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L'Histoire officielle : le site pédagogique

Il était invisible ou presque depuis plus de trente ans. L'Histoire officielle de Luis Puenzo, Oscar du meilleur film étranger en 1985, ressort enfin dans une version restaurée, en salles et en DVD. C'est l'occasion de (re)découvrir dans son écrin originel ce film bouleversant, qui constitua également une date marquante dans l'histoire contemporaine de l'Argentine.
Réalisé quelques mois à peine après la chute de la junte, en pleine transition démocratique, et sorti dans la foulée, le film de Luis Puenzo est alors d'une actualité brûlante. À travers le personnage d'Alicia, épouse d'un haut-cadre du régime militaire, mère comblée d'une petite fille adoptive, Luis Puenzo évoque la cécité d'une majeure partie de la société argentine, qui s'est accommodée de la dictature et de "l'histoire officielle" promue par celle-ci pour masquer ces crimes. Alicia est à la fois ébranlée dans ses certitudes intellectuelles (elle est professeure d'histoire), et touchée dans sa chair même, à travers cette petite fille dont elle se demande soudain, en fréquentant les "Mères de la place de Mai", si elle n'a pas été volée à un opposant au régime. C'est, comme le montre l'historienne Nadia Tahir, toute l'intelligence de Luis Puenzo d'avoir su, à travers ce personnage pivot, composer un récit critique, mais aussi acceptable par le plus grand nombre, des années noirs de la dictature.

Zérodeconduite propose un dossier pédagogique destiné aux professeurs d'espagnol autour de ce film. Proposé en DVD avec droits institutionnels dans notre boutique DVD, le film est également disponible pour des projections en salles (contacter votre salle de proximité ou s'adresser à Zérodeconduite).

www.zerodeconduite.net/lhistoireofficielle

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 03.10.16 à 11:56 - Réagir

La Piel que habito (La peau que j'habite)

La Piel que habito

Un chirurgien esth?tique de renomm?e mondiale, Roberto Ledgard, ?perdu d'amour pour son ?pouse d?funte,? conserve prisonni?re une myst?rieuse jeune femme dans sa r?sidence luxueuse. Qui est-elle ?
Thriller ? cheval sur les genres , "film trans" par excellence, le dernier opus d'Almod?var, s'il rend hommage ? un certain cin?ma, interroge aussi et surtout la mythologie de la cr?ation. Antonio Banderas incarne un homme s?duisant mais froid, dont l'?l?gance rappelle Cary Grant dans ses r?les les plus ambigus, que ce soit Les Encha?n?s ou Soup?ons. Mais il est ?galement m?decin, et en tant que tel il va ?voquer les figures du savant : le docteur Frankenstein, le m?decin des Yeux sans visage de Georges Franju ou le savant de Metropolis. Enfin, sa cruaut? sans freins et sa volont? de puissance le rapprocheront du comte Zaroff ou du docteur Moreau. Almod?var navigue comme d'habitude en eaux troubles et rend hommage aux cin?mas de genre : thriller hitchockien, film d'anticipation, m?lodrame, il ne trouve jamais son style qu'en ressassant ses mod?les ? l'infini… Mais l'hommage n'est chez lui jamais loin de la parodie, et quand Banderas enfile un masque on aper?oit soudain Fant?mas derri?re Cary Grant.
De fait ce sont davantage les r?f?rences mythologiques qui ?clairent le film, ? commencer par le mythe de Pygmalion, amoureux fou de sa statue qui fond comme cire au soleil sous son ?treinte, une fois que Venus aura r?pondu ? son offrande (mais de cette union na?tra Myrrha, la fille incestueuse). Or, si Roberto s'apparente ? Pygmalion, Vera est ? la fois statue, fille et tueuse, c'est aussi un personnage de fant?me comme il en appara?t chez Villiers de l'Ile-Adam. On pense ?galement ? la transgression du docteur Frankenstein qui chez Shelley d?fie les lois de la cr?ation et ne songe qu'au corps sans se pr?occuper de l'?me.

Quels sont les rapports entre le cr?ateur et sa cr?ature ? Amour, haine, filiation, d?sir, rivalit? ? Vera n'est-elle pas aussi une cr?atrice (elle s'inspire de Louise Bourgeois) qui trouve dans l'art les ressources pour survivre ? La chim?re est-elle sensible (on peut l?gitimement se demander si sa peau, insensible aux br?lures, r?agit aux caresses).? Le film distille un certain malaise (en cela on pourait le rapprocher de Michael de Markus Schleinzer, autre histoire de r?clusion forc?e), car il pose toute une s?rie de questions ?thiques auxquelles il choisit de ne pas r?pondre : comme dans Parle avec elle, le spectacle almod?varien les emporte avec lui.
Comme le dit le personnage de Marisa Paredes, "Nous sommes des vampires". Le vampire c'est celui qui se nourrit du sang des autres pour vivre, pour survivre. Almod?var se nourrit de ses r?alisateurs f?tiches, comme Ledgard se nourrit de Vera, ce sont des cr?ateurs... inqui?tants.?

La Piel que habito (La Peau que j'habite), de Pedro Almod?var, Espagne, 117 mn, S?lection Officielle (en comp?tition)

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 20.05.16 à 22:49 - Réagir

Enfance clandestine : entretien avec l'historienne Diana Quattrocchi-Woisson

Enfance clandestine

Enfance clandestine, le film de Benjamin Àvila, n'est certes pas un film historique à proprement parler : s'il raconte la chronique des Montoneros, ce mouvement de la gauche péroniste en lutte armée contre la dictature, et de sa "contre-offensive", funeste pour la majorité de ses membres, il le fait en filigrane, au filtre des souvenirs du réalisateur, et à travers le regard de l'enfant qu'il était alors. Mais le film donne envie de se replonger dans une histoire argentine particulièrement complexe (en tout cas pour nous Européens), et de comprendre les tenants et les aboutissants de cette période tragique, afin d'en dresser un bref tableau aux élèves.

L'historienne Diana Quattrocchi-Woisson, chargée de recherche au CNRS, membre de l'Institut des Amériques, et présidente-fondatrice de l'Observatoire de l'Argentine contemporaine, a bien voulu nous éclairer sur l'Argentine contemporaine, marquée par le péronisme et ses avatars…

Zérodeconduite.net : Le film de Benjamin Avila se déroule en Argentine, en 1979, pouvez-vous nous décrire le contexte politique du pays ?

Diana Quattrocchi-Woisson : Il s'agit de la dernière dictature militaire du XXème siècle, qui commence en 1976 et se termine en 1983. Elle ponctue une série de coups d'état et de mouvements de contestation violents. Il y a un crescendo dans l'histoire de la violence politique en Argentine et la période qui concerne le film est la plus aiguë. Et cela ne s'explique pas uniquement par l'apparition de la guérilla de gauche péroniste sur la scène politique. Cette radicalisation concerne l'ensemble de la société, aussi bien la classe moyenne que les syndicats enseignants ou les syndicats ouvriers.

Comment naît cette radicalisation ? Quelle est l'origine de la violence politique en Argentine ?

D.Q.W. : Cette radicalisation s'inscrit dans un contexte latino-américain. L'Argentine n'est pas le seul pays concerné par les mouvements de guérilla et les coups d'états. Mais le pays se caractérise par une spécificité de violence à outrance par rapport aux autres pays d'Amérique latine, même par rapport au Chili. La dictature d'Augusto Pinochet a fait de 3000 à 4000 victimes. Mais la plupart de ces crimes étaient commis à ciel ouvert, notamment dans des stades de football. En Argentine, on parle de 30 000 disparus. Le spectre de ces disparus hante toujours le pays et renvoie à la clandestinité de cette répression. De plus, l'église catholique argentine a conservé un silence complaisant, alors que l'église chilienne et l'église brésilienne ont levé la voix contre les répressions violentes qui sévissaient dans leur pays.

Dans le film, les parents du jeune Juan sont des guérilleros Montoneros. Pouvez-vous nous présenter ce mouvement ?

D.Q.W. : Pour comprendre ce que sont les Monteneros, il est indispensable d'expliquer le péronisme. Juan Domingo Perón est un militaire qui accède au pouvoir à la suite d'un coup d'état en 1943. En tant que vice-président de la junte militaire, il développe une politique ouvriériste. Jugé trop radical par ses pairs, Perón est arrêté et envoyé en exil. Mais, le 17 octobre 1945, les syndicats lancent une grève et une foule d'ouvriers investit la place de Mai (Plaza de Mayo, site central de la ville de Buenos Aires) pour demander sa liberté. Les militaires choisissent de ramener Perón plutôt que de tirer sur les manifestants, trop nombreux. Il s'agit de l'évènement fondateur du péronisme qui change le cours de l'histoire argentine. Les liens entre Juan Domingo Perón et le mouvement ouvrier seront désormais indestructibles.

Que se passe-t-il ensuite ?

D.Q.W. : Juan Perón abandonne la vie militaire et demande à ses camarades d'armes de convoquer des élections. Celles-ci ont lieu en février 1946, ce sont les plus démocratiques de l'histoire argentine. Perón est élu et son mandat sera à l'origine de nombreuses réformes : tentative de justice sociale, redistribution, congés payés, sécurité sociale... Mais il est chassé du gouvernement par un coup d'état en 1955. Déchu, son exil durera 18 ans.

Est-ce que la révolution cubaine de 1959 a une incidence sur la politique argentine ?

D.Q.W. : C'est un événement ressenti comme majeur dans toute l'Amérique latine. Les jeunes contestataires argentins sont séduits par Fidel Castro. Depuis son exil, Perón salue Castro et la révolution castriste. A la mort de Che Guevara, il écrit que ''le meilleur d'entre nous est tombé''. A cette époque, en Argentine, le péronisme est toujours très populaire mais il est réprimé. Les partis politiques sont interdits. Le fait même de nommer Perón était interdit. Les élections ne sont qu'une succession de fraudes. Ce climat, ainsi que la révolution cubaine, contribuent à radicaliser la situation. Les années soixante marquent également le début d'un mouvement de contestation au niveau international, Mai 68, le printemps de Prague... En Argentine, cet élan de protestation arrive un an après, dans la ville de Córdoba. Cette insurrection populaire, appelée Cordobazo, est lancée par les ouvriers des usines automobiles. Elle est réprimée par le gouvernement militaire. Il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine guerre froide et que l'Amérique latine, arrière- cour des Etats-Unis, est l'un des "points chauds" du globe. Tout dissident est considéré comme un communiste par les militaires.

Dans ce contexte, des groupes de guérilla naissent en Argentine. Dont l'organisation politico-militaire des Montoneros ?

D.Q.W. : Les guérilleros Montoneros font effectivement leur apparition en 1969, après le Cordobazo. Leur première action publique est l'enlèvement de Pedro Eugenio Aramburu, un des militaires à l'origine du coup d'état contre Juan Domingo Perón en 1955. Les Montoneros le fusillent à la suite d'un jugement politique clandestin. La joie populaire que provoque la mort de cet homme est spectaculaire. Cette opération a valu à cette guérilla péroniste le nom de Montoneros. Ce terme date des guerres civiles argentines du XIXème siècle, postérieures à l'indépendance. Celles-ci opposaient des chefs locaux entre eux, s'appuyant sur des petites armées avec des bases populaires. En espagnol, un monton de gente signifie beaucoup de gens. En choisissant ce nom, les Montoneros cherchent une filiation historique. C'est un succès car ils jouissent d'un soutien populaire considérable. Au lieu d'être choqués par la séquestration et l'assassinat d'Aramburu, les Argentins applaudissent. Cela témoigne du niveau de conscience démocratique de la société argentine à ce moment-là. Le pays était en état de guerre civile non déclarée et la vie n'avait pas de valeur.

(…)

Lire l'intégralité de l'entretien sur le site pédagogique du film : www.zerodeconduite.net/enfanceclandestine

Enfance clandestine, au cinéma le 8 mai

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Espagnol), sur la boutique DVD Zérodeconduite.  

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 02.05.16 à 17:20 - Réagir

Enfance clandestine : le site p?dagogique

Enfance clandestine

Nous avions été très touchés lors du dernier Festival de Cannes par le film de Benjamín Ávila, réflexion très autobiographique sur les frontières poreuses entre engagement politique et vie personnelle, dans le contexte de la dictature argentine. A travers le regard du jeune Juan, le film décrit le quotidien d'une famille de montoneros (mouvement d'extrême-gauche argentin) rentrés clandestinement au pays pour y mener la résistance contre la junte militaire. Dans ce contexte délicat (clandestinité, double-identité, peur permanente), le petit garçon essaye de trouver son chemin vers l'adolescence…

Le film sortira dans les salles le 8 mai prochain, et Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique destiné aux professeurs d'Espagnol, pour aborder le film en classe, de la Quatrième jusqu'à la Terminale.

Enfance clandestine (Infancia clandestina) de Benjamín Ávila, au cinéma le 8 mai

Le site pédagogique : www.zerodeconduite.net/enfanceclandestine
Supplément sur le site Vocable : 4 pages VO-Scope et test de compréhension

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Espagnol), sur la boutique DVD Zérodeconduite.   

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 23.04.16 à 10:46 - 13 commentaires

Le Bouton de nacre : le site pédagogique

Le Bouton de nacre

Avec Le Bouton de Nacre (2015) (Ours d’argent du meilleur scénario au dernier Festival de Berlin), Patricio Guzmán poursuit le renouveau de sa démarche documentaire entamée en 2010 avec Nostalgie de la Lumière, film proposé cette année au programme du bac cinéma. Second volet de ce que le réalisateur annonce lui-même comme une trilogie, Le Bouton de nacre prolonge le geste contemplatif et poétique né il y a cinq ans dans le désert d’Atacama.

Si les thèmes restent sensiblement les mêmes, le passé tourmenté du Chili, le silence et l’impunité qui pèsent encore aujourd’hui autour de la dictature de Pinochet, l’écriture cinématographique de Guzmán se réinvente une nouvelle fois en empruntant les voies du journal intime et de l’essai historico-philosophique écrit à la première personne, et en opérant un déplacement géographique… Dans Nostalgie de la lumière, tout partait d’Atacama, au nord du Pays, dont le ciel étoilé fonctionnait comme un miroir de ce désert où des femmes sont toujours à la recherche des corps de leurs proches disparus pendant la dictature. Avec Le Bouton de Nacre, Guzmán met le cap vers le sud de la géographie chilienne, en Patagonie. Le fil conducteur du récit ne sera plus l’élément solide, la terre désertique qui occulte les corps disparus, mais l’élément liquide le plus universel, l'eau. L’eau porte en elle à la fois la mémoire des tribus indigènes de la Terre de feu, aujourd'hui quasiment disparues et oubliées, et des opposants à la dictature de Pinochet dont les corps (environ 1400) étaient jetés à la mer pour les faire disparaître.

Le Bouton de Nacre est donc un film qui mêle à merveille poésie et politique en utilisant la nature de façon étonnante et magique : on y trouve des paysages peuplés d’immenses glaciers silencieux qui côtoient des fjords majestueux – témoins immuables du passé, mais aussi des océans tourmentés et des planètes perdues dans l’infini des cieux étoilés. Ces images d’une nature sauvage et primitive, filmée comme celle d’une planète oubliée qui serait presque intacte et vierge, nous renvoient à un monde des origines où, peu à peu, au travers des photos en noir et blanc d’Indiens « fueguinos », émergent les visages méconnus du peuple qui manque. En se penchant sur la colonisation des territoires de la Patagonie et de l’extermination d’un peuple dans la plus totale impunité, le réalisateur chilien avance l’hypothèse que la violence de cet épisode historique allait constituer le terreau d’une autre tragédie à venir : celle que provoqua le coup d’état de Pinochet contre Allende et la dictature qui s’ensuivit.

Ce documentaire lyrique et émouvant ne laissera pas les élèves indifférents. La voix-off du réalisateur, lente, douce et envoûtante — permettant une très bonne compréhension de la langue espagnole —, berce en effet, comme une mélodie, tout un univers de réminiscences : la vie arrivant dans une comète, la vie aquatique des aborigènes en Patagonie, des souvenirs d’enfance du réalisateur mais aussi des témoignages poignants de survivants. Zérodeconduite propose un dossier pédagogique pour étudier le film en classe (Lycée, Espagnol). Les classes de Première et Terminale, pourront découvrir l’univers des kaweskar, ces nomades de l’eau dont les archives magnifiques récupérées par Guzmán pourront servir de support pour une approche des civilisations amérindiennes comme des conséquences de la colonisation en Amérique Latine. La question des enjeux de mémoire, incontournable en cycle Terminal, pourra aussi être traitée à travers la dictature de Pinochet et des opposants au régime disparus. Les élèves de seconde profiteront d’une immersion dans le monde hispanophone américain à la découverte d’autres langues comme le kaweskar pour travailler sur le sentiment d’appartenance et l’identité américaine. Enfin, la beauté des images que nous offre Le Bouton de nacre ainsi que sa dimension pédagogique touchant à plusieurs domaines permettra aussi de proposer sans difficulté un regard interdisciplinaire (SVT, Histoire-Géographie, Philosophie) pour mieux approcher ce documentaire plein de ressources.

Le Bouton de nacre de Patricio Guzman, au cinéma le 27 octobre
Le site pédagogique du film : www.zerodeconduite.net/leboutondenacre

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 28.10.15 à 16:12 - Réagir

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