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Vandal : Entretien avec Alain Milon

Vandal / Faites le mur

Alain Milon est professeur de philosophie ? l'universit? Paris Ouest Nanterre La D?fense. Il travaille sur la ville depuis les ann?es 80 et s'int?resse aux expressions murales illicites dont le graffiti. Il porte ? la fois un regard de sociologue et de philosophe comme le r?v?lent ses divers ouvrages et articles : L' Etranger dans la Ville. Du rap au graff mural. (1999, Paris, PUF, col. "Sociologie d'aujourd'hui "), ? Les expressions murales illicites : le graff dans l’espace public ? dans Fronti?res et esth?tisation de l’espace public (dir. F. Soulages, Paris, L’Harmattan, 2013. (ouvrage collectif)).
A l'occasion de la sortie de
Vandal, le premier film d'H?lier Cisterne (en salles mercredi 9 octobre), nous avons voulu l'interroger sur la culture du graff. Il a visionn? Vandal, mais ?galement l'excellent documentaire de Banksy, Faites le mur (Exit through the gift shop, 2007).

Z?rodeconduite.net : Quelle est l’origine de l'art urbain ?

Alain Milon : L'art mural a toujours exist?, vous pouvez remonter aux grottes de Lascaux. Il ?tait d?j? question d’ombres port?es et de d?tourage de main 17 000 ans avant J.C. Etait-ce alors une expression artistique ? Jacques Villegl? d?tournait des affiches de r?clame dans les ann?es 50 ! Ernest Pignon-Ernest, G?rard Zlotykamien et Daniel Buren, consid?r?s comme les initiateurs de l’art urbain, oeuvraient dans les ann?es 60. Le mouvement se renouvelle, se d?place mais il n’est pas neuf. C’est la m?diatisation qui a chang? le regard sur ce mouvement.

Le mouvement street art a le vent en poupe.

A.M. : C’est le cas depuis les ann?es 2007-2008, lorsque les gali?ristes ont occup? le cr?neau. Le street wear, le street quelque chose, la publicit?, la mode. Tout le monde s’y est mis. Regardez le lettrage du TGV de la SNCF, c’est un tag ! Je me souviens de l'exposition sur le graffiti de la Fondation Cartier ''N?s dans la rue", en 2009. C’?tait leur plus grosse exposition en terme de nombre de visiteurs. A cette occasion, la Fondation m’avait demand? d’organiser des promenades sociologiques dans Paris. Nous partions des Ateliers de la Forge, rue Ramponneau dans le XX?me arrondissement et allions jusque dans le XI?me, sur la Place Verte, o? le collectif "Une nuit" r?alise des collages, tous les 15 jours. Deux grapheurs m’accompagnaient : Mazout, membre d'un collectif d'artistes de Bagnolet et Jean Faucheur, un des fondateurs du collectif Une nuit. Ce dernier a cr?? une association qui s'appelle le M.U.R, acronyme de Modulable, Urbain et R?actif, qui fait la promotion de ce genre d'expression murale. A chaque fois j’avertissais les visiteurs que ce que la Fondation Cartier montrait n'avait rien ? voir avec le ph?nom?ne. Le graffiti est hors cadre, hors champ, tandis qu'une exposition se d?roule dans un cadre. Ce n'?tait pas tout ? fait compatible. La Fondation n'avait aucun propos sur le graff ou l'art urbain. Elle a simplement occup? un segment de march?.

Comment expliquez-vous cet engouement ?

A.M. : A la fin des ann?es 70, il y a un grand mouvement lanc? par Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat, avec l'id?e que la rue est une galerie. Ce n'est pas un lieu d'exposition habituel donc on sort du cadre. Plusieurs artistes vont occuper la rue et l’utiliser comme leur galerie. Un autre ph?nom?ne est conjugu? ? cela : l'apparition de la culture hip-hop. Cela ne signifie pas pour autant que le graff est inh?rent ? la culture hip-hop. Des graffeurs revendiquent une appartenance ? la culture hip-hop mais tous n'appartiennent pas ? cette culture. Les premiers clips vid?o de rap repr?sentaient la ville. Sur sc?ne, on apercevait les chanteurs derri?re eux les danseurs et derri?re eux les graffeurs.

Comment les gali?ristes ?valuent un graff ?

A.M. : Comme n'importe quelle autre œuvre d'art. C'est la loi de l'offre et de la demande. Un discours pseudo-conceptuel va faire que tel ou tel artiste est en vogue. Il suffit de voir Thierry Guetta dans le documentaire de Banksy dire : ? C'est grand, non c'est moyen, allez 35 000 dollars. ? Ce sont des marchands de tapis. La question de la valeur d'une œuvre d'art se pose d?s le d?but, ce n'est pas propre au graffiti. Comment d?finir la valeur d'une œuvre ? Les marchands d’art affirment qu’ils permettent ? cette forme artistique d'?tre reconnue. L’ambigu?t? r?side dans le fait qu’un graffiti est hors cadre, hors champ et que d?s l'instant o? vous le faites entrer dans une galerie, vous modifiez le rapport au hors cadre. Le graffiti est ?ph?m?re, anonyme. La plupart du temps il est collectif. Il est destin? ? ?tre effac?. Le mur est un palimpseste, une page d'?criture sur laquelle on ?crit, on efface et on r??crit. C'est le propre de la vie de la ville. Ces diff?rentes couches apparaissent. D?s que vous d?tourez un mur pour l’exposer dans une galerie, vous changez de registre.??

Cela peut para?tre ironique qu'un art consid?r? comme marginal car hors cadre vienne s'exposer dans les galeries aux c?t?s d'arts plus conventionnels.

A.M. : L'art est une figure de r?sistance. Les impressionnistes, en totale rupture avec l'art n?o-classique, ?taient consid?r?s comme des marginaux. Une v?ritable forme artistique est forc?ment une expression de r?sistance. Le graff n'est pas plus ou moins r?sistant qu'une autre forme d'art, quand il a un propos.

A travers ses œuvres, Banksy transmet des messages anticapitalistes et antimilitaristes.

A.M. : Banksy a un propos quand il va sur le mur qui s?pare la Cisjordanie d'Isra?l ou le mur de Berlin. Le fait de choisir un mur, ce n'est pas anodin. Le mur est une surface lisse. Est-ce que le graff est une cicatrice ou un visage de la ville ? Certains pr?f?rent les villes grises, les chromophobes, d'autres pr?f?rent la couleur, les chromophiles. Cela a ? voir avec notre culture latine ? l'imaginaire de la propret?, de la propri?t?. Les deux sont li?s. Ce mur est ? moi, il est propre. Si quelqu'un pose quelque chose dessus, c'est v?cu comme une violence.?

Le graff est donc consid?r? comme un acte de violence. Dans le film Vandal, on per?oit le go?t pour l’interdit de la part des jeunes graffeurs.

A.M. : Quand vous ?tes propri?taire d'un pavillon et que votre mur est graff?, vous le vivez comme une agression. Cela porte atteinte ? l'imaginaire de la propri?t?. Dans notre culture jud?o-chr?tienne propri?t? et propret? sont symboliques. D?s qu'on pose quelque chose sur un mur immacul?, on le salit. Certaines formes de salissures sont accept?es, comme les peintures murales command?es par la ville. Ce sont des commandes d'artistes mais qui ne disent rien. Je pense ? des choses de J?r?me Mesnager, rue M?nilmontant dans le XX?me arrondissement de Paris.

Comment d?finit-on un graff ?

A.M. :? C’est difficile ? dire, il y a une telle vari?t? de formes. Un pochoiriste est-il un graffeur ? Une ombre port?e rel?ve-t-elle du graff ? Est-ce que le gravity - toutes ces formes de gravures sur les vitres du RER ou du train - appartient ? l’univers du graff ? Est-ce que les anti-pubs sont des graffeurs ? Est-ce que l’artiste Space Invader, avec ses mosa?ques, est un graffeur ? Juridiquement oui puisqu’un graffiti se d?finit comme une expression murale illicite. Les graffitis pornographiques ou politiques des toilettes publiques ou des salles de classes peuvent-ils ?tre consid?r?s comme du graff ? Est-ce que le graff est uniquement un lettrage ???

Les graffeurs sont-ils consid?r?s comme des artistes ?

A.M. : Je ne les appellerais pas des artistes mais plut?t des surligneurs, des gens qui surlignent la ville, qui montrent des choses qu'on ne voit pas. Nous sommes habitu?s dans notre culture ? voir des murs propres. Si vous posez un tag ici, il va tout de suite ?tre effac?. On va dire que c'est un mur d?grad?, que c'est du vandalisme, on va ?voquer l'ins?curit?. Dans les quartiers est de Paris, lorsqu’un promoteur immobilier lance un programme et construit un appartement t?moin, la premi?re chose qu'il fait est de faire nettoyer tout graffiti sur 200 m?tres ? la ronde. Si les potentiels nouveaux acqu?reurs voient des graffitis autour du logement, ils vont tout de suite y associer, dans leur imaginaire, le trafic de drogue et la d?linquance.??

Comment distinguer le graff du tag ?

A.M. : J'ai commenc? ? travailler sur la question du graffiti aux Etats-Unis, dans les ann?es 80. L? bas, le tag, qui est simplement une signature monochrome, a une revendication territoriale. L'urbanisme am?ricain est construit par blocs et le tag est un marqueur de territoire. Par ce tag, le bloc "appartient ?" ou "est la propri?t? de". Derri?re ce bloc, qui est un ensemble de rues, vous avez une gestion financi?re : trafic, racket, prostitution.??

Dans le film Vandal, on voit une sorte de guerre des murs entre graffeurs qui se disputent les meilleurs emplacements.

A.M. : En Europe, la rue est aussi le territoire, bien s?r, mais nous n'assistons pas ? des appropriations territoriales. Le plus souvent les graffeurs agissent le long de leur chemin, ? l’image de ces jeunes dans le film. Il suffit de les suivre. C’est pour cette raison que le graffeur le Petit Poucet s’est fait attraper. Ils sortent de chez eux et se mettent ? graffer. Mais ce n'est pas du tout la m?me revendication territoriale que les taggeurs aux Etats-Unis. Ce qui est montr? dans le film Vandal est juste. Il ne faut pas s'imaginer que le graffiti concerne uniquement les jeunes d?favoris?s, issus des banlieues, d'un foyer monoparental et en ?chec scolaire. Ces clich?s ont conduit la presse ? forger une esp?ce de slogan ''bons graffs, mauvais tags''. Le tag est sale, vite fait et monochrome tandis que le graff est acceptable parce qu'il y a de la couleur. C'est le propos des mass media. Pourtant certains tags sont bien sup?rieurs aux graffs, d'un simple point de vue calligraphique. Tous les graffeurs sont pass?s par le tag mais tous les taggeurs ne sont pas des graffeurs.??

Il n’y a donc pas un profil type du graffeur/tagger ?

A.M. : Tout le monde tagge. Nous sommes tous graffomaniaques lorsque nous gribouillons sur une feuille avec un stylo. Certains travaillent leur lettrage, vont sur un support plus large. Ceux qui s'imaginent artistes utilisent le mur comme affiche publicitaire, comme une campagne de pub gratuite. Ils posent leur marque partout. D'autres graffeurs ont une autre lecture de la ville. Pour les surligneurs qui ont un propos, il n'est pas question de graffer parce que tout le monde graffe ou de tagger parce que tout le monde tagge. Ils r?fl?chissent sur un emplacement particulier et sur ce qu’ils veulent essayer de montrer ? l'habitant.??

Le r?alisateur du film Vandal parle d’une contradiction entre la vanit? du geste gratuit et le risque encouru par les graffeurs.

A.M. : Les peines sont lourdes, le pseudo permet l’anonymat. La plupart des graffs sont des lettrages. Je graffe ma signature, je cherche ? ?tre le plus visible possible. Le discours est quelque peu narcissique. Les graffeurs l'Atlas et Moze se sont introduits dans le milieu de la mode. Moze fait des blousons. L'Atlas fait des t-shirts et d?core les boutiques Agn?s b. C’est d’ailleurs apr?s avoir graff? les camions d'Agn?s b qu'il a ?t? contact?. Les graffeurs essaient de se faire conna?tre.??

Que trouvez-vous int?ressant dans ce moyen d’expression ?

A.M. : Les expressions murales illicites interpellent la ville. Sont-elles des cicatrices ? Habillent-elles ou ab?ment-elles la ville ? Est-ce qu'elles lui donnent un visage ? Les anti-pubs font ?galement des d?tournements d'affiches. Pourquoi un tag serait illicite et donc condamnable alors que lorsque je prends le m?tro, je me trouve face ? de la pornographie soft que je ne recherche pas quand j'ach?te un ticket. C'est justement le discours des anti-pubs. Pourquoi les anti-pubs ne seraient pas des graffeurs ? La publicit? est dans le cadre, elle est l?galis?e. La SNCF et de la RATP pr?tendent que c’est gr?ce aux revenus de la publicit? qu'ils peuvent diminuer le prix du billet. Mais les anti-pubs sont pr?ts ? payer plus pour ne pas ?tre assailli par la publicit? dans le m?tro ou le RER. La publicit? peut sembler aussi agressive qu'un tag et pourtant on l'accepte car elle rapporte de l’argent.??

Constatez-vous une ?volution dans les expressions murales illicites ?

A.M. : Les formes de lettrage et les techniques utilis?es ?voluent : la bombe, le rouleur, le collage, la fa?ence, le stylo, les pochoirs... Et les surligneurs se d?placent vers d’autres supports car la ville de Paris fait syst?matiquement nettoyer les murs. Les pochoiristes s’expriment de plus en plus sur le trottoir. Si le mur a presque toujours un propri?taire, le trottoir non. Le rapport ? la salissure n'est pas le m?me et puis on marche dessus, entre les crottes de chien et les chewing-gums. Certains pochoirs sont int?ressants. Devant une entr?e de m?tro, vous pouvez lire : ? Zone de harc?lement publicitaire ?. L’Atlas dessine des boussoles avec du gaffer, ce scotch noir ou blanc utilis? par les ?quipes de tournage. Avec la chaleur, le gaffeur impr?gne le goudron du trottoir. Il situe pr?cis?ment sa localisation au GPS en indiquant des distances.

Le mouvement se d?place mais ne s'essouffle pas.

A.M. : Il a toujours exist? mais il est fortement m?diatis? aujourd’hui, et puis on s’y habitue. Le gravity se substitue au tag. Ces gravures se pratiquent avec une pointe diamant, une bougie de voiture ou un sticker ? l'acide. L'encre de ces gros feutres est vid?e et remplac?e par de l'acide. Une large t?te permet d’attaquer le verre. Depuis peu, certains gravity sont r?alis?s avec de la cire de bougie. On peut les effacer. Les expressions murales illicites sont symptomatiques des mutations de la ville. Corps vivant, la ville a des couleurs, du gris et des cicatrices qu’on essaie de dissimuler. Certaines sont plus ?ph?m?res comme les graffs invisibles de Zevs ou les graffs propres qui interpellent le visage de la ville.

Des graffs propres ou invisibles ?

A.M. : Sur un mur sale, si je prends un karcher et que je fais une signature, mon graff est vu comme propre. C’est une mani?re de renverser la lecture de la ville. La peinture des graffs invisibles ne se voit qu'aux ultra-violets.

Propos recueillis par Magali Bourrel, Octobre 2013?

> Vandal d'H?lier Cisterne, 2013, dur?e : 1 h 24. Au cin?ma le 9 octobre
> Faites le mur (Exit through the gift shop) de Banksy, 2010, dur?e : 1 h 27. Disponible en DVD dans la boutique Z?rodeconduite.net avec droits d'utilisation en classe et dossier p?dagogique

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 07.10.13 à 11:57 - 1 commentaire

Les Gar?ons et Guillaume, ? table : tout sur ma m?re (ou ma vie sexuelle)

Les Gar?ons et Guillaume, ? table

La projection du premier film de Guillaume Gallienne ? la Quinzaine des r?alisateurs s’est achev?e sous une ovation m?rit?e. Reprenant le spectacle autobiographique qu’il avait ?crit et interpr?t?, il y a quelques ann?es, l’acteur de la Com?die Fran?aise, propuls? star du petit ?cran par Canal Plus, fait des ?tincelles, dans ce festival de com?die, aux dialogues qui fusent, aux situations irr?sistibles, mais aussi et surtout ? l’?me g?n?reuse.

Guillaume est un petit gar?on qui adore sa m?re, M?litta, une grande bourgeoise de caract?re, ? la r?partie assassine et crue, ? l’?l?gance imposante et d?sinvolte, autant dire une actrice, … ou plut?t une diva.? La grande affaire du film est que le gar?on et sa m?re sont tous deux interpr?t?s par le metteur en sc?ne, qui r?gale le spectateur de ses travestissements ? la Fr?goli. Le film raconte l’initiation sentimentale de ce gar?on h?t?rosexuel, que l’ensemble de sa famille (notamment les femmes) a toujours consid?r? comme homosexuel. Gallienne, ? la fa?on d’un Caub?re (dans l'œuvre duquel la m?re occupe ?galement une place tr?s importante) qui se travestirait, assume le double-jeu qui consiste ? interpr?ter son propre r?le et celui de sa m?re, tra?ant ainsi une belle filiation m?re-fils/diva-acteur.

Mais l'acteur-r?alisateur va au-l? de cette filiation "d’interpr?tes". Son film s’approprie ainsi avec bonheur non seulement le ton d’Almodovar, notamment dans une s?quence "espagnole", mais aussi celui de Woody Allen (lui aussi acteur et r?alisateur), ? travers les interventions inopin?es de la m?re qui appara?t ? tout bout de champ pour commenter l'action. A travers la jouissance d’imiter la femme puis les femmes, Gallienne rend juste hommage ? tout le cin?ma qui les c?l?bre, en passant par le plus kitsch (? ce titre la sc?ne entre Sissi et l’archi-duchesse Sophie d?clenche un des nombreux fous rires du film). Guillaume et les gar?ons, ? table a le pouvoir de d?cha?ner un rire fou et lib?rateur, mais jamais destructeur, gr?ce ? l’?tonnement toujours candide de ce Guillaume ? la recherche d?sesp?r?e de son moi. L’?motion pointe son nez et des r?miniscences proustiennes surgissent au d?tour de ces affrontements entre le fils et sa m?re (autrement dit entre Guillaume Galienne et lui-m?me), affrontements qui se m?tamorphosent en chants d’amour dans les champs/contre-champs. La solitude, le rejet, l’incompr?hension que subit le personnage, forc?ment path?tiques, sont ex?cut?es litt?ralement par une mise en sc?ne cathartique qui c?l?bre la jouissance du jeu. Voici un film magnifique pour ouvrir les ?l?ves ? la tol?rance sur l’identit? sexuelle !

Les Gar?ons et Guillaume, ? table de Guillaume Galienne, France 2012, 85 mn
Quinzaine des R?alisateurs?

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 25.05.13 à 21:10 - Réagir

Tel p?re, tel fils : les m?andres du long fleuve tranquille

Deux couples que leurs niveaux socio-culturels opposent d?couvrent que leurs enfants ont ?t? ?chang?s ? leur naissance ? la maternit?. Cette situation matricielle permet au cin?aste japonais Kore-Eda Hirokazu (Nobody knows, Still walking) de d?rouler son art d?licat, ?voluant avec gr?ce entre cruaut? et pardon.

Les deux couples sont clairement identifiables et repr?sentent deux facettes du Japon. Le premier renvoie ? ce Japon ultra-moderne et conqu?rant qui fascine autant qu’il suscite la critique : l’?poux, architecte dans un cabinet en vogue, travaille sans cesse, tandis que sa jeune ?pouse a abandonn? sa carri?re pour se consacrer ? leur jeune enfant Keita ; le foyer para?t sans ?me ni tendresse, tout y semble fabriqu? (ou refoul?) pour programmer l’enfant ? r?ussir. Le second couple, quant ? lui, renvoie ? ce Japon populaire, farfelu et bouffon, tel que les com?dies de Takeshi Kitano ont pu nous en donner l'image : lui tient un magasin bric-?-brac, elle est serveuse dans une gargote ; leurs trois enfants d?bordent d'une vitalit? qui jure avec le calme lunaire de Keita, et les parents semblent chaleureux et aimants, malgr? le manque d’argent (ou gr?ce ? lui ?).

Le d?cor plant?, les n?gociations entre les deux couples subissent des variations d’intensit? depuis le m?pris silencieux, jusqu’au dialogue empathique, en passant par l’affrontement, comme autant de remous, plus ou moins tourbillonnants, dans les eaux dormantes du grand fleuve tranquille de la vie. L’architecte, si assur? de ce qu’est la paternit?, est celui qui perd le plus pied dans ces m?andres, avant de refaire surface, d?lest? de son masque social. Il est d’ailleurs le double avou? du r?alisateur, ?branl? par l'apprentissage difficile de la paternit? ? la naissance de son premier enfant comme il le raconte dans le dossier de presse ("Tous mes dilemmes, mes questionnements et mes regrets m?me ; c’est la premi?re fois que je d?verse ces ?motions avec une telle candeur dans un personnage principal.")

Si Tel p?re, tel fils pose l'?ternelle question de l’inn? et de l’acquis, ce n’est jamais sous une forme didactique, mais bien en ?pousant le mouvement feutr? de la vie comme tissage d’?chos et circonvolutions mentales, tour ? tour comiques et cruelles, mais fondamentalement po?tiques.

Tel p?re, tel fils (Soshite Chichi Ni Naru) de Kore-Eda Hirokazu, 2013, Japon, 120 mn
S?lection officielle, en Comp?tition

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Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 21.05.13 à 06:30 - Réagir

The We and the I de Michel Gondry

The We and the I

On se rappelle du saisissement qui avait parcouru le Festival (et le jury pr?sid? par Sean Penn, qui lui avait attribu? la Palme d’or) ? la vision des coll?giens d’Entre les murs de Laurent Cantet. On se souvient du scandale des Kids de Larry Clark, des ?clats de rire provoqu?s par les Beaux Gosses de Riad Sattouf ou du coup de cœur du public fran?ais pour L’Esquive d’Abdellatif Kechiche. Il faut croire que pour l’immense majorit? des spectateurs (en tout cas des spectateurs adultes), l’adolescence d’aujourd’hui est un continent myst?rieux, et les autochtones qui le peuplent des sp?cimens aussi fascinants qu’inqui?tants.
En nous immergeant au sein d’un groupe de lyc?ens new-yorkais qui squattent le bus du retour, le dernier jour de l'ann?e scolaire, The We and the I de Michel Gondry (pr?sent? en ouverture de la Quinzaine des R?alisateurs) joue sur la m?me fascination. On n’est pas d??u du voyage : d?s les premi?res minutes, le montage nerveux nous plonge dans un ma?lstrom de mots, de gestes et d’attitudes, dont la violence (verbale et parfois physique) est la caract?ristique la plus frappante (m?me si elle n’est pas la seule). Il faut quelques s?quences pour que des lignes de force se dessinent et que des personnalit?s ?mergent, que nous allons apprendre ? conna?tre lors du trajet.
Imagin? par le fran?ais Michel Gondry il y a plus de quinze en observant des ?coliers dans le bus 80 ? Paris, le projet a ?t? r?alis? avec des adolescents du Bronx dans le cadre d’un projet ?ducatif. Le d?paysement ajoute un attrait suppl?mentaire au film pour le spectateur non am?ricain (musique rap et paysage newyorkais), mais la probl?matique reste la m?me : dans quelle mesure et de quelle mani?re le groupe influe-t-il sur l’individu, et pourquoi se comporte-t-on diff?rement selon que l'on est seul ou avec (plus ou moins) d’autres. En se d?lestant petit ? petit de ses personnages pour se concentrer sur certains d’entre eux, le film montre ? quel point ils peuvent ?tre diff?rents de l’image qu’ils donnaient d’eux-m?mes ? leurs camarades.

Toute l’œuvre du r?alisateur fran?ais peut ?tre lue au prisme de cette dialectique entre la singularit? de l’individu (dont l’imaginaire foutraque et enchant? est le plus beau t?moignage) et la force des liens sociaux (la notion de "communaut?" est au cœur de films comme Soyez sympa, rembobinez). On peut voir The We and the I ? la fois comme un prolongement de son projet L’Usine des films amateurs (parce que r?alis? dans le cadre d’un projet collectif, avec la participation active d’adolescents volontaires) et comme son exact oppos? : l? o? l’Usine mettait en œuvre toute une s?rie de protocoles pour permettre un fonctionnement d?mocratique apais?, et la participation effective de tous les participants, le microcosme roulant de The We and the I ressemble ? l’?tat de nature hobbesien, celui de la guerre de tous contre tous, et d'une totale amoralit? (du moins en apparence). Les comportements montr?s dans The We and the I (? l’int?rieur du bus ou ? la faveur de courtes s?quences en flash-backs, bricol?s dans le style artisanal de Gondry) pourront choquer les adultes : binge drinking (alcoolisation massive), sexting (envoi d’images sexuelles par internet), bullying (harc?lement), le catalogue des maux de l’adolescence est presque au complet. Mais la force du film est ne pas porter un regard moralisateur ou alarmiste sur ces comportements. Le film montre la cruaut? des adolescents mais aussi leur extraordinaire plasticit? : cette capacit? ? oublier, aussit?t encaiss?es, les brimades et les humiliations pour se projeter dans l'avenir.

Port? par la justesse de ses interpr?tes et la virtuosit? de son montage, The We and the I est un film aussi divertissant que riche. S’il interpellera au premier chef les ?ducateurs (confront?s quotidiennement ? la pr?gnance de ces dynamiques de groupe), c’est aussi une œuvre passionnante ? travailler avec des ?l?ves de lyc?e : en Anglais, en SES pour aborder le chapitre ? groupe et socialisation ? (1?re ES), en Philosophie avec les s?ries L et ES pour travailler sur la notions d’alt?rit? et de soci?t?, mais aussi, plus largement, afin de les confronter ? ce miroir qui leur est tendu.

The We and the I de Michel Gondry, ?tats-Unis, 103 mn
Quinzaine des r?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 19.05.12 à 12:39 - Réagir

Revue de web # 2 : Tavernier et l'histoire, Le Havre au cin?ma, Hunger games?

> Ville de cin?ma, Le Havre a ?t? mise particuli?rement ? l'honneur ces deux derniers ann?es : par Mathieu Amalric (Tourn?e), Dominique Abel et Fiona Gordon (La F?e), Lucas Belvaux (le r?cent 38 t?moins) et bien ?videmment Aki Kaurism?ki, qui a intitul? son dernier film… Le Havre. Le Courrier International publie le reportage d'un compatriote de Kaurism?ki et Culturebox (francetv) revient en images sur les films tourn?s dans la ville, et interroge (bri?vement) le maire sur les raisons de l'attrait qu'elle exerce sur les cin?astes : "Ici, [la lumi?re] est r?ellement exceptionnelle. c'est elle qui a attir? les premiers peintres impressionnistes. La premi?re toile du genre, "Impression, soleil levant", de Claude Monet, a ?t? peinte au Havre. C'est notamment? la situation particuli?re, en estuaire, qui apporte cette caract?ristique pris?e des artistes comme Boudin, Monet ou Pisaro. Ensuite, la ville forme un d?cor fort. Il y a d'abord la zone portuaire, cette architecture typique des ann?es cinquante."

> La 7?me ?dition du festival du film d'histoire de Compi?gne s'est tenue du 7 au 12 novembre 2011 sur le th?me de la dr?le de guerre. Certaines tables rondes et interviews ont ?t? capt?es par le CNDP, qui les propose sur le site de l'Acad?mie d'Amiens : l'historien Laurent Veray et le r?alisateur Bertrand Tavernier ?changent sur "Le jeu de l'acteur et la mise en sc?ne de la violence en temps de guerre, ? partir de l'exemple du film Capitaine Conan (1996)" ; sur le mode plus intime de l'interview, le r?alisateur de La Princesse de Montpensier revient ?galement sur sa passion de l'histoire. Toujours passionnant, il revient aux sources de sa passion de "r?ver en images sur le pass?", cite Les Ch?timents de Victor Hugo (L'expiation), ?voque son amour des westerns de John Ford, parle du moment il faut "renvoyer le mod?le ? la maison" (Manet) autrement dit se d?tacher de la documentation historique…

> Tir? d'un best-seller de la litt?rature pour la jeunesse, Hunger games est la nouvelle saga qui ?lectrise le public adolescent. Slate.fr consacre pas moins de trois articles au film et ? Panem, l'effrayante contre-utopie (ou dystopie) qui sert de d?cor au film. Le site revient notamment sur L'?conomie de Hunger Games : "Un vrai pays pourrait-il fonctionner selon le mod?le ?conomique de Panem, la nation fictive du livre et du film Hunger Games ?"

> En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy ne jurait que par le cin?ma am?ricain. Depuis, le pr?sident a d?couvert Pasolini et Dreyer et lanc? Cin?lyc?e.fr. Lesinrocks.com s'interrogent sur la cin?philie des hommes politiques

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 06.04.12 à 17:42 - Réagir

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