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Selma : le site pédagogique

Sa place dans le panthéon hollywoodien est inversement proportionnelle à son importance dans l’histoire américaine : aussi étonnant que cela puisse paraître, le révérend Martin Luther King Jr est resté quasi absent des écrans de cinéma depuis sa mort en 1968. S’inscrivant dans une vague de films portant à l’écran, la mémoire afro-américaine (12 years a slave de Steve Mac Queen, Le Majordome de Lee Daniels, Lincoln de Steven Spielberg), Selma est ainsi le premier véritable long-métrage de cinéma sur MLK.

Pourtant la réalisatrice afro-américaine Ava DuVernay a su éviter le piège du "biopic" apologétique  en se concentrant sur l’un des combats de King les moins connus du public, à savoir la marche de Selma à Montgomery. Beaucoup moins ancrée dans l’imaginaire collectif que "l’autre marche" sur Washington, le boycott des bus lié à l’arrestation de Rosa Parks ou bien sûr le fameux discours "I have a dream" qui mena à la déségrégation en 1964, elle n’en constitue pas moins une date majeure du Civil Rights Movement. À Selma, King et la Southern Christian Leadership Conference se battent en effet pour un droit constitutionnel majeur : le plein exercice du droit de vote, formellement accordé aux citoyens noirs, mais annulé par une multitude de chicaneries administratives inventées par les autorités racistes des états du Sud (l'obligation d'être parrainé pour s'inscrire, de payer un cens…). Le film d'Ava Du Vernay montre comment, en l’espace de trois mois, la ville de Selma devient l’enjeu d’un combat national, et comment King va réussir à retourner contre eux la violence aveugle de ses adversaires, obligeant peu à peu le président Johnson à statuer sur une question dont il espérait ne pas avoir à se mêler.

Accessible dès le collège, Selma s'inscrit parfaitement dans les programmes d'Anglais (notamment au cycle terminal pour aborder les notions "Mythes et héros" et "L'idée de progrès", "Lieux et formes du pouvoir") mais aussi d'Éducation civique (pour aborder les questions de la discrimination et du racisme, du droit de vote et de la mobilisation citoyenne, de la désobéissance civile et de la non-violence). Zérodeconduite propose un site pédagogique autour du film, qui met en ligne notamment un dossier pédagogique et un entretien avec l'historien Pap Ndiaye.

Selma de Ava DuVernay, au cinéma le 11 mars

Le site pédagogique

Dans notre boutique DVD, retrouvez les DVD des films suivants avec leurs droits institutionnels et un dossier pédagogique exclusif : La Couleur des sentiments, Lincoln, Le Majordome, 12 years a slave

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 02.03.15 à 16:12 - Réagir

12 Years A Slave : l'Histoire à coup de trique

12 years a slave

Pour l'universitaire américain Henry Louis Gates (qui conseilla Steven Spielberg lors de la réalisation d’Amistad) 12 years a slave est "le portrait le plus authentique de l’esclavage aux Etats-Unis jamais porté à l’écran !". Moins intéressés par l’histoire expérimentale que leurs collègues anglo-saxons, les historiens français traiteront sans doute le problème de la vérité historique du film réaliste avec plus de distance.

Adapté au cinéma par Steve McQueen, le roman autobiographique de Solomon Northup, rédigé dans les années 1850 constitue assurément une invitation stimulante pour découvrir la situation complexe des Noirs dans l’Amérique du XIXe siècle. Stupéfiant au pire sens du terme, l’itinéraire de Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) conduit le spectateur du Nord des Etats-Unis, là où les Noirs peuvent être libres et intégrés socialement, jusque dans les plantations sudistes où le coton et la canne à sucre se chargent de broyer l’âme et la chair de la servile main d’œuvre. Charpentier et musicien, marié et père de famille, reconnu et respecté par les blancs, Solomon Northup est soudainement kidnappé, en 1841, par deux contrebandiers pour être vendu dans un des sordides marchés d’esclaves de la Nouvelle Orléans.

A lui dès lors douze longues années de servilité humiliante, et au spectateur 2 h 15 d’un spectacle effrayant, qui conduisent Northup d’une plantation à une autre au gré des tractations et arrangements des grands propriétaires blancs. Armé d’un indiscutable talent, l'auteur de Hunger et Shame se charge de mettre à nu l’impitoyable système esclavagiste, arpentant, tel un anthropologue, son quotidien. A chaque noir sa tâche selon sa couleur de peau ou ses talents : les plus sombres iront au champ, les plus clairs au service de la table des maîtres, les plus belles dans leur lit, les plus jeunes dans leurs bras, les plus virtuoses dans leurs orchestres, les plus instruits à leurs piloris… car la communauté « nègre » ne peut que bruire de contestations réelles ou des méfaits supposés, tous dirigés contre « l’ordre blanc »

Clef de voûte scénaristique comme esthétique du long métrage, les sanctions corporelles et psychologiques constituent, aux yeux de S. McQueen, un passe permettant au spectateur de plonger directement dans la réalité de l’Amérique du XIXe siècle et ainsi de renouer sans fard avec une histoire de l’esclavage. Déjà expérimenté lors de ses deux œuvres précédentes (Hunger et Shame), l’effet de réel fait brillamment alterner à l’écran les « images sable » et les « images savon », ainsi que le rappelle S. McQueen : « J’aime faire des films dans lesquels les gens ont le sentiment de pouvoir pratiquement prendre du sable dans leurs mains et le frotter dans leurs paumes. En même temps, je veux qu’un film soit comme un morceau de savon humide. Vous devez bouger physiquement et ajuster votre position en fonction du film pour qu’il vous dirige et non l’inverse ». Côté « sable », on aura ainsi d’interminables plans-séquence pour décomposer le spectateur devant les sévices redoublés et les viols répétés. Côté « savon », il lui faudra attendre la fin du film pour comprendre le sens profond des plans de son ouverture. Pièce maîtresse de ses œuvres précédentes, l’équivoque qui pousse à la réflexivité est cependant ici étouffée dans le carcan hollywoodien de l’œuvre à succès.

Talentueux récit consacré par un réalisateur noir (britannique mais se revendiquant comme un cousin des Noirs américains) à la noble cause de ses ancêtres, association savante du film d’auteur et du blockbuster, 12 years a slave n’est pas le long métrage d’une élite mais une histoire vengeresse donnée à voir à chaque Américain en guise d’expiation des décennies d'esclavage puis de ségrégation. Telle est là sans doute sa force qui le conduira à n'en pas douter à un triomphe au soir des Oscars. Telle est aussi précisément sa faiblesse historiographique. Résultat possible d’un « effet Obama » qui aurait, aux dires de Steve McQueen, libéré la parole noire, fruit plus probable de plusieurs décennies d’une discrimination positive qui lui a ouvert la tribune des grandes institutions culturelles, 12 years a slave s'acharne à nettoyer l’affront d’un long siècle de cinéma hollywoodien qui a systématiquement ignoré et minoré les souffrances de l'esclavage, consacrant par exemple plus de films aux esclaves romains qu'aux esclaves noirs… Depuis Naissance d’une nation de D.W. Griffith (1915), chef d’œuvre cinématographique autant qu’horreur raciste révisionniste, pas un film de noir sur les Noirs ! Descendu dans l’arène des légitimités raciales pour écrire l’histoire des Afro-américains, S. McQueen est bien décidé à lutter, pied à pied, contre les cinéastes blancs coupables désignés d’un vol de l’histoire. Tandis que Spike Lee contestait avec virulence à Q. Tarantino le droit de filmer l’esclavage dans Django unchained, Steve McQueen refuse à Steven Spielberg le monopole de la parole officielle sur l’histoire de ses ancêtres (Amistad, Lincoln). Serviteur autoproclamé d’une communauté qui peine à se remettre de décennies d’oppression et de stigmatisation, S. McQueen s’engouffre non sur le chemin d’une histoire objective et réflexive mais sur la voie d’une mémoire passionnée et combattante.

A accabler ainsi son public sous la trique émotionnelle d’images qui font de la chair noire le parchemin ensanglanté des souffrances de tout un peuple, le réalisateur risque bien de brouiller les pistes de la compréhension. Tailler ainsi l’histoire à grands coups de serpe manichéenne pour opposer des blancs tortionnaires, sadiques, traîtres ou veules à une communauté de victimes noires partagées entre le bon sentiment et l’innocence naïve ne peut conduire qu’à des caricatures incapables de rendre compte de toute la complexité d’une période-clef dans la construction de la nation américaine.

[12 Years A Slave de Steve Mc Queen. 2013. Durée : 133 mn. Distribution : Studio Canal. Sortie le 22 janvier 2013]

Le DVD est disponible, avec ses droits d'utilisation en classe et un dossier pédagogique (destiné aux professeurs d'Anglais), dans notre boutique DVD.

Pour aller plus loin :
> Un document de présentation du film pour les enseignants
> Une analyse de l'affiche du film
> Le site officiel du film (US)
> Le texte (anglais) du livre de Solomon Northup (sur le site "Documenting the American South"
> Le DVD avec droits institutionnels et dossier pédagogique

 

Posté dans Dans les salles par Francis Larran le 23.01.15 à 15:45 - Réagir

Les Hauts de Hurlevent : interview de Joyce Goggin

Les Hauts de Hurlevent, un film de Andrea Arnold

C'est l'un des romans les plus célèbres de la littérature anglaise, un des plus adaptés aussi. Avec son Wuthering Heights, qui sort le 5 décembre sur les écrans français, l'anglaise Andrea Arnold (Red Road, Fish tank) rompt avec la tradition flamboyante des adaptations romantico-gothiques, dont la plus célèbre reste celle de William Wyler avec Laurence Olivier en Heathcliff. Elle filme la rudesse et la sensualité de cette vie rurale, elle se déleste des mots au profit du langage des corps, elle confie le rôle d'Heathcliff à un comédien noir…

Nous avons interrogé Joyce Goggin, professeur à l'université d'Amsterdam et spécialiste de l'adaptation filmique, de nous éclairer sur les choix d'Andrea Arnold.

Qu’est-ce qui vous frappe dans la version des Hauts de Hurlevent réalisée par Andrea Arnold ?

Joyce Goggin : La première chose qui frappe évidemment, c’est de voir incarner Heathcliff par un acteur noir. C’est un choix parfaitement juste et fidèle au roman, même s’il peut surprendre le spectateur d’aujourd’hui. Historiquement, il est évident qu’Heathcliff est un esclave, ou un enfant d’esclaves. Mr Earnshaw le trouve errant dans les rues de Liverpool, qui était le grand port négrier d’Angleterre, à une époque où la traite bat son plein (l’esclavage sera aboli en Angleterre en 1807, Les Hauts de Hurlevent est publié en 1847, mais le roman commence en 1761). Heathcliff parle une langue incompréhensible, il a la peau très foncée, il est décrit comme "dark almost as if it came from the devil".

Pourquoi les adaptations ont-elles escamoté cet aspect ?

Joyce Goggin : Tout simplement parce qu’il semblait impensable de montrer une blanche amoureuse d’un noir, notamment dans un contexte hollywoodien ! Si vous regardez le film de William Wyler avec Laurence Olivier et Merle Oberon (Les Hauts de Hurlevent, 1939), sans doute la plus connue des adaptations du roman, c’est assez caricatural. Pour retranscrire le "teint sombre" de Heathcliff, rôle qu’il a confié à… Laurence Olivier, Wyler place systématiquement le personnage dans l’ombre, utilise des éclairages contrastés, en s’inspirant de l’esthétique du film noir. L’ironie est que le rôle de Catherine est tenu par une actrice métisse : Merle Oberon, dont la mère était indienne (elle venait de Calcutta), et qui a passé toute sa carrière à cacher ses origines. Alors qu’Heathcliff est toujours dans l’ombre, elle au contraire est systématiquement inondée de lumière, ce qui lui donne un teint d’une blancheur surnaturelle. On voit comment la dimension ethnique est totalement évacuée.

Dans le film Hindley traite Heathcliff de "nigger "…

Joyce Goggin : C’est évidemment un anachronisme, comme les "fuck" que prononcent parfois les personnages. Le mot n’apparaît pas dans le roman, Heathcliff est désigné comme "gypsy" (un bohémien) et autres périphrases. Andrea Arnold met les pieds dans le plat en quelque sorte : un lecteur inattentif ou non averti peut passer à côté de cette dimension-là, surtout s’il a en mémoire les précédents Heathcliff blancs.

Le film d’Andrea Arnold modernise également la narration…

Joyce Goggin : Certains des choix d’Andrea Arnold sont dans la tradition cinématographique des adaptations des Hauts de Hurlevent : le film se concentre sur la relation entre Catherine et Heathcliff, il s’arrête à la mort de Catherine. Il élimine également le cadre narratif du roman, le récit enchâssé typique du roman romantique (c’est un voyageur qui couche à Wuthering Heights à qui la bonne Nellie raconte l’histoire). Mais la réalisatrice va plus loin. Elle se déleste d’une part de romanesque pour rendre justice à la sensualité du roman. Si elle élimine le cadre narratif, si elle se passe de voix-off, si elle étire ses plans, c’est pour mieux nous faire partager le tumulte des sensations et des sentiments qui agitent les personnages. Je pense à la très belle scène au cours de laquelle Heathcliff monte à cheval derrière Catherine. Il plonge la tête dans sa chevelure, il se laisse caresser par les mèches, il respire avec avidité son odeur : ce souvenir reviendra de manière obsédante dans la deuxième partie du film, comme si Heathcliff avait été à jamais marqué par ces sensations. Ce traitement de la sensation peut rappeler le travail de Terrence Malick dans ses derniers films, notamment Tree of life.

Ces choix vous paraissent-ils pertinents ?

Joyce Goggin : Ils sont audacieux mais témoignent d’une fidélité profonde au roman, d’une volonté justement de restituer sa puissance et sa beauté. Il y a quelque chose d’un peu excessif, de surnaturel, d’invraisemblable diront certains, dans le roman d'Emily Bronté, notamment dans cet attachement incompréhensible qui lie Heathcliff et Catherine. Cette dimension semble parfois en contradiction avec les codes narratifs en vigueur à l’époque où écrit Emily Bronté. Par exemple, Heathcliff, qui ne parle pas un traître mot d’anglais au début de l’histoire, se révèle presque poète quelques chapitres plus tard, quand il se répand en imprécations contre Hindley ou Linton. Andrea Arnold se débarrasse de tout cela pour saisir de manière presque charnelle la relation entre Catherine et Heathcliff. La scène très sensuelle (qui n’est pas dans le roman, évidemment) où Catherine lèche les blessures d’Heathcliff (qui répond au crachat qu’elle lui envoie lors de leur première rencontre), est à cet égard une très belle trouvaille : cela retranscrit bien la relation d’empathie, de proximité, de consanguinité presque, qui lie Cathy à Heathcliff, malgré leurs différences.

Joyce Goggin est professeure agrégée en littérature anglaise et américaine à l’université d’Amsterdam, où elle donne également des cours sur le cinéma et les nouveaux medias.

Les Hauts de Hurlevent d'Andrea Arnold
Sortie au cinéma le 5 décembre.

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 29.11.14 à 20:57 - Réagir

Interstellar : nouvelle frontière

Interstellar

De quelle ?toffe nos r?ves sont-ils faits ? Dans son chef d'œuvre Inception, Christopher Nolan nous perdait dans les abymes insondables du monde onirique. Dans son dernier long-m?trage, il nous projette aux confins de l'univers et des lois de la physique.
On n'a pas manqu? de comparer Interstellar au r?cent Gravity, autre blockbuster de science-fiction "adulte". L'ambition des deux films est en effet comparable : renouveler un genre us? jusqu'? la corde (la SF) en le prenant au s?rieux, revivifier en quelque sorte la fiction par la science. Mais l? o? Alfonso Cuaron, se limitant ? notre orbite proche, faisait ing?nieusement de son r?alisme m?me (absence de son et de frottement dans le vide cosmique) un ?l?ment spectaculaire, Christopher Nolan ?chafaude un sc?nario plus "bigger than life" que jamais : alors qu'une catastrophe ?cologique condamne l'humanit? ? l'extinction, un petit groupe de scientifiques s'efforce de trouver une autre plan?te habitable… ? l'autre bout de l'univers. C'est l? qu'interviennent les notions de trou noir et de trou de ver (sorte de raccourci dans l'espace-temps qui donne un acc?s direct ? une galaxie lointaine), et leur corrolaires th?oriques : la relativit? einsteinienne, les notions de courbure de l’espace et du temps, le fameux paradoxe des jumeaux, etc (on pr?f?rera renvoyer aux nombreuses analyses parues sur internet des soubassements scientifiques du film, du plus simple au plus compliqu?). Si Gravity, comme son titre l'indique ("gravit?"), s'appuyait sur les lois famili?res de la physique newtonienne, le sc?nario d'Interstellar se place dans une perspective th?orique autrement plus absconse (celle de la physique post-einsteinienne), qui met la repr?sentation cin?matographique au d?fi. Dans sa volont? de nous faire saisir ces notions, Interstellar se heurte sans cesse ? deux ?cueils : la s?cheresse de l'expos? th?orique (le film compte quelques tunnels explicatifs) d'un c?t?, et le caract?re d?ceptif de la mise en images de l'autre. Comment ne pas ?tre d??u, apr?s les promesses d'un si long voyage, par les plan?tes d?couvertes par nos explorateurs ? Comment croire ? un personnage cens? vieillir de vingt-trois ans en quelques minutes de film ? Il manque ? Interstellar des images au pouvoir de sid?ration suffisamment fort pour nous faire "gober" tout ?a, celles qui faisaient la nouveaut? et la r?ussite d'Inception dans sa mise en sc?ne du monde onirique.

Heureusement (ou pas), cette dimension n'est que le premier ?tage d'une fus?e narrative qui quitte les hypoth?ses scientifiques pour partir dans le romanesque le plus ?chevel?… Se jetant sans espoir dans le trou noir, le Cooper de Nolan se retrouvera miraculeusement sauv?, permettant des retrouvailles avec sa fille aussi improbables qu'attendues. Ce sont finalement moins les lois de la physique qui pr?valent dans Interstellar que celles du storytelling hollywoodien. Autant que dans le genre de la science-fiction, le film s'inscrit dans la tradition du m?lodrame hollywoodien ? grand spectacle, celle d'Autant en emporte le vent ou de Titanic : les ?pop?es les plus grandioses, les cataclysmes les plus terribles, n'y sont que le v?hicule des histoires et des sentiments les plus simples. James Cameron coulait un paquebot pour faire na?tre l'amour de Jack et de Rose, Christopher Nolan condamne l'humanit? pour ?prouver le lien entre Cooper et sa fille. C'est donc dans les sc?nes les plus modestes (les t?te ? t?te entre le p?re et la fille) qu'Interstellar est le plus ?mouvant, mais aussi qu'il pose les questions les plus universelles. Comment et pourquoi sauver l'humanit? si c'est pour la nier en soi-m?me ? Que nous importe l'avenir de l'esp?ce humaine quand on ne peut m?me pas sauver ses propres enfants ? ? l'amour inextinguible de Cooper pour sa fille le sc?nario oppose deux contre-mod?les, qui se rejoignent dans une forme d'inhumanit? : l'absolu individualisme de l'astronaute (Matt Damon) qui cherche ? sauver sa peau au d?triment de celle des autres, et l'id?alisme froid du scientifque (Michael Caine) qui se sacrifie lui et ses proches sur l'autel de la survie de la race.

On pourrait s'abandonner ? cette vision sentimentale si elle ne se doublait pas d'une id?ologie ambigu?. Il est frappant de constater ? quel point le film s'ancre dans un imaginaire exclusivement am?ricain, ? rebours des films catastrophes s'astreignant ? un minimum d'œcum?nisme (dans la repr?sentation de l'apocalypse plan?taire ou l'origine des personnages) : la mise en sc?ne de la catastrophe ?cologique plan?taire (puisant dans l'imagerie du Dust bowl des ann?es 30) restera circonscrite aux champ du Midwest, tandis que le projet d'exploration de la NASA (contrainte d'agir en secret en ces temps de d?croissance forc?e) renoue avec l'?pop?e glorieuse de la conqu?te spatiale am?ricaine (le cowboy astronaute compos? par Matthew Mac Conaughey rappelle les pionniers de l'a?ronautique de L'?toffe des h?ros de Philip Kaufman). ? rebours de Gravity l? encore (qui en montrant la Terre vue d'un espace inhospitalier nous faisait prendre conscience de la finitude et de la fragilit? de notre plan?te) le film d?livre ainsi un message id?ologique ambigu : inutile de se pr?occuper de pr?server notre plan?te, la science nous permettra d'en trouver une autre !

[Interstellar de Christopher Nolan. 2014. Dur?e : 169 mn. Distribution : Warner. Sortie le 5 novembre 2014]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.11.14 à 12:56 - Réagir

Zérodeconduite lance le magazine Lumières sur

Le site Z?rodeconduite.net lance son suppl?ment papier ! Intitul? LUMI?RES SUR, imprim? dans un grand format (580x400), ce magazine consacrera chaque mois ses quatre pages ? un film sortant dans les salles de cin?ma. En variant les approches (d'une contextualisation globale du film ? l'analyse pointue d'une s?quence), les formats (interview, analyse, infographie, carte) et les contributeurs (enseignants, journalistes, universitaires, critiques), LUMI?RES SUR s'efforcera d'apporter un regard, sinon exhaustif, en tout cas riche et diversifi?, sur une œuvre cin?matographique dont un simple article ne permettrait pas d'?puiser la richesse.

Le premier num?ro de LUMI?RES SUR est consacr? ? National Gallery de Frederick Wiseman (actuellement en salles). Il comporte une interview de l'historien des mus?es et institutions culturelles Dominique Poulot, une analyse du film par la critique de cin?ma Charlotte Garson, et une infographie consacr?e au cin?ma de Frederick Wiseman. Ce num?ro est disponible (au format papier) dans le r?seau Canop? et dans les salles qui diffusent le film, ainsi qu'en t?l?chargement dans le Club Enseignant Z?rodeconduite.

Le prochain num?ro de LUMI?RES SUR sera consacr? ? Iranien de Mehran Tamadon (au cin?ma le 3 d?cembre).

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 10.10.14 à 23:41 - Réagir

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