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Refugiado : violences conjugales

Refugiado

Un peu ?gar? dans la parabole politico-sexuelle avec L'Œil invisible (qui brodait sur la dimension ?rotique de la junte de Videla) pr?sent? ? la Quinzaine des R?alisateurs il y a quatre ans, l'argentin Diego Lerman revient avec ce beau Refugiado ? une forme plus modeste mais plus directement efficace.

Le film s'ouvre par une s?quence qui rel?ve d'un classique traumatisme enfantin : ? la fin d'un anniversaire, un petit gar?on attend vainement que ses parents viennent le chercher. Les voisins trouveront sa m?re bless?e dans l'appartement, rou?e de coup par un compagnon violent. Commence alors une errance qui va mener le petit gar?on et sa m?re de refuge en h?tel pour ?chapper au p?re qui les recherche, alternant s?quences de tension et moments de r?pit. L'id?e-ma?tresse de Diego Lerman est de laisser hors-champ, tout au long du film, la figure du p?re violent… La menace toute proche qu'il repr?sente n'en est que plus pr?sente, s'instillant d'autant mieux dans l'esprit du spectateur que les cadres serr?s enferment m?taphoriquement la m?re et le fils en fuite. Le p?re devient ainsi un r?ceptacle imaginaire dans laquelle chacun pourra projeter ses peurs, et Refugiado s'av?re un des films les plus efficaces sur le fl?au des violences conjugales, sans avoir eu ? montrer un seul acte de violence.?

Refugiado de Diego Lerman, Dur?e : 95 mn
Quinzaine des R?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 20.05.14 à 16:03 - Réagir

No : la démocratie fille de pub

No

Oui / Non, Si / No, Yes / No… Bien plus que le jeu incertain et complexe d'?lections pluripartites, la logique binaire du référendum se prête à la dramaturgie cinématographique. Sous ses apparences manichéennes d'épopée démocratique, No de Pablo Larraín distille un message beaucoup plus ambigu, riche et mélancolique. Troisième film consacré par le jeune réalisateur à la dictature chilienne (après Tony Manero et Santiago 1973 Post-mortem), le film referme la trilogie en racontant la chute du régime d'Augusto Pinochet. Contraint par la pression internationale à trouver une légitimité dans les urnes (voir l'entretien avec l'historienne Renée Fregosi qui brosse le contexte), le général organise un plébiscite sur sa candidature, accordant ? l'opposition démocratique quelques miettes de liberté d'expression (un créneau de quinze minutes quotidiennes à la télévision pour faire campagne pour le "No"). Convaincue qu'elle a une chance de gagner, la Concertation (alliance des partis d'opposition) fait alors appel à un jeune et brillant créatif formé à l'étranger. Le jeune publicitaire, René Saavedra (Gael García Bernal), convainc alors l'opposition de mener une campagne "positive" inspirée des méthodes du marketing, plutôt que de ressasser la litanie des crimes du régime et des souffrances que la gauche a subi sous le joug de Pinochet.

La bonne idée de Pablo Larraín est d'avoir tourné le film dans le format (le 3/4 UMATIC) et avec du matérial d'époque, rendant ainsi quasi imperceptible la transition entre les images d'archives et la fiction. Il y a un certain panache, à l'ère de la HD numérique et des lunettes 3D, à retrouver les couleurs baveuses et le rendu métallique de la vidéo analogique… L'ironie est que ces images accusent leur âge pour le spectateur d'aujourd'hui : le temps écrasant tout, et la modernité plus que tout le reste, la différence entre les clips du oui et du non ne nous paraît pas si évidente… Cette impression, qui entre en contradiction avec la geste apparemment héroïque de Saavedra, est plutôt à mettre au crédit du réalisateur. Si les clips du oui et du non nous paraissent après tout si proches, n'est-ce pas que le medium a pris le pas sur le message (cf Marshall Mac Luhan) ?
C'est la même agence qui travaille pour le "Non" et pour le "Oui", pour le dictateur et les démocrates. René et son patron (Alfredo Castro, l'acteur fétiche de Larraín) sont comme les deux faces d'une même médaille, et finiront par se réconcilier malgré les coups bas et les menaces. Les Américains avaient armé Pinochet et soutenu le coup d'état du 11 septembre 1973, ils financent désormais la campagne de la Concertation, troquant la brutalité des politiques du containement pour le "soft power" d'un libéralisme triomphant…
La fin du film, symétrique du début, le confirme : business as usual pour le jeune et brillant publicitaire, capable de vendre la démocratie comme un soda, et vice versa. Gael García Bernal interprète avec conviction ce personnage flottant, à l'air un peu ahuri, dont on ne saisit jamais vraiment pourquoi il se lance dans cette galère : révolte post-adolescente, fidélité à l'histoire familiale, volonté de reconquérir son ex-femme, ou tout simplement goût du challenge ? L'historienne Renée Fregosi a raison de remarquer que le film donne plus d'importance au publicitaire qu'à Juan Gabriel Valdès (le stratège de la Concertation), et passe sous silence des éléments d?terminants de la victoire du non (comme l'inscription de millions de Chiliens sur les listes électorales, ou les dissensions internes au régime) : Pablo Larraín nous parle peut-être moins de l'année 1989 que de celles qui ont suivi. Sous ses dehors euphorisants de célébration d'une victoire de la démocratie sur la dictature, No annonce en creux la domination de la télévision comme medium de masse, le triomphe de la communication sur la politique et le règne du "storytelling"…

Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique autour de ce film passionnant, qui permet d'aborder les notions de "Mythes et héros", "L’idée de progrès" (La société de consommation des années 80 et la répression sociale), "Lieux et formes de pouvoir", etc.

[No de Pablo Larraín. 2012. Durée : 117 mn. Distribution : Wild Bunch. Sortie le 6 mars 2013]

> No, le site pédagogique
> Le DVD avec ses droits d'exploitation en classe et le dossier pédagogique
> Un entretien avec l'historienne Renée Fregosi sur Zérodeconduite.net
> Un entretien avec le réalisateur Pablo Larraín sur Culturelycée.fr

Posté dans Dans les salles par zama le 05.03.14 à 20:00 - Réagir

Santiago 73 Post mortem : autopsie d'un coup d'état

Santiago 73 Post mortem

Il y a au moins une scène d'anthologie dans Santiago 73 Post mortem de Pablo Larraín : l'autopsie du corps de Salvador Allende dans le sous-sol blafard d'un hôpital militaire, devant un aréopage sinistre de hauts-gradés. Reconstituée d'après le rapport d'autopsie conservé par la fondation Allende et les descriptions des témoins, tournée quarante ans après dans les lieux mêmes du drame, la scène est d'une rare puissance d'évocation cinématographique. Le trajet destructeur de la balle qui a traversé de bas en haut le crâne d'Allende, décrit minutieusement et froidement par le légiste, figure à lui tout seul la violence avec laquelle le coup d'état du 11 septembre 1973 a meurtri la société chilienne.
Véritable acmé de Santiago 73 Post mortem, cette scène en est en fait également la matrice. Le réalisateur Pablo Larrain a eu l'idée de son film en tombant sur une signature énigmatique au bas du rapport d'autopsie du président chilien : celle d'un certain Mario Cornejo, secrétaire du légiste, dont tous les témoins semblent avoir oublié la présence ce jour-là. Comme Tony Manero, le précédent film de Larrain, tournait autour de son héros éponyme (danseur de disco serial killer), Santiago 73 Post mortem brode autour de ce personnage réel mais largement fantasmé, relatant de son point de vue les quelques jours précédant et suivant le coup d'état du 11 septembre. Dans un cas comme dans l'autre il s'agit d'aborder l'Histoire par la bande, à partir d'un personnage en apparence insignifiant, mais dont les faits et gestes se veulent symptomatiques. Si par ses crimes sanglants et sa démesure Tony Manero métaphorisait la violence et l'impunité régnant dans le Chili de Pinochet, le terne et zélé Mario incarne la majorité silencieuse, indifférente et finalement complice, à moins qu'il ne personnifie le concept de banalité du mal (il se définit obsessionnellement comme un "fonctionnaire").

C'est du moins ce que l'on s'imagine, car Santiago 73 est un film relativement abscons. S'il parvient à imposer un personnage (Alfredo Castro, acteur fétiche de Larrain, s'est fait la tête de l'emploi, entre Buster Keaton et Nosferatu) et à installer une ambiance prégnante, le film semble se prendre au piège de son propre dispositif. Alors que l'armée prend le contrôle de l'hôpital, alors que les cadavres prolifèrent dans les couloirs, Mario ne semble se préoccuper que de la relation malsaine qu'il a entamé avec Nancy, sa voisine chanteuse. Dans une ambiance funèbre et comme dévitalisée (images délavées), les "événements" chiliens sont réduits à un écho lointain, cris des manifestants ou grondement des chars. On finit par se demander s'il ne faut pas prendre le titre au pied de la lettre : et si tout le monde était déjà mort (comme Nancy dont on voit la dépouille), et si l'histoire était déjà jouée d'avance ? Alourdi par un maniérisme un peu étouffant (décadrages systématiques, plans étirés jusqu'au malaise) Santiago 73 paraît soit trop obscur (la relation entre Cornejo et Nancy) soit trop lisible (Cornejo faisant disparaître la femme, métaphore d'un Chili refoulant le coup d'état ?).

[Santiago 73 Post mortem de Pablo Larraín. 2010. Durée : 1 h 38. Distribution : Memento. Sortie le 16 février 2010]

Posté dans Dans les salles par zama le 16.02.14 à 12:03 - Réagir

R?ves d'or : A la porte du paradis nord-am?ricain

R?ves d'or

Ils seraient 400 000 chaque ann?e, venus de tout l'Am?rique centrale (selon une estimation de l'Organisation Internationale pour les migrations), ? traverser le Mexique pour tenter de rejoindre les Etats-Unis, ? braver les multiples dangers pour accomplir leurs "r?ves d'or" au soleil californien… Sur ce nombre beaucoup ?chouent et rentrent chez eux, ou v?g?tent sur place dans l'attente d'une prochaine occasion. Beaucoup tombent ?galement, victimes entre autres des terribles mafias mexicaines qui trouvent une proie facile (racket, traite ou violence gratuite) dans ces migrants d?munis.

Comment la fiction peut-elle rendre compte d'une telle r?alit? ? Comment peut elle l'incarner, lui donner un visage (on conna?t la phrase attribu?e ? Staline : "La mort d'un homme, c'est une trag?die ; celles de millions de gens, c'est une statistique."), sans l'aseptiser pour en faire un spectacle parmi d'autres ? Entre ces deux ?cueils (la s?cheresse, le pathos), R?ves d'or, le premier film de Diego Quemada-Diez trouve un ?quilibre presque miraculeux. Adapt? des centaines de t?moignages recueillis par le r?alisateurs, tourn? dans les conditions du reportage, au milieu m?me des migrants accomplissant leur p?riple, le film suit les pas de quatre adolescents, Juan, Sara, Samuel et Chauk (un indien du Chiapas), qui vont tenter le grand voyage jusqu'? l'Eldorado nord-am?ricain…

Au-del? de son ?vident int?r?t documentaire et p?dagogique, R?ves d'or est un film ? la fois ?pre et bouleversant, port? par des interpr?tes d'une justesse confondante (d'ailleurs r?compens?s dans la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes). On sent ?videmment l'influence de Ken Loach (dont Diego Quemada-Diez a ?t? l'assistant) dans la mani?re de faire corps avec ses personnages ; mais un Ken Loach lib?r? de la "patte" un peu lourde des sc?narios de Paul Laverty. Diego Quemada-Diez parvient ? concilier rigueur documentaire et dramaturgie, et n'h?site pas pour cela ? bousculer les conventions : ainsi du choix d'un personnage d'indien ne parlant pas un mot d'espagnol (ses phrases, non sous-titr?es, nous resteront tout aussi inintelligibles qu'aux autres personnages), mani?re de rendre palpables son isolement et sa vuln?rabilit? ; ainsi de la disparation progressive des personnages principaux (difficile d'en dire plus sans d?florer l'histoire), qui nous fait ?prouver le scandale de cette violence aveugle et implacable.

Mettant en sc?nes des adolescents plein d'espoirs et d'?nergie, qui se heurtent implacablement ? la violence du r?el, R?ves d'or ne manquera sans doute pas de toucher les lyc?ens fran?ais (il a d'ailleurs ?t? pr?s?lectionn? pour le prix Jean Renoir 2014) ; c'est en tout cas un film qu'on peut conseiller ? tous les enseignants d'Espagnol, pour un travail d?s la Seconde.
Z?rodeconduite.net a mis en ligne un site p?dagogique sur le film. Celui-ci propose un dossier p?dagogique destin? aux enseignants d'Espagnol, ainsi qu'un entretien avec le g?ographe Jean-Michel Lafleur.?

[R?ves d'or de Diego Quemada-Diez. 2013. Dur?e : 1 h 48. Distribution : Pretty Pictures. Sortie le 4 d?cembre 2013]

Le site p?dagogique du film

Posté dans Dans les salles par zama le 04.12.13 à 16:26 - Réagir

R?ves d'or : Entretien avec Jean-Michel Lafleur

Jean-Michel Lafleur est chercheur au Centre d’?tudes de l’Ethnicit? et des Migrations (CEDEM) de l’Universit? de Li?ge. Il s’int?resse ? la dimension transnationale des migrations contemporaines, et plus particuli?rement aux questions de participation et repr?sentation politique des migrants dans leurs pays d’accueil et d’origine. Ses travaux traitent ? la fois ? des cas europ?ens (Italie, Belgique) et latino-am?ricains (Mexique, Bolivie). Il a publi? une s?rie d’articles dans les revues International Migration et la Revue Europ?enne des Migrations Internationales. Ses publications incluent deux monographies sur le transnationalisme intitul?s Transnational Politics and the State. The External Voting Rights of Diasporas (Routledge, 2013) et Le transnationalisme politique. Pouvoir des communaut?s immigr?es dans leurs pays d’accueil et pays d’origine (Academia-Bruylant, 2005). Il a accept? de r?pondre aux questions de Z?rodeconduite.net autour du th?me du film R?ves d’or (La jaula de oro) de Diego Quemada-Diez.?

Z?rodeconduite.net : Quelle est l’ampleur du ph?nom?ne des migrations de l’Am?rique centrale vers l’Am?rique du Nord ?

Jean-Michel Lafleur : Selon les donn?es les plus r?centes (2011-2012), trois millions de citoyens originaires d’Am?rique centrale r?sident aux ?tats-Unis. Certains vivent l?galement sur le sol am?ricain mais la plupart d’entre eux sont des clandestins. Ils sont environ 100 000 ? arriver chaque ann?e en provenance et par ordre d’importance, du Salvador, du Guatemala et du Honduras. Ce sont les trois principaux pays concern?s en Am?rique centrale. Parmi ces 100 000 migrants seuls 45 000 environ ont un titre de s?jour valable. Ils b?n?ficient d’un statut type carte verte am?ricaine, permis de travail ou permis de visiteur. Pr?s de 1000 personnes par an re?oivent un statut de r?fugi? politique. La cause principale de cette ?migration est la violence dans l’?tat d’origine. Malgr? le fait que ce soit un motif d’?migration forc?e consid?rable, il n’est pas reconnu comme tel par les ?tats-Unis au vu du nombre peu ?lev? d’individus qui obtiennent le statut de r?fugi?s.??

Existe-t-il un profil type des migrants ?

J-M. L. : Les statistiques officielles ne concernent que les populations entr?es l?galement, ce qui exclue toute une r?alit? de l’immigration clandestine. Nous savons que c’est traditionnellement une migration jeune. Les jeunes migrants partent travailler aux ?tats-Unis dans les secteurs de la construction, de l’agriculture ou de la restauration, ? des postes difficiles. Tous les m?tiers p?nibles rejet?s par les am?ricains natifs sont occup?s par les immigr?s. Il y a ?galement une immigration f?minine qui se retrouve dans les services de soin ? la personne. Les nounous latino-am?ricaines qui s’occupent des enfants, des malades ou des services domestiques sont nombreuses. Ces migrantes sont souvent victimes de viols et d’agressions tout au long de leur long p?riple vers le Nord, ? l’image de ce qui arrive au personnage de Sara dans le film de Diego Quemada-Diez.???

Cette migration concerne les hommes comme les femmes et de tout ?ge ?

J-M. L. : Cela varie mais il faut tout de m?me une bonne condition physique pour effectuer le voyage : traverser la moiti? du continent, prendre des risques, courir pour fuir la police mexicaine et am?ricaine… On peut supposer que la population touch?e par cette ?migration est la plus jeune et la plus d?sesp?r?e car elle est dispos?e ? prendre le plus de risque pour traverser les fronti?res. C'est celle qui subit de plein fouet les effets des crises ?conomiques et de la violence dans les soci?t?s d’origine, qui n’a connu que la violence et que la crise. La situation s’est en effet fortement d?grad?e dans les trois principaux pays d’origine des migrants. Au Salvador, l’?migration vers les ?tats-Unis est deux cent fois plus ?lev?e que ce qu’elle ?tait en 1960, sur un rythme annuel. On parle d’explosion. La d?gradation du contexte de d?part pousse ces jeunes ? partir.??

L’?volution g?n?rale est ? la hausse ?

J-M. L. : En 1990, pr?s d’un million de citoyens issus d’Am?rique centrale habitaient aux ?tats-Unis. Ce chiffre est de trois millions aujourd’hui. La population a tripl? en 20 ans.??

Y a t-il une seule route pour faire ce long p?riple d’Am?rique centrale vers l’Am?rique du Nord ?

J-M. L. : Le passage par l’?tat mexicain du Chiapas est privil?gi? car les contr?les des autorit?s mexicaines y sont peu fr?quents. De plus, les accidents du territoire sont tels que les migrants peuvent facilement passer inaper?us. Les for?ts rendent la travers?e plus discr?te. Les points d’entr?e pour gagner le territoire am?ricain sont un peu toujours les m?mes : Tijuana, Ciudad Juarez, Ciudad Victoria. Tout d?pend du mur, des passages et des tunnels qui existent encore. C’est difficile ? savoir parce que les arrestations entre le Mexique et les ?tats-Unis ont fortement diminu?.??

Pour quelle raison ?

J-M. L. : La r?duction des arrestations sur la fronti?re est une cons?quence du mur ainsi que du renforcement des contr?les. Les migrants d?veloppent des strat?gies habiles et prennent de plus en plus de risques et pour traverser. Les contr?les et les arrestations s’exercent davantage sur le territoire am?ricain. Les descentes dans les entreprises r?put?es pour embaucher du personnel sans papier sont r?guli?res. L’administration Obama a fait sa r?putation en devenant l’administration am?ricaine qui a expuls? le plus de clandestins depuis la Seconde Guerre mondiale. M?me Georges W. Bush n’avait pas ?t? si loin.?

Quelle est la politique des pays touch?s par ce flux migratoire ?

J-M. L. : Le Mexique est mal ? l’aise par rapport ? cette migration car il consid?re que migrer constitue un droit humain. Principal pays concern? par ces migrations, il reconna?t que les populations en d?tresse doivent pouvoir se d?placer. Pr?occup? par cette situation, le gouvernement mexicain ne souhaite pas mettre en place une militarisation de la fronti?re telle que le pays la subit de la part des ?tats-Unis. D’un autre c?t?, il est contraint de d?velopper des politiques publiques pour int?grer les migrants centram?ricains qui ne parviennent pas ? gagner le territoire am?ricain et restent au Mexique. Les autorit?s mexicaines doivent subvenir aux besoins de cette population tr?s pr?caire. La position mexicaine oscille entre reconna?tre le droit ? la migration et se prot?ger en d?fendant ses propres int?r?ts. Les ?tats-Unis exercent ?galement une pression importante sur le gouvernement mexicain pour qu’il ferme sa fronti?re sud.??

Que deviennent ces migrants coinc?s du c?t? de la fronti?re mexicaine ?? Repartent-ils dans leurs pays ?

J-M. L. : Une population demeure dans la zone frontali?re, un peu en transit. Les migrants attendent le bon moment, le bon passeur pour pouvoir remonter vers le nord mais parfois cela n’arrive pas. Il arrive aussi que le migrant soit bless?, que le voyage ait ?t? si ?prouvant qu’il n’a plus de force pour continuer la route avant plusieurs mois, plusieurs semaines. Le Mexique a longtemps ferm? les yeux face ? cette situation. La police ainsi que des bandes criminelles profitaient de la pr?carit? des migrants pour les d?pouiller. Depuis une dizaine d’ann?es, le pays a l?gif?r? et tente de mettre en place une politique d’immigration. Il n’avait jusqu’ici qu’une politique d’?migration. Mais c’est laborieux. Les centres d’aide aux migrants sont limit?s. M?me si d’un point de vue juridique des am?liorations sont notables, la situation humanitaire est encore tr?s pr?occupante.??

Le mur a donc simplement d?plac? le probl?me ?

J-M. L. : Les migrants d?veloppent d’autres moyens pour immigrer aux ?tats-Unis. Ils essaient par exemple d’obtenir des visas temporaires pour visiter un membre de leur famille et restent au del? du terme du visa. Ils deviennent sans-papiers sur le sol am?ricain. Au vu de l’?volution des statistiques, si la moiti? des migrants centram?ricains arrivent de fa?on l?gale, cela signifie que la migration clandestine continue. Le mur a ?merg? sous l’administration de Georges W. Bush, m?me si l’id?e de s?curiser la fronti?re est une vieille id?e. Des travaux avaient ?t? lanc?s sous son administration. Le pr?sident Obama a mis le hol?. Il ?tait pr?occup? par l’image que cela donnait des ?tats-Unis, terre d’immigration, et par le co?t de cette barri?re entre les deux pays dans le contexte budg?taire difficile ? son arriv?e au pouvoir en 2008. Il a fallu faire des coupes budg?taires et le mur en a fait les frais. Barack Obama n’?tait pas certain de l’efficacit? de ce mur ?tant donn? la multiplication de strat?gies alternatives d’immigration.??

La politique am?ricaine est plut?t ferme face ? ce ph?nom?ne migratoire ?

J-M. L. : Les autorit?s am?ricaines renforcent les lois migratoires sur leur territoire, ce qui est moins visible ? la fronti?re o? demeure un statu quo. Les arrestations et les expulsions sont massives. Les cas de familles divis?es dans lesquels la maman reste avec les enfants sur le sol am?ricain et le papa est expuls? sont nombreux. En 2012, il y a eu 400 000 expulsions. Les migrants l?gaux et ill?gaux subissent de plein fouet la politique de l’administration Obama faite de raids et de traques.??

O? s’?tablissent les clandestins aux ?tats-Unis ?

J.-M. L. : Les principaux ?tats de destination des migrations centram?ricaines sont le Texas, la Californie et la Floride. Les immigr?s s’?tablissent plut?t dans les centres urbains mais pas seulement car au niveau des emplois occup?s, le secteur agricole est tr?s pr?sent. Ce n’est pas juste une migration urbaine. C’est difficile ? mesurer. Les statistiques ne sont pas tr?s fiables. Les grands secteurs dans lesquels ces migrants sont employ?s sont : l’agriculture, le travail manuel difficile dans les usines, la restauration (vaisselle, entretien). Tous les m?tiers consid?r?s comme mal pay?s et d?gradants sont occup?s par la main d’œuvre immigr?e, comme en Europe.??

D’un c?t? les ?tats-Unis renvoient ces migrants chez eux, et de l’autre, ils ont besoin de cette main d’œuvre...

J-M. L. : C’est toute la contradiction de la situation. La r?forme migratoire qui s’annonce souhaite r?gler ce probl?me. Que ces emplois critiques pour l’?conomie am?ricaine trouvent preneur sans pour autant nourrir l’ill?galit? en permanence.

[…] Lire la suite de l'entretien sur le site p?dagogique du film

Propos recueillis par Magali Bourrel pour le site Z?rodeconduite.net

Posté dans Entretiens par Zéro de conduite le 26.11.13 à 22:11 - Réagir

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