blog :::

: (75 articles)

Con la pata quebrada (Retourne à tes fourneaux)

Con la pata quebrada

Con la pata quebrada, "Avec la jambe cass?e".? Rigoureusement intraduisible de mani?re litt?rale, le titre du documentaire de Diego Galean, qui arrive sur nos ?crans deux ans apr?s sa pr?sentation au Festival de Cannes (dans la section Cannes Classics), a ?t? remplac? par un ?quivalent approximatif. Celui-ci ("Retourne ? tes fourneaux") ne retranscrit pas la violence imag?e de l'expression originale, tir?e d'un vieux dicton espagnol : "La mujer casada y honesta, con la pata quebrada y en casa" ("Femme mari?e et honn?te a la jambe cass?e et reste au foyer").

Par ce montage virtuose de pr?s de 180 extraits du cin?ma ib?rique (de La Dolorosa de Jean Gr?millon, 1934, ? La vida empieza hoy de Laura Ma?a, 2010), le documentariste Diego Galean propose une voyage dr?le et pittoresque dans la psych? espagnole, telle qu'elle s'est projet?e dans les salles obscures. La plupart des titres cit?s ne diront rien aux cin?philes : il s'agit en effet, pour leur grande majorit?, de films populaires (m?lodrames, com?dies ? l'eau de rose, op?rettes, fresques historiques…) destin?s ? une consommation rapide, qui cherchaient avant tout ? coller aux attentes et aux repr?sentations du public de leur ?poque. La violence de ces images, qu'elle soit symbolique (ainsi de ces discours masculins rabaissant syst?matiquement la femme) ou physique (une belle s?rie de gifles, baffes et torgnoles, qui nous choque aujourd'hui, mais dont on trouverait l'?quivalent dans le cin?ma fran?ais des m?mes ann?es), est d'autant plus effrayante qu'elle ?tait ? l'?poque, non seulement parfaitement tol?r?e, mais ressentie comme pleinement l?gitime

Le pari de Diego Galean (journaliste et historien du cin?ma bien connu en Espagne) est de laisser parler les images, ? l'exclusion de tout discours. Si la narration suit un fil strictement chronologique (une voix-off reliant les ?poques entre elles et resituant le contexte historique), l'histoire que raconte Con la pata quebrada n'est pas lin?aire : elle fut au contraire sans cesse agit?e de mouvements contradictoires, entre progr?s et r?gressions, au gr? des ?volutions politiques du pays. On oublie ainsi souvent que la tr?s progressiste II?me R?publique (1931) accorda aux femmes le droit de vote et le divorce, ?mancipation dont le cin?ma de la p?riode se fait le t?moin malicieux (les diatribes anti-m?les y r?pondant avec vigueur aux discours machistes). Revenir sur ces acquis f?ministes fut l'une des premi?res mesures du franquisme, qui une fois la guerre civile gagn?e, renvoya les femmes ? leurs fourneaux et ? leur inf?riorit? symbolique. Le cin?ma de l'Espagne franquiste, extr?mement contr?l?, afflig? d'une triple censure (politique, militaire et religieuse), quand le caudillo lui-m?me ne mettait pas la main ? la p?te (le film passe un extrait de Raza, tir? d'un sc?nario de Franco lui-m?me) imposera le portrait id?al de la femme espagnole, ?pouse ob?issante, m?re courage, ? la rigueur h?ro?ne patriotique (Agustina de Arag?n, 1950), mais toujours vertueuse et pieuse, et stigmatisera inlassablement celles qui ne rentraient pas dans le cadre. Puis le franquisme dut faire face ? l'?volution des mœurs, et ? l'invasion des touristes ?trang?res en bikini (pi?ce de v?tement qui fut apparemment un ressort pris? de com?die au tournant des ann?es 1970). Avec la mort de Franco en 1975 s'ouvre brutalement une nouvelle p?riode, d?cisive sur le plan soci?tal (droits au divorce, contraception, avortement, lutte pour l'?galit? salariale et contre les violences faites au femme) et passionnante ? suivre sur grand ?cran (la r?volution f?ministe s'affrontant au bon vieux machisme de la soci?t? espagnole).

Con la pata quebrada est un film l?ger et souvent dr?le, mais dont la forme plaisante ne doit pas masquer la dimension politique et son actualit? : apr?s pr?s de quarante ans d'avanc?es continuelles, parachev?es par le gouvernement Zapatero, un nouveau cycle sembe s'annoncer qui voit remettre en question, sous la pression d'une minorit? convervatrice, certains acquis de la cause des femmes. Le film offre en tout cas un support de travail id?al pour des enseignants : d?s la Troisi?me, le film permettra d'ouvrir le d?bat sur la question de l'?galit? hommes-femmes, tout en introduisant quelques dates-cl?s de l'histoire espagnole du XX?me si?cle. Au lyc?e, le film permettra d'illustrer parfaitement les notions "Lieux et formes de pouvoir" et "L'id?e de progr?s".?

NB : Des projections scolaires dans les salles de cin?ma peuvent ?tre organis?es ? la demande.
Z?rodeconduite.net proposera ? la rentr?e un dossier p?dagogique autour du film.

[Con la pata quebrada (Retourne ? tes fourneaux) de Diego Galean, 2013. Dur?e : 1 h 23. Distribution : Iberi Films. Sortie : le 18 juin 2014]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 15.06.14 à 14:05 - Réagir

Rêves d'or, Prix Jean Renoir des lycéens 2014

"Le Prix Jean Renoir des lyc?ens est attribu? ?… R?ves d'or !" Le tonnerre d'applaudissements qui a suivi l'annonce officielle, dans la salle bond?e du lyc?e Victor Duruy ? Paris, montre que le film de Diego Quemada-Diez, sorti en d?cembre dernier (et accompagn? par Z?rodeconduite) avait constitu? un vrai coup de cœur pour les d?l?gu?s des classes participantes. Cette annonce lib?ratrice a conclu de la plus belle des mani?re un marathon de deux jours de d?lib?rations passionn?es pour d?partager les huit films en lice, que leurs r?alisateurs (ou d'autres membres de l'?quipe) ?taient venus repr?senter la veille. Outre R?ves d'or la s?lection comportait cette ann?e les films Vandal de H?lier Cisterne, Les gar?ons et Guillaume, ? table de Guillaume Gallienne, Le M?decin de famille de Luc?a Puenzo, The Lunchbox de Ritesh Batra, La Cour de Babel de Julie Bertuccelli (voir notre site p?dagogique), Ida de Pawel Pawlikovski et La Belle vie de Jean Denizot.
La c?r?monie de remise du prix, tenue en pr?sence des responsables de l'?ducation Nationale, du Centre National du Cin?ma et de l'image anim?e, et de partenaires comme Canop?, Orange ou la F?d?ration Nationale des Cin?mas Fran?ais, a montr? la consolidation de ce dispositif qui, pour en ?tre seulement ? sa troisi?me ?dition, ne s'en est pas moins fait une place dans le paysage de "l'?ducation ? l'image". ? la diff?rence du d?funt Prix de l'?ducation Nationale (d?cern? au Festival de Cannes par un jury tr?s restreint), celui-ci a l'immense m?rite d'impliquer les ?l?ves eux-m?mes (? raison de deux classes par acad?mie), par leur r?le de jur?s mais aussi par l'?criture de critiques sur les films s?lectionn?s : cette ann?e c'est plus de 800 contributions qui ont ?t? envoy?es par les ?l?ves, dont les meilleures ont ?t? ?galement r?compens?s lors de la c?r?monie du 4 juin.?

Quant au film prim?, nous ne pouvons que nous r?jouir que ce soit R?ves d'or, un film que Z?rodeconduite avait accompagn? sa sortie par l'?dition d'un site p?dagogique, et chaudement recommand? notamment aux enseignants d'Espagnol. Le film entrera l'ann?e prochaine dans le dispositif Lyc?ens au cin?ma. En attendant, le DVD est disponible, avec ses droits d'utilisation en classe et un dossier p?dagogique (destin? aux professeurs d'Espagnol), dans notre boutique DVD, et peut ?galement toujours ?tre projet? dans les salles de cin?ma pour des s?ances ? la demande (nous contacter).

Le communiqu? de presse
Le blog du Prix Jean Renoir

R?ves d'or
Le DVD avec droits institutionnels et dossier p?dagogique
Le site p?dagogique

?

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 06.06.14 à 15:41 - Réagir

Relatos salvajes : Homo homini lupus

Relatos Salvajes

Lors de la conf?rence de presse parisienne pr?sentant la S?lection du Festival, Thierry Fr?maux avait annonc? avec gourmandise ce film sign? d'un auteur inconnu sous nos latitudes, Il avait au passage brocard? le clich? critique consistant ? trouver un film ? sketches… in?gal. Compos? de six segments ind?pendants et autant d'histoires courtes, Relatos salvajes est peut-?tre in?gal, il n'en est pas moins d'une grande coh?rence stylistique et surtout th?matique, signe d'une v?ritable vision d'auteur.

Dans la tradition satirique du film de Dino Risi, Les Monstres (1963), qui s'attaquait aux travers de la soci?t? italienne, ces Nouveaux sauvages proposent la vision f?roce d'une humanit? dont la sauvagerie domestiqu?e (par les lois, les institutions, l'?tat) ne demande qu'? ressurgir ? la moindre occasion. Le g?n?rique nous montre des photos d'animaux sauvages, parmi lesquels quelques redoutables pr?dateurs (lion, crocodile…) : autrement dit, la vie est une jungle, et l'homme un loup pour l'homme, selon l'adage de la philosophie hobbesienne. C'est dans les trois segments centraux que cette vision appara?t avec le plus de force. Ils? mettent en sc?ne des hommes de diff?rents milieux (des classes populaires jusqu'? la tr?s haute bourgeoise), mais qui partagent la m?me absence de scrupule moral, de sens de l'int?r?t g?n?ral ou de la justice. ? l'?tat de nature, loin de la civilisation, c'est la guerre de chacun contre chacun, qui conduit ? l'anihilation totale (cf le sketch opposant deux automobilistes qui s'affronteront jusqu'? la mort). Mais ? l'int?rieur de la soci?t?, o? les pulsions sont canalis?es et ordonn?es par des lois, l'individu n'a de cesse de se rebeller, d'?chapper ? la loi commune, de revendiquer son absolue libert?. Il n'est ainsi pas fortuit que ces trois histoires impliquent l'automobile, symbole de l'hyper-individualisme de la soci?t? de consommation…

On se sent soi-m?me un peu "sauvage" ? rire ? gorge d?ploy?e devant des situations aussi violentes ou outr?es, comme si le film s'adressait directement, de mani?re visc?rale, au cerveau reptilien du spectateur. C'est d'autant plus sensible au Festival de Cannes, quand une salle lasse de films exigeants et c?r?braux se met ? applaudir ? la vision d'un homme qui d?f?que sur le pare-brise d'un autre.

Par ses qualit?s d'?criture et de mise en sc?ne, son d?coupage en six courtes histoires qui permettent chacune d'amorcer une discussion en classe, ces Nouveaux sauvages pourront ?tre ?tudi?s avec grand profit en cours d'Espagnol ou de Philosophie (pour aborder les notions de justice, d'?tat et de droit).

Relatos Salvajes (Les Nouveaux sauvages) de Dami?n Szifr?n, Dur?e : 122 mn
S?lection officielle, en comp?tition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 24.05.14 à 17:21 - Réagir

Ne pas s'avouer vaincu : le dossier pédagogique

Ne pas s'avouer vaincu

Faire oeuvre de r?sistance, ne pas cesser de remuer le pass? pour que soit conserv?e la m?moire historique. C'est le sujet abord? par Susana Arbizu et Henri Belin dans leur documentaire Ne pas s'avouer vaincu. En s'attachant aux pas de Daniel Serrano, exil? r?publicain en France aujourd'hui retrait? dans sa banlieue de Bobigny, les deux r?alisateurs questionnent le rapport de la d?mocratie espagnole ? la m?moire de la p?riode franquiste et d?construisent le mythe de l'exemplarit? de la transition d?mocratique espagnole (? partir de la mort de Franco en 1975) en montrant qu'elle a aussi ?t? caract?ris?e par une politique de d?ni vis ? vis des d?cennies pr?c?dentes. Aujourd'hui, le combat pour la m?moire est toujours d'actualit?, peut ?tre plus que jamais ? l'heure o? les m?moires individuelles disparaissent les unes apr?s les autres. Ainsi, aux efforts de Daniel pour r?habiliter la m?moire de son fr?re, fusill? en 1941 ? la fin de la Guerre Civile, la mairie de son village natal oppose toujours des refus r?p?t?s, de m?me qu'elle se refuse ? d?baptiser des rues au nom de personalit?s franquistes. Pourtant Daniel ne s'avoue pas vaincu. Sa r?sistance infatiguable renvoie ? un questionnement plus universel et intime sur l'engagement politique…

Ce film tr?s riche constitue un support id?al en classe d'Espagnol au lyc?e pour ?tudier les p?riodes de la IIe r?publique espagnole, de la Guerre Civile et de la dictature franquiste, mais permettra aussi plus largement de r?fl?chir, ? partir du parcours de Daniel, sur la m?moire comme enjeu de pouvoir contemporain. Il pourra s'int?grer aux objets d'?tude du lyc?e (en seconde "L'art de vivre ensemble", en Premi?re et Terminale "Lieux et formes de pouvoir", "Mythes et H?ros"). Z?ro de conduite met en ligne un dossier p?dagogique consacr? au film qui propose aux enseignants d'Espagnol et ? leurs ?l?ves des pistes pour travailler celui-ci en classe.

[Ne pas s'avouer vaincu, un film de Susana Arbizu et Henri Belin, 90 mn, actuellement en salles]

> Dossier p?dagogique Espagnol.

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 23.05.14 à 09:27 - Réagir

Refugiado : violences conjugales

Refugiado

Un peu ?gar? dans la parabole politico-sexuelle avec L'Œil invisible (qui brodait sur la dimension ?rotique de la junte de Videla) pr?sent? ? la Quinzaine des R?alisateurs il y a quatre ans, l'argentin Diego Lerman revient avec ce beau Refugiado ? une forme plus modeste mais plus directement efficace.

Le film s'ouvre par une s?quence qui rel?ve d'un classique traumatisme enfantin : ? la fin d'un anniversaire, un petit gar?on attend vainement que ses parents viennent le chercher. Les voisins trouveront sa m?re bless?e dans l'appartement, rou?e de coup par un compagnon violent. Commence alors une errance qui va mener le petit gar?on et sa m?re de refuge en h?tel pour ?chapper au p?re qui les recherche, alternant s?quences de tension et moments de r?pit. L'id?e-ma?tresse de Diego Lerman est de laisser hors-champ, tout au long du film, la figure du p?re violent… La menace toute proche qu'il repr?sente n'en est que plus pr?sente, s'instillant d'autant mieux dans l'esprit du spectateur que les cadres serr?s enferment m?taphoriquement la m?re et le fils en fuite. Le p?re devient ainsi un r?ceptacle imaginaire dans laquelle chacun pourra projeter ses peurs, et Refugiado s'av?re un des films les plus efficaces sur le fl?au des violences conjugales, sans avoir eu ? montrer un seul acte de violence.?

Refugiado de Diego Lerman, Dur?e : 95 mn
Quinzaine des R?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 20.05.14 à 16:03 - Réagir

new site