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: (78 articles)

Lumières sur Le Concours

Le Concours

"Tous égaux, mais seuls les meilleurs…" Cette promesse, dite de la méritocratie républicaine, est au cœur de notre pacte social. Elle risque d'être aussi sous le feux des débats consacrés à l'éducation de la prochain présidentielle, les évaluations internationales se succédant pour pointer, a contrario, l'inégalitarisme de notre système scolaire. Le documentaire de Claire Simon, Le Concours (en salles le 8 février), tombe avec d'autant plus d'à propos. Radiographie patiente et impassible (à la manière d'un Depardon ou d'un Wiseman) du processus de sélection à l'entrée de de la grande école de cinéma nationale, la Fémis, le film porte un propos bien plus large : c'est tout le système, très français, des grandes écoles qui est interrogé ici, et au-delà, cet "élitisme républicain" dont l'esprit se diffuse, de manière pyramidale, à tout notre système éducatif.

Zérodeconduite consacre son magazine Lumières Sur au Concours, multipliant les approches pour interroger le film de Claire Simon sous ses différents aspects : sociologiques, pédagogique et cinématographique…

Le Concours de Claire Simon, au cinéma le 8 février

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 20.01.17 à 12:43 - Réagir

Dernier maquis : religion et lutte des classes

Des images, des visages, des bruits, des voix : Dernier maquis est avant tout une exp?rience sensorielle, un d?-paysement (au sens litt?ral) visuel et sonore… On est bien en France, pas tr?s loin de chacun de chez nous, dans une de ces zones industrielles ? moiti? en jach?re, coinc?e entre une bretelle d’autoroute et un bras de canal, ni tout ? fait en ville ni encore ? la campagne ; mais ce n’est pas la France que le cin?ma a l'habitude de nous montrer.
Si cet ancrage dans la r?alit? est une des cl?s de la r?ussite du nouveau film de Rabah Ameur-Za?meche, Dernier maquis (comme c’?tait le cas pour la banlieue de Wesh Wesh ou l’Alg?rie de Bled number one) celui-ci est tr?s loin de s’y r?sumer : pass? au tamis de la vision po?tique du r?alisateur (notamment ce d?cor de palettes, ? la fois graphique et symbolique), le r?el est le support d’une r?flexion d’une profonde acuit? sur la religion, le travail, l’immigration
La fable est simple : Mao, jeune patron d’une entreprise de construction de palettes coupl?e ? un garage, qui a ?rig? le paternalisme en mode de gestion, d?cide "d’offrir" une mosqu?e ? ses employ?s, en grande majorit? musulmans pratiquants. Quand le patron essaye de surcro?t d’imposer ? ses employ?s un imam de son choix, le vent de la discorde se l?ve dans la communaut? des croyants. Mais c’est finalement, et un plan social qui provoquera l’explosion…
On renverra ? notre dossier p?dagogique pour les pistes d’analyse du film. Apr?s une introduction th?matique (Un r?alisme… stylis? / Paternalisme / La religion / Mao et les ambigu?t?s…) celui-ci propose des activit?s en Lettres/Education ? l’image, en Philosophie et en Sciences Economiques et Sociales. O? l'on verra que le Mao n'a pas invent? le paternalisme, o? l'on relira les analyses de Marx sur la religion, o? l'on fera un d?tour — plus inattendu — par Les cl?ches de B?le d'Aragon. Signalons ?galement que le film pr?c?dent de Rabah Ameur-Za?meche, Bled number one est dans certaines r?gions au programme 2008-2009 de l'op?ration Lyc?ens au cin?ma

[Dernier maquis de Rabah Ameur-Za?meche. 2008. Dur?e : 1 h 33. Distribution : Sophie Dulac. Sortie le 22 octobre]

Le site p?dagogique

Pour aller plus loin
L’interview de Rabah-Ameur Za?meche par le site Vousnousils.fr
L’article de Philippe Lavil pour le SNES
La bande-annonce sur Curiosphere.tv
Une analyse de s?quence par le critique Eric Loret sur le site Lib?Labo?

Posté dans Dans les salles par zama le 22.10.16 à 14:55 - 4 commentaires

Moi, Daniel Blake : le site pédagogique

Palme d'Or du Festival de Cannes 2016, Moi, Daniel Blake de Ken Loach sortira dans les salles françaises le 26 octobre prochain.
En s'attachant au sort de Daniel, qui suite à un problème de santé et une erreur administrative est confronté au dédale kafkaïen de l'assurance chômage britannique, le vétéran Loach livre un réquisitoire implacable contre la dérive ultralibérale de l'Angleterre et le démantèlement programmé de ce qu'il reste du Welfare State… Éminemment politique (comme le fut son discours lors de la remise de sa seconde palme cannoise), le film l'est à la manière humaniste de Loach : à la froideur mortifère de la néo-bureaucratie numérique, il oppose la chaleur de ses personnages, qui mobilisent des trésors de dignité et de solidarité.
Profondément poignant sans oublier d'être drôle, Moi Daniel Blake ne manquera pas de mobiliser les élèves de Lycée (voire d'excellentes classe de Troisième). Zérodeconduite a consacré un site pédagogique au film : notre dossier pédagogique propose une analyse cinématographique du film, ainsi que des activités destinées aux classes d'Anglais et de Sciences Économiques et Sociales, tandis qu'un entretien avec le sociologue du travail Didier Demazière permet de poursuivre la réflexion, notamment en mettant en perspective la situation des chômeurs en France et en Grande-Bretagne. 

Moi, Daniel Blake de Ken Loach, au cinéma le 26 octobre
Le site pédagogique du film

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 11.10.16 à 18:13 - Réagir

I, Daniel Blake : L'Angleterre sans cœur

I, Daniel Blake de Ken Loach

À près de 80 ans, le vétéran Ken Loach revient à Cannes avec un film engagé qui dénonce à nouveau la guerre menée continûment (par des gouvernements de droite comme « de gauche »), depuis 1979 et l’avènement de Margaret Thatcher, contre "l’esprit de 1945" (pour reprendre le titre de son documentaire).

Daniel Blake est un ouvrier, charpentier de formation qui suite à un malaise cardiaque est placé en congé maladie. À l’issue d'un interrogatoire dont la précision inquisitoire confine à l’absurbe, mené par l’une de ces compagnies privées à laquelle la sécurité sociale britannique sous-traite la chasse aux (prétendus) fraudeurs, Daniel se voit refuser les allocations auxquelles il avait droit selon toute raison. On lui conseille alors, le temps de faire appel de cette décision incohérente, de remplir les démarches pour toucher l'allocation chômage. En même temps qu’il plonge dans le dédale kafkaïen du Pôle emploi britannique, Daniel prend en sympathie Katie, jeune mère de deux enfants en voie avancée de précarisation. Pour oublier sa condition absurde "d’homme malade recherchant des boulots inexistants" (comme il l'exprime avec humour), Daniel va déployer des trésors d'humanité pour améliorer le quotidien de Katie et de ses enfants.

En brossant le portrait de Daniel Blake, Ken Loach porte à l’écran cette majorité silencieuse qui a travaillé toute sa vie sans jamais revendiquer ni protester, sûre de pouvoir se reposer un jour sur les vestiges même peu écornés du welfare state, et qui se réveille avec effroi en plein cauchemar néo-libéral. Le titre, en forme de manifeste, démontre que, face au monstre froid de l’État, le seul recours reste la solidarité, même réduite aux contours de cette drôle de famille recomposée. Encore plus qu'à Dickens et à sa dénonciation des misères du peuple, on pense naturellement à Victor Hugo, tant pour la forme de l'adresse (Le Journal d'un condamné à mort) que par les péripéties de la narration (Les Misérables). L’humanité de Daniel Blake évoque à de nombreuses reprises la figure sublime de Jean Valjean, quand il prend soin des marmots ou essaye de tirer Katie, moderne Fantine, de la prostitution. On pourra trouver le message rebattu et bien pensant, mais il faut reconnaître que le style de Loach, mélange d’humour populaire et de pathétique jamais larmoyant, n’a rien perdu de son mordant.

I, Daniel Blake de Kenneth Loach, 100 mn, Grande-Bretagne
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 16.05.16 à 16:37 - Réagir

Experimenter : le site pédagogique

Au début des années 1960, Stanley Milgram (1933-1984), chercheur en psychologie sociale à Yale, demande à des cobayes sélectionnés par petite annonce d’infliger des chocs électriques d’intensité croissante à d’autres individus, dans le cadre fictif (les chocs électriques sont simulés, la victime est un complice) d’une expérience scientifique (censément consacrée à l’influence de la punition sur l’apprentissage). Dans la variante la plus connue de l’expérience, 65% des individus allèrent jusqu’à la tension maximale (potentiellement mortelle) de 450 volts, prouvant de manière inquiétante la capacité de l’être humain à commettre, sous l’effet d’un conditionnement psychologique léger, des actes cruels et inhumains.

Cette expérience, documentée dans l’ouvrage intitulé Soumission à l’autorité, mais plus connue sous le nom « d’Expérience de Milgram », eut un retentissement mondial. Contemporaine du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem (1961-1962) et des réflexions de la philosophe Hannah Arendt sur la « banalité du mal » (Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, 1963), elle participait du retour réflexif sur le génocide des Juifs par l’Allemagne nazie, et notamment sur la participation (ou l’absence de résistance) des citoyens allemands au processus génocidaire. L’expérience sera reproduite plusieurs fois par d’autres équipes scientifiques, aboutissant à des résultats sensiblement identiques. Elle inspirera le cinéma (I comme Icare d’Henri Verneuil, 1979) et la télévision (Le Jeu de la mort de Christophe Nick, 2010, transposant l’expérience dans le cadre d’une émission de téléréalité).

S’ouvrant sur la fameuse expérience, dont le protocole est mis en scène de manière détaillée, Experimenter de Michael Almereyda s’en détache pour suivre la carrière et la vie (notamment conjugale) de Milgram jusqu’à sa mort en 1984. Le choix est judicieux : si cette expérience a assuré la renommée à Milgram, elle a aussi éclipsé sa carrière ultérieure (marquée pourtant par des travaux riches et variés). Il offre l’avantage d’éviter au film de tomber dans le travers des récents biopics de scientifiques produits par Hollywood : la réduction mélodramatique à un drame personnel (la schizophrénie de John Nashl’homosexualité contrariée d’Alan Turing, ou la maladie de Stephen Hawking), censé nous rapprocher d’un personnage dont les travaux nous sont incompréhensibles. S’appuyant certes sur un matériau beaucoup plus accessible (les expériences en psychologie sociale), Experimenter cherche au contraire à nous installer, avec beaucoup de pédagogie (une pédagogie non dénuée d’humour, comme lors des apartés face caméra de Milgram), au cœur de la réflexion et du travail du scientifique.

Experimenter est donc tout à fait recommandable à un public de lycéens, et pourra donner l’occasion d’un riche travail interdisciplinaire : le film permettra d’aborder plusieurs notions des programme de Sciences Économiques et Sociales et de Philosophie, en collaboration avec l’enseignant d’Anglais. Sur le site pédagogique consacré au film, propose plusieurs fiches d'activités dans les disciplines citées. Elles pourront être complétées par la participation au jeu-concours (en partenariat avec Zérodeconduite et Alternatives économiques), qui propose aux classes de reproduire certaines des expériences de Milgram.

Experimenter de Michael Almereyda, au cinéma le 27 janvier

Le site pédagogique du film

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 27.01.16 à 17:10 - Réagir

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