blog :::

: (1199 articles)

Cannes en banlieue avec Luc Besson

Luc Besson, le Georges Soros du cin?ma ? A l'image du financier am?ricain, chantre de l'ultralib?ralisme et de la sp?culation d?brid?e (il reste c?l?bre pour avoir en 1992 oblig? la livre Sterling ? sortir du Syst?me Mon?taire Europ?en), se reconvertissant sur le tard dans la philanthropie et le multilat?ralisme, Luc Besson a fait prendre derni?rement un tour ?tonnant (et d?finitif ?) ? sa carri?re. Annon?ant que son dixi?me film en tant que r?alisateur, Arthur et les Minimoys, serait ?galement son dernier, il multiplie depuis les projets ? vocation philanthropique, et s'appr?te ? lancer la une Fondation ? son nom.
C'?tait d'abord en avril de la mise en production de Boomerang, "film ?colo" du photographe-star Yann-Arthus Bertrand, dans la double lign?e du livre La Terre vue du ciel et du "film d'Al Gore" Une V?rit? qui d?range, qui sera "propos? gratuitement aux distributeurs". Ce fut ensuite d?but mai l'annonce d'un ?v?nement ? l'intitul? joliment oxymorique, le Festival Cannes et Banlieues (illus.), qui consistait ? offrir aux habitants de 10 villes de banlieue parisienne (Saint-Denis, Chanteloup-les-Vignes, Garges-les-Gonesse…) la projection d'un film s?lectionn? au Festival de Cannes.
L'annonce a ?t? accueillie par un certain scepticisme (ne s'agissait-il pas d'une op?ration de publicit? d?guis?e ou de relations publiques pour la future Cit? du Cin?ma que Besson veut installer ? Saint-Denis ?) et quelques sarcasmes, mais ? en croire ce reportage du journal Lib?ration, le pari ?tait r?ussi malgr? quelques couacs inauguraux (li?s au choix hasardeux de film que personne n'avait vu). L'entregent de Luc Besson a permis de d?bloquer les autorisations n?cessaires, et le public a r?agi de mani?re positive : "Les habitants de Sarcelles se seront familiaris?s avec le cin?ma cor?en, via Souffle de Kim Ki-duk, ?un des plus applaudis?, assurait Luc Besson, vendredi, dans les coulisses de La Courneuve. ?Des centaines de personnes sont rest?es concentr?es devant cette histoire d'amour entre un prisonnier et une femme mari?e d?laiss?e. L'action pendant une heure et demie se passe derri?re la vitre d'un parloir, et personne n'est parti.? Mais le prix du public de banlieue revient sans conteste ? Persepolis, un des plus beaux souvenirs pour le r?alisateur de Taxi, du Cinqui?me ?l?ment et du Grand Bleu : ?Je garderai en t?te les images de ces femmes voil?es regardant l'histoire de cette gamine, elle-m?me sous une burqa, en Iran...?"
L'initiative a en tout cas le m?rite de jeter un beau pav? dans la mare de l'?ternel d?bat sur la d?mocratisation culturelle

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 30.05.07 à 16:26 - 8 commentaires

Cannes 2007 : bilan et palmar

Histoire et politique
L’ann?e derni?re, en couronnant Le Vent se l?ve et les acteurs d’Indig?nes, le jury avait imprim? au Festival une couleur historique, voire politique (qui ne refl?tait d’ailleurs pas forc?ment la S?lection elle-m?me). Cette ann?e, si les soubresauts du monde ?taient abord?s, c’?tait plut?t hors-comp?tition (Sicko de Michael Moore, Un cœur invaincu de M. Winterbottom, La Onzi?me heure, nouveau documentaire ?cologique), avec en point d’orgue la pr?sentation surprise, en fin de Festival, du film d’Andrei Nekrassov sur Alexandre Litvinenko (R?bellion : l’Affaire Litvinenko). En comp?tition, pas de grande fresque historique ? la Le Vent se l?ve ou Indig?nes, pas d’?pop?e collective, on observait au contraire un repli sur les drames individuels, voire franchement intimes. Quand l’histoire ?tait abord?e, c’?tait par le biais de ses cons?quences sur les destins individuels : la Marjane de Persepolis, qui vit dans sa chair l’?volution politique de l’Iran apr?s la r?volution islamique, ou la Gabita de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, conduite ? avorter clandestinement dans la Roumanie communiste de Ceaucescu.

Rythme(s)
Tandis que sur la Croisette la course contre la montre rythme les esprits et les corps jusqu’? l’?puisement, ? l’int?rieur des salles, on est souvent face ? un regard qui prend son temps, qui ?tire la lenteur jusqu’? la contemplation, et le quotidien ? la r?flexion m?taphysique : ainsi les films de Carlos Reygadas, Andrei Zviaguintsev, Bela Tarr, ou Naomi Kawase ont parfois mis les festivaliers ? rude ?preuve. En contrepartie de sa patience, les r?alisateurs ont gratifi? le spectateur de chefs d’œuvre plastiques (? tel point qu’on a pu parler de festival de chefs op?rateurs) : le noir et blanc superbement contrast? de Bela Tarr ou la palette d’infinies nuances de Carlos Reygadas trouvaient sur l’?cran gigantesque du th??tre Lumi?re un magnifique ?crin. Le titre du film de Reygadas, Lumi?re silencieuse, pouvait d’ailleurs faire programme : dans nombre de ces films, la lumi?re faisait figure de personnage principal. A charge pour le spectateur de ressentir une forme de transcendance dans cette perfection visuelle, faute de quoi l'ennui guette.

Drames
Cette ann?e plus encore peut-?tre que les pr?c?dentes, la com?die semblait le grand absent de la Croisette. Dans cette avalanche de drames mis en sc?ne avec le plus grand s?rieux, l’humour noir des fr?res Coen ou de Quentin Tarantino, a permis d’heureuses respirations ; et l’on aurait volontiers donn? un Prix d’interpr?tation au g?nial com?dien Kang-Ho Song, qui apporte son d?calage comique au drame Secret Sunshine. C’est sans doute aussi pourquoi Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud a ?t? ovationn? : son m?lange d’humour et d’?motion en faisait un des films les plus populaires (au meilleur sens du terme) du Festival. Dans la cat?gorie "noir c’est noir", deux films ont marqu? les esprits, avec des fortunes oppos?es : le choc provoqu? par 4 mois, 3 semaines et 2 jours s’est retourn? en sa faveur et propag? jusqu’au Palmar?s. En revanche, le radical Import/Export d’Ulrich Seidl a endoss? la d?froque du vilain petit canard : la d?sapprobation des spectateurs (quittant la salle par rang?es enti?res) et des critiques, n’a pas ?t? d?savou?e par le jury.

Th?mes : deuil et religion
Difficile de tracer des lignes th?matiques entre des films venus d’horizons (g?ographiques, stylistiques) si divers. Cependant deux th?mes se sont d?gag?s tr?s fortement au fil des projections : celui du deuil d’abord (ou de la difficult? de se reconstruire apr?s la perte d’un ?tre cher) qui r?unissait des propositions aussi diverses que Tehilim de Rapha?l Nadjari et les Chansons d’amour de Christophe Honor?, La For?t de Mogari de Naomi Kawase et De l’autre c?t? de Fatih Akin. Parfois li?e ? ce th?me du deuil (dans le film de Rapha?l Nadjari et Secret Sunshine de Lee Chang-Dong), la religion faisait une apparition remarqu?e. Juda?sme (Tehilim), Islam (Persepolis), religions chr?tiennes (Secret Sunshine), les trois grands monoth?ismes, du moins certains de leurs fid?les, auront ?t? la cible de vives critiques. Mais alors que deux films semblaient empreints de spiritualit? (Le Bannissement, Lumi?re silencieuse), c’est au tr?s la?que Fatih Akin pour De l’autre c?t? qu’est all? le Prix Œcum?nique.

Palmar?s
Le jury ne semble pas cette ann?e avoir cherch? ? faire sens (politiquement ou artistiquement : pas de "double prix", de prix d’interpr?tation "collectif"), s’attachant plut?t ? distinguer la qualit? d’œuvres nombreuses et diverses. Beaucoup de prix (dont un double Prix du Jury, un Prix du Soixanti?me pour Gus Van Sant) ont permis de r?compenser pas moins de neuf films sur les vingt-deux s?lectionn?s. On remarquera que les signatures prestigieuses, sans lequel le Festival ne se ressemblerait pas, (Tarantino, Sokourov, Tarr, Wong Kar Wai, Kusturica, les Coen) n’ont pas fait l’?v?nement, et que le Jury a pr?f?r? distinguer des auteurs en devenir (le symbole le plus fort ?tant la Palme d’or attribu?e au roumain Christian Mungiu), et des œuvres ? priori fragiles ou difficiles. Cause ou cons?quence de ces choix, on notera enfin qu’? l’exception du plus europ?en d’entre eux, Gus Van Sant (il est aujourd’hui produit par la soci?t? fran?aise MK2) les r?alisateurs am?ricains sont repartis bredouilles, malgr? des films tr?s r?ussis (Zodiac, No country for old men, We own the night). On murmure d?j? que Thierry Fr?maux aura du mal ? faire revenir les studios sur la Croisette, l’ann?e prochaine…

Posté par Zéro de conduite le 28.05.07 à 14:56 - 3 commentaires

Cannes, petite sociologie du spectateur


A c?t? des critiques de films, des interviews de cr?ateurs ou d’acteurs, les ? choses vues ? sont un passage oblig? pour les journaux qui couvrent le Festival, attisant la curiosit? de ceux qui n’y sont pas, et l’ironie de ceux qui ? y ? sont sans ? en ? ?tre. Si l’on pr?f?re, ? la sociologie sauvage que dessine ces notations, le regard aiguis? de vrais sociologues, on pourra se reporter aux textes rassembl?s par Emmanuel Ethis (Universit? d'Avignon) lors du Festival 2004 (mais la faune qui hante la Croisette n’a sans doute pas beaucoup chang? depuis), et mis en ligne sur le site de l’Exception, tr?s s?rieux groupe de r?flexion sur le cin?ma qui rassemble critiques, cin?astes et universitaires.
Illustr?es par les photos d’Emmanuel Ethis, ces approches transversales pointent les enjeux de pouvoir ("Accr?ditations, Factures EDF" : r?sum?s commodes de notre identit?) et de repr?sentation ("Voir, ne pas voir, faut voir..." : une ?conomie de l’excitation du regard) qui sous-tendent les gestes les plus anodins, et dessinent quelque portraits croquignolets ou ?mouvants (ainsi celui d’une veille femme qui hante les rues de Cannes arborant une accr?ditation …vieille de vingt ans).
Certaines analyses tr?s pointues, voire parfois absconses (avouons avoir cal? devant la phrase suivante : "En effet, le t?moignage cannois et la "monstration" photographique qui l’?taye ne peut relever que de la communication affective au cin?ma ? quelqu’un qui ?prouve un int?r?t positif, critique ou carr?ment n?gatif susceptible d’?tre anim?, r?anim? pour qu’il y ait une communication effective.") rebuteront peut-?tre le non-sp?cialiste, mais l’ensemble constitue un corpus qui permet de repenser les clich?s habituels.

Posté par Zéro de conduite le 24.05.07 à 11:55 - 2 commentaires

Cannes, le Festival, une g?ographie


Cannes la premi?re fois c’est sans doute comme Disneyland ou Hollywood : la construction mythique se heurte ? une r?alit? g?ographique tr?s prosa?que. Cannes ce n’?tait donc que ?a ? Il faut r?ajuster toutes les images emmagasin?es au fil des ann?es (terrasses, chambres et couloirs d’h?tel, plateaux t?l?vis?s, portions de plages et pontons de yachts, et bien s?r les fameuses "Marches") ? une g?ographie physiquement v?cue (dans d’incessants d?placements notamment).
On se rend donc compte que le "Festival" se r?sume finalement ? deux lieux o? tout se passe : le massif Palais des Festivals d’abord, ses entrailles qui habitent le grouillant March? du film, ses d?pendances (les "Villages"), le Grand Th??tre auquel il sert d’?crin (qui lui seul frappe par ses dimensions, qu’on n’associe plus ? celles d’une salle de cin?ma) ; la Croisette ensuite, long ruban qui s’?tire entre les deux sc?nes du para?tre que constituent la plage et le front de mer, et qui monopolise palaces, salles de projection, plateaux de t?l?vision, festivaliers et badauds.
Pour le reste et hors ce r?gime d’exception urbaine qui dure le temps du festival (et qu’analyse bien le sociologue Emmanuel Ethis : "Pour le festivalier qui vient par la route, l’arriv?e ? Cannes donne rapidement l’impression d’une ville qui ?chappe, en partie, au r?gime ordinaire de la vie urbaine. (…) Toute une s?rie d’?l?ments mat?rialise un changement profond dans le domaine de l’accessibilit? qui, associ?e ? la diversit? des populations et des mod?les culturels, constitue le trait g?n?rique de la ville."), Cannes ne semble ? rien tant qu’? une ville de la French Riviera, toute enti?re tourn?e vers le tourisme de luxe, qui lui-m?me g?n?re ? son tour une affluence plus populaire. Comme le r?sume le site de la ville : "C’est le s?jour paradisiaque des grands de ce monde et des nantis. C’est l’agitation des congr?s internationaux. C’est aussi, en ?t?, le frisson du vacancier qui, la t?te pleine de r?ves, foule le tapis rouge aux marches du palais."
Il est vrai qu’au d?part rien ne pr?destinait la station baln?aire favorite des Anglais (c'est Lord Brougham and Vaux qui "lance" la ville dans les ann?es 1830) ? devenir une autre "Mecque du cin?ma". Officiellement, la ville a ?t? choisie pour "son ensoleillement et son cadre enchanteur", mais comme le rappellent les Caf?s G?os, le choix ?tait autrement strat?gique puisqu’il s’agissait de concurrencer le Festival de Venise : "Comment concurrencer la Mostra, le seul Festival de cin?ma au monde, lui prendre sa place ? Le soleil et la mer sont les ?l?ments attractifs n?cessaires ? la r?ussite de cette entreprise ? Faudrait-il un d?terminant climatique ? N’y aurait-il de bons festivals qu’au bord de la mer ? Et peurt-on concurrencer Venise en choisissant une ville au Nord de l’Europe ? Un temps, on h?site : ce sera le plus loin possible du p?le v?nitien, soit au plus pr?s. Biarritz ou Cannes ? Deux villes de vill?giature sans pass? historique marquant mais qui ont des palais et un beau th??tre maritime. Cannes finit par l’emporter, pour l’h?tellerie, les infrastructures, le pied de nez g?ographique ? l’Italie qui regarde vers l’Est de la plaine du P?. Cannes sera l’anti-Venise. Cannes sans palais aussi prestigieux que le Danieli, mais qui a re?u la reine Victoria, tout ce que la Russie connut d’imp?ratrices, tous les princes et ducs qu’a compt? l’Europe au temps de sa splendeur ."
Difficile donc de reprocher ? Cannes de n'?tre pas Berlin ou Venise (qui abritent les deux autres grands festivals europ?ens), de d?plorer son go?t du clinquant et du luxe : c'est pr?cis?ment pour ces qualit?s/d?fauts qu'elle a ?t? choisie.

Posté par Zéro de conduite le 17.05.07 à 18:00 - 3 commentaires

Les sites pour suivre le Festival


A quelques heures de la projection du film d’ouverture (My Blueberry nights de Wong-Kar-Wai), voici une petite s?lection de sites pour suivre quasiment en direct, et par ?crans interpos?s, le 60?me Festival de Cannes. A l’heure qu’il est la plupart de ces sites tiennent encore de la coquille vide, mais d?s demain
A tout seigneur tout honneur, commen?ons par le site officiel du Festival : programme de toutes les s?lections, fiches compl?tes des films, dossiers et revue de presse, ?v?nements, c’est le premier lieu o? s’informer sur le Festival en cours. Il propose ?galement une section Archives qui permet en quelques clics de retrouver tous les palmar?s et toutes les s?lections depuis la premi?re ?dition, que l’on compl?tera, pour les nostalgiques, par le site r?trospectif de l'INA, "Chroniques d’un Festival, M?moires audiovisuelles du Festival de Cannes" (d?j? chroniqu? ici). On aura ?galement un œil sur les sites des deux s?lections "parall?les" : la Quinzaine des R?alisateurs et la Semaine de la Critique.
Du c?t? des m?dias, les grands journaux culturels sont en ordre de bataille. Ils rivalisent d?sormais dans l’occupation de la toile, misant sur l’instantan?it? et le multim?dia. Si Le Monde.fr semble l?g?rement en retrait (voir tout de m?me le blog de Thomas Sotinel), Liberation.fr met tous les articles de l’?dition papier en ligne et propose de nombreux bonus. Quant ? Telerama.fr, il propose rien moins qu'une petite encyclop?die ?ph?m?re et multimedia autour du Festival.
Si l’on est lass? de la critique professionnelle, on pourra aller chercher un peu de fra?cheur du c?t? du site du Prix de la jeunesse, notamment sur le blog mis en ligne par France5.fr, et sur le site A propos de Cannes 2007 mis en ligne par le CRDP de Nice, anim? par des ?tudiants en audiovisuel et en journalisme de l’Acad?mie. Dans le m?me ordre, la Semaine de la Critique renouv?le son op?ration de la Toute Jeune Critique : un jury de lyc?ens fran?ais et allemands chroniquent tous les films de la Semaine et d?cerneront un prix ? la fin du Festival.

Posté par Zéro de conduite le 16.05.07 à 14:37 - Réagir

new site