blog :::

: (173 articles)

The Birth of a nation : le site pédagogique

Écrit, tourné et sorti sous Barack Obama, premier président noir du pays, The Birth of a nation, sortira en France à quelques jours de l'intronisation de Donald Trump, candidat porté par l'Amérique blanche et soutenu par les suprémacistes et le Ku Klux Klan. On ne saurait mieux dire à quel point l'histoire quadri-séculaire des afro-américains est faite d'avancées, de reculs mais aussi de de contradictions (l'Amérique d'Obama était aussi celle du mouvement Black Lives Matter) et d'une lutte toujours recommencée pour l'égalité.

Le film de Nate Parker s'inscrit de manière très réfléchie dans cette histoire, à commencer par le geste fort qui consiste à se réapproprier le titre du brûlot raciste de D.W. Griffith (Birth of a Nation, 1917). Le film raconte l'histoire de Nat Turner, esclave et pasteur qui mena une des plus sanglantes révoltes d'esclave de l'histoire du Sud esclavagiste, et qui reste une figure fondatrice de l'émancipation des Noirs américains. Plébiscité lors du dernier Festival de Sundance (où il a remporté le Grand Prix du Jury et le Prix du Public), le film est porté par véritable un souffle épique, sans pour autant masquer les contradictions et zones d'ombre de Turner, notamment dans son rapport à la religion.

Zérodeconduite a consacré un site pédagogique destiné aux enseignants d'Anglais de Lycée et à leurs classes, qui propose un dossier pédagogique avec des activités en classe et un entretien avec l'historien Pap Ndiaye.

The Birth of a nation de Nate Parker au cinéma le 11/01/2017
Le site pédagogique

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 13.12.16 à 11:50 - Réagir

Anna Karénine : un train nommé désir


Anna Kar?nine, un film de Joe Wright

L'adaptation du roman fleuve de Tolstoï (1877) par Joe Wright (réalisation) et Tom Stoppard (scénario) est une indéniable réussite. Baroque et flamboyant, ce film en costumes nous plonge dans les affres de la passion qui unit Anna Karénine (Keira Knightley), une jeune aristocrate mariée à un haut fonctionnaire (Jude Law), et le comte Vronsky (Aaron Johnson), fringuant militaire de l'armée impériale, en évitant les lourdeurs de la reconstitution historique empesée.

La première partie du film est à cet égard un régal : le monde d'Anna est un théâtre, une scène où la passion exhibe ses artifices tout en se déclarant. Le film oscille constamment entre foisonnement et dépouillement : pour le dépouillement, la scène d'Anna quittant son fils sous une table recouverte d'un drap blanc où trîne un train d'enfant réussit la gageure de réunir tous les éléments de la tragédie en un plan, mais aussi les plans dans les cintres du théâtre qui dévoilent les coulisses de l'âme et le trouble d'Anna. Pour le foisonnement, la scène de bal et la course de chevaux constituent autant de morceaux de bravoure qui ravissent le spectateur. L'irrigation du cinéma par le théâtre nous rappelle sans cesse la célèbre formule de Victor Hugo qui proclame la supériorité de l'art dramatique : "Le théâtre n'est pas le pays du réel : il y a des arbres de carton, des palais de toile,un ciel de haillons, des diamants de verre, de l'or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessus terre. C'est le pays du vrai. Il y a des coeurs humains sur la scène, des coeurs humains dans la coulisse, des coeurs humains dans la salle". Mais ce qu'il y a de plus réussi dans cette adaptation, c'est peut-être le traitement du thème du train, à la fois Choeur antique qui scande la tragédie d'Anna, et présence angoissante aux accents quasi lynchiens.

Plus d'un siècle après la parution du roman, Anna et Vronsky (modèles possibles d'Ariane et de Solal dans Belle du Seigneur) nous émeuvent toujours autant, et toujours plus que Kitty et Lévine pour qui pourtant penchait le coeur de Tolstoï, Tolstoï qui en disciple de Schopenhauer considérait l'amour comme une illusion destinée uniquement à cacher la nécessité de se reproduire.

[Anna Karénine de Joe Wright. 2012. Durée : 132 mn. Distribution : Universal Pictures France. Sortie le 5 décembre 2012]

Pour aller plus loin :
> Interview du réalisateur Joe Wright sur le blog de Thomas Sotinel (Le Monde)

Posté dans Dans les salles par comtessa le 11.12.16 à 23:12 - Réagir

Moi, Daniel Blake : le site pédagogique

Palme d'Or du Festival de Cannes 2016, Moi, Daniel Blake de Ken Loach sortira dans les salles françaises le 26 octobre prochain.
En s'attachant au sort de Daniel, qui suite à un problème de santé et une erreur administrative est confronté au dédale kafkaïen de l'assurance chômage britannique, le vétéran Loach livre un réquisitoire implacable contre la dérive ultralibérale de l'Angleterre et le démantèlement programmé de ce qu'il reste du Welfare State… Éminemment politique (comme le fut son discours lors de la remise de sa seconde palme cannoise), le film l'est à la manière humaniste de Loach : à la froideur mortifère de la néo-bureaucratie numérique, il oppose la chaleur de ses personnages, qui mobilisent des trésors de dignité et de solidarité.
Profondément poignant sans oublier d'être drôle, Moi Daniel Blake ne manquera pas de mobiliser les élèves de Lycée (voire d'excellentes classe de Troisième). Zérodeconduite a consacré un site pédagogique au film : notre dossier pédagogique propose une analyse cinématographique du film, ainsi que des activités destinées aux classes d'Anglais et de Sciences Économiques et Sociales, tandis qu'un entretien avec le sociologue du travail Didier Demazière permet de poursuivre la réflexion, notamment en mettant en perspective la situation des chômeurs en France et en Grande-Bretagne. 

Moi, Daniel Blake de Ken Loach, au cinéma le 26 octobre
Le site pédagogique du film

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 11.10.16 à 18:13 - Réagir

Loving : l'histoire à hauteur de couple

Loving de Jeff Nichols

On conseillera aux enseignants (sans doute nombreux) qui emmèneront leurs élèves découvrir Loving en salles, de ne pas trop, une fois n'est pas coutume, préparer ceux-ci à la séance. Si le film s'inspire d'un épisode marquant de l’histoire du mouvement des droits civiques, il gagne à être reçu le plus naïvement possible : le parti pris du cinéaste Jeff Nichols, est en effet de mettre en scène ce récit non comme "l'affaire Loving vs Virginie", mais comme le récit de la vie de deux personnages nommés Richard et Mildred, que rien ne destinait a priori à entrer dans les livres d’histoire.

Les amoureux Richard (Joel Edgerton) et Mildred (Ruth Negga) vivent dans un district pauvre où blancs et noirs cohabitent naturellement en osmose, mais dans un état qui en cette année 1958 pratique les lois parmi les plus ségrégationnistes des États-Unis. Quand Richard demande, comme une évidence, sa main à Mildred, enceinte de leur premier enfant, on devine aux réactions mitigées de leur entourage que la décision ne va pas de soi : les unions interraciales sont alors encore strictement prohibées,  et Richard est obligé d’emmener Mildred et leur témoin dans l’état voisin (le District of Columbian) pour officialiser leur mariage. Le couple est bientôt arrêté sur dénonciation anonyme, jeté en prison, et la décision soi-disant "clémente" du juge tombe comme un couperet : la peine d’un an de prison avec sursis dont ils écopent est suspendue, à condition qu’ils quittent immédiatement l’état et n’y remettent pas les pieds, pour une période d’au moins vingt-cinq ans. Pendant des années le taiseux Richard et la sensible Mildred vivront le déchirement de l’exil, les allers et retours clandestins pour aller voir leurs proches, la menace de la police, jusqu’à ce que Mildred se décide à écrire au ministre de la Justice Robert Kennedy pour attirer son attention sur leur situation.

Cette histoire, Jeff Nichols prend le temps de nous la raconter, de donner chair et épaisseur à ses personnages. Il s’attarde sur les moments d'intimité et les gestes de tendresse, les repas en famille et les plaisirs simples, le passage des années et les enfants qui grandissent… L’histoire, la grande, n’entrera dans le film que par la bande, et ne fera jamais dévier le récit de son axe : même quand les avocats de l’ACLU parviendront à porter l’affaire devant la Cour Suprême, Jeff Nichols préfère coller à ses personnages, qui refuseront d'assister à l'audience…

Cette attention accordée à l’humanité de ses personnages, portée par une mise en scène d’une exemplaire sobriété, est le moteur à la fois d’un mélo bouleversant et d’un des plus beaux films sur le mouvement des droits civiques : jamais le cinéma ne nous a fait sans doute ressentir aussi douloureusement l'horreur des lois ségrégationnistes, qui déniaient à certains êtres humains les droits les plus élémentaires.  

Loving de Jeff Nichols, États-Unis, 2016, Durée : 123 mn
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 20.05.16 à 00:40 - Réagir

American Honey : conte cruel de la jeunesse américaine

American honey de Andrea Arnold

"J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". La célèbre phrase de Paul Nizan pourrait être mise en exergue des trois derniers longs métrages d’Andrea Arnold, qui des HLM du grand Londres (Fish tank) aux suburbs du Sud étasunien (American honey), en passant par les landes du Yorkshire il y a deux siècles (Les Hauts de Hurlevent), explorent avec empathie les affres de la jeunesse déshéritée… Père (ou beau-père ?) incestueux, mère évanouie dans la nature, petite sœur et petit frère à charge : c’est peu de dire que l’horizon de Star (Sasha Lane) est aussi bouché que son prénom est céleste. Aussi l’appel est irrésistible quand elle croise la route du séduisant Jake (Shia LaBeouf), et de sa charismatique bande, qui sillonnent les routes américaines afin de fourguer aux bons samaritains des abonnements à des magazines que plus personne ne lit.

La réalité ne tarde pas à apparaître à Star dans tout ce qu’elle a de sordide : le boulot est dur et humiliant, la paye est congrue (et vite dépensée en défonces de toutes sortes), et le beau Jake se révèle être l’employé zélé en même temps que le toy-boy de Krystal, la patronne. Le petit groupe tient à la fois de la secte (la communauté de jeunes paumés), du bordel motorisé (avec Krystal en mère maquerelle et Jake en recruteur) et de la caricature d’entreprise capitaliste (les méthodes de Krystal pour manager ses vendeurs) ; à moins qu’on y voie un remake contemporain de l’Île aux jeux du Pinocchio de Disney, qui attirait les enfants pour les transformer en bêtes de somme…  Andrea Arnold filme ces laissés pour compte de l'Amérique avec une empathie qui rappelle le cinéma social dont elle est issue, mais elle tempère le misérabilisme des situations par l'énergie des comédiens et de sa mise en scène, portée notamment une bande originale tonitruante.

La grande qualité du film est de ne jamais tomber dans le scabreux, et d’éviter les drames sans cesse annoncés (il se distingue en cela, à partir des mêmes prémisses, de l'outrancier et clippesque Springbreakers d’Harmony Korine), même quand Star se met consciencieusement en danger pour mirer son "reflet dans un œil d’homme" (à la manière de l'héroïne adolescente de Fish tank). Mais c’est au prix d’un certain surplace scénaristique qui nous fait trouver la route (2 h 42 pour la version présentée à Cannes) bien longue.

American Honey d’Andrea Arnold, États-Unis, 2016, Durée : 162 mn
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 19.05.16 à 23:01 - Réagir

new site