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L'Écume des jours : le dossier pédagogique

L'Écume des jours

C'est sans doute le film le plus attendu du printemps cinématographique, qui sortira quinze jours avant le grand raoût cannois.
Il y a certes le casting doré sur tranche (les jeunes premiers Audrey Tautou et Romain Duris, les comiques populaires Omar Sy et Gad Elmaleh, les jeunes pousses Charlotte Le Bon et Aïssa Maïga, et même Philippe Torreton en Jean-Sol Partre), qui fait depuis quelques semaines le bonheur des colleurs d'affiches… Mais ce qui allèche les cinéphiles, c'est plutôt l'alliance entre le roman culte de Boris Vian (qui n'a pas été chaviré à l'adolescence par les amours tragiques de Colin et Chloé ?), réputé inadaptable, et l'univers bricolé et poétique du génial Michel Gondry (clippeur, cinéaste, patron d'usine)…

Le Livre de Poche, éditeur du roman, a imprimé et envoyé dans tous les établissements scolaires un dossier pédagogique de 96 pages (au format poche), également mis en ligne sur le site du film : il permettra aux enseignants de Troisième de bâtir une séquence pédagogique autour du roman et de son adaptation. "À l’instar du cinéaste, nous avons choisi d’axer essentiellement notre lecture sur la construction de l’histoire d’amour, centrale dans l’œuvre, de Colin et Chloé, depuis le merveilleux inhérent à la naissance du sentiment jusqu’au tragique final."

L'Écume des jours de Michel Gondry, au cinéma le 24 avril

Pour aller plus loin :

Michel Gondry sur Zérodeconduite.net :
Soyez sympas, rembobinez !
L'Usine des films amateurs
The We and the I

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 08.04.13 à 23:00 - Réagir

Free Angela : une icône est née

Free Angela

Ronald Reagan (gouverneur de Californie), Edgar J. Hoover (patron du FBI), Richard Nixon d'un côté (président américain), les Black Panthers, Jean Genet ou John Lennon de l'autre : Free Angela and all political prisoners de Shola Lynch retrace la formidable lutte qui opposa dans le courant des années soixante-dix l'establishment blanc conservateur américain et les forces (militants, intellectuels, artistes) de la contre-culture, aux Etats-Unis puis dans le monde entier, autour de "l'affaire Angela Davis". Ou comment une jeune universitaire noire, communiste, proche des Black Panthers, devint quasiment du jour au lendemain l'ennemi public numéro 1 des États-Unis, avant d'être propulsée au rang d'icône planétaire.

Alternant de manière rythmée images d'archive (souvent étonnantes), témoignages rétrospectifs des acteurs et témoins de l'époque (à commencer par Angela Davis elle-même) et (plus dispensables) reconstitutions, le film de Shola Lynch n'est pas à proprement parler un biopic : il se concentre sur ces quelques années tumultueuses et la cristallisation qui s'opéra à ce moment-là autour de l'activiste. Déjà renvoyée, sur l'insistance du gouverneur Ronald Reagan, de l'université de San Diego pour "communisme", et étroitement surveillée par les autorités fédérales pour ses activités militantes, elle se trouve associée à la sanglante prise d'otages (quatre morts et trois blessés) menée pour libérer le militant Black Panther George Jackson (c'est elle qui a acheté les armes qui ont servi à la prise d'otages). S'ensuit une cavale de deux mois qui se concluera par une arrestation très médiatisée, suivie d'une condamnation à mort de la jeune militante. C'est là que naît un mouvement international de grande ampleur, comparable à ceux provoqués par Sacco et Vanzetti ou les époux Rosenberg. Chantée par les Rolling Stones (Sweet black angel) et John Lennon (Angela), soutenue par Jacques Prévert (qui écrit un texte en son honneur), Sartre ou Aragon (qui manifestent en sa faveur), Angela Davis sera finalement acquittée seize mois plus tard par un nouveau jury reconnaissant la minceur des éléments à charge et les manœuvres du FBI.

Le documentaire de Shola Lynch montre avec brio la fabrique d'une icône mondialisée (sa silhouette devient aussi reconnaissable que celle du Che), peut-être la première "star" noire internationale : la jeunesse, la beauté et le charisme d'Angela Davis, associés à l'acharnement manifeste de la justice américaine et au parfum d'erreur judiciaire, constituent un cocktail détonnant dans un contexte hautement inflammable. C'est aussi l'angle choisi par notre dossier pédagogique (anglais) qui propose d'utiliser le film pour aborder entre autres les thèmes "Lieux et formes de pouvoir" et "Mythes et héros".

[Free Angela and all political prisoners de Shola Lynch. 2012. Durée : 1 h 37. Distribution : Jour2fête. Sortie le 3 avril 2013]

Posté dans Dans les salles par zama le 03.04.13 à 17:13 - Réagir

Revue de web # 6 : Musique et cinéma, Cinéma et gender studies, Game of thrones…

Musique et cinéma

La musique de film (ou dans les films) est doublement à l'honneur à Paris en ce moment. La nouvelle exposition de la Cité de la Musique célèbrera jusqu'à cet été les noces entre musique et cinéma, et notamment entre compositeurs et réalisateurs, avec une exposition intitulée "Musique et cinéma, le mariage du siècle ?". Scénographiée comme un plateau de cinéma, l'exposition suit les différentes étapes de la réalisation du film "depuis l’écriture du scénario, où elle est inspiratrice ou sujet du film, jusqu’à sa post-production, voire sa commercialisation sous forme de "chanson du film"". La Cité de la musique propose hélas peu de contenus en ligne, si ce n'est un dossier de presse somptueusement illustré.
A quelques stations de métro, le Forum des Images propose lui un cycle "En avant la musique ! Musique et société en 100 films", qui insiste plutôt sur la dimension culturelle et sociale du phénomène musical, tel qu'il a été mis en scène par le cinéma : "Du Mali au Mississippi, des champs de coton au macadam des villes, des chansons populaires aux hymnes révolutionnaires, pas une musique qui ne prenne ancrage dans une histoire, une époque, un territoire, et ne charrie les joies et peines de l’aventure humaine." Le Forum proposera plusieurs conférences dont la première est déjà en ligne : "De la culture rock au cinéma" par le critique Thierry Jousse.

Le cinéma d'auteur, un fantasme réactionnaire ?

Le titre de l'interview de Geneviève Sellier par Sabrina Bouarour, jeune journaliste de l'Académie du Monde, pourrait paraître provocateur. Il faut dire que la pensée de l'universitaire, l'une des rares (sinon la seule) à aborder l'histoire du cinéma sous l'angle des rapports de sexe (ou de "genre", comme dans les "gender studies" anglo-saxonnes), s'inscrit totalement à contre-courant de la cinéphilie française : Geneviève Sellier déconstruit la figure totémique (encore dominante dans l'université française) de "l'auteur", qui se rapporte à un "masculin universel" échappant totalement aux déterminations sociales. Elle envisage les films, hors de tout jugement esthétique, comme l'expression d'un imaginaire collectif, qui met en scène "des lieux communs conservateurs mais aussi des conflits d'intérêts et des contradictions sociales". Réalisé à l'occasion d'un colloque organisé par le Festival du films de femmes de Créteil, cet entretien invite à découvrir les travaux de l'historienne (La drôle de guerre des sexes du cinéma français, 1996 — avec Noël Burch —, La Nouvelle Vague un cinéma au masculin singulier, 2005, Le cinéma au prisme des rapports de sexe, 2009), dont on aura un aperçu un peu plus complet dans cette conférence en vidéo.  

Game of thrones, mieux qu'un roman historique ?

Un peu de pop-culture maintenant, avec la série du moment, Game of thrones, qui vient triomphalement d'entamer une troisième saison sur la chaîne HBO aux Etats-Unis. Reprenant plusieurs articles anglais, le site Slate.fr présente la série comme "plus réaliste que la plupart des romans historiques" :
"L’anihilation de l’assaut naval contre la capitale de Westeros par du liquide explosif est ainsi un parallèle évident avec le feu grégeois utilisé par les Byzantins pour défendre Constantinople contre les arabes. Le royaume de Westeros lui-même rappelle l’Angleterre du Moyen-Age avec ses sept royaumes, le mur du nord est inspiré du mur d’Hadrien tandis que l’armée de cavaliers de Khal Drogo qui chevauchent des prairies sans fin est une référence à l’armée mongole de Gengis Khan.

Et aussi :

Les Justes de Marek Halter (1994) en téléchargement gratuit pendant 3 mois sur le site du CNDP, avec un accompagnement pédagogique
— Un dossier pédagogique (pdf) autour du film Le Premier homme de Gianni Amelio (au cinéma depuis le 27 mars), d'après le roman inachevé d'Albert Camus

Posté dans Bonnes ressources par Zéro de conduite le 02.04.13 à 18:56 - Réagir

Guerrière : les amazones du néo-nazisme

Guerrière

Mêlant chronique sociale (fruit de deux ans d'enquête du réalisateur dans les milieux néonazis) et structure tragique (le film s'ouvre sur une image de l'héroïne se vidant de son sang), le premier film de David Wnendt, très remarqué en Allemagne (il a remporté trois Lolas en 2012) , dresse un tableau inquiétant de la jeunesse est-allemande d'aujourd'hui et de la résurgence des nostalgiques du Troisième Reich.

Guerrière suit les trajectoires croisées de deux personnages féminins aux prises avec le néo-nazisme : Marisa, vingt ans, bloc de violence brute affichant fièrement les croix gammées tatouées sur sa poitrine, va petit à petit se détacher du groupuscule dont elle est l'un des piliers ; Svenja, quinze ans, élève modèle et jeune fille (trop) sage, va elle faire le chemin inverse, par ennui, curiosité et rébellion contre une père trop sévère… D'autres films ont déjà montré de l'intérieur les groupes d'extrême-droite et leurs processus d'embrigadement (notamment le beau This is England de Shane Meadows). L'originalité du film de David Wnendt est évidemment d'avoir privilégié des personnages féminins, dont l'engagement à l'extrême-droite est pétri de contradictions : s'il témoigne chez ces jeunes filles d'une forte volonté d'émancipation et d'affirmation (notamment par rapport à leur milieu familial), il s'exprime dans le cadre d'organisations profondément marquées par les valeurs viriles et le culte du chef… Privilégiant une approche behaviouriste, le film ne cherche pas à expliquer la dérive de ses personnages : le désœuvrement, la vacuité idéologique, l'omnipotence des pères (la sévérité de celui de Svenja rappelle celle du pasteur du Ruban blanc) ou leur absence (celui de Marisa, remplacé par un grand-père nostalgique du Troisième Reich), sont autant de pistes pour expliquer la vague brune, autant sinon plus que les difficultés économiques ou la présence (très limitée) d'étrangers. Mais le plus terrifiant n'est pas la violence des jeunes néo-nazis : c'est plutôt l'indifférence et la mansuétude de la société à leur égard, et la banalisation de leurs "idées" (racisme et antisémitisme, haine de la démocratie). Loin d'être des exclus ou des marginaux, Marisa et ses amis travaillent, vivent chez leurs parents… A ce propos, on se reportera à notre interview de l'historien Patrick Moreau (spécialiste de l'extrême-droite dans les pays de l'Est), qui permet de remettre le film dans son contexte.

Le film brosse sans doute de manière un peu forcée l'évolution de Marisa, qui va prendre conscience de l'Autre (incarné par un personnage d'immigré pakistanais) et laisser sa haine de côté. Mais l'énergie et la justesse de ses interprètes (Alina Levshin et Jella Haase) emportent l'adhésion du spectateur et font passer outre les maladresses propres à un premier film. Guerrière constitue en tout cas un excellent outil pour travailler en classe d'allemand : on renverra à notre dossier pédagogique qui propose des activités adaptées à tous les niveaux du lycée. Le film pourra également être étudié en SES sous l'angle de la socialisation, dont il étudie précisément les modalités et les déterminations (sociale, familiale, sexuelle).

[Guerrière de David Wnendt. Durée : 1 h 40. Distribution : UFO. Sortie le 27 mars 2013]

Pour aller plus loin

> Le site pédagogique du film

Posté dans Dans les salles par zama le 28.03.13 à 15:05 - Réagir

Free Angela, le site pédagogique

Free Angela

Jeune enseignante de philosophie devenue à la fois un symbole politique international et une icône pop, chantée par les Rolling Stones (Sweet black angel) et John Lennon (Angela), Angela Davis a un destin singulier. Son parcours illustre de manière frappante l'histoire de la contre-culture américaine dans la deuxième moitié du vingtième-siècle, et de l'âpre lutte qui l'opposa à l'establishment (le président Nixon avait fait de l'arrestation et de la condamnation de la prétendue "dangereuse terroriste" un objectif prioritaire).

Dans son documentaire Free Angela and all political prisoners (titre qui reprend un célèbre slogan de l'époque), Shola Lynch retrace le parcours de la militante au moyen de très nombreuses images d'archive, et en interrogeant à nouveau les témoins de l'époque, à commencer par Angela Davis elle-même. Zérodeconduite.net consacre au film un dossier pédagogique destiné aux enseignants d'anglais, qui permettra d'inscrire le fim dans les programmes de lycée (notamment autour des notions "Lieux et formes de pouvoir" et "Mythes et héros") ; retrouver sur le site pédagogique du film, qui propose également la conférence de presse donnée le 18 mars par Angela Davis à la Sorbonne.

Free Angela and all political prisoners de Shola Lynch, au cinéma le 3 avril

Le site pédagogique du film

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 22.03.13 à 23:23 - Réagir