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: (54 articles)

Hannah Arendt : le site p?dagogique

Free Angela

Hannah Arendt, le nouveau film de Margarethe von Trotta, se concentre sur une période courte mais déterminante de la carrière de la philosophe américaine d'origine allemande. Après la publication de son ouvrage majeur Les Origines du totalitarisme (1951), la philosophe décide en 1961 de couvrir le procès du criminel nazi Adolf Eichmann à Jérusalem, pour le compte du magazine américain The New Yorker. Elle tira de ses réflexions des concepts aujourd'hui centraux dans la réflexion sur le totalitarisme nazi ("la banalité du mal"), mais qui lui valurent à l'époque de violentes critiques. Le film de Margarethe von Trotta retrace avec finesse ces quelques mois au cours desquels Hannah Arendt sut faire preuve d'une force morale à toute épreuve pour défendre sans compromission la complexité de sa pensée.

Zerodeconduite.net consacre un site pédagogique au film. Destiné aux enseignants d'Histoire, de Philosophie et d'Allemand, il propose des outils pour étudier le film en classe et l'inscrire dans les programmes du lycée.

Hannah Arendt de Margarethe von Trotta, au cinéma le 24 avril

Le site pédagogique du film

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Allemand, Histoire, Philosophie), sur la boutique DVD Zérodeconduite

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 10.04.13 à 01:49 - 1 commentaire

Guerri?re : les amazones du n?o-nazisme

Guerri?re

M?lant chronique sociale (fruit de deux ans d'enqu?te du r?alisateur dans les milieux n?onazis) et structure tragique (le film s'ouvre sur une image de l'h?ro?ne se vidant de son sang), le premier film de David Wnendt, tr?s remarqu? en Allemagne (il a remport? trois Lolas en 2012) , dresse un tableau inqui?tant de la jeunesse est-allemande d'aujourd'hui et de la r?surgence des nostalgiques du Troisi?me Reich.

Guerri?re suit les trajectoires crois?es de deux personnages f?minins aux prises avec le n?o-nazisme : Marisa, vingt ans, bloc de violence brute affichant fi?rement les croix gamm?es tatou?es sur sa poitrine, va petit ? petit se d?tacher du groupuscule dont elle est l'un des piliers ; Svenja, quinze ans, ?l?ve mod?le et jeune fille (trop) sage, va elle faire le chemin inverse, par ennui, curiosit? et r?bellion contre une p?re trop s?v?re… D'autres films ont d?j? montr? de l'int?rieur les groupes d'extr?me-droite et leurs processus d'embrigadement (notamment le beau This is England de Shane Meadows). L'originalit? du film de David Wnendt est ?videmment d'avoir privil?gi? des personnages f?minins, dont l'engagement ? l'extr?me-droite est p?tri de contradictions : s'il t?moigne chez ces jeunes filles d'une forte volont? d'?mancipation et d'affirmation (notamment par rapport ? leur milieu familial), il s'exprime dans le cadre d'organisations profond?ment marqu?es par les valeurs viriles et le culte du chef… Privil?giant une approche behaviouriste, le film ne cherche pas ? expliquer la d?rive de ses personnages : le d?sœuvrement, la vacuit? id?ologique, l'omnipotence des p?res (la s?v?rit? de celui de Svenja rappelle celle du pasteur du Ruban blanc) ou leur absence (celui de Marisa, remplac? par un grand-p?re nostalgique du Troisi?me Reich), sont autant de pistes pour expliquer la vague brune, autant sinon plus que les difficult?s ?conomiques ou la pr?sence (tr?s limit?e) d'?trangers. Mais le plus terrifiant n'est pas la violence des jeunes n?o-nazis : c'est plut?t l'indiff?rence et la mansu?tude de la soci?t? ? leur ?gard, et la banalisation de leurs "id?es" (racisme et antis?mitisme, haine de la d?mocratie). Loin d'?tre des exclus ou des marginaux, Marisa et ses amis travaillent, vivent chez leurs parents… A ce propos, on se reportera ? notre interview de l'historien Patrick Moreau (sp?cialiste de l'extr?me-droite dans les pays de l'Est), qui permet de remettre le film dans son contexte.

Le film brosse sans doute de mani?re un peu forc?e l'?volution de Marisa, qui va prendre conscience de l'Autre (incarn? par un personnage d'immigr? pakistanais) et laisser sa haine de c?t?. Mais l'?nergie et la justesse de ses interpr?tes (Alina Levshin et Jella Haase) emportent l'adh?sion du spectateur et font passer outre les maladresses propres ? un premier film. Guerri?re constitue en tout cas un excellent outil pour travailler en classe d'allemand : on renverra ? notre dossier p?dagogique qui propose des activit?s adapt?es ? tous les niveaux du lyc?e. Le film pourra ?galement ?tre ?tudi? en SES sous l'angle de la socialisation, dont il ?tudie pr?cis?ment les modalit?s et les d?terminations (sociale, familiale, sexuelle).

[Guerri?re de David Wnendt. Dur?e : 1 h 40. Distribution : UFO. Sortie le 27 mars 2013]

Pour aller plus loin

> Le site p?dagogique du film

Posté dans Dans les salles par zama le 28.03.13 à 15:05 - 10 commentaires

Guerri?re : entretien avec Patrick Moreau

Guerri?re

N? en R?publique F?d?rale d'Allemagne, r?sidant aujourd'hui ? Berlin, l'historien et politologue fran?ais Patrick Christian Moreau est un des meilleurs sp?cialistes de l'extr?me-droite en Europe, notamment en Allemagne et dans les pays de l'Est. Nous lui avons demand? de nous ?clairer sur le contexte dans lequel s'inscrit le film Guerri?re de David Wnendt (au cin?ma le 27 mars), fiction qui a fait sensation en Allemagne pour sa peinture ?pre et sans concession de la jeunesse n?o-nazie, et notamment sa composante f?minine…

Z?rodeconduite.net : Quelle est l'ampleur du mouvement neonazi en Allemagne actuellement ?

Patrick Moreau : Le n?onazisme pose un r?el probl?me en Allemagne, il divise le pays en deux grandes zones. A l'ouest, les groupes d'extr?me droite sont pr?sents mais faiblement organis?s alors qu'? l'est, ils sont tr?s actifs et r?unissent la majorit? des 25 000 militants. A l'image de la cellule terroriste Clandestinit? nationale-socialiste (Nationalsozialistischer Untergrund, NSU), pr?s de 10 000 activistes pratiquent la violence ouvertement. Ils sont de plus en plus jeunes et les femmes sont plus nombreuses et violentes.

Comment expliquez-vous cette f?minisation du ph?nom?ne ?

Le renforcement de la pr?sence de la femme dans les mouvements politiques se g?n?ralise dans toutes les soci?t?s europ?ennes. En Allemagne, elles se politisent de mani?re tr?s forte, ? droite comme ? gauche. Si elles sont longtemps rest?es en marge des partis n?onazis, elles deviennent aujourd'hui des t?tes pensantes ? l'instar du personnage de Marisa dans le film de David Wnendt. Elles poussent de jeunes hommes ? l'affrontement contre les communistes ou toute personne qui peut ?tre per?ue comme ?tant l'ennemi.??

Comment le mouvement n?onazi allemand a-t-il ?volu? ?

Le comportement des groupes et les choix vestimentaires se sont transform?s. Il y a dix ans, ce sont les skinead qui, avec leurs cr?nes ras?s, leurs blousons bomber et leurs chaussures rangers, incarnaient l'extr?me droite. Mais ils n'existent pratiquement plus. Les groupes les plus violents en Allemagne f?d?rale s'appellent les nationalistes autonomes. Ils ont copi? le style des anciens autonomes d'extr?me gauche v?tus de noir et de cagoules. S'appuyant sur leur r?seau de militants actifs, les "soldats politiques" (Politischer Soldat, terme forg? par l?extr?me droite le NSDAP de la R?publique de Weimar et repris par le NPD dans les ann?e 1990), ils mettent en œuvre une strat?gie d'occupation du terrain et de conqu?te de la rue. Avant la r?unification on avait ? faire ? des n?o-hitl?riens (adorateurs post mortem d'Adolf Hitler), mais depuis 1989, l'anti-capitalisme monte en puissance. Les soldats politiques n?onazis utilisent la violence de mani?re cibl?e pour d?truire l'?tat et le capitalisme. Les nationalistes autonomes se d?finissent en tant que socialistes et nationalistes r?volutionnaires. Ces partis gagnent en dangerosit?. Des groupes terroristes apparaissent, le NSU n'est pas le seul. Il y en a peut-?tre d'autres que nous connaissons mal ou pas du tout.??

Y a-t-il un lien entre immigration et l'implantation de l'extr?me-droite ?

A l'est, o? la densit? de n?onazis est la plus forte, il n'y a quasiment pas d'?trangers. Il n'y a pas de relation forte entre la pr?sence d'?trangers et la mont?e en puissance du n?onazisme. L'antis?mitisme, qui est un bien commun ? l'extr?me-droite depuis toujours, est tr?s intense en Allemagne de l'est alors qu'il y a peu de juifs. Il n'existe pas d'?quivalent du Front National en Allemagne.

Pour quelle raison ?

De nombreux Allemands n'aiment ni les Turcs ni les Vietnamiens et sont hostiles ? l'adh?sion de la Turquie ? l'Europe mais cela ne suffit pas pour cr?er un grand parti du style du Front National. Seul le NPD est populaire mais comme cette formation politique risque de devenir ill?gale, un nouveau parti issu d'une structure n?onazie vient d'?tre cr??. Il se nomme Die Rechte (les droites). Contrairement ? la France, la haine anticapitaliste surpasse largement la haine de l'?tranger. C'est ce qui fait la sp?cificit? du courant national socialiste r?volutionnaire en Allemagne. Evidemment on trouve des dimensions communes ? la totalit? des extr?me-droites europ?ennes. Notamment une violente hostilit? ? l'Am?rique, consid?r?e comme le bastion du capitalisme et ? Isra?l qui, ? travers les banquiers juifs, est vu comme la nation qui dirige plus ou moins les Etats-Unis d'Am?rique. Mais la raison principale de l'adh?sion de ces jeunes militants aux groupes nationalistes demeure le rejet du syst?me.

Quelles actions les jeunes n?onazis m?nent-ils concr?tement contre le capital ?

Ils ont compris qu'une r?volution nationaliste ne serait possible qu'? partir du moment o? ils disposeraient de troupes et de moyens suffisants pour r?sister ? l'appareil de r?pression et ? la police. Ils envoient des soldats politiques qui prennent contact avec les populations des villages. Ils cherchent ? contr?ler politiquement des zones. Ils participent aux ?lections communales. Le NPD poss?de trois cents ?lus communaux. Des ?lus si?gent dans les chambres parlementaires des L?nder. Ils tentent de conqu?rir les esprits des jeunes et les mobiliser pour pr?parer une r?volution nationaliste. Pour la premi?re fois, les activistes n?onazis d?tiennent une strat?gie ?labor?e de conqu?te de l'Etat, m?me s'ils en sont tr?s loin sur le plan politique et militaire.?

L'essor du n?onazisme en Allemagne s'explique-t-il essentiellement par le ch?mage des jeunes et la crise ?conomique ?

L'?conomie n'explique pas tout. C'est un processus complexe n? de la r?unification. Avant, les Allemands vivaient dans un syst?me organis? avec des rep?res tr?s forts, celui du communisme, de l'?tat-RDA. La r?unification a pr?c?d? la disparition de la quasi totalit? du tissu industriel. Le ch?mage s'est accru consid?rablement, provoquant une forte d?sorientation intellectuelle et collective face ? l'arriv?e de valeurs nouvelles et inconnues. Les Allemands de l'est ne se sentent pas repr?sent?s par un parti politique ? l'exception des n?o-communistes. Ainsi, ceux qui sont en mal de protestation, les jeunes en particulier, recherchent un parti exutoire. Et le seul parti pr?sent sur le march?, c'est celui qui repr?sente les n?onazis. Tous les autres partis sont per?us comme des partis de l'?tranger, des partis de l'ouest.

>>>>? Suite de l'entretien sur le site p?dagogique du film

Guerri?re de David Wnendt, au cin?ma le 27 mars

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Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 19.03.13 à 23:00 - 12 commentaires

Guerri?re, le site p?dagogique

Guerri?re

Premier long métrage du jeune réalisateur David Wnendt,? Guerrière (Kriegerin) a remporté trois distinctions en 2012 aux Lolas, les “César” du cinéma allemand : le Lola de la meilleure mise en scène et celui de la meilleure interprétation féminine pour Alina Levshin, ainsi que le Lola de bronze du meilleur film allemand. Depuis la réunification et la résurgence de la violence d’extrême droite dans l’espace public, le cinéma allemand s’est emparé du sujet de l’emprise de l’idéologie néonazie sur la jeunesse.
L’originalité de Guerri?re est sa focalisation sur des personnages féminins : minoritaires, les femmes n’en jouent pas moins un rôle croissant dans les milieux néonazis. Les configurations sociales et familiales problématiques, l’engrenage de la violence, l’attrait de la contre-culture et de la musique (composée spécialement pour le film) devraient offrir autant de sujets de réflexion motivants pour les élèves.
Z?rodeconduite.net propose un dossier p?dagogique autour du film, destin? aux enseignants d'Allemand, qui permet d'aborder ces th?matiques en classe, et de tirer le meilleur parti du visionnage du film.

Guerri?re de David Wnendt, au cin?ma le 27 mars

> Le site p?dagogique Z?rodeconduite.net

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 12.03.13 à 14:14 - 14 commentaires

Relecture philo : Faust

Faust, un film d'Alexandre Sokourov

? Au commencement ?tait le Verbe ?, lit Faust dans le prologue de l’Evangile de Jean. La phrase r?pond de fa?on th?ologique ? la question m?taphysique de la cause premi?re. Mais cette affirmation dogmatique ne convient pas ? l’esprit curieux, et m?me insatiable, du savant, vers? tant dans les savoirs institutionnels (m?decine, droit, th?ologie, philosophie) que dans les savoirs ?sot?riques (astrologie, alchimie), qui percent les arcanes de la nature. ? Au commencement ?tait l’action ?, corrige finalement Faust pour lui-m?me dans la pi?ce de Goethe. Dans l’adaptation libre d’Alexandre Sokourov, la reformulation un rien blasph?matoire se trouve d?plac?e dans la bouche de l’usurier Mauricius, figure bien triviale mais n?anmoins inqui?tante du tentateur m?phistoph?lique.

Tout l’art de Sokourov tient, dans ce film d’une force plastique sid?rante, ? maintenir l’?quilibre entre une lecture traditionnelle de la pi?ce et ces d?placements continuels. Si la repr?sentation de Faust, dans le jeu ? la fois physique mais en retrait de Johannes Zeiler, est bien celle d’un homme-d?miurge qui croit pouvoir d?celer et ma?triser les forces de la nature, faisant preuve d’une d?mesure fatale (l’hybris grecque), son pouvoir est d’embl?e d?mystifi?. Dans la sc?ne d’ouverture, il ne peut trouver aucune trace de l’?me dans le cadavre qu’il ?visc?re, et il se voit raill? par son p?re, rebouteux tortionnaire, pour sa mauvaise m?decine. De m?me, son assistant Wagner finit par lui ravir le secret de la cr?ation de la vie humaine ; il se pr?sente ? sa place ? Marguerite avec un homunculus, ectoplasme ? figure humaine enferm? dans une bouteille. Mais la pauvre cr?ature, organisme sans ind?pendance, se trouve bien vite an?antie.??

La volont? de savoir de Faust et ses acolytes est d’ailleurs raval?e au rang de la libido sciendi stigmatis?e par Pascal : une forme de concupiscence coupable, ? l’origine de tous les maux des hommes (puisque Adam et Eve, dans la th?ologie chr?tienne, n’ont pas su r?primer leur d?sir de conna?tre par eux-m?mes le bien et le mal, provoquant le p?ch? originel). De fait, ? de nombreuses reprises, le go?t de la connaissance de Faust est raval? au rang d’une pulsion scopique fortement ?rotis?e : le plan du sexe masculin (du cadavre) en ouverture a pour pendant le plan sur le mont de V?nus de Marguerite, cr?ature bien vivante. De m?me, la Nuit de Walpurgis, transform?e en sc?ne de lavoir, voit Faust d?couvrir le derri?re de sa belle, ainsi que celui, monstrueux, de Mauricius.?

Qui l’emporte, de l’action ou de la contemplation ?
Une dialectique tr?s forte travaille le film, mettant en tension le sujet (l’action de conna?tre) et la mati?re filmique (essentiellement contemplative). L’opposition entre l’autonomie de la science, qui se d?couvre une puissance cr?atrice, et l’ob?issance au cr?ateur, qui fonde la religion, est sous-jacente ? la vision de Sokourov, mais elle n’est pas explor?e pour elle-m?me. Elle est plut?t rassembl?e en de magnifiques sc?nes picturales, qui fondent en visions homog?nes Bruegel et Rembrandt, le baroque et le romantisme. De fait, la Renaissance comme le Sturm und Drang de Goethe sont des p?riodes d’affirmation de la co?ncidence du faire cr?ateur de l’homme avec l’?nergie formatrice de la nature (voir l’extase de Faust face ? un geyser), et les r?f?rences ? l’anatomie, l’astrologie ou l’alchimie, le syst?me des analogies que l’on retrouve de Nicolas de Cues ? Goethe plaident pour une telle continuit?. Il est alors frappant de constater combien le pictorialisme exacerb? de Sokourov (visages nimb?s, d?formations, filtres de couleur) rend ? la contemplation du monde toute sa jeunesse, mettant en ?vidence l’?chec de Faust : coup? de la nature, il veut en percer les secrets, mais sans la regarder ni la respecter. Il ne peut alors que la d?truire. Et le spectateur seul voit ce qu’il perd.

La bascule du monde
?pousant la trajectoire de Faust, Alexandre Sokourov dilue la dialectique entre la puissance technique de l’esprit et la contemplation respectueuse de la cr?ation ordonn?e par Dieu pour montrer un monde en perp?tuelle d?rive, o? le mal a (temporairement ?) triomph? du mal. Wagner r?pond ? son ma?tre qu’il ne croit pas au bien : ? Le bien n’existe pas mais le mal, lui, existe bien ?. Symbolis? par l’argent corrupteur de l’usurier, le mal contamine les rapports, et dissout toute fronti?re entre les valeurs (le pr?tre est par exemple une des ?mes inscrites sur la liste de l’usurier). M?me l’amour a perdu de sa force r?demptrice. Dans une des plus belles sc?nes du film, Faust enlace Marguerite, pr?te ? la noyade, pour finalement sombrer avec elles dans les eaux.?

Un arch?type politique ?
Cette d?rive irr?versible d’un homme vers le mal explique peut-?tre pourquoi Sokourov, de mani?re explicite, fait de Faust le terme conclusif d’une t?tralogie consacr?e aux figures de la tyrannie (Taurus pour L?nine, Moloch pour Hitler, Le Soleil pour Hirohito). Si l’on en croit Platon, le tyran est d’abord un homme dont les d?sirs sont attis?s jusqu’? la d?mesure et la confusion des valeurs, avant de s’enivrer du pouvoir. Dans La R?publique, il ?crit que, m? par sa nature animale d?sirante, il ? ne distingue ni dieu, ni homme, ni b?te ; aucun meurtre, aucun affreux aliment ne lui fait horreur en un mot, il n’est point d’infamie, point d’extravagance dont [il] ne soit capable. ? (livre IX, 571d). Dans le film, l’usurier Mauricius incarne en lui-m?me une telle confusion perverse (il a le sexe attach? au dos, il se repa?t de cigu?, assassine la m?re de Marguerite, tente de s’accoupler avec une statue de la vierge dans une ?glise) ; mais il joue aussi ?videmment le r?le du tentateur qui s?duit Faust et insinue en lui de semblables d?sirs, ? jusqu’? ce que toute sagesse ait fait place ? une fureur inconnue ? (Platon, Idem, 573b).? A la fin du film, la d?mesure de Faust, parti en triomphateur vers des espaces vierges et mortif?res, ?clate dans une telle fureur. D?barrass? de son tentateur, le personnage n’?prouve plus de limites, et se perd dans une solitude dont la tyrannie est encore une fois le mod?le.

[Faust d'Alexandre Sokourov. 2011. Dur?e : 2 h 14. Distribution : Sophie Dulac. Sortie le 20 juin 2012]

Posté dans Dans les salles par David Larre le 25.06.12 à 10:56 - Réagir

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