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Des Abeilles et des hommes : bien plus qu'une histoire de miel

Les abeilles n'ont jamais cessé d'occuper la famille du réalisateur Markus Imhoof. Son grand-père était apiculteur, sa fille et son gendre s'intéressent au système immunitaire des abeilles, et elles fascinent ses petits-enfants. A travers le documentaire Des Abeilles et des Hommes, le réalisateur suisse s'interroge sur leur extinction.
En effet, partout sur la planète, l'abeille se meurt : entre 50 et 90% des abeilles ont disparu depuis quinze ans. S'exprimant à la première personne, Markus Imhoof se demande ce que ses petits-enfants mangeront quand ils auront son âge, car les abeilles fécondent 80 % des espèces végétales. Sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits, ni de légumes. Le cinéaste et metteur en scène a souhaité rendre ces petites créatures visibles pour mieux les faire connaître. Pour qu'elles paraissent aussi grandes, et parfois même plus grandes que les hommes, il a inventé des outils sur mesure pour filmer les abeilles comme de véritables acteurs. Le spectateur peut ainsi développer un lien émotionnel avec les abeilles, voire s'identifier à elles. Il assiste à leurs actions dans l’espace avec des travellings, des mouvements de grue et autres panoramiques. L'équipe du film a placé la caméra sur de petits hélicoptères ou des ballons et, pour entrer au coeur des ruches, l'a munie d'un objectif endoscopique utilisé pour les opérations chirurgicales. Un studio a été construit spécialement pour les abeilles et une équipe de tournage macro leur était entièrement consacré. La réalisation de ce film s'est déroulée sur cinq années, de la préparation au tournage : à peu près le temps qu'il avait fallu pour réaliser Microcosmos (1996).
Pour élucider le syndrome d'effondrement des abeilles, Markus Imhoof a aussi rencontré et observé des apiculteurs aux quatre coins du monde : un vieux bonhomme suisse qui tient à la "pureté" de la race de ses abeilles, un apiculteur industriel américain qui fait son miel (600 000 dollars par an !) grâce à ses pollinisatrices, une ouvrière chinoise qui pollinise à la main dans une région où les abeilles ont totalement disparu, mais aussi un apiculteur qui apprivoise  avec respect les abeilles tueuses au fin fond de l'Arizona. Mais les abeilles demeurent les actrices principales d'un film qui commence par un travelling somptueux autour de la naissance d'une reine et se clôt sur un envol métaphorique.

Le film, aussi prenant que pédagogique, constitue en tout cas un support idéal pour un travail en classe, en Sciences de la Vie et de la Terre, de la Sixième (à travers la découverte de l'abeille, sa classification scientifique, sa place dans son milieu) jusqu'à la Terminale : autant d'activités développées dans notre dossier pédagogique SVT.

[Des Abeilles et des Hommes de Markus Imhoof. 2012. Durée : 1 h 28. Distribution : Jour2fête. Sortie le 20 février 2013]

> Le site pédagogique Zérodeconduite.net

Posté dans Dans les salles par Magali Bourrel le 21.02.13 à 18:32 - Réagir

La Religieuse : le site pédagogique

Des Abeilles et des Hommes

Trois siècles après la naissance de Denis Diderot (écrivain qui sera abondamment célébré en 2013) et près de cinquante ans après le scandale provoqué par la Suzanne Simonin de Jacques Rivette (1966), le cinéaste Guillaume Nicloux propose une nouvelle adaptation cinématographique de La Religieuse, récemment présentée en sélection officielle au Festival de Berlin.
Comme l'a expliqué le cinéaste à un parterre d'enseignants de Lettres, ce n'est pas la dimension anticléricale qui l'a intéressé, mais l'ode intemporelle à la liberté. Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique autour du film de Guillaume Nicloux : celui-ci a été conçu à partir des réactions, réflexions et propositions exprimées par les enseignants au cours de cette rencontre avec le réalisateur. Il offre des pistes pour étudier le film au lycée : en Seconde (Genres et formes de l’argumentation au XVIIème et au XVIIIème siècles) et en Première (Le personnage de roman du XVIIème siècle à nos jours / La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours).

La Religieuse de Guillaume Nicloux, au cinéma le 20 mars

> Le site pédagogique du film (Zérodeconduite.net)

 

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 20.02.13 à 22:14 - Réagir

Biancanieves : Érase un vez

Biancanieves

Avec Torremolinos 73 (2003), premier film passé un peu inaperçu en France, Pablo Berger se plongeait dans les seventies franquistes pour mettre en scène l’histoire vraie d’un cinéaste débutant, fasciné par Bergman, mais contraint de sacrifier femme et ambitions esthétiques sur l’autel d’un réalisme économique dominé par le cinéma porno, les plages bétonnées et le boom touristique. Presque dix ans après, le réalisateur, qui a survécu aux innombrables problèmes de financements de son dernier projet, nous revient avec ce muet Blancanieves, surprenante et revigorante adaptation du conte des frères Grimm.   Beaucoup moins conservateur qu’il n’y paraît, ce nouveau film évite l’écueil du simple hommage cinéphile et fétichiste à l’âge d’or d’un cinéma d’antan disparu (reproche que l'on pouvait adresser à The Artist de Michel Hazanavicius). Il inflige une saine cure de jouvence à l’inusable conte maintes fois adapté au cinéma, en se permettant plusieurs infidélités à l’égard de l’original et en transposant l’imaginaire nordique des frères Grimm dans l’arène chauffée à blanc d’une Séville des années 20. Jalonné des poncifs attendus, le film ne se contente pas cependant d’une énumération stérile des clichés typiques de l’espagnolade : le flamenco, la figure de Carmen, les taureaux, la passion frustrée et la  fascination de la mort, toute cette toile de fond andalouse cesse rapidement d’être un vernis superficiel et pittoresque, pour atteindre toute sa profondeur à la lueur de la violence des enjeux sous-jacents au conte. C’est le cas en particulier de la tauromachie et de sa mise en scène de la lutte contre les instincts dont on comprend ici toute l’envergure, en tant que rituel cathartique servant la dimension primitive et cruelle du conte.

Une hybridation impure et porteuse de modernité s’opère alors entre l’imaginaire gothique anglo-saxon, la légèreté tragi-comique de l'Espagne de “pandereta” et les références esthétiques au cinéma muet. Le mélodrame à monstres marginaux, le fond sonore du flamenco et le lyrisme féerique des images que nous offre Berger —à travers un superbe noir et blanc— accompagnent le récit intemporel du cheminement de Blancanieves. Marginalisée, rejetée et orpheline, elle retrouve finalement son identité dans les gestes du torero appris avec son père, et dont elle retrouve le sens perdu lors de son passage  initiatique chez les nains. Ces nains toreros, vivant dans l’univers des forains, bien que marginaux et nomades, toujours en mouvement mais jamais enracinés nulle part, constituent la seule société ouverte, capable d’accueillir Blancanieves, son trouble identitaire et de lui offrir un peu d’amour et de chaleur. Avec ces scènes foraines sans doute les plus belles et fortes du film, Berger gagne ainsi haut la main son pari de concilier référent hispanique fortement marqué et dimension universelle de la fable, en distillant cette même poésie de l’étrange, cette indéniable prédilection qu’il voue à un monde freak mais libre qui était déjà à l’oeuvre dans Torremolinos 73.

Le film renferme un très fort potentiel d’exploitation en classe car il peut intéresser à plus d’un titre, tous les publics scolaires, du primaire au lycée, pour peu que le professeur adapte sa démarche au public visé. Ainsi ce film sur le conte, ne manquera pas de susciter l’intérêt des élèves les plus jeunes, en raison des différences qu’il entretient avec l’original qu’ils connaissent et par le mélange avec d’autres contes.  Le film permet également de travailler sur les stéréotypes et codes typiquement hispaniques, non seulement en tant que lieux communs mais aussi en tant que figures emblématiques de l’art et de la littérature espagnole : les nains (la peinture de Velázquez), la tauromachie, la femme andalouse ou le flamenco, mais aussi la parodie, la dérision grotesque voire l’esperpento. Une autre piste serait de  mettre en évidence la richesse plastique de l’œuvre : de l’expressionisme allemand au cinéma de Tod Browning, en passant aussi par des "recycleurs" modernes tels que David Lynch ou Guy Maddin. Il constitue enfin un très bon support pour l’enseignement de l’Espagnol en littérature étrangère d’abord en tant qu’adaptation cinématographique d’un récit mais aussi pour introduire de façon ludique des thèmes du programme comme le personnage, ses figures et ses avatars. Érase una vez… Blancanieves, un conte qui n’avait pas une fin heureuse, un conte sur le conte.

[Biancanieves de Pablo Berger. 2012. Durée : 1 h 44. Distribution : Rezo films. Sortie le 23 janvier 2013]

Posté dans Dans les salles par Susana Arbizu le 15.02.13 à 09:53 - 1 commentaire

Des Abeilles et des hommes, le site pédagogique

Des Abeilles et des Hommes

"Si l'abeille disparaissait du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre."
La citation d'Einstein serait apocryphe, mais elle dit bien l'importance d'Apis mellifera pour homo sapiens. Près de 80% des espèces végétales ont en effet besoin des abeilles pour être fécondées : sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits ni de légumes.
L'autrichien Markus Imhoof a enquêté aux quatre coins du globe sur les causes d'une épidémie aussi soudaine que brutale (entre 50 et 90% des abeilles ont disparu de la surface de la terre depuis quinze ans) qui menace directement notre survie. Autour de ce documentaire aussi palpitant que scientifiquement rigoureux, Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique destiné aux enseignants de Sciences de la Vie et de la Terre. De la Sixième jusqu'à la Terminale, il propose des activités pour étudier le film en classe, en lien avec le programme…

Des Abeilles et des Hommes de Markus Imhoof, au cinéma le 20 février
> Le site pédagogique du film (SVT)

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 10.02.13 à 22:58 - Réagir

Wadjda : la gamine au vélo

Wadjda

 "Le premier film de l'histoire du cinéma saoudien, réalisé par une femme". Un tel pedigree aurait sans doute suffi à attirer la bienveillance des programmateurs et la curiosité des médias, mais si Wadjda d'Haifaa Al-Mansour débarque dans nos salles aujourd'hui, ce n'est pas pour cette raison. C'est avant tout parce qu'il s'agit d'un film magnifique, étonnant de justesse et de maîtrise pour un premier film, réalisé dans un pays sans tradition cinématographique et tourné dans des conditions difficiles (comme l'obligation pour la réalisatrice de diriger les scènes d'extérieur cachée des regards). Avec la simplicité de sa fable, l'opiniâtreté de sa petite héroïne, son réalisme sans défaut, le film renvoie aux grandes heures du cinéma iranien (Où est la maison de mon ami de Kiarostami, Le Cahier d'Hana Makhmalbaf).

Wadjda veut s'acheter une bicyclette pour battre à la course son voisin Abdallah ; mais au royaume des Saoud, le vélo est interdit aux femmes… Wadjda ne se découragera pas pour autant dans sa quête, et fera flèche de tout bois pour acquérir l'objet tant désiré, allant jusqu'à participer au grand concours de récitation coranique pour gagner. La grande force du film de Haifaa Al Mansour est de nous montrer de l'intérieur la condition féminine en Arabie Saoudite : pas plus que ses personnages, qui n'ont jamais connu d'autres systèmes que celui-ci, et le vivent comme leur quotidien, il ne semble s'étonner des modalités d'un apartheid social qui apparaîtra aussi absurde que révoltant au spectateur occidental. Ses deux héroïnes, remarquablement interprétées, n'ont pas la révolte en tête : Wadjda poursuit son rêve d'acquérir un vélo ; sa mère se languit d'un mari qui va convoler avec sa deuxième épouse. Le film n'en fait ainsi ressortir qu'avec plus de relief les innombrables tracasseries engendrées par les interdits (conduire un véhicule, etc …), les mille et un stratagèmes qui permettent de les contourner, les zones grises où le joug s'adoucit un peu (ainsi l'hôpital où l'amie de la mère peut travailler avec les hommes), mais aussi l'intériorisation de l'oppression par les femmes elles-mêmes, pas plus indulgentes entre elles que les hommes avec elles… La mise en scène souligne les enjeux presque vitaux que sont le regard et l'image dans cet univers, comme dans ces belles séquences où, cachées sur le toit, Wadjda et sa mère assistent à un meeting électoral ou au second mariage de leur père et mari. Le film se termine par une note libératrice et joyeuse, hommage au travelling final des 400 Coups de François Truffaut, mais cette séquence apparaît d'autant plus amère qu'elle reste du domaine de la pure fiction : si l'Arabie Saoudite tient sa première cinéaste, les petites filles n'y ont toujours pas le droit d'enfourcher un vélo.

[Wadjda d'Haifaa Al Mansour. 2012. Durée : 1h37mn. Distribution : Pretty pictures. Sortie le 6 février 2013]

Posté dans Dans les salles par zama le 06.02.13 à 14:53 - 1 commentaire