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Tel p?re, tel fils : les m?andres du long fleuve tranquille

Deux couples que leurs niveaux socio-culturels opposent d?couvrent que leurs enfants ont ?t? ?chang?s ? leur naissance ? la maternit?. Cette situation matricielle permet au cin?aste japonais Kore-Eda Hirokazu (Nobody knows, Still walking) de d?rouler son art d?licat, ?voluant avec gr?ce entre cruaut? et pardon.

Les deux couples sont clairement identifiables et repr?sentent deux facettes du Japon. Le premier renvoie ? ce Japon ultra-moderne et conqu?rant qui fascine autant qu’il suscite la critique : l’?poux, architecte dans un cabinet en vogue, travaille sans cesse, tandis que sa jeune ?pouse a abandonn? sa carri?re pour se consacrer ? leur jeune enfant Keita ; le foyer para?t sans ?me ni tendresse, tout y semble fabriqu? (ou refoul?) pour programmer l’enfant ? r?ussir. Le second couple, quant ? lui, renvoie ? ce Japon populaire, farfelu et bouffon, tel que les com?dies de Takeshi Kitano ont pu nous en donner l'image : lui tient un magasin bric-?-brac, elle est serveuse dans une gargote ; leurs trois enfants d?bordent d'une vitalit? qui jure avec le calme lunaire de Keita, et les parents semblent chaleureux et aimants, malgr? le manque d’argent (ou gr?ce ? lui ?).

Le d?cor plant?, les n?gociations entre les deux couples subissent des variations d’intensit? depuis le m?pris silencieux, jusqu’au dialogue empathique, en passant par l’affrontement, comme autant de remous, plus ou moins tourbillonnants, dans les eaux dormantes du grand fleuve tranquille de la vie. L’architecte, si assur? de ce qu’est la paternit?, est celui qui perd le plus pied dans ces m?andres, avant de refaire surface, d?lest? de son masque social. Il est d’ailleurs le double avou? du r?alisateur, ?branl? par l'apprentissage difficile de la paternit? ? la naissance de son premier enfant comme il le raconte dans le dossier de presse ("Tous mes dilemmes, mes questionnements et mes regrets m?me ; c’est la premi?re fois que je d?verse ces ?motions avec une telle candeur dans un personnage principal.")

Si Tel p?re, tel fils pose l'?ternelle question de l’inn? et de l’acquis, ce n’est jamais sous une forme didactique, mais bien en ?pousant le mouvement feutr? de la vie comme tissage d’?chos et circonvolutions mentales, tour ? tour comiques et cruelles, mais fondamentalement po?tiques.

Tel p?re, tel fils (Soshite Chichi Ni Naru) de Kore-Eda Hirokazu, 2013, Japon, 120 mn
S?lection officielle, en Comp?tition

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Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 21.05.13 à 06:30 - Réagir

The We and the I en salles

The We and the I

The We and the I de Michel Gondry (qui termine actuellement une adaptation de L'?cume des jours de Boris Vian) sort aujourd'hui en salles. Nous avions vu et appr?ci? le film lors du dernier Festival de Cannes :

" (…) Toute l’œuvre du r?alisateur fran?ais peut ?tre lue au prisme de cette dialectique entre la singularit? de l’individu (dont l’imaginaire foutraque et enchant? est le plus beau t?moignage) et la force des liens sociaux (la notion de "communaut?" est au cœur de films comme Soyez sympa, rembobinez). On peut voir The We and the I ? la fois comme un prolongement de son projet L’Usine des films amateurs (parce que r?alis? dans le cadre d’un projet collectif, avec la participation active d’adolescents volontaires) et comme son exact oppos? : l? o? l’Usine mettait en œuvre toute une s?rie de protocoles pour permettre un fonctionnement d?mocratique apais?, et la participation effective de tous les participants, le microcosme roulant de The We and the I ressemble ? l’?tat de nature hobbesien, celui de la guerre de tous contre tous, et d'une totale amoralit? (du moins en apparence). Les comportements montr?s dans The We and the I (? l’int?rieur du bus ou ? la faveur de courtes s?quences en flash-backs, bricol?s dans le style artisanal de Gondry) pourront choquer les adultes : binge drinking (alcoolisation massive), sexting (envoi d’images sexuelles par internet), bullying (harc?lement), le catalogue des maux de l’adolescence est presque au complet. Mais la force du film est ne pas porter un regard moralisateur ou alarmiste sur ces comportements. Le film montre la cruaut? des adolescents mais aussi leur extraordinaire plasticit? : cette capacit? ? oublier, aussit?t encaiss?es, les brimades et les humiliations pour se projeter dans l'avenir. (…) "
Lire l'article en entier

[The We and the I de Michel Gondry. 2012. Dur?e : 1 h 43. Distribution : Marsfilms. Sortie le 12 septembre 2012]

> Voir ?galement en salles Des hommes sans loi (Lawless) de John Hillcoat, ?galement chroniqu? ? Cannes…

Posté par comtessa le 12.09.12 à 12:33 - Réagir

The We and the I de Michel Gondry

The We and the I

On se rappelle du saisissement qui avait parcouru le Festival (et le jury pr?sid? par Sean Penn, qui lui avait attribu? la Palme d’or) ? la vision des coll?giens d’Entre les murs de Laurent Cantet. On se souvient du scandale des Kids de Larry Clark, des ?clats de rire provoqu?s par les Beaux Gosses de Riad Sattouf ou du coup de cœur du public fran?ais pour L’Esquive d’Abdellatif Kechiche. Il faut croire que pour l’immense majorit? des spectateurs (en tout cas des spectateurs adultes), l’adolescence d’aujourd’hui est un continent myst?rieux, et les autochtones qui le peuplent des sp?cimens aussi fascinants qu’inqui?tants.
En nous immergeant au sein d’un groupe de lyc?ens new-yorkais qui squattent le bus du retour, le dernier jour de l'ann?e scolaire, The We and the I de Michel Gondry (pr?sent? en ouverture de la Quinzaine des R?alisateurs) joue sur la m?me fascination. On n’est pas d??u du voyage : d?s les premi?res minutes, le montage nerveux nous plonge dans un ma?lstrom de mots, de gestes et d’attitudes, dont la violence (verbale et parfois physique) est la caract?ristique la plus frappante (m?me si elle n’est pas la seule). Il faut quelques s?quences pour que des lignes de force se dessinent et que des personnalit?s ?mergent, que nous allons apprendre ? conna?tre lors du trajet.
Imagin? par le fran?ais Michel Gondry il y a plus de quinze en observant des ?coliers dans le bus 80 ? Paris, le projet a ?t? r?alis? avec des adolescents du Bronx dans le cadre d’un projet ?ducatif. Le d?paysement ajoute un attrait suppl?mentaire au film pour le spectateur non am?ricain (musique rap et paysage newyorkais), mais la probl?matique reste la m?me : dans quelle mesure et de quelle mani?re le groupe influe-t-il sur l’individu, et pourquoi se comporte-t-on diff?rement selon que l'on est seul ou avec (plus ou moins) d’autres. En se d?lestant petit ? petit de ses personnages pour se concentrer sur certains d’entre eux, le film montre ? quel point ils peuvent ?tre diff?rents de l’image qu’ils donnaient d’eux-m?mes ? leurs camarades.

Toute l’œuvre du r?alisateur fran?ais peut ?tre lue au prisme de cette dialectique entre la singularit? de l’individu (dont l’imaginaire foutraque et enchant? est le plus beau t?moignage) et la force des liens sociaux (la notion de "communaut?" est au cœur de films comme Soyez sympa, rembobinez). On peut voir The We and the I ? la fois comme un prolongement de son projet L’Usine des films amateurs (parce que r?alis? dans le cadre d’un projet collectif, avec la participation active d’adolescents volontaires) et comme son exact oppos? : l? o? l’Usine mettait en œuvre toute une s?rie de protocoles pour permettre un fonctionnement d?mocratique apais?, et la participation effective de tous les participants, le microcosme roulant de The We and the I ressemble ? l’?tat de nature hobbesien, celui de la guerre de tous contre tous, et d'une totale amoralit? (du moins en apparence). Les comportements montr?s dans The We and the I (? l’int?rieur du bus ou ? la faveur de courtes s?quences en flash-backs, bricol?s dans le style artisanal de Gondry) pourront choquer les adultes : binge drinking (alcoolisation massive), sexting (envoi d’images sexuelles par internet), bullying (harc?lement), le catalogue des maux de l’adolescence est presque au complet. Mais la force du film est ne pas porter un regard moralisateur ou alarmiste sur ces comportements. Le film montre la cruaut? des adolescents mais aussi leur extraordinaire plasticit? : cette capacit? ? oublier, aussit?t encaiss?es, les brimades et les humiliations pour se projeter dans l'avenir.

Port? par la justesse de ses interpr?tes et la virtuosit? de son montage, The We and the I est un film aussi divertissant que riche. S’il interpellera au premier chef les ?ducateurs (confront?s quotidiennement ? la pr?gnance de ces dynamiques de groupe), c’est aussi une œuvre passionnante ? travailler avec des ?l?ves de lyc?e : en Anglais, en SES pour aborder le chapitre ? groupe et socialisation ? (1?re ES), en Philosophie avec les s?ries L et ES pour travailler sur la notions d’alt?rit? et de soci?t?, mais aussi, plus largement, afin de les confronter ? ce miroir qui leur est tendu.

The We and the I de Michel Gondry, ?tats-Unis, 103 mn
Quinzaine des r?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 19.05.12 à 12:39 - Réagir

Revue de web # 2 : Tavernier et l'histoire, Le Havre au cin?ma, Hunger games?

> Ville de cin?ma, Le Havre a ?t? mise particuli?rement ? l'honneur ces deux derniers ann?es : par Mathieu Amalric (Tourn?e), Dominique Abel et Fiona Gordon (La F?e), Lucas Belvaux (le r?cent 38 t?moins) et bien ?videmment Aki Kaurism?ki, qui a intitul? son dernier film… Le Havre. Le Courrier International publie le reportage d'un compatriote de Kaurism?ki et Culturebox (francetv) revient en images sur les films tourn?s dans la ville, et interroge (bri?vement) le maire sur les raisons de l'attrait qu'elle exerce sur les cin?astes : "Ici, [la lumi?re] est r?ellement exceptionnelle. c'est elle qui a attir? les premiers peintres impressionnistes. La premi?re toile du genre, "Impression, soleil levant", de Claude Monet, a ?t? peinte au Havre. C'est notamment? la situation particuli?re, en estuaire, qui apporte cette caract?ristique pris?e des artistes comme Boudin, Monet ou Pisaro. Ensuite, la ville forme un d?cor fort. Il y a d'abord la zone portuaire, cette architecture typique des ann?es cinquante."

> La 7?me ?dition du festival du film d'histoire de Compi?gne s'est tenue du 7 au 12 novembre 2011 sur le th?me de la dr?le de guerre. Certaines tables rondes et interviews ont ?t? capt?es par le CNDP, qui les propose sur le site de l'Acad?mie d'Amiens : l'historien Laurent Veray et le r?alisateur Bertrand Tavernier ?changent sur "Le jeu de l'acteur et la mise en sc?ne de la violence en temps de guerre, ? partir de l'exemple du film Capitaine Conan (1996)" ; sur le mode plus intime de l'interview, le r?alisateur de La Princesse de Montpensier revient ?galement sur sa passion de l'histoire. Toujours passionnant, il revient aux sources de sa passion de "r?ver en images sur le pass?", cite Les Ch?timents de Victor Hugo (L'expiation), ?voque son amour des westerns de John Ford, parle du moment il faut "renvoyer le mod?le ? la maison" (Manet) autrement dit se d?tacher de la documentation historique…

> Tir? d'un best-seller de la litt?rature pour la jeunesse, Hunger games est la nouvelle saga qui ?lectrise le public adolescent. Slate.fr consacre pas moins de trois articles au film et ? Panem, l'effrayante contre-utopie (ou dystopie) qui sert de d?cor au film. Le site revient notamment sur L'?conomie de Hunger Games : "Un vrai pays pourrait-il fonctionner selon le mod?le ?conomique de Panem, la nation fictive du livre et du film Hunger Games ?"

> En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy ne jurait que par le cin?ma am?ricain. Depuis, le pr?sident a d?couvert Pasolini et Dreyer et lanc? Cin?lyc?e.fr. Lesinrocks.com s'interrogent sur la cin?philie des hommes politiques

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 06.04.12 à 17:42 - Réagir

De m?moires d'ouvriers : de la petite ? la grande histoire sociale

De m?moire d'ouvriers

Alors qu’en cette p?riode pr?-?lectorale les candidats en campagne courent les usines, attirant les feux de l’actualit? sur une cat?gorie socio-professionnelle (les ouvriers) habituellement d?laiss?e, nul doute que le nouveau film de Gilles Perret tombe ? point nomm?, et permettra d’enrichir le d?bat pr?sidentiel. Cela ne fait pas pourtant de De m?moires d’ouvriers un film de circonstance, tant il s’inscrit avec coh?rence dans l’œuvre du cin?aste savoyard, dont il constitue peut-?tre l’œuvre la plus r?ussie ? ce jour.

De m?moires d’ouvriers reprend le principe qui a fait la marque de fabrique de Gilles Perret (Ma mondialisation, Walter, retour en r?sistance : s’enraciner dans un territoire (la Haute-Savoie) et une histoire d?limit?es pour mieux ?largir le champ de la r?flexion. En associant t?moignages et images d’archive (le film est coproduit par la Cin?math?que des Pays de Savoie et de l'Ain), le documentaire revient sur un si?cle d’histoire sociale et ?conomique. De mani?re tr?s p?dagogique, il nous raconte l’industrialisation de la vall?e, ? la fin du XIX?me si?cle, avec la naissance de l’?lectrom?tallurgie, puis les chantiers des grands barrages apr?s-guerre, dans un contexte de reconstruction et de grands travaux, et enfin, ? la suite du ? plan neige ? de 1965, l’explosion de l’industrie touristique.
Mais le film a ?galement le m?rite de nous faire entendre la voix des ouvriers, acteurs et sujets de ces transformations : d’abord ouvriers-paysans des montagnes savoyardes puis immigr?s d’Europe et du Maghreb, aujourd’hui jeunes gens de plus en plus rares, ces travailleurs racontent la naissance d’une conscience de classe (avec la solidarit? issue de la difficult? du labeur mais aussi de la communaut? de condition, de logement, d’instruction, de loisir), puis la d?sagr?gation progressive d’une conscience collective due ? l’?miettement des postes et des r?mun?rations, au d?clin des exigences et des comp?tences, ? la disparition d’un mode de vie commun – en lien avec l’?volution du patronat. Le paternalisme originel a en effet laiss? la place ? des injonctions ? la performance, ? la comp?titivit? ? outrance, dans un contexte de mondialisation croissante (avec de sid?rants extraits de films d’entreprise sur la ? guerre ?conomique ? diffus?s dans les ann?es 1980), m?me au d?triment de la qualit? du travail et de l’emploi.?
Ainsi, ? travers la focalisation sur quelques vall?es alpines, le film offre ainsi une vision synth?tique et percutante de l’?volution du travail en usine en France – et, plus largement, de l’?volution ?conomique et sociale de la France, au cœur du chapitre d’Histoire de Premi?re sur la croissance ?conomique, mais aussi au cœur des r?flexions actuelles sur l’avenir industriel de notre pays

[De m?moire d'ouvriers de Gilles Perret. 2011. Dur?e : 1 h 19. Distribution : CP Productions. Sortie le 29 f?vrier 2012]

Pour aller plus loin :
> Le site officiel du film
> Les pr?c?dents films de Gilles Perret sur Z?rodeconduite.net :
Ma mondialisation, Walter, retour en r?sistance
> Disponible dans la boutique Z?rodeconduite.net (DVD + Droits institutionnels + Dossier p?dagogique) :
Ma mondialisation (dossier g?ographie / SES, 49,50 €)

Posté dans Dans les salles par marion le 01.03.12 à 00:51 - Réagir

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