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Une filmographie africaine

"On filme l'Afrique et l'Afrique se filme"… C'est le beau titre trouv? par Vincent Marie pour une proposition p?dagogique de filmographie "africaine". C'est-?-dire regroupant ? la fois les films de nationalit?s africaines et ceux qui prennent le continent comme sujet et objet filmique. Soit pr?s d'une trentaine de titres organis?s en quatre regroupements th?matiques ("L’Afrique entre tradition et modernit? : un continent pluriel ? / Le poids du pass? : un patrimoine africain fragile et fragilis? / Le poids de la d?mographie : des territoires en mutations rapides, l’Afrique face aux risques : un continent en crise ?") et choisis avec un ?clectisme tout personnel, puisque la fiction c?toie le documentaire (dont plusieurs "52 minutes") et m?me l'animation (l'incontournable Kirikou et la sorci?re de Michel Ocelot), et que les "auteurs" reconnus dans les festivals internationaux (Semb?ne Ousmane, Idrissa Ouedraogo…) se m?lent ? des documentaristes plus familiers de l'anonymat des diffusions t?l?visuelles.
On pourra bien s?r opposer ? Vincent Marie la partialit? de ses choix, d'importantes lacunes ("l'Afrique" est ici enti?rement identifi?e ? l'Afrique noire ou subsaharienne, oubliant notamment l'ensemble du Maghreb) et oublis (quid des documentaires de Thierry Michel sur le Congo belge, dont le r?cent Congo River qui a fait l'objet, une fois n'est pas co?tume, d'un accompagnement p?dagogique s?rieux, voir le site officiel fran?ais ?), mais ce serait se m?prendre sur l'objet de son initiative. Il ne s'agit pas en effet de s?lectionner et d'exclure mais de donner un nouvel ?clairage ? des films qui n'ont g?n?ralement pas les moyens de toucher le grand public, se heurtant soit aux r?alit?s ?conomiques soit ? l'indiff?rence du public (le succ?s du Cauchemar de Darwin est ici l'?loquent contre-exemple : faut-il nous interpeller jusque dans nos assiettes pour nous int?resser ? l'Afrique ?)… On se permettra ainsi d'ajouter ? la liste notre coup de cœur, La Nuit de la v?rit? de la guin?enne Fanta Regina Nacro, qui a connu l'?t? dernier une carri?re injustement m?t?orique dans les salles…
D'autant que Vincent Marie ne s'arr?te pas l? et nous offre d'autres outils : — un lien vers la Cin?math?que des Trois Mondes qui ?dite la plupart de ces œuvres, et propose des ressources en ligne (notamment un passionnant atlas interactif des cin?mas d'Afrique, faisant le point sur la production de chaque pays et la recontextualisant)
— ses riches didactisations sur trois films africains de la s?lection (en attendant les autres ?) : Ke?ta l'h?ritage du griot et Sia, le r?ve du Python (photo) de Dani Kouyat?, et Yaaba d'Idrissa Ouedraogo.
Il est ? signaler que celles-ci, qui pr?sentent de nombreuses pistes d'analyse filmique (ainsi sur l'espace dans Yaaba ou le traitement de la l?gende dans Sia le r?ve du python), int?resseront tout autant les enseignants de Fran?ais que ceux d'Histoire-G?ographie, et permettront aux ?quipes les plus motiv?es d'imaginer un riche travail interdisciplinaire.

Posté dans Sur le web par zama le 03.07.06 à 19:16 - 7 commentaires

Romans fran?ais ? l'?cran

Il n'y a pas que Germinal ou Les Mis?rables dans la vie ! Si Daniel Verhaeghe, grand sp?cialiste de l'adaptation litt?raire "qualit? fran?aise" (au cin?ma comme ? la t?l?vision), nous propose d?s le 4 octobre un Grand Meaulnes tr?s attendu, trois auteurs, actuellement en tournage ont ?t? piocher dans des rayonnages un peu moins fr?quent?s de notre litt?rature nationale.
Jacques Rivette tout d'abord revient ? ses amours balzaciennes avec Ne touchez pas ? la hache, libre adaptation de La Duchesse de Langeais. On pense ?videmment ? La belle Noiseuse (tir? en 1991 du Chef d'œuvre inconnu) et moins au film-fleuve Out-one d?j? librement inspir? de l' Histoire des Treize (trilogie dont fait partie la Duchesse de Langeais). Dans la famille "romanciers du XIX?me si?cle", Catherine Breillat, a pioch? Barbey d'Aurevilly, dont elle adapte Une vieille ma?tresse (voir cet article de Lib?ration, qui insiste toutefois plus sur l'?nergie de la r?alisatrice, convalescente, que sur le travail de l'adaptation). L'introduction d'un colloque consacr? au roman nous le pr?sente ainsi : "Publi? en 1851, Une vieille ma?tresse marque un tournant important dans l'œuvre de Barbey d'Aurevilly. D?laissant la psychologie de boudoir, il se tourne vers la peinture d'un coin de provence non sans quelques touches d'un r?alisme balzacien auquel Th?ophile Gautier fut sensible ("Depuis la mort de Balzac, nous n'avons pas encore vu un livre de cette valeur et de cette force"). Pour la premi?re fois, la Normandie fournit un cadre ? la trag?die qui se joue entre une malagaise ? la laideur envo?tante et son ancien amant. Leur liaison renou?e va broyer la jeune et blonde ?pouse au teint p?tri de lait et de lumi?re."
Quant ? Eric Rohmer il est remont? jusqu'au XVII?me si?cle et ?… l'Astr?e d'Honor? d'Urf? (voir illustration), premier "roman-fleuve" de la litt?rature fran?aise, dont on attend avec gourmandise l'adaptation par l'auteur de Perceval le Gallois et La Marquise d'O.
Petite devinette pour patienter jusque l? : L'Astr?e, La Duchesse de Langeais, Une vieille ma?tresse, laquelle de ces trois œuvres Daniel Verhaeghe n'a pas adapt?e ?

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 30.06.06 à 00:30 - 5 commentaires

Le peplum en classe d'histoire


"Le peplum est ? la version latine ce que le caviar est au brouet spartiate." Tous les enseignants ne partageront sans doute pas l'enthousiasme de Boris Vian (mais ?tait-ce l'amoureux du cin?ma qui parlait ou simplement le latiniste traumatis? ?) pour un genre qui n'a jamais fait de la rigueur historique ou du respect des sources litt?raires sa pr?occupation premi?re, mais dont le succ?s de Gladiator de Ridley Scott a r?cemment relanc? la vogue (au cin?ma et bient?t ? la t?l?vision avec la s?rie Rome — photo — produite par HBO et diffus?e cet ?t? sur Canal Plus).
C'est pourquoi on a plaisir ? signaler, ? la suite de l'?dition cin?ma du Caf? P?dagogique, l'excellent article de Nicolas Smaghue mis en ligne sur le site acad?mique de Lille : Regards sur certains p?plums hollywoodiens de la 6e ? la Terminale. M?lant la r?flexion th?orique et les exemples pratiques (il s'appuie notamment sur Quo Vadis de Mervyn LeRoy), il nous offre un petit vademecum de l'utilisation p?dagogique du peplum en classe d'Histoire. A la fois ?videmment pour illustrer (avec toutes les limites que cela comporte) le programme d'Histoire de Sixi?me et de Seconde (le christianisme), mais ?galement pour un travail plus subtil sur les images en Terminale. O? comment la repr?sentation de l'antiquit? dans le cin?ma am?ricain des ann?es 50-60 (mais il serait int?ressant de reproduire l'analyse sur le peplum italien, auquel les puristes restreignent l'appellation "peplum", et sur les r?cents Troie, Alexandre et Gladiator, dont les confusions historiques sont soulign?es par Nicolas Smaghue) nous renseigne sur l'?volution de la soci?t? am?ricaine au moment de la guerre froide :
"Dans le cin?ma am?ricain, la collusion entre politique et religion, la mystique du pouvoir et sa repr?sentation, nous surprennent toujours. Les p?plums plus actuels se revendiquent de plus en plus proches de la r?alit? historique. Cette d?rive cin?matographique peut conduire, comme l’exemple de Gladiator le prouve, ? de graves contresens historiques qui peuvent m?me ?tre soup?onn?s de partis pris id?ologiques… Capable de proposer des reconstitutions et des d?cors extraordinaires, les productions tendent ? sortir presque essentiellement ? des produits format?s ? et rentables conformes ? l’id?e que l’Am?rique se fait du monde. Il est assez paradoxal d’observer, alors m?me que la censure est officiellement plus l?g?re que dans les ann?es 50, que les films produits sont de plus en plus conformes... C’est justement l’ensemble de ces contradictions qui font des p?plums un objet d’?tude privil?gi? mais encore peu exploit? dans cette dimension par les enseignants"
Pour compl?ter cette approche p?dagogique, on renverra ? cet article d'Emmanuel Noussis sur l'Antiquit? au cin?ma (en fait une ?tude sur l'Egypte ancienne dans le film La Terre des Pharaons d'Howard Hawks), aux s?ances propos?es au chapitre Antiquit? par le site Cinehig. Et sur un plan plus cin?matographico-ludique, on renverra ? ce site de passionn? : Peplums.info, qui nous apprend par exemple que le p?plum est aussi vieux que le cin?ma lui-m?me, "puisque d?s 1898 les Fr?res Lumi?re produisirent un N?ron essayant du poison sur un esclave" ; et ? cet article ("Le p?plum, antiquit?, spectacle et cin?ma") aussi dr?le qu'?rudit, qui donne un bon r?sum? de l'histoire du genre.
On apprend ainsi que si l'on parle en France de film de "cape et d'?p?e", les Am?ricains parlent eux de "sword and sandal", "autrement dit des films plus ou moins historiques allant de la pr?histoire ? la fin du moyen ?ge", comprenant donc aussi bien films sur l'Antiquit? grecque et romaine "que des films m?di?vaux, orientalisants (Mongols ou Arabes), sur les pirates, sur les vikings…" Qu'en Italie le genre se caract?risait avant-tout par l'exotisme et l'opulence visuelles, s'appuyant ? partir des ann?es 50 sur le format Scope et un "pictorialisme exacerb?" ("des images en couleurs vives, des contrastes lourds, peu de tons diff?rents mais un choc de couleurs"), qui en ces ann?es d'apr?s-guerre et de d?collage ?conomique s'inscrivaient en rupture tr?s marqu?e avec le genre n?o-r?aliste…

Posté dans Sur le web par zama le 21.06.06 à 16:03 - 5 commentaires

Bled Number One Prix de la Jeunesse 2006

Alors que le jury du Prix de l'Education Nationale a choisi (à notre surprise) de couronner le poids lourd médiatique de la sélection officielle, Marie Antoinette, les jeunes européens du Prix de la Jeunesse ont distingué le plus fragile Bled Number One, présenté à "Un certain regard" et sorti dans la foulée du festival.
Nous reproduisons ici in extenso le texte exposant leurs motivations, joli plaidoyer pour le second opus du réalisateur de Wesh Wesh qu'est-ce qui se passe, Rabah Ameur-Zaïmeche.
"Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, trouve sa place dans une poésie visuelle rude et immédiate, vivante et sauvage. Il enregistre l’attachement aux traditions tribales, les désirs de modernité et l’émergence des nouveaux intégrismes. Son regard est une déclaration d’amour à l’Algérie dans son rapport à la France.
Les deux protagonistes se sentent perdus, arrachés, déchirés. Toute la force du film est là. Il ne nous a pas été évident de quitter rapidement notre siège à la fin de la séance tellement cette œuvre bouleverse. Le cinéaste nous renvoie alors les questions phares du film : Qui sommes-nous exactement ? Quelles sont nos origines ?
Ici, en l’occurrence, nous ne sommes pas dans une optique manichéenne. Le film est très fin et juste puisque tout est dans la nuance. Mi-documentaire, mi-fiction. Tantôt des images simples de la vie en Algérie filmées caméra à l’épaule ; ces scènes respirent la sincérité et la vérité. Tantôt des plans très travaillés, comme la dernière scène sur la colline…
Cette oeuvre s’ancre dans le contexte actuel et réfléchit sur des questions majeures de la société ; notamment sur la place de la femme ; le cinéaste aborde ce sujet délicat sans brutalité.
Nous, jeunes européens, avons été bouleversés par ce film . Nous avons été transportés dès les premières scènes en Algérie, à la découverte de cette culture. Nous espérons vivement voir arriver sur les écrans d’autres films algériens de cette qualité. Il ressort de ce film une énergie très positive, une histoire envoûtante et une réflexion sur la réconciliation nationale. Pour toutes ces raisons, nous nous sommes entendus et avons choisi de remettre le Prix de la Jeunesse 2006 à Bled number One."
En complément et pour appréhender ce film inclassable, on renverra vers deux articles : celui de Jean-Michel Frodon dans les Cahiers du Cinéma (Bled Number One. A l'aventure), qui estime que Rabah Ameur Zaïmeche "invente tout bonnement sous nos yeux une manière inédite de mettre en scène" ; et celui plus directement pédagogique d'Anne Henriot pour les Actualités pour la classe du CNDP (Un regard très personnel sur l'Algérie d'aujourd'hui) : "Ni documentaire réaliste, ni démonstration péremptoire, le film offre une vision personnelle et ouverte, avec des images originales qui disent la mélancolie liée à l’attachement aux traditions et l’impatience d’un avenir plus moderne. "

[Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche. 2005. Durée : 1 h 27. Distribution : Les films du Losange. Sortie le 7 juin 2006]

Posté dans Dans les salles par zama le 16.06.06 à 17:03 - 5 commentaires

Le cin?ma vu par les universitaires

Connaissez-vous le Mensuel de l'Université ? Lancé il y a six mois, ce magazine (qui se décline sous deux formats, papier et web) se définit comme le "premier média interuniversitaire pluridisciplinaire". Comme l'annonce sa profession de foi ((Editorial), il entend jeter des ponts entre une société française en manque de réflexion et une Université fermée sur elle-même. "Des milliers de thèses sommeillent dans des placards d’où certaines ne sortiront jamais ; de jeunes chercheurs mènent, dans l’ombre, des études aux enjeux théoriques et pratiques fondamentaux…"
L'ambition est donc de proposer chaque mois le point de vue d'"universitaires" au sens large (du doctorant au professeur) sur le monde contemporain, en collant autant que faire se peut à l'actualité : si le numéro de juin consacre un dossier, devinez quoi, à la Coupe du Monde de Football, celui de mai s'attachait à présenter, Festival de Cannes oblige, quelques approches possibles du médium cinématographique ("Cinéma, au-delà de l'écran").
Le pari est-il tenu ? On attendra que la formule se rôde, en reconnaissant pour l'instant qu'elle a les défauts de ses qualités : la brièveté des contributions, qui tiennent plus du digest que de l'article à proprement parler, ne permet généralement pas de dépasser les généralités et conduit à reproduire quelques lieux communs. Citons ainsi Séverine Dupuy-Busson (Université d'Evry) qui dans un article intitulé "La censure cinématographique existe-t-elle encore en France ?" avance que le cinéma français n'aurait consacré que quatre films à la Guerre d'Algérie (contre "plus de 450 films américains consacrés à la guerre du Vietnam") !!! On aimerait voir étayée cette aussi péremptoire qu'étrange comptabilité (quels sont ces quatre films ?), de nombreux chercheurs dont Benjamin Stora ayant démontré que la prétendue cécité du cinéma français concernant la Guerre d'Algérie tenait largement du mythe (voir notamment les filmographies citées à la fin de notre article sur La Trahison de Philippe Faucon).
Néanmoins la confrontation dans le sommaire de points de vue aussi différenciés ouvre des perspectives intéressantes, et réserve quelques points de vue stimulants : on mentionnera ainsi la lecture de l'exception culturelle par Olivier Vaslet mettant en avant le rôles de cinéaste "intellobbystes" dans la défense de leur corporation, ou l'analyse idéologique du cinéma hollywoodien par Régis Dubois (citant Vincent Baudrand affirmant que "75 % des images projetées dans le monde sont d’origine américaine" et que "le succès de ces productions artistiques favorise ensuite la diffusion de certains éléments du mode de vie américain qu’ils soient vestimentaires (jeans), culinaires (fast-food) ou festifs (Halloween)") et Thibault Isabel.

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 10.06.06 à 17:55 - 3 commentaires

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