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Deux jours, une nuit : l'impuissance et la dignité

Deux jours une nuit

Il y a quinze ans Rosetta se battait pour trouver un boulot. Aujourd'hui, Sandra se débat pour conserver le sien.
D'où vient que cette fois-ci ça ne marche plus ? Est-ce la présence, dans le rôle de l'ouvrière dépressive, de la superstar internationale (Christopher Nolan, Steven Soderbergh), égérie d'une grande marque de luxe, Marion Cotillard, en lieu et place de la — jusqu'alors — totalement novice Émilie Dequenne ? On accusera plutôt la raideur d'un dispositif fictionnel inhabituellement pesant.
D'habitude chez les Dardenne la fiction émerge presque insensiblement du réel. Le spectateur est plongé in media res, dans une suite d'abord confuse de gestes, d'actions, de scènes dont il finit par comprendre les tenants et aboutissants fictionnels. Ici, passé une première scène à la précision quotidienne si familière (il n'y a peut-tre que chez les Dardenne qu'on verrait Marion Cotillard sortir du four une tarte pour ses enfants), le film nous délivre son propre "pitch", explicitement résumé par l'amie et le mari de Sandra. De retour d'un congé-maladie pour une dépression nerveuse, celle-ci n'a plus sa place dans la petite usine : on fait très bien à seize ce que l'on faisait à dix-sept, chacun travaillant un peu plus pour gagner un peu plus. Pour réintégrer Sandra, il faudra que tous renoncent à leur prime annuelle de mille euros : c'est le marché que la direction propose aux salariés, et Sandra, dont les soutiens ont arraché un nouveau vote, a le week-end pour convaincre ceux qui l'ont déjà condamné une fois.

C'est évidemment un choix impossible, absurde et cruel, qui résonne fortement avec l'actualité (combien de "plans de sauvegarde de l'emploi" qui demandent le sacrifice des uns pour sauver les autres). C'est encore et toujours l'horreur du libéralisme qui transforme ses victimes en complices (déjà Rosetta finissait par trahir celui qui l'avait aidé), laissant perversement et hypocritement les salariés décider du sort de leur collègue. écrasés par la fatalité, les personnages remettent à peine cette logique en cause (à la différence de la Louise Michel de Kervern et Delépine qui remontait fantasmatiquement toute la chaîne des responsabilités), ce qui est la meilleure manière de pousser le spectateur à le faire à leur place. Évidemment, les Dardenne ne condamnent personne : s'ils célèbrent la générosité et la solidarité des uns, ils ne jettent pas la pierre aux "égoïstes". Le film pourrait reprendre la célèbre antienne humaniste de Renoir dans La Règle du jeu : "Ce qu'il y a de terrible en ce monde, c'est que chacun a ses raisons."

Unité de temps (un week-end), de lieu (cette petite ville belge, entre appartements sociaux et pavillons ouvriers), d'action (convaincre, coûte que coûte) : le film a, sur le papier, l'intensité de grands suspenses psychologiques comme Douze hommes en colère ou Le Train sifflera trois fois. Mais cette urgence cadre mal avec un cinéma d'habitude plus attentif à la complexité des êtres, à la richesse et à l'ambiguïté mouvantes du réel. Le jeu de répétition/variation sur la même situation a pour effet de transformer chacun des collègues de Sandra en vignette illustrant un "cas". Il y a celui qui s'en sort par l'agressivité, celui qui fond tout de suite en larmes, celui qui a peur de perdre sa place, et chaque fois on a l'impression de cocher consciencieusement une case dans le programme établi par le scénario. En quelques minutes un fils frappe son père au visage, une femme décide de quitter son mari, comme si Sandra était la pierre de touche qui révélait les êtres à eux-mêmes. Tout cela est trop rapide, trop forcé pour ne pas paraître artificiel.

À la fin, qu'on s'en voudrait de dévoiler, la morale est sauve. C'est une morale de dignité mais aussi d'impuissance ("On a perdu mais on s'est bien battu"), une morale inoffensive, une morale de cinéma finalement. À Cannes au moins, elle semble avoir satisfait tout le monde.

Deux jours, une nuit de Luc et Jean-Pierre Dardenne, 95 mn
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 22.05.14 à 15:50 - Réagir

Bande de filles : black panther bovaryste

Bande de filles

Forte du succ?s critique de ses pr?c?dents films, Naissance des pieuvres et Tomboy (ce dernier victime de la cabbale mont?e par les int?gristes de Civitas pour protester contre son inscription au programme du dispositif Ecole au cin?ma), la jeune C?line Sciamma s'est vue confier l'honneur d'ouvrir la Quinzaine des r?alisateurs 2014 avec son troisi?me long-m?trage, Bande de filles.

Le sc?nario, prenant, s’inscrit dans la droite ligne de ces sujets d’actualit? pointant l’?mergence mena?ante d’une d?liquance f?minine, domaine r?put? comme jusque-l? r?serv? aux seuls gar?ons. En retra?ant le parcours de Merieme, adolescente de cit? discr?te et timide qui int?gre un groupe de jeunes d?linquantes, C?line Sciamma nous montre comment la bande est le moyen pour ces jeunes filles d’oublier l’?chec scolaire, de fuir le poids de la domination masculine (qui s’attache ? pr?server "l’honneur" des filles ? coups de baffes et d’intimidations), et enfin d'?chapper ? la fatalit? sociale (qui semble leur promettre le destin professionnel de leurs m?res-agents de service). La sororit? que filme Sciamma permet ? ses membres d’entrevoir l’illusion d’une issue, et d'?prouver la pl?nitude de leur libert?. On voit ainsi Merieme se m?tamorphoser, abandonner ses tenues androgynes pour des robes voyantes et un blouson de cuir, troquer ses sages nattes africaines contre un lissage de vamp. C’est la r?ussite du film de montrer cette m?tamorphose comme celle d'un conte de f?es, au cours duquel Merieme l'invisible devient visible, comme Cendrillon transform?e en princesse ; ? ceci pr?s que dans les contes la m?tamorphose est la r?compense d’une conduite morale irr?prochable, alors qu’elle est ici le fruit de rackets, de violences et de fuites, ce qui donne une saveur am?re au r?ve d’?mancipation.

L'autre grande r?ussite du film est de montrer que cette ?mancipation est la r?ponse, maladroite certes, ? une oppression masculine destructrice. Le plan d’ouverture nous montre ainsi une voli?re de jeunes filles piaillantes, rentrant de l’entra?nement de football am?ricain : au moment de franchir l’entr?e de la cit? tenue par les gar?ons, les filles sont frapp?es de mutisme. Le contraste est saisissant et manifeste bien la pr?sence de deux mondes que tout oppose : car les gar?ons sont des fr?res et les copains des fr?res, et dans la cit? tout se sait. Il en r?sulte chez ces jeunes femmes une peur de la f?minit?, qui transpara?t par exemple quand Merieme conseille ? sa petite sœur de cacher (notamment ? son fr?re et ? sa m?re) ses seins qui poussent. De fait, le spectateur voit la bande, qui accueille Merieme et affiche cette f?minit? provocante, comme un moindre mal, m?me si les filles adoptent ?galement les codes virils, orchestr?s en bagarres de cheftaines sur un terrain vague. La vaincue se voit mettre torse et nue, on exhibe son soutien-gorge (comme un viol) pendant que les gar?ons filment, puis elle essuie les quolibets de tous avant de se faire tondre par sa famille (comme ? la Lib?ration). C?line Sciamma nous dit donc que pour ?tre fortes, les filles se trompent en jouant le jeu de la cit?, puisqu’elles adoptent les m?mes processus d’humiliation que ceux que les gar?ons leur font subir. Cela rend le film tr?s int?ressant pour un travail avec les lyc?ens, sur les th?mes crois?s de la domination masculine et de la violence : en SES, le film illustrera tr?s bien les notions de socialisation et de d?viance.

H?las Bande de filles ne tient pas toutes ses promesses sur la longueur. La narration du film souffre de d?s?quilibres, d’invraisemblances et de raccourcis caricaturaux. Le titre ne rend d'ailleurs compte que de la premi?re partie du film, la plus r?ussie. Dans la seconde, la bande se dissout : Lady, la cheftaine, est devenue vendeuse, une autre fille ?l?ve son b?b? et… aime ?a. Merieme, esseul?e, ne supportant plus la violence de son fr?re, rejoint cette fois une bande de gar?ons, sous la houlette d'Abou, le ca?d de la cit?. Dans ce rebondissement le film peine ? trouver un nouveau souffle, virant ? la p?le copie de The Wire. Merieme se re-m?tamorphose en gar?on manqu? (cheveux coup?s, sweats larges) trouvant en Abou un protecteur malgr? les conseils de Lady, jusqu’? ce que son r?ve d’?mancipation ne se brise et que les ?cailles ne lui tombent des yeux. Les s?quences montrant Meriem s’affublant d’une perruque blond platine et d’une robe rouge vulgaire pour aller livrer de la drogue dans des soir?es parisiennes sonnent faux, tout comme la plupart des maladroites sc?nes de violence. L'?cho constant de pr?c?dents films montrant une jeunesse urbaine bigarr?e, tels qu’Entre les murs ou Rengaine, r?sonne au d?triment de Bande de filles, comme si la r?alisatrice n’avait pas su capter la sinc?rit? de ses personnages et restait ? distance, ext?rieure ? une r?alit? qu’elle semble fantasmer au lieu de la recr?er.

Bande de filles de C?line Sciamma, Dur?e : 1 h 52
Quinzaine des R?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 18.05.14 à 16:07 - Réagir

Pas son genre : les go?ts de l'autre

Pas son genre

? Dire que j’ai g?ch? des ann?es de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’?tait pas mon genre ! ?. (Un amour de Swann)

Le romancier Philippe Vilain n'a peut-?tre pas emprunt? ? Proust le titre de son roman (Pas son genre, 2011), aujourd'hui port? au cin?ma par le r?alisateur belge Lucas Belvaux. Mais le th?me de ces "amours improbables" qui s'efforcent de transcender les barri?res sociales et culturelles, est un classique de la litt?rature et du cin?ma : il y a ? peine un an Abdellatif Kechiche triomphait avec une histoire tr?s similaire, montrant derri?re l'exultation des corps qui unissait Ad?le et Emma le poison insidieux des diff?rences de classe. On se rappelle la juxtaposition de ces sc?nes de repas, les hu?tres des parents de l'une r?pondant aux p?tes ? la bolognaise de l'autre…

Dans cette jolie com?die douce-am?re, port?e par le talent de ses interpr?tes (?milie Dequenne et Lo?c Corbery), Lucas Belvaux reprend le th?me sur un mode moins flamboyant mais pas moins subtil. Cl?ment Leguern, professeur de philosophie, parisien et heureux de l’?tre, est nomm? pour une ann?e scolaire dans un lyc?e ? Arras. Sans enthousiasme et se sentant incapable de vivre hors de Paris, il s’installe ? l’h?tel. Son emploi du temps lui permet de retrouver la capitale d?s le mercredi, o? il m?ne une vie relativement mondaine, port? par le succ?s d'un de ses ouvrages. Par ennui, peut ?tre, il s?duit sa coiffeuse, Jennifer. C’est donc la rencontre de deux personnages que tout oppose et la construction rythm?e du film fait na?tre une forme de suspens : ces deux l? pourront ils s’aimer malgr? tout ? Cl?ment est issu d’une famille bourgeoise, Jennifer ?l?ve seule son enfant et participe le week end au karaok? local. Il lit Dostoievski, elle lit des magazines people. Il ne poss?de pas de t?l?viseur, elle ne veut pas le croire.? Sans m?pris de classe, Cl?ment, lui m?me d?class? vis ? vis de ses parents, tente de croire ? cette histoire d’amour. De son c?t?, Jennifer, souhaite une relation stable et durable. Chacun va alors s’essayer ? l’univers culturel de l’autre : Cl?ment accepte de participer ? une sortie karaok? qui sera l’occasion d’officialiser leur relation aupr?s des amies de Jennifer. Jennifer s’initie ? la lecture d’auteurs classiques. Mais l’impossibilit? de Cl?ment ? pr?senter Jennifer ? sa coll?gue, rencontr?e lors du carnaval, signe, de mani?re gla?ante, la fin de l’insouciance.

L’ensemble du film permet de mettre en image, tout en finesse, les concepts sociologiques appr?hend?s en classe de 1?re ES : habitus de classe, hexis corporelle, violence symbolique… Chaque sc?ne fourmille de petits d?tails qui permettent la compr?hension du foss? culturel qui s?pare les deux personnages.?? Leurs go?ts, socialement construits, sont trop ?loign?s ce qui ne permet pas ? Cl?ment de d?passer son incapacit? ? s’engager, plus ? son aise lorsqu’il s’agit de th?oriser le sentiment amoureux. Si bien que, malgr? leur bonne volont? et leur bienveillance respectives li?es au sentiment amoureux, les personnages n’?chappent pas au d?terminisme social qui participe ? la construction du couple. Ce n’est pas tr?s romantique mais c’est tr?s sociologique !

[Pas son genre de Lucas Belvaux. 2013. Dur?e : Distribution : Diaphana. Sortie le 30 avril 2014]

Pour aller plus loin :
> Sur le m?me th?me, on renverra ?galement au plus ancien Go?t des autres d'Agn?s Jaoui (2000), et au dossier p?dagogique que nous lui avions consacr? en SES

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 05.05.14 à 18:28 - Réagir

La mise ? mort du travail sur France 3

La mise ? mort du travail

Ne serait l’actualit? sociale particuli?rement dramatique des derniers mois (suicides et tentatives de suicide de salari?s, ? France Telecom et ailleurs), le documentaire t?l?visuel La mise ? mort du travail de Jean-Robert Viallet, (dont les deux premiers ?pisodes ont ?t? diffus?s lundi, et dont le troisi?me passera mercredi sur France 3) aurait-il b?n?fici? d’une diffusion ? une heure de grande ?coute, et cons?quemment d’une telle exposition dans la presse??
Le paradoxe est que la volont? de cet ambitieux documentaire est de ne pas se focaliser sur des cas dramatiques qui d?frayent la chronique faits divers, mais bien de mettre au jour une ?volution g?n?rale et de longue dur?e du rapport au travail?: en un mot de montrer que la d?gradation de la condition des salari?s, que la mont?e de la souffrance au travail, sont non l’exception mais bien la r?gle.
Auscultant dans sa premi?re partie la souffrance des salari?s, ? partir d’affaires port?es aux prud’hommmes ou de consultations de la cellule "Souffrance au travail" de l’h?pital de Nanterre (? l’instar du film Ils ne mouraient pas tous mais tous ?taient frapp?s, voir plus loin), le film prend toute son ampleur dans sa deuxi?me partie : par une immersion de longue dur?e dans une grande entreprise mondialis?e (Carglass), pas plus "dure" qu'une autre, pr?nant au contraire des m?thodes de management ?clair?es, et se disant attentives au bien-?tre de ses salari?s (il est ?vident que le PDG de Carglass France, longuement interview?, en fait un argument de communication), le documentaire d?monte patiemment les rouages d’une machine ? pressurer les salari?s, aussi efficace que discr?te et sophistiqu?e. La derni?re partie (que nous n’avons pas vue), La D?possession, d?crit elle la prise de pouvoir de la finance sur le travail et les travailleurs, ? travers l’exemple embl?matique de Fenwick, petite entreprise fran?aise rachet?e en 2006 par un fonds d’investissement am?ricain.
Inutile d'insister sur l’int?r?t que pr?sente ce film pour le cours de SES, de Philosophie (sur la notion de travail), et plus g?n?ralement pour tous les ?l?ves qui vont alimenter dans les prochaines ann?es le march? de l'emploi (et se faire engager chez Carglass, Fenwick ou autres…). La diffusion de La mise ? mort du travail donne ?galement l’occasion de red?couvrir d’autres excellents films consacr?s au sujet?: J’ai tr?s mal au travail de Jean-Michel Carr? (disponible en DVD aux Editions Montparnasse) et surtout le splendide Ils ne mouraient pas tous mais tous ?taient frapp?s, visionnable gratuitement pendant encore 24 h sur Telerama.fr (qui consacre une programmation sp?ciale au th?me de la souffrance au travail, autour du documentaire de Jean-Robert Viallet), et sur la question de la prise de pouvoir de la finance sur le travail, Ma mondialisation de Gilles Perret.

La Mise ? mort du travail de Jean-Robert Viallet

Diffusion troisi?me partie sur France 3 le 28/10 ? 23 h. Disponible en V?D et DVD (? partir du 5 novembre) sur France3.fr
Le tr?s fourni site officiel du film propose sitographie et bibliographie, ainsi que de nombreux bonus vid?o (extraits finalement coup?s du montage final).

D’autres films sur le m?me th?me :
J’ai tr?s mal au travail de Jean-Michel Carr?
Ils ne mouraient pas tous mais tous ?taient frapp?s de Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau

Ma mondialisation de Gilles Perret

Posté dans Evènements par zama le 28.10.13 à 10:51 - 6 commentaires

Vandal : c'est beau une ville la nuit

Vandal

Qui ne s'est jamais demand?, en levant le nez au cours d'une promenade en ville, qui avait bien pu r?aliser ces graffitis perch?s dans des endroits improbables, et au prix de quelles prouesses ou de quels dangers ? A travers son subtil r?cit initatique, le moindre des attraits de Vandal, le premier film de H?lier Cisterne, n'est pas de nous plonger dans le monde myst?rieux et imp?n?trable des graffeurs

Le film suit les pas de Cherif, adolescent turbulent envoy? chez ses cousins par une m?re d?pass?e afin d'y ?tre "repris en main", selon la formule consacr?e, et accessoirement de se rapprocher de son p?re. Au s?v?re r?gime impos? par son oncle (inattendu Jean-Marc Barr), Cherif va trouver une ?chappatoire inattendue en la personne de son cousin : cach? le jour sous l'apparence d'un lyc?en ? lunettes sage jusqu'? la caricature, celui-ci se transforme la nuit en leader charismatique d'un petit groupe de graffeurs, qui ?cument la ville et bravent la police ? la recherche du spot parfait.

La r?ussite de Vandal tient d'abord ? son ?clatante beaut? plastique dans ces sc?nes nocturnes, beaut? exalt?e par la musique ?lectro d'Ulysse Klotz : ? la lueur des ?clairages urbains ou dans les ombres des immeubles, le ballet hypnotique des graffeurs se d?ploie sous les yeux d'un Ch?rif ?bahi. Mais le film ne se contente pas de jouer sur l'esth?tisme ou de capitaliser sur l'imagerie du graff : il m?ne de main de ma?tre un beau r?cit d'apprentissage, et compose un magnifique portrait d'adolescent (cousin urbain, ? sa mani?re, de L'Apprenti de Samuel Collardey). A travers une pl?iade d'acteurs secondaires remarquables de justesse (Ramzy B?dia, Marina Fo?s), Vandal ?claire la complexit? de ce jeune homme qu'est Ch?rif, et explore ses diff?rentes "affiliations" : familiale (?clat?e entre le p?re et la m?re, mais aussi entre deux cultures), scolaire et professionnelle, amoureuse, sans oublier son int?gration au groupe tr?s soud? des graffeurs et ? leur univers culturel tr?s fortement d?fini.

Qu'importe d?s lors si la partie la plus romanesque du film, qui lorgne vers le polar (la rivalit? du petit groupe avec le myst?rieux "Vandal", dont ils jalousent les exploits), semble moins convaincante : m?lant une tr?s subtile chronique, ? la fois intime et sociale, de l'adolescence (pour la partie jour), et de purs trips de beaut? plastiques (pour la partie nuit), ce premier film fait preuve d'une ma?trise impressionnante. Il peut ?tre le support d'une r?flexion stimulante ? la fois en sociologie et en arts plastiques et histoire des arts (sans remonter n?cessairement jusqu'? la Grotte Chauvet).? (voir ? ce propos notre entretien avec l'universitaire Alain Milon).

[Vandal de H?lier Cisterne. 2013. 2013. Dur?e : 1 h 24. Distribution : Pyramide. Sortie le 9 octobre]

Posté dans Dans les salles par zama le 11.10.13 à 00:37 - Réagir

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