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De Charlot à Chaplin : 10 chefs d'œuvre à redécouvrir

Le pantalon trop large, la canne et le chapeau melon : la silhouette de Charlot (ou the tramp, le vagabond, comme disent les anglophones) se confond avec l’idée même du cinéma. Mais derrière les aventures de ce petit personnage si génialement croqué, il y a un cinéaste complet, qui maîtrisait avec un soin maniaque à la fois l’écriture, la prise de vue, la mise en scène, la scénographie et la postproduction (musique comprise) de ses films ; un cinéaste qui sut dépasser le seul burlesque, après l'avoir maîtrisé à la perfection, pour proposer des oeuvres d’une richesse et d’une complexité croissantes.
Par leur diversité et leurs richesse, les films de Chaplin offrent une matière incomparable à l’enseignant, et peuvent être étudiés dès les premières années d’école (The Kid, Le Cirque…) jusqu’à l’université (cas sans doute unique dans l'histoire du cinéma).
A partir du 24 octobre, Mk2 propose dans les salles de cinéma la rétrospective "De Charlot à Chaplin" : 10 films de Charles Chaplin (The Kid, L'opinion publique, La Ruée vers l'or, Le Cirque, Les Lumières de la ville, Les Temps modernes, Le Dictateur, Monsieur Verdoux, Les Feux de la rampe, Un roi à New York), soit la quasi intégralité de ses longs-métrages, en version numérique restaurée.
A cette occasion nous avons dressé l’inventaire des pistes pédagogiques possibles autour des films de la rétrospective, et des (nombreux) dossiers et fiches d'accompagnements disponibles en ligne, via un mini-site "Chaplin"…
De Charlot à Chaplin, Rétrospective de 10 films de Charles Chaplin :
The Kid, L'opinion publique, La Ruée vers l'or, Le Cirque, Les Lumières de la ville, Les Temps modernes, Le Dictateur, Monsieur Verdoux, Les Feux de la rampe, Un roi à New York
A partir du 24 octobre 2012 dans les salles de cinéma
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 19.10.12 à 10:29 - Réagir
Augustine : le site pédagogique

Paris, hiver 1885. A l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, le professeur Charcot étudie une maladie mystérieuse : l’hystérie. Augustine, 19 ans, devient son cobaye favori, la vedette de ses démonstrations d’hypnose…
Aussi présente (par les rapports et photographies qui détaillent ses faits et gestes) que mystérieuse, aussi célèbre que méconnue (on ne connaît même pas son vrai nom) : Augustine, l’héroïne éponyme du premier film d’Alice Winocour, est un fascinant paradoxe. En lui donnant une existence de fiction, en imaginant sa relation avec son médecin, Charcot, père de la neurologie moderne et précurseur de la psychanalyse, le film Augustine ausculte un noeud de notre histoire intellectuelle, culturelle et sociale. Aux croisements du corps et de l’esprit, de la réalité et de sa représentation, du masculin et du féminin, elle pose également des questions brûlantes à notre époque…
Zérodeconduite.net consacre au film d'Alice Winocour un site pédagogique incluant un dossier de 24 pages : une partie approches thématiques (L'hystérie, symptôme d'une époque / Les prémices de la psychanalyse / Domination de genre, domination de classe…) et des activités en Philo (autour des notions suivantes des programmes de Terminale : théorie et expérience ; le vivant ; le désir ; la culture ; autrui ; le sujet).
Augustine d'Alice Winocour, Au cinéma le 7 novembre
Le site pédagogique : www.zerodeconduite.net/augustine
> Le dossier pédagogique
> La bande-annonce
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 16.10.12 à 15:53 - Réagir
Dans la maison : dans la tête de François Ozon

Le dernier film de François Ozon, met en scène la confrontation entre un professeur de français (Germain) et son élève (Claude), particulièrement doué pour l'écriture. A l'occasion d'un devoir de français, Claude raconte comment il s'est invité dans la maison d'un de ses camarades, pour lequel il ne cache pas son mépris, et comment il compte s'y installer : il suscite ainsi non seulement la curiosité de son professeur mais surtout son voyeurisme, que ce dernier déguise mal derrière des corrections/conseils d'écriture s'appuyant sur des arguments d'autorité (Tolstoï et Flaubert).
Derrière ce duo, on comprend vite que ce n'est pas tant le "maître" et "l'apprenant" qui intéressent le cinéaste, mais bien plutôt tout ce que la dialectique autorise pour faire jouer ensemble "le vieux" et "le jeune", le "passif" et "l'actif", "le voyeur" et "l'exhibitionniste", "le critique" et "le créateur", une forme de taedium vitae face à une libido tous azimuts. Comme dans Théorème de Pasolini (que le film d'Ozon duplique à la façon d'un plaisant pastiche), le jeune Claude bouleverse ainsi tout ce qu'il voit (et raconte dans ses devoirs), comme s'il "touchait" juste.
N'est-il qu'un révélateur des désirs cachés d'autrui ? A-t-il au contraire conscience de sa perversité ? N'écrit-il que pour satisfaire son profond désir de reconnaissance ? Ozon ne répond pas et ne ferme aucune de ces voies d'interprétation. Car "cette maison", c'est sa tête, comme les deux génériques de début et de fin nous invitent à le comprendre, sa tête créatrice, sa boîte à fantasmes : qu'y-a-t-il derrière une façade ? Derrière une vie en apparence banale ? Forcément du docere (on apprend sur soi à travers les autres), du movere (on s'émeut des autres) et du placere (on s'amuse des autres). Bref, s'il y a bien un sujet dans le film, c'est celui de l'Art ; et de l'artiste, tel que le voit le réalisateur, nécessairement vampire : on pourra d'ailleurs s'amuser à retrouver telle ou telle autocitation dans ce film, comme si Ozon avait voulu faire là son grand oeuvre.
Malgré quelques longueurs et un dispositif narratif lourd (la voix-off de Claude) qui n'adapte qu'à de trop rares occasions le récit des devoirs de français, un malaise s'installe qui pourrait presque aller jusqu'au thriller. On aura surtout plaisir à retrouver Fabrice Luchini, le "meilleur d'entre nous" (nous, les enseignants), qui peut cabotiner tant qu'il veut puisqu'il excelle dans le genre : Let's Luchinize !
[Dans la maison de François Ozon. 2012. Durée : 1 h 45. Distribution : Studio Canal. Sortie : 10 octobre 2012]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 10.10.12 à 08:34 - Réagir
Después de Lucia : théâtre de la cruauté

Después de Lucia est de ces films qui mettent au défi le jugement critique : parce que l’ambiguïté troublante du propos y est balancée par une indéniable maîtrise formelle, et que l’absence assumée de discours nous renvoie à nos interrrogations.
Le film déploie dans un premier temps l’histoire d’un deuil, le titre étant à prendre à la lettre. Après le décès accidentel de Lucia, son mari Roberto et sa fille Alejandra, 15 ans, commencent une autre vie : déménagement, nouveau travail pour l’un, nouvelle école pour l’autre. La frêle jeune fille semble s’en tirer moins mal que le massif Roberto, muré dans une douleur indicible et aveugle à ce qui l’entoure. Alors que l’on commence à comprendre la situation (le film est avare en informations), la narration dévie de cette trajectoire balisée : partie en week-end dans la luxueuse villa d’un de ses nouveaux camarades, Alejandra tombe dans les bras d’un garçon. Celui-ci aura l’indélicatesse de filmer leurs ébats, et la perversité de faire circuler les images, point de départ du drame. Le groupe-classe, qui l’avait rapidement adoptée, va se retourner contre Alejandra, et se liguer afin de lui faire payer cet « écart » S’ensuit pour Alejandra un long calvaire alimenté à la fois par l’imagination perverse des jeunes gens, par l’aveuglement des adultes (dont celui du père, hébété de douleur), et par l'absolue passivité d'Alejandra, qui jamais n'opposera de résistance à ses bourreaux, ni ne voudra en parler à un adulte (de peur de faire de la peine à son père, comme le suggère le film).
Después de Lucia ne nous épargnera aucune étape de ce chemin de croix. Systématiquement méprisée, humiliée, violentée, Alejandra finira prostrée sous les jets d’urine de ses petits camarades mâles, après qu’ils l’auront violée à tour de rôle. La mise en scène est certes suffisamment précise et distanciée (plans-séquences fixes discrètement chorégraphiés, jeu avec le hors-champ et les ellipses) pour rendre le « spectacle » à peu près supportable (âmes sensibles s’abstenir toutefois). Mais on peut voir dans cette maîtrise une perversion supplémentaire : par son impassibilité et son naturalisme la mise en scène fait mine de nous placer devant la réalité brute, alors que le calvaire d’Alejandra est pure fiction, entièrement imaginée et minutieusement agencée par le jeune cinéaste. A cet égard on pourra interroger le glaçant plan-séquence final, qui choisit de fermer la porte à toute idée de rédemption ou de justice, en orchestrant un dernier quiproquo tragique.
Au-delà de la violence psychologique du film qui restreint son public (classes averties et très préparées), on pointera le risque d'un malentendu. A prendre Después de Lucia comme un témoignage sociologique sur les phénomènes de harcèlement (voir le dossier pédagogique du film), à le promouvoir comme un outil pour prévenir des comportements similaires, on tombe dans le piège même du film : prendre pour argent comptant un matériau qu’il faudrait au contraire interroger (en classe de Philosophie par exemple).
[Después de Lucia de Michel Franco. Durée : 1 h 43. Distribution : Bacfilms. Sortie le 3 octobre 2012]
> Sur le Café pédagogique : Le film mexicain Después de Lucia et le harcèlement à l'école
Posté dans Dans les salles par zama le 09.10.12 à 17:49 - Réagir
Kirikou et les hommes et les femmes

Quatorze ans après Kirikou et la sorcière (1998) et sept après Kirikou et les bêtes sauvages (2005), Michel Ocelot fait à revivre son petit héros pour un troisième opus, Kirikou et les hommes et les femmes, qui part à l’assaut d’une nouvelle génération de jeunes spectateurs. L’animation respecte les codes esthétiques et la charte graphique des précédents films, mais ce nouveau long métrage a recours à la 3D pour donner de la profondeur aux scènes en étageant les plans.
Pour le reste, il n’y a pas de surprise : Kirikou apparaît tel qu’en lui-même l’éternité le change, et le film travaille les variations (cinq petites histoires : le toit de la femme forte, le vieux grincheux , le monstre bleu, la griotte, la flûte et la mère) à partir du même matériau de base. Le spectateur adulte trouvera sans doute que le filon s’épuise, et que le principe du film à sketches est un peu fastidieux : les plus jeunes retrouveront eux avec bonheur leur héros favori dans de nouvelles aventures et sur grand écran.
Pour l’enseignant, le film de Michel Ocelot offre de riches possibilités pédagogiques, à tous les cycles de l’école élémentaire (cycles 1, 2 et 3). Le premier travail qui s’impose en classe avec ce film est un travail de vocabulaire, qui peut même être mené avant de voir le film, afin de s’assurer de la bonne compréhension, surtout pour les plus jeunes. (Exemple : le griot ou la griotte est la personne qui raconte des histoires.) Après le film, un travail en géographie peut être proposé sur l’Afrique : habitudes culinaires (founiou aux légumes…), habitat (case…), habits (boubou de feuilles, pagne de Karaba…), végétation (ficus-ficelle….), climat (vent : l’harmattan…), jeux (awalé…), ainsi (à travers la 3ème histoire, celle du monstre bleu) que sur un peuple nomade africain : les touaregs.
D’autre part, tout le monde se souvient de la fameuse chanson qui a rendu Kirikou célèbre : « Kirikou n’est pas grand mais il est vaillant ». Dans ce nouvel épisode, on retrouve tout au long du film le même genre de petits dictons : « Le chacal n’est plus et la panthère est repue » ou encore « Kirikou n’est pas gros mais c’est un griot ». On pourra donc proposer aux élèves un travail d’écriture ou de création pour imaginer d’autres petits dictons. Pour les plus jeunes, le dernier, celui de la flûte, sera l’occasion de faire de la musique avec des objets du quotidien (peigne, colliers, bol, grattoir…). Enfin, pour les plus grands, ce film permettra de travailler en éducation civique et morale sur les valeurs véhiculées par le film, de manière peut-être plus lisible que les précédents : ouverture à la différence, tolérance, entraide…
[Kirikou et les hommes et les femmes de Michel Ocelot. 2012. Durée : 1 h 28. Distribution : Studio Canal. Sortie le 3 octobre 2012]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 05.10.12 à 13:37 - Réagir

