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Vous n'avez encore rien vu en salles

Le nouveau film du toujours vert Alain Resnais sort dans les salles. Nous l'avions vu et chroniqué lors du dernier Festival de Cannes :
"Vous n’avez encore rien vu nous dit que les œuvres ne meurent jamais : elles s’incarnent dans des voix et des corps différents, qui ne sont jamais ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait des autres. Le jeu s’appuie d’abord sur la répétition, le temps de percevoir les nuances entre les différentes interprétations, avant que le film ne se lance et que les couples ne se succèdent les uns aux autres. Ce chassé-croisé entre les différentes interprétations mais aussi entre le théâtre et le cinéma, entre construction cérébrale et interprétation à fleur de peau, font revivre le texte d’Anouilh et impriment son rythme au film, tout en préservant le secret des nœuds mystérieux qui lient acteurs et personnages. La fièvre d’Azéma, la colère d’Arditi, l’ingénuité de Wilson, on ne peut imaginer meilleure mise en pratique sur le travail des comédiens, notamment pour les élèves de Première qui doivent étudier pour le baccalauréat l’objet d’étude « le théâtre : texte et représentation »."
[Lire l'article en entier]
[Vous n'avez encore rien vu d'Alain Resnais. 2012. Durée : 1 h 55. Distribution : Studio Canal. Sortie le 26 septembre 2012]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 27.09.12 à 12:18 - Réagir
Après la bataille en salles

Sortie en salles du film de Yousry Nasrallah, que nous avions vu et chroniqué lors du dernier Festival de Cannes :
" Qui étaient ces cavaliers qui fendirent la foule rassemblée place Tahrir, le 2 février 2011, pour bastonner les manifestants anti-Moubarak (épisode depuis connu sous le nom de « bataille des chameaux ») ? Des opposants convaincus à la révolution égyptienne qui, exaspérés par l’intolérable contestation pacifique de jeunes chantres de la démocratie, entendaient préserver un régime autoritaire mais prétendant mieux protéger les plus modestes ? Ce n’est pas le regard que le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah, libre disciple du grand Youssef Chahine, choisit de porter sur ces images trop rapidement devenues le symbole des divisions égyptiennes. (…)"
A voir également, sur le blog de Jean-Michel Frodon, une critique et une longue interview du réalisateur.
[Après la bataille de Yousry Nasrallah. 2012. Durée : 2 h 02. Distribution : Mk2. Sortie le 19 septembre 2012]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 19.09.12 à 20:25 - Réagir
Re-lecture philo : Camille redouble et Nietzsche

"Et si c’était à refaire ?". Voilà la formulation la plus simple d’un désir de l’impossible chez l’homme : si j’avais une seconde chance, celle de reculer dans le passé à un carrefour de ma vie, à un croisement dont tout dépend, referais-je les mêmes choix, emprunterais-je les mêmes voies ? La question crée le vertige : ce qui n’est qu’une expérience imaginaire me renvoie à l’écart infini entre ce que je veux et ce que je peux.
Camille, actrice quadra et alcoolique, en pleine rupture conjugale et menacée d’expulsion, n’a pas le temps de se poser la question : à la faveur d’un évanouissement éthylique le 31 décembre, elle rembobine le film de sa vie jusqu’à ses seize ans, affres sentimentales et bouffonneries lycéennes comprises. Tout recommence, à cette nuance près qu’elle connaît la suite, et précède en conscience les événements qui ont forgé son destin : la rencontre de son premier et seul amour, la mort de sa mère, l’attente d’un enfant, précipité euphorique et tragique dont elle ne s’est jamais remise.
Que veut-elle, que peut-elle faire ? La trajectoire de cette héroïne (qu’on ne dévoilera pas) marche sur la corde raide entre la volonté et la puissance d’agir, le savoir n’ayant somme toute qu’un impact mineur (mais consolateur) sur la suite de son parcours. A l’intérieur de la concrétisation de l’impossible, les limites du réel subsistent : Camille ne peut pas tout changer, mais chacune des petites décisions prises sera déterminante. Selon quel principe choisir alors ? Camille se débat entre le calcul rationnel, qui prévoit les conséquences s’enchaînant comme autant de dominos, et la passion amoureuse qui lui commande de vouloir à nouveau, dans un élan entier, le bonheur et le malheur, réunis et indissociables.
Aussi, ce n’est qu’en apparence qu’elle adopte la morale quasi-stoïcienne des groupes type alcooliques anonymes : Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer celles que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. La distinction entre ce qui lui revient (changer ses désirs) et de ce qui ne lui appartient pas (arrêter le temps, éviter le pire) n’est pas complètement opérante. Entre tentatives avortées de résister au destin, reculades et abandons maladroits, Camille reconnaît progressivement l’évidence : elle doit finalement accepter, avec ses quelques variations, le retour du même. Plus que de morale stoïcienne, il s’agit alors d’un acquiescement nietzschéen à la vie, celui d’une convalescente (extraordinaire scène de clôture) qui a passé l’épreuve de la mélancolie. Au paragraphe 341 du Gai Savoir*, Nietzsche invente cette fiction : "Et si un jour, ou une nuit, un démon te suivait dans ta suprême solitude et te disait : « Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l’as vécue, il te faudra la revivre encore une fois, et d’innombrables fois ; et il n’y aura rien en elle de nouveau, au contraire ! La moindre douleur et la moindre joie, la moindre pensée et le moindre soupir, ce qu’il y a d’infiniment grand et d’infiniment petit dans ta vie reviendra dans le même ordre – cette araignée aussi, et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et toi-même". Face à un tel destin, selon Nietzsche, la tentation est grande de maudire et de s’attrister. La mélancolie, ajouterons-nous, est de cet ordre, pour Camille comme pour chacun de nous : le désespoir d’être face au même instant, dans le non-renouvellement des promesses et la certitude du lendemain. Mais le philosophe ajoute une seconde possibilité qui correspond à l’abandon de Camille à la force du destin, "aimer la vie", s’aimer soi-même, "pour ne désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation".
L’acquiescement à la vie, qui dans le même mouvement, donne et prend, crée et détruit, sans intention maligne, dans l’innocence du devenir, voilà ce à quoi elle consent. Et tout le miracle du film tient là, bien plus qu’au retour dans le temps.
Camille redouble de Noémie Lvovsky, actuellement au cinéma
*Nietzsche, Le Gai Savoir, par. 341, trad. H. Albert, revue par M. Sautet, Livre de poche, 1993, p. 339-340.
Posté dans Dans les salles par David Larre le 17.09.12 à 12:02 - Réagir
The We and the I en salles

The We and the I de Michel Gondry (qui termine actuellement une adaptation de L'Écume des jours de Boris Vian) sort aujourd'hui en salles. Nous avions vu et apprécié le film lors du dernier Festival de Cannes :
" (…) Toute l’œuvre du réalisateur français peut être lue au prisme de cette dialectique entre la singularité de l’individu (dont l’imaginaire foutraque et enchanté est le plus beau témoignage) et la force des liens sociaux (la notion de "communauté" est au cœur de films comme Soyez sympa, rembobinez). On peut voir The We and the I à la fois comme un prolongement de son projet L’Usine des films amateurs (parce que réalisé dans le cadre d’un projet collectif, avec la participation active d’adolescents volontaires) et comme son exact opposé : là où l’Usine mettait en œuvre toute une série de protocoles pour permettre un fonctionnement démocratique apaisé, et la participation effective de tous les participants, le microcosme roulant de The We and the I ressemble à l’état de nature hobbesien, celui de la guerre de tous contre tous, et d'une totale amoralité (du moins en apparence). Les comportements montrés dans The We and the I (à l’intérieur du bus ou à la faveur de courtes séquences en flash-backs, bricolés dans le style artisanal de Gondry) pourront choquer les adultes : binge drinking (alcoolisation massive), sexting (envoi d’images sexuelles par internet), bullying (harcèlement), le catalogue des maux de l’adolescence est presque au complet. Mais la force du film est ne pas porter un regard moralisateur ou alarmiste sur ces comportements. Le film montre la cruauté des adolescents mais aussi leur extraordinaire plasticité : cette capacité à oublier, aussitôt encaissées, les brimades et les humiliations pour se projeter dans l'avenir. (…) "
Lire l'article en entier
[The We and the I de Michel Gondry. 2012. Durée : 1 h 43. Distribution : Marsfilms. Sortie le 12 septembre 2012]
> Voir également en salles Des hommes sans loi (Lawless) de John Hillcoat, également chroniqué à Cannes…
Posté par comtessa le 12.09.12 à 12:33 - Réagir
Camille redouble : le temps retrouvé

Coup de cœur de la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes, Camille redouble de Noémie Lvovsky réussit un bel alliage entre grotesque et émotion, qui fait passer outre ses invraisemblances. Pour peu que l'on accepte de sauter le pas avec l'héroïne, alcoolique, en instance de séparation, sans avenir professionnel (elle est actrice !) et de la retrouver propulsée, telle quelle (l'accoutrement excepté) trente ans plus tôt, au son de 99 Luftballons (les quinquas et quadras apprécieront), le plaisir est au rendez-vous. La filiation avec Coppola et son Peggie Sue s'est mariée s'impose évidemment, mais plus près de nous on pense également à Cédric Klapisch : Camille redouble lorgne à la fois sur Le Péril jeune (1994) et sur Peut-être (1999), autre histoire de saut dans le temps.
La vie au lycée dans les années 80 offre au film un comique savoureux : les cigarettes après le cours de gymnastique, le professeur de lettres libidineux, les auditions de théâtre... Néanmoins les retrouvailles de Camille avec son "temps perdu" ne jouent pas que sur le grotesque et certaines séquences relèvent de l'émotion pure, surgissant de la maladresse de ce personnage-bulldozer : ainsi les relations entre le personnage, sensible et exalté, et des parents qui n'ont d'autre défaut que d'être à leur "Place" (comme dans le livre d'Annie Ernaux, 1983), ainsi la drague du professeur de sciences physiques… Noémie Lvovsky réussit le tour de force de nous faire regretter les sons vieillots de la radio et du walkman et la déco ringarde, mais surtout de nous faire respecter la rustre pudeur parentale, que l'on prenait pour de l'incompréhension. Pour assurer au film sa dimension transgressive on pourra le conseiller aux élèves, eux qui pour la plupart rêveraient de voir comment vivaient leurs parents à leur âge et fantasment sur la scène originelle (car le retour dans le passé de Camille a une raison d'être : il lui faut tomber enceinte de sa fille).
On pourra aussi leur expliquer la dialectique stendhalienne de l'amour qui agita bon nombre d'adolescentes amoureuses de Julien Sorel ("Plutôt Mme de Rênal ou Mathilde de la Môle ?"), grâce aux interventions, désopilantes mais pédagogiques, de Vincent Lacoste, un des Beaux gosses de Riad Sattouf.
[Camille redouble de Noémie Lvovsky. 2012. Durée : 1 h 55. Distribution : Gaumont]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 12.09.12 à 12:16 - Réagir

