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La mise ? mort du travail sur France 3

La mise ? mort du travail

Ne serait l’actualit? sociale particuli?rement dramatique des derniers mois (suicides et tentatives de suicide de salari?s, ? France Telecom et ailleurs), le documentaire t?l?visuel La mise ? mort du travail de Jean-Robert Viallet, (dont les deux premiers ?pisodes ont ?t? diffus?s lundi, et dont le troisi?me passera mercredi sur France 3) aurait-il b?n?fici? d’une diffusion ? une heure de grande ?coute, et cons?quemment d’une telle exposition dans la presse??
Le paradoxe est que la volont? de cet ambitieux documentaire est de ne pas se focaliser sur des cas dramatiques qui d?frayent la chronique faits divers, mais bien de mettre au jour une ?volution g?n?rale et de longue dur?e du rapport au travail?: en un mot de montrer que la d?gradation de la condition des salari?s, que la mont?e de la souffrance au travail, sont non l’exception mais bien la r?gle.
Auscultant dans sa premi?re partie la souffrance des salari?s, ? partir d’affaires port?es aux prud’hommmes ou de consultations de la cellule "Souffrance au travail" de l’h?pital de Nanterre (? l’instar du film Ils ne mouraient pas tous mais tous ?taient frapp?s, voir plus loin), le film prend toute son ampleur dans sa deuxi?me partie : par une immersion de longue dur?e dans une grande entreprise mondialis?e (Carglass), pas plus "dure" qu'une autre, pr?nant au contraire des m?thodes de management ?clair?es, et se disant attentives au bien-?tre de ses salari?s (il est ?vident que le PDG de Carglass France, longuement interview?, en fait un argument de communication), le documentaire d?monte patiemment les rouages d’une machine ? pressurer les salari?s, aussi efficace que discr?te et sophistiqu?e. La derni?re partie (que nous n’avons pas vue), La D?possession, d?crit elle la prise de pouvoir de la finance sur le travail et les travailleurs, ? travers l’exemple embl?matique de Fenwick, petite entreprise fran?aise rachet?e en 2006 par un fonds d’investissement am?ricain.
Inutile d'insister sur l’int?r?t que pr?sente ce film pour le cours de SES, de Philosophie (sur la notion de travail), et plus g?n?ralement pour tous les ?l?ves qui vont alimenter dans les prochaines ann?es le march? de l'emploi (et se faire engager chez Carglass, Fenwick ou autres…). La diffusion de La mise ? mort du travail donne ?galement l’occasion de red?couvrir d’autres excellents films consacr?s au sujet?: J’ai tr?s mal au travail de Jean-Michel Carr? (disponible en DVD aux Editions Montparnasse) et surtout le splendide Ils ne mouraient pas tous mais tous ?taient frapp?s, visionnable gratuitement pendant encore 24 h sur Telerama.fr (qui consacre une programmation sp?ciale au th?me de la souffrance au travail, autour du documentaire de Jean-Robert Viallet), et sur la question de la prise de pouvoir de la finance sur le travail, Ma mondialisation de Gilles Perret.

La Mise ? mort du travail de Jean-Robert Viallet

Diffusion troisi?me partie sur France 3 le 28/10 ? 23 h. Disponible en V?D et DVD (? partir du 5 novembre) sur France3.fr
Le tr?s fourni site officiel du film propose sitographie et bibliographie, ainsi que de nombreux bonus vid?o (extraits finalement coup?s du montage final).

D’autres films sur le m?me th?me :
J’ai tr?s mal au travail de Jean-Michel Carr?
Ils ne mouraient pas tous mais tous ?taient frapp?s de Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau

Ma mondialisation de Gilles Perret

Posté dans Evènements par zama le 28.10.13 à 10:51 - 6 commentaires

Vandal : c'est beau une ville la nuit

Vandal

Qui ne s'est jamais demand?, en levant le nez au cours d'une promenade en ville, qui avait bien pu r?aliser ces graffitis perch?s dans des endroits improbables, et au prix de quelles prouesses ou de quels dangers ? A travers son subtil r?cit initatique, le moindre des attraits de Vandal, le premier film de H?lier Cisterne, n'est pas de nous plonger dans le monde myst?rieux et imp?n?trable des graffeurs

Le film suit les pas de Cherif, adolescent turbulent envoy? chez ses cousins par une m?re d?pass?e afin d'y ?tre "repris en main", selon la formule consacr?e, et accessoirement de se rapprocher de son p?re. Au s?v?re r?gime impos? par son oncle (inattendu Jean-Marc Barr), Cherif va trouver une ?chappatoire inattendue en la personne de son cousin : cach? le jour sous l'apparence d'un lyc?en ? lunettes sage jusqu'? la caricature, celui-ci se transforme la nuit en leader charismatique d'un petit groupe de graffeurs, qui ?cument la ville et bravent la police ? la recherche du spot parfait.

La r?ussite de Vandal tient d'abord ? son ?clatante beaut? plastique dans ces sc?nes nocturnes, beaut? exalt?e par la musique ?lectro d'Ulysse Klotz : ? la lueur des ?clairages urbains ou dans les ombres des immeubles, le ballet hypnotique des graffeurs se d?ploie sous les yeux d'un Ch?rif ?bahi. Mais le film ne se contente pas de jouer sur l'esth?tisme ou de capitaliser sur l'imagerie du graff : il m?ne de main de ma?tre un beau r?cit d'apprentissage, et compose un magnifique portrait d'adolescent (cousin urbain, ? sa mani?re, de L'Apprenti de Samuel Collardey). A travers une pl?iade d'acteurs secondaires remarquables de justesse (Ramzy B?dia, Marina Fo?s), Vandal ?claire la complexit? de ce jeune homme qu'est Ch?rif, et explore ses diff?rentes "affiliations" : familiale (?clat?e entre le p?re et la m?re, mais aussi entre deux cultures), scolaire et professionnelle, amoureuse, sans oublier son int?gration au groupe tr?s soud? des graffeurs et ? leur univers culturel tr?s fortement d?fini.

Qu'importe d?s lors si la partie la plus romanesque du film, qui lorgne vers le polar (la rivalit? du petit groupe avec le myst?rieux "Vandal", dont ils jalousent les exploits), semble moins convaincante : m?lant une tr?s subtile chronique, ? la fois intime et sociale, de l'adolescence (pour la partie jour), et de purs trips de beaut? plastiques (pour la partie nuit), ce premier film fait preuve d'une ma?trise impressionnante. Il peut ?tre le support d'une r?flexion stimulante ? la fois en sociologie et en arts plastiques et histoire des arts (sans remonter n?cessairement jusqu'? la Grotte Chauvet).? (voir ? ce propos notre entretien avec l'universitaire Alain Milon).

[Vandal de H?lier Cisterne. 2013. 2013. Dur?e : 1 h 24. Distribution : Pyramide. Sortie le 9 octobre]

Posté dans Dans les salles par zama le 11.10.13 à 00:37 - Réagir

Vandal : Entretien avec Alain Milon

Vandal / Faites le mur

Alain Milon est professeur de philosophie ? l'universit? Paris Ouest Nanterre La D?fense. Il travaille sur la ville depuis les ann?es 80 et s'int?resse aux expressions murales illicites dont le graffiti. Il porte ? la fois un regard de sociologue et de philosophe comme le r?v?lent ses divers ouvrages et articles : L' Etranger dans la Ville. Du rap au graff mural. (1999, Paris, PUF, col. "Sociologie d'aujourd'hui "), ? Les expressions murales illicites : le graff dans l’espace public ? dans Fronti?res et esth?tisation de l’espace public (dir. F. Soulages, Paris, L’Harmattan, 2013. (ouvrage collectif)).
A l'occasion de la sortie de
Vandal, le premier film d'H?lier Cisterne (en salles mercredi 9 octobre), nous avons voulu l'interroger sur la culture du graff. Il a visionn? Vandal, mais ?galement l'excellent documentaire de Banksy, Faites le mur (Exit through the gift shop, 2007).

Z?rodeconduite.net : Quelle est l’origine de l'art urbain ?

Alain Milon : L'art mural a toujours exist?, vous pouvez remonter aux grottes de Lascaux. Il ?tait d?j? question d’ombres port?es et de d?tourage de main 17 000 ans avant J.C. Etait-ce alors une expression artistique ? Jacques Villegl? d?tournait des affiches de r?clame dans les ann?es 50 ! Ernest Pignon-Ernest, G?rard Zlotykamien et Daniel Buren, consid?r?s comme les initiateurs de l’art urbain, oeuvraient dans les ann?es 60. Le mouvement se renouvelle, se d?place mais il n’est pas neuf. C’est la m?diatisation qui a chang? le regard sur ce mouvement.

Le mouvement street art a le vent en poupe.

A.M. : C’est le cas depuis les ann?es 2007-2008, lorsque les gali?ristes ont occup? le cr?neau. Le street wear, le street quelque chose, la publicit?, la mode. Tout le monde s’y est mis. Regardez le lettrage du TGV de la SNCF, c’est un tag ! Je me souviens de l'exposition sur le graffiti de la Fondation Cartier ''N?s dans la rue", en 2009. C’?tait leur plus grosse exposition en terme de nombre de visiteurs. A cette occasion, la Fondation m’avait demand? d’organiser des promenades sociologiques dans Paris. Nous partions des Ateliers de la Forge, rue Ramponneau dans le XX?me arrondissement et allions jusque dans le XI?me, sur la Place Verte, o? le collectif "Une nuit" r?alise des collages, tous les 15 jours. Deux grapheurs m’accompagnaient : Mazout, membre d'un collectif d'artistes de Bagnolet et Jean Faucheur, un des fondateurs du collectif Une nuit. Ce dernier a cr?? une association qui s'appelle le M.U.R, acronyme de Modulable, Urbain et R?actif, qui fait la promotion de ce genre d'expression murale. A chaque fois j’avertissais les visiteurs que ce que la Fondation Cartier montrait n'avait rien ? voir avec le ph?nom?ne. Le graffiti est hors cadre, hors champ, tandis qu'une exposition se d?roule dans un cadre. Ce n'?tait pas tout ? fait compatible. La Fondation n'avait aucun propos sur le graff ou l'art urbain. Elle a simplement occup? un segment de march?.

Comment expliquez-vous cet engouement ?

A.M. : A la fin des ann?es 70, il y a un grand mouvement lanc? par Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat, avec l'id?e que la rue est une galerie. Ce n'est pas un lieu d'exposition habituel donc on sort du cadre. Plusieurs artistes vont occuper la rue et l’utiliser comme leur galerie. Un autre ph?nom?ne est conjugu? ? cela : l'apparition de la culture hip-hop. Cela ne signifie pas pour autant que le graff est inh?rent ? la culture hip-hop. Des graffeurs revendiquent une appartenance ? la culture hip-hop mais tous n'appartiennent pas ? cette culture. Les premiers clips vid?o de rap repr?sentaient la ville. Sur sc?ne, on apercevait les chanteurs derri?re eux les danseurs et derri?re eux les graffeurs.

Comment les gali?ristes ?valuent un graff ?

A.M. : Comme n'importe quelle autre œuvre d'art. C'est la loi de l'offre et de la demande. Un discours pseudo-conceptuel va faire que tel ou tel artiste est en vogue. Il suffit de voir Thierry Guetta dans le documentaire de Banksy dire : ? C'est grand, non c'est moyen, allez 35 000 dollars. ? Ce sont des marchands de tapis. La question de la valeur d'une œuvre d'art se pose d?s le d?but, ce n'est pas propre au graffiti. Comment d?finir la valeur d'une œuvre ? Les marchands d’art affirment qu’ils permettent ? cette forme artistique d'?tre reconnue. L’ambigu?t? r?side dans le fait qu’un graffiti est hors cadre, hors champ et que d?s l'instant o? vous le faites entrer dans une galerie, vous modifiez le rapport au hors cadre. Le graffiti est ?ph?m?re, anonyme. La plupart du temps il est collectif. Il est destin? ? ?tre effac?. Le mur est un palimpseste, une page d'?criture sur laquelle on ?crit, on efface et on r??crit. C'est le propre de la vie de la ville. Ces diff?rentes couches apparaissent. D?s que vous d?tourez un mur pour l’exposer dans une galerie, vous changez de registre.??

Cela peut para?tre ironique qu'un art consid?r? comme marginal car hors cadre vienne s'exposer dans les galeries aux c?t?s d'arts plus conventionnels.

A.M. : L'art est une figure de r?sistance. Les impressionnistes, en totale rupture avec l'art n?o-classique, ?taient consid?r?s comme des marginaux. Une v?ritable forme artistique est forc?ment une expression de r?sistance. Le graff n'est pas plus ou moins r?sistant qu'une autre forme d'art, quand il a un propos.

A travers ses œuvres, Banksy transmet des messages anticapitalistes et antimilitaristes.

A.M. : Banksy a un propos quand il va sur le mur qui s?pare la Cisjordanie d'Isra?l ou le mur de Berlin. Le fait de choisir un mur, ce n'est pas anodin. Le mur est une surface lisse. Est-ce que le graff est une cicatrice ou un visage de la ville ? Certains pr?f?rent les villes grises, les chromophobes, d'autres pr?f?rent la couleur, les chromophiles. Cela a ? voir avec notre culture latine ? l'imaginaire de la propret?, de la propri?t?. Les deux sont li?s. Ce mur est ? moi, il est propre. Si quelqu'un pose quelque chose dessus, c'est v?cu comme une violence.?

Le graff est donc consid?r? comme un acte de violence. Dans le film Vandal, on per?oit le go?t pour l’interdit de la part des jeunes graffeurs.

A.M. : Quand vous ?tes propri?taire d'un pavillon et que votre mur est graff?, vous le vivez comme une agression. Cela porte atteinte ? l'imaginaire de la propri?t?. Dans notre culture jud?o-chr?tienne propri?t? et propret? sont symboliques. D?s qu'on pose quelque chose sur un mur immacul?, on le salit. Certaines formes de salissures sont accept?es, comme les peintures murales command?es par la ville. Ce sont des commandes d'artistes mais qui ne disent rien. Je pense ? des choses de J?r?me Mesnager, rue M?nilmontant dans le XX?me arrondissement de Paris.

Comment d?finit-on un graff ?

A.M. :? C’est difficile ? dire, il y a une telle vari?t? de formes. Un pochoiriste est-il un graffeur ? Une ombre port?e rel?ve-t-elle du graff ? Est-ce que le gravity - toutes ces formes de gravures sur les vitres du RER ou du train - appartient ? l’univers du graff ? Est-ce que les anti-pubs sont des graffeurs ? Est-ce que l’artiste Space Invader, avec ses mosa?ques, est un graffeur ? Juridiquement oui puisqu’un graffiti se d?finit comme une expression murale illicite. Les graffitis pornographiques ou politiques des toilettes publiques ou des salles de classes peuvent-ils ?tre consid?r?s comme du graff ? Est-ce que le graff est uniquement un lettrage ???

Les graffeurs sont-ils consid?r?s comme des artistes ?

A.M. : Je ne les appellerais pas des artistes mais plut?t des surligneurs, des gens qui surlignent la ville, qui montrent des choses qu'on ne voit pas. Nous sommes habitu?s dans notre culture ? voir des murs propres. Si vous posez un tag ici, il va tout de suite ?tre effac?. On va dire que c'est un mur d?grad?, que c'est du vandalisme, on va ?voquer l'ins?curit?. Dans les quartiers est de Paris, lorsqu’un promoteur immobilier lance un programme et construit un appartement t?moin, la premi?re chose qu'il fait est de faire nettoyer tout graffiti sur 200 m?tres ? la ronde. Si les potentiels nouveaux acqu?reurs voient des graffitis autour du logement, ils vont tout de suite y associer, dans leur imaginaire, le trafic de drogue et la d?linquance.??

Comment distinguer le graff du tag ?

A.M. : J'ai commenc? ? travailler sur la question du graffiti aux Etats-Unis, dans les ann?es 80. L? bas, le tag, qui est simplement une signature monochrome, a une revendication territoriale. L'urbanisme am?ricain est construit par blocs et le tag est un marqueur de territoire. Par ce tag, le bloc "appartient ?" ou "est la propri?t? de". Derri?re ce bloc, qui est un ensemble de rues, vous avez une gestion financi?re : trafic, racket, prostitution.??

Dans le film Vandal, on voit une sorte de guerre des murs entre graffeurs qui se disputent les meilleurs emplacements.

A.M. : En Europe, la rue est aussi le territoire, bien s?r, mais nous n'assistons pas ? des appropriations territoriales. Le plus souvent les graffeurs agissent le long de leur chemin, ? l’image de ces jeunes dans le film. Il suffit de les suivre. C’est pour cette raison que le graffeur le Petit Poucet s’est fait attraper. Ils sortent de chez eux et se mettent ? graffer. Mais ce n'est pas du tout la m?me revendication territoriale que les taggeurs aux Etats-Unis. Ce qui est montr? dans le film Vandal est juste. Il ne faut pas s'imaginer que le graffiti concerne uniquement les jeunes d?favoris?s, issus des banlieues, d'un foyer monoparental et en ?chec scolaire. Ces clich?s ont conduit la presse ? forger une esp?ce de slogan ''bons graffs, mauvais tags''. Le tag est sale, vite fait et monochrome tandis que le graff est acceptable parce qu'il y a de la couleur. C'est le propos des mass media. Pourtant certains tags sont bien sup?rieurs aux graffs, d'un simple point de vue calligraphique. Tous les graffeurs sont pass?s par le tag mais tous les taggeurs ne sont pas des graffeurs.??

Il n’y a donc pas un profil type du graffeur/tagger ?

A.M. : Tout le monde tagge. Nous sommes tous graffomaniaques lorsque nous gribouillons sur une feuille avec un stylo. Certains travaillent leur lettrage, vont sur un support plus large. Ceux qui s'imaginent artistes utilisent le mur comme affiche publicitaire, comme une campagne de pub gratuite. Ils posent leur marque partout. D'autres graffeurs ont une autre lecture de la ville. Pour les surligneurs qui ont un propos, il n'est pas question de graffer parce que tout le monde graffe ou de tagger parce que tout le monde tagge. Ils r?fl?chissent sur un emplacement particulier et sur ce qu’ils veulent essayer de montrer ? l'habitant.??

Le r?alisateur du film Vandal parle d’une contradiction entre la vanit? du geste gratuit et le risque encouru par les graffeurs.

A.M. : Les peines sont lourdes, le pseudo permet l’anonymat. La plupart des graffs sont des lettrages. Je graffe ma signature, je cherche ? ?tre le plus visible possible. Le discours est quelque peu narcissique. Les graffeurs l'Atlas et Moze se sont introduits dans le milieu de la mode. Moze fait des blousons. L'Atlas fait des t-shirts et d?core les boutiques Agn?s b. C’est d’ailleurs apr?s avoir graff? les camions d'Agn?s b qu'il a ?t? contact?. Les graffeurs essaient de se faire conna?tre.??

Que trouvez-vous int?ressant dans ce moyen d’expression ?

A.M. : Les expressions murales illicites interpellent la ville. Sont-elles des cicatrices ? Habillent-elles ou ab?ment-elles la ville ? Est-ce qu'elles lui donnent un visage ? Les anti-pubs font ?galement des d?tournements d'affiches. Pourquoi un tag serait illicite et donc condamnable alors que lorsque je prends le m?tro, je me trouve face ? de la pornographie soft que je ne recherche pas quand j'ach?te un ticket. C'est justement le discours des anti-pubs. Pourquoi les anti-pubs ne seraient pas des graffeurs ? La publicit? est dans le cadre, elle est l?galis?e. La SNCF et de la RATP pr?tendent que c’est gr?ce aux revenus de la publicit? qu'ils peuvent diminuer le prix du billet. Mais les anti-pubs sont pr?ts ? payer plus pour ne pas ?tre assailli par la publicit? dans le m?tro ou le RER. La publicit? peut sembler aussi agressive qu'un tag et pourtant on l'accepte car elle rapporte de l’argent.??

Constatez-vous une ?volution dans les expressions murales illicites ?

A.M. : Les formes de lettrage et les techniques utilis?es ?voluent : la bombe, le rouleur, le collage, la fa?ence, le stylo, les pochoirs... Et les surligneurs se d?placent vers d’autres supports car la ville de Paris fait syst?matiquement nettoyer les murs. Les pochoiristes s’expriment de plus en plus sur le trottoir. Si le mur a presque toujours un propri?taire, le trottoir non. Le rapport ? la salissure n'est pas le m?me et puis on marche dessus, entre les crottes de chien et les chewing-gums. Certains pochoirs sont int?ressants. Devant une entr?e de m?tro, vous pouvez lire : ? Zone de harc?lement publicitaire ?. L’Atlas dessine des boussoles avec du gaffer, ce scotch noir ou blanc utilis? par les ?quipes de tournage. Avec la chaleur, le gaffeur impr?gne le goudron du trottoir. Il situe pr?cis?ment sa localisation au GPS en indiquant des distances.

Le mouvement se d?place mais ne s'essouffle pas.

A.M. : Il a toujours exist? mais il est fortement m?diatis? aujourd’hui, et puis on s’y habitue. Le gravity se substitue au tag. Ces gravures se pratiquent avec une pointe diamant, une bougie de voiture ou un sticker ? l'acide. L'encre de ces gros feutres est vid?e et remplac?e par de l'acide. Une large t?te permet d’attaquer le verre. Depuis peu, certains gravity sont r?alis?s avec de la cire de bougie. On peut les effacer. Les expressions murales illicites sont symptomatiques des mutations de la ville. Corps vivant, la ville a des couleurs, du gris et des cicatrices qu’on essaie de dissimuler. Certaines sont plus ?ph?m?res comme les graffs invisibles de Zevs ou les graffs propres qui interpellent le visage de la ville.

Des graffs propres ou invisibles ?

A.M. : Sur un mur sale, si je prends un karcher et que je fais une signature, mon graff est vu comme propre. C’est une mani?re de renverser la lecture de la ville. La peinture des graffs invisibles ne se voit qu'aux ultra-violets.

Propos recueillis par Magali Bourrel, Octobre 2013?

> Vandal d'H?lier Cisterne, 2013, dur?e : 1 h 24. Au cin?ma le 9 octobre
> Faites le mur (Exit through the gift shop) de Banksy, 2010, dur?e : 1 h 27. Disponible en DVD dans la boutique Z?rodeconduite.net avec droits d'utilisation en classe et dossier p?dagogique

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 07.10.13 à 11:57 - 1 commentaire

Les Gar?ons et Guillaume, ? table : tout sur ma m?re (ou ma vie sexuelle)

Les Gar?ons et Guillaume, ? table

La projection du premier film de Guillaume Gallienne ? la Quinzaine des r?alisateurs s’est achev?e sous une ovation m?rit?e. Reprenant le spectacle autobiographique qu’il avait ?crit et interpr?t?, il y a quelques ann?es, l’acteur de la Com?die Fran?aise, propuls? star du petit ?cran par Canal Plus, fait des ?tincelles, dans ce festival de com?die, aux dialogues qui fusent, aux situations irr?sistibles, mais aussi et surtout ? l’?me g?n?reuse.

Guillaume est un petit gar?on qui adore sa m?re, M?litta, une grande bourgeoise de caract?re, ? la r?partie assassine et crue, ? l’?l?gance imposante et d?sinvolte, autant dire une actrice, … ou plut?t une diva.? La grande affaire du film est que le gar?on et sa m?re sont tous deux interpr?t?s par le metteur en sc?ne, qui r?gale le spectateur de ses travestissements ? la Fr?goli. Le film raconte l’initiation sentimentale de ce gar?on h?t?rosexuel, que l’ensemble de sa famille (notamment les femmes) a toujours consid?r? comme homosexuel. Gallienne, ? la fa?on d’un Caub?re (dans l'œuvre duquel la m?re occupe ?galement une place tr?s importante) qui se travestirait, assume le double-jeu qui consiste ? interpr?ter son propre r?le et celui de sa m?re, tra?ant ainsi une belle filiation m?re-fils/diva-acteur.

Mais l'acteur-r?alisateur va au-l? de cette filiation "d’interpr?tes". Son film s’approprie ainsi avec bonheur non seulement le ton d’Almodovar, notamment dans une s?quence "espagnole", mais aussi celui de Woody Allen (lui aussi acteur et r?alisateur), ? travers les interventions inopin?es de la m?re qui appara?t ? tout bout de champ pour commenter l'action. A travers la jouissance d’imiter la femme puis les femmes, Gallienne rend juste hommage ? tout le cin?ma qui les c?l?bre, en passant par le plus kitsch (? ce titre la sc?ne entre Sissi et l’archi-duchesse Sophie d?clenche un des nombreux fous rires du film). Guillaume et les gar?ons, ? table a le pouvoir de d?cha?ner un rire fou et lib?rateur, mais jamais destructeur, gr?ce ? l’?tonnement toujours candide de ce Guillaume ? la recherche d?sesp?r?e de son moi. L’?motion pointe son nez et des r?miniscences proustiennes surgissent au d?tour de ces affrontements entre le fils et sa m?re (autrement dit entre Guillaume Galienne et lui-m?me), affrontements qui se m?tamorphosent en chants d’amour dans les champs/contre-champs. La solitude, le rejet, l’incompr?hension que subit le personnage, forc?ment path?tiques, sont ex?cut?es litt?ralement par une mise en sc?ne cathartique qui c?l?bre la jouissance du jeu. Voici un film magnifique pour ouvrir les ?l?ves ? la tol?rance sur l’identit? sexuelle !

Les Gar?ons et Guillaume, ? table de Guillaume Galienne, France 2012, 85 mn
Quinzaine des R?alisateurs?

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 25.05.13 à 21:10 - Réagir

Tel p?re, tel fils : les m?andres du long fleuve tranquille

Deux couples que leurs niveaux socio-culturels opposent d?couvrent que leurs enfants ont ?t? ?chang?s ? leur naissance ? la maternit?. Cette situation matricielle permet au cin?aste japonais Kore-Eda Hirokazu (Nobody knows, Still walking) de d?rouler son art d?licat, ?voluant avec gr?ce entre cruaut? et pardon.

Les deux couples sont clairement identifiables et repr?sentent deux facettes du Japon. Le premier renvoie ? ce Japon ultra-moderne et conqu?rant qui fascine autant qu’il suscite la critique : l’?poux, architecte dans un cabinet en vogue, travaille sans cesse, tandis que sa jeune ?pouse a abandonn? sa carri?re pour se consacrer ? leur jeune enfant Keita ; le foyer para?t sans ?me ni tendresse, tout y semble fabriqu? (ou refoul?) pour programmer l’enfant ? r?ussir. Le second couple, quant ? lui, renvoie ? ce Japon populaire, farfelu et bouffon, tel que les com?dies de Takeshi Kitano ont pu nous en donner l'image : lui tient un magasin bric-?-brac, elle est serveuse dans une gargote ; leurs trois enfants d?bordent d'une vitalit? qui jure avec le calme lunaire de Keita, et les parents semblent chaleureux et aimants, malgr? le manque d’argent (ou gr?ce ? lui ?).

Le d?cor plant?, les n?gociations entre les deux couples subissent des variations d’intensit? depuis le m?pris silencieux, jusqu’au dialogue empathique, en passant par l’affrontement, comme autant de remous, plus ou moins tourbillonnants, dans les eaux dormantes du grand fleuve tranquille de la vie. L’architecte, si assur? de ce qu’est la paternit?, est celui qui perd le plus pied dans ces m?andres, avant de refaire surface, d?lest? de son masque social. Il est d’ailleurs le double avou? du r?alisateur, ?branl? par l'apprentissage difficile de la paternit? ? la naissance de son premier enfant comme il le raconte dans le dossier de presse ("Tous mes dilemmes, mes questionnements et mes regrets m?me ; c’est la premi?re fois que je d?verse ces ?motions avec une telle candeur dans un personnage principal.")

Si Tel p?re, tel fils pose l'?ternelle question de l’inn? et de l’acquis, ce n’est jamais sous une forme didactique, mais bien en ?pousant le mouvement feutr? de la vie comme tissage d’?chos et circonvolutions mentales, tour ? tour comiques et cruelles, mais fondamentalement po?tiques.

Tel p?re, tel fils (Soshite Chichi Ni Naru) de Kore-Eda Hirokazu, 2013, Japon, 120 mn
S?lection officielle, en Comp?tition

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Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 21.05.13 à 06:30 - Réagir

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