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Le plafond de verre : le racisme au travail



plafond.jpgIl y a quelque chose de d?sesp?rant pour l’enseignant dans le constat dress? par Yamina Benguigui dans Le Plafond de verre, que r?sume bien l’un des interview?s, l’ing?nieur logisticien (au ch?mage) Nordine Bouchebour : "On nous a dit : travaille bien ? l'?cole et tu auras un bon travail, avec tout ce qui va avec. J'ai bien travaill? ? l'?cole, j'ai d?croch? mon DESS, et je n'ai pas de travail ni rien de ce qui va avec..."
Concept forg? ? l’origine par les sociologues am?ricains pour d?signer les difficult?s des femmes dans leur carri?re professionnelle, l’expression "le plafond de verre" condense en une image frappante les obstacles invisibles qui s’opposent ? l’ascension professionnelle et sociale de minorit?s elles bien visibles, ? commencer par les enfants de l’immigration. L’expression fait pendant ? celle d’ascenseur social, et explique pour partie ses blocages.
Le film d?monte les m?canismes sinon inconscients du moins impens?s de discrimination (encourag?s par la grande s?lectivit? du syst?me et l’anonymat des prises de d?cisions) ? l’embauche, mais il montre aussi comment celle-ci induit chez les populations concern?es de douloureux "r?ajustements strat?giques" (ils finissent par se tourner vers des m?tiers manuels) bien analys?s par les sociologues.
On retrouve dans ce film la documentariste Yamina Benguigui qui avait fait date avec le documentaire M?moires d’immigr?s (dossier Teledoc). La m?thode (entretiens frontaux) et la qualit? d’?coute sont les m?mes, et sur un sujet a priori plus aride, l'?motion est encore au rendez-vous.
Diffus? ? l’origine sur France 5, il para?t d’une actualit? encore plus br?lante aujourd’hui qu’il sort en salles (flanqu? d’un autre documentaire, plus court, sur Les D?fricheurs, comprendre ceux qui ont r?ussi, au moins pour un temps, ? percer ce plafond de verre) : ?meutes en banlieue, d?bats sur la discrimination positive, pol?mique sur l’apprentissage ? quatorze ans.
Il vient ? point nommer rappeler que l’?cole n’est pas comptable de l’ensemble des maux de la soci?t?…
Le film est exploitable dans le cadre du cours d’ECJS et en Sciences Economiques et Sociales. On retrouvera un dossier complet sur le site de France 5, avec notamment une interview de Yamina Benguigui, une piste p?dagogique Teledoc, et un mini-dossier sur les discriminations.

[Le Plafond de verre et Les D?fricheurs de Yamina Benguigui. 2004. Dur?e : 1 h 44. Distribution : CineClassic. Sortie le 11 Janvier]



Posté dans Dans les salles par zama le 11.01.08 à 10:36 - 12 commentaires

It's a free world : chronique du lib?ralisme

C’est un vieux ressort de sc?nariste pour faire ressortir l’horreur du lib?ralisme : montrer comment celui-ci transforme certaines de ses victimes en bourreaux, comment il instille le poison de l’individualisme dans les relations amicales, familiales, ou amoureuses… Que l'on pense au h?ros de Ressources humaines de Laurent Cantet, fils d’ouvrier passant "de l’autre c?t?", ou ? la Rosetta des Dardenne, qui, pour lui voler son job, trahissait le seul ?tre qui l’ait jamais aid?, et aim?.
It's a free world de Ken Loach propose une nouvelle variation sur ce sch?ma : en nous montrant comment Angie, victime du syst?me, va en devenir une complice active, il s'agit pour Loach et son sc?nariste Paul Laverty, de nous montrer que "chacun a ses raisons", et de nous pousser ? nous interroger sur nos propres limites morales.
On sent bien ainsi que les premi?res sc?nes ont pour but de nous rendre Angie sympathique, en nous d?crivant ses "gal?res" personnelles (m?re c?libataire, on lui a retir? la garde de son enfant) et professionnelles (elle est licenci?e apr?s avoir envoy? sur les roses un patron trop pressant). Mais on sent aussi que derri?re cette volont? d'identification est un peu forc?e, le film a d?j? jug? son personnage. Angie appara?t tr?s vite comme une digne enfant du "miracle anglo-saxon", un parfait petit soldat du n?o-lib?ralisme. Elle incarne une g?n?ration qui a int?gr? les discours sur la libre entreprise, la guerre ?conomique de tous (soci?t?s, pays, individus) contre tous ; une g?n?ration ? laquelle la "valeur travail" tient lieu de viatique, ? l’exclusion de toutes les autres (Angie travaille si dur qu’elle s’offusque qu’on puisse encore lui demander quelque chose).
It’s a free world
aurait pu ?tre un film formidablement efficace, ? l’image de sa premi?re sc?ne : un entretien d’embauche tout ce qu’il y a de plus classique (? ceci pr?s que le recruteur est anglais et les candidats polonais) prend tout d’un coup une autre couleur, quand s’?change au dessus de la table une liasse de billets. Le scandale cr?ve l’?cran, de cet argent qui circule dans le mauvais sens, du futur employ? —du moins l’esp?re-t-il— ? l’employeur, du pauvre au riche…
H?las la suite du film n'a pas la pr?cision et la concision qui font toute la puissance de cette sc?ne. A travers le personnage d’Angie, on aurait ainsi aim? en savoir un peu plus sur la d?r?gulation du monde du travail au cœur du dynamisme de l’?conomie anglo-saxonne, comprendre les ressorts et les recettes de ce march? de la main d’œuvre clandestine, percer le scandale de l’incroyable mansu?tude dont semblent faire preuve les autorit?s ? l’?gard des employeurs malhonn?tes.
Au lieu de cela, le sc?nario pr?f?re nous faire la morale, alourdissant inlassablement les charges qui p?sent sur Angie (marchande de sommeil, m?re maquerelle, d?latrice anonyme), la confrontant ? des personnages-consciences morales (son associ?e, et surtout son p?re, ouvrier ? la retraite, vivante incarnation du point de vue de Loach) et ? des dilemmes assez m?caniques : ?tait-il ainsi n?cessaire (pour souligner ses contradictions ?) de nous montrer Angie h?bergeant une famille de clandestins iraniens ? Dans sa derni?re partie, le film virera ainsi au mauvais remake de M?re Courage et ses enfants, quand l’aveuglement de la m?re retombe sur son propre fils.
Le film reste bien ?videmment tr?s int?ressant pour une exploitation en classe, en Anglais, en G?ographie (notamment en Premi?re, pour l'?tude des migrations ?conomiques intra-europ?ennes) et en SES, pour aborder la notion de droit du travail en Seconde, mais aussi les bouleversements sociaux et ?conomiques induits par l'int?gration europ?enne.

Voir ?galement :
> cette interview de Ken Loach par le site Fluctuat.net
> [MAJ du 15/01/08] L'article de Philippe Leclercq pour les Actualit?s pour la classe du CNDP
> [MAJ du 27/01/08] cet article de Liens socio, le portail francophone des sciences sociales

[It's a free world de Ken Loach. 2007. Dur?e : 1 h 33. Distribution : Diaphana. Sortie le 2 janvier 2008]

Posté dans Dans les salles par zama le 02.01.08 à 12:31 - 16 commentaires

Cannes, petite sociologie du spectateur


A c?t? des critiques de films, des interviews de cr?ateurs ou d’acteurs, les ? choses vues ? sont un passage oblig? pour les journaux qui couvrent le Festival, attisant la curiosit? de ceux qui n’y sont pas, et l’ironie de ceux qui ? y ? sont sans ? en ? ?tre. Si l’on pr?f?re, ? la sociologie sauvage que dessine ces notations, le regard aiguis? de vrais sociologues, on pourra se reporter aux textes rassembl?s par Emmanuel Ethis (Universit? d'Avignon) lors du Festival 2004 (mais la faune qui hante la Croisette n’a sans doute pas beaucoup chang? depuis), et mis en ligne sur le site de l’Exception, tr?s s?rieux groupe de r?flexion sur le cin?ma qui rassemble critiques, cin?astes et universitaires.
Illustr?es par les photos d’Emmanuel Ethis, ces approches transversales pointent les enjeux de pouvoir ("Accr?ditations, Factures EDF" : r?sum?s commodes de notre identit?) et de repr?sentation ("Voir, ne pas voir, faut voir..." : une ?conomie de l’excitation du regard) qui sous-tendent les gestes les plus anodins, et dessinent quelque portraits croquignolets ou ?mouvants (ainsi celui d’une veille femme qui hante les rues de Cannes arborant une accr?ditation …vieille de vingt ans).
Certaines analyses tr?s pointues, voire parfois absconses (avouons avoir cal? devant la phrase suivante : "En effet, le t?moignage cannois et la "monstration" photographique qui l’?taye ne peut relever que de la communication affective au cin?ma ? quelqu’un qui ?prouve un int?r?t positif, critique ou carr?ment n?gatif susceptible d’?tre anim?, r?anim? pour qu’il y ait une communication effective.") rebuteront peut-?tre le non-sp?cialiste, mais l’ensemble constitue un corpus qui permet de repenser les clich?s habituels.

Posté par Zéro de conduite le 24.05.07 à 11:55 - 2 commentaires

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