aborder et de relier ces différents aspects, en proposant des activités pédagogiques pour les différents niveaux du Collège et du Lycée.

Le Sel de la terre, un film de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado, au cinéma le 15 octobre

Le site pédagogique du film :
www.zerodeconduite.net/leseldelaterre

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 01.10.14 à 17:57 - Réagir

Ptit Quinquin : la mécanique et le vivant

Ptit Quinquin de Bruno Dumont

Le "film" qui ce-mois ci a fait couler le plus d'encre critique n'en est pas un. Produit et diffusé par la chaîne Arte dans une économie et un format de série télévisée, Ptit Quinquin de Bruno Dumont n'en a pas moins eu les honneurs combinés d'une sélection au Festival de Cannes (à la Quinzaine des Réalisateurs), et de la couverture de la plus prestigieuse des revues cinéphiles, Les Cahiers du cinéma (titrant "La Bombe Ptit Quinquin"). Si l'on retrouve dans la série l'univers (le Boulonnais déshérité), les obsessions et les qualités plastiques habituelles d'un cinéma depuis longtemps célébré par la critique, c'est évidemment la nouveauté qui a créé l'événement : le réalisateur austère et mystique de L'Humanité, Flandres ou Camille Claudel 1915 signant une comédie ("Dumont laughs" pour paraphraser la célèbre accroche publicitaire de Ninotchka).

Mais si l'admiration (justifiée dans le cas de Bruno Dumont) peut se décréter, le rire lui ne se commande pas. Et c'est autour de cette question très terre à terre (ça vous a fait rire ou pas ?) que le débat cinéphile s'est engagé. Pour notre part, on avouera avoir suivi et apprécié les quatre épisodes de la série, mais sans jamais s'être vraiment "décroché la mâchoire", malgré ce qu'on nous promettait. Plus précisément, la gêne a souvent remplacé le rire qui s'annonçait : je devrais trouver ça drôle (et les situations ou les gags inventés par Bruno Dumont sont incontestablement spirituels) mais je n'arrive pas à en rire. C'est cette gêne, ce rire entravé que nous avons voulu interroger, en nous aidant, pour y voir plus clair, des analyses toujours aussi lumineuses de Bergson dans Le Rire, Essai sur la signification du comique (1900).

On résume souvent l'ouvrage de Bergson à une formule célèbre, le rire comme "mécanique plaquée sur du vivant". En apparence le burlesque de Ptit Quinquin s'inscrit parfaitement dans ce cadre : l'intrigue policière en roue libre, le comique de répétition, les personnages borderline… La raideur du commissaire (joué par Bernard Pruvost, à gauche sur la photo), ses gestes saccadés et ses tics devraient nous faire rire. Or autant le personnage de l'autre enquêteur (Philippe Jore, à droite) est drôle, autant la vision de Bernard Pruvost met mal à l'aise. Ses tics ne sont pas en effet l'expression d'une maîtrise (comme par exemple ceux de l'acteur américain Jake Gyllenhal dans le thriller Prisoners de Denis Villeneuve, où il joue également un enquêteur) — on parle d'ailleurs parfois de "tics d'acteur"—, mais au contraire d'une gêne incontrôlable. Ils sont le résultat (de l'aveu même du réalisateur) de l'extrême tension dans laquelle le fait de se produire devant une caméra plongeait l'acteur. De là, on peut hasarder l'analyse suivante : si la mécanique est bien là, le vivant lui a quitté l'écran. Le personnage du commissaire a l'air absent à lui-même, il semble là "à son corps défendant" (ce que nous signalent ses tics). Penché sur les marques disposées au sol pour lui donner ses places, répétant les répliques dictées via l'oreillette, l'acteur n'est plus qu'une marionnette aux mains du réalisateur. La mécanique est plaquée sur de la mécanique.

On peut voir là la contradiction entre la "méthode" habituelle de Bruno Dumont (filmer des non-professionnels) et les exigences du genre comique (Bruno Dumont : "Avec le tragique, on peut laisser aller les acteurs, mais avec le comique, ce n’est pas possible : il faut la réplique, le bon timing…"*), entre la volonté d'accueillir l'altérité à l'écran et le besoin de la contrôler. Pour que cela "marche", il faut que le sujet devant la caméra devienne véritablement acteur, au sens plein du terme, qu'il comprenne ce qu'il fait, et en tire du plaisir ; ou du moins qu'il nous en donne l'impression. Pour reprendre notre duo de policiers, il nous semble que Philippe Jore jubile, et que Bernard Pruvost souffre. On rit avec le premier, on ne veut pas rire aux dépens de l'autre. On revient à une autre dimension du rire analysée par Bergson : il montre que "le rire est toujours le rire d'un groupe", qu'il constitue un collectif. En lisant ce passage on pense généralement à la communauté des rieurs (les spectateurs), mais dans le cadre du spectacle cinématographique, on pourrait y inclure ceux qui suscitent, provoquent, recherchent le rire : les acteurs eux-mêmes. D'où vient qu'on rira plus franchement de quelqu'un qui fait l'idiot (encore faut-il qu'il le fasse avec talent) que de quelqu'un qui l'est vraiment ?

Cette question en rejoint évidemment une autre, plus générale, celle du fossé socio-culturel qui sépare les acteurs de Bruno Dumont de ses spectateurs (en l'occurence téléspectateurs, la série étant diffusée sur la très haut-de-gamme Arte), ceux qui sont regardés de ceux qui regardent. Elle conduit à un procès en voyeurisme (le côté montreur de foire) et en cynisme, accusations dont le réalisateur se défend avec véhémence, mais sans autres armes que l'argument d'autorité ("Mais enfin, c’est impossible de travailler avec des gens si vous vous foutez de leur gueule !") ou la contre-attaque ("Quand j’entends ce genre de remarques (…) je me dis que ceux qui les profèrent n’aiment pas les gens."). Le déplacement du cinéma de Bruno Dumont sur le terrain du comique ne fait que rendre ce fossé plus problématique : s'autorise-t-on de rire de ces personnages qui sont si différents de nous ? Ne serait-ce que pour cette raison, Ptit Quinquin est un objet passionnant, auquel on n'a pas fini de revenir.

Ptit Quinquin, une série de Bruno Dumont, 2014
Prochainement disponible en DVD

* Les citations de Bruno Dumont sont extraites de cet entretien accordé aux Inrocks

Posté dans Dans les salles par zama le 22.09.14 à 21:40 - Réagir

Shirley : le site pédagogique

L'immense succès de la rétrospective qui lui a été consacrée l'année dernière (la deuxième exposition la plus fréquentée du Grand Palais depuis quarante ans) l'a une nouvelle fois prouvé : le peintre Edward Hopper jouit d'une incroyable cote d'amour auprès du grand-public, sans commune avec la place que lui assignent les érudits dans l'histoire de la peinture. On peut certes y voir, de ce côté-ci de l'Atlantique, la fascination pour l'Amérique, cette Amérique à la fois réaliste et fantasmée mise en images par le peintre (qui incarnait selon sa femme “le meilleur de la tradition américaine”) ; on peut aussi, et de manière plus universelle, pointer l'attrait qu'exercent ces scènes à la fois quotidiennes et énigmatiques, instants suspendus qui appellent irrésistiblement à la fiction. Qui ne s'est pas projeté dans ces figures esseulées et mélancoliques ? Qui n'a pas prêté un passé, des pensées, des sentiments aux noctambules de Nighthawks (1942) ou à l'ouvreuse de New York Movie (1942) ?

Hopper a inspiré de nombreux cinéastes, mais avec Shirley, visions of reality (Un voyage dans la peinture d'Edward Hopper), le cinéaste Gustav Deutsch fait des tableaux du peintre américain la matière même de son film : il a recréé, mis en mouvement et relié treize toiles, qui racontent sur une trentaine d'années l'itinéraire d'un personnage fictif dénommé Shirley, et un peu de l'histoire des États-Unis au vingtième siècle. Shirley est d'abord un enchantement visuel, fascinant par le travail sur les décors, les couleurs, la lumière. La recréation "grandeur nature" des tableaux permet à la fois de magnifier la splendeur plastique des toiles de Hopper et de démonter leur profonde étrangeté. L'immobilité forcée du cadre nous rend attentifs au jeu subtil sur le hors-champ (les personnages de Hopper ont souvent le regard dirigé vers l'ailleurs), notamment par le travail sur les ambiances sonores. Mais le film de Gustav Deutsch, tout introspectif qu'il soit, dresse également un portrait impressionniste de l'Amérique : par le monologue de Shirley ou par le biais d'archives radio, chaque toile est précisément ancrée dans son époque (celle de sa conception par Hopper) ; et c'est ainsi la Grande Dépression, le maccarthysme et le Mouvement des Droits Civiques qui défilent… 

Zérodeconduite.net propose un site pédagogique autour de ce film, destiné aux enseignants d'Anglais au Lycée.
http://www.zerodeconduite.net/shirley

[Shirley, un voyage dans la peinture d'Edward Hopper. Durée : 93 mn. Distribution : KMBO. Sortie le 17 septembre 2014]

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 16.09.14 à 23:42 - Réagir