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L'?change

L'EchangeParmi les sorties de la semaine, on signalera L'Echange de Clint Eastwood, vu et chroniqu? par Z?rodeconduite.net lors du dernier Festival de Cannes :" Il y a deux films dans L'Echange. C’est tout d’abord le tr?s (trop) classique combat d’une m?re qui reprend le sch?ma ?pique du h?ros seul contre tous (l’institution psychiatrique, les services de police). M?re bafou?e, victime tortur?e, femme humili?e (sans oublier la douleur atroce de la perte de son enfant) Christine Collins ne d?faillera jamais, r?sistera, et m?nera les bourreaux de la soci?t? civile jusque devant les tribunaux. Entre Vol au dessus d’un nid de coucou et les Incorruptibles, ce film-l? repose sur un ?pique parfois lourd ? dig?rer (le petit sourire triomphal d’Angelina qui revient ? l’h?pital et fait face ? la m?chante infirmi?re), qui cherche (et parvient) ? provoquer la piti? et l’indignation du spectateur, avant de satisfaire son in?vitable d?sir de vengeance.Et puis il y a un "film cauchemar" qui rappelle Mystic River. Le ranch "no man’s land", cimeti?re d'enfants, ?voque par les sombres flash-backs la demeure de l’ogre de nos peurs enfantines. Les cris d’enfants insoutenables, les gros plans sur les outils du monstre g?n?rent une angoisse sans pareille."… ainsi que La Bande ? Baader, "biographie" ? grand spectacle r?alis?e par Uli Edel et produite par Bernd Eichinger, le tycoon du cin?ma allemand, du groupe terroriste Fraction Arm?e Rouge, qui fait d?bat parmi les historiens…

[L'?change de Clint Eastwood. 2008. Dur?e : 2 h 21. Distribution : Universal Pictures France. Sortie le 12 novembre 2008]

[La Bande ? Baader d'Uli Edel. 2008. Dur?e : 2 h 25. Distribution : Metropolitan FilmExport. Sortie le 12 novembre 2008]

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Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 14.11.08 à 12:37 - 7 commentaires

Br?ves rencontres : Joyeux No?l de Christian Carion



joyeuxno__l.jpgDisons-le tout de suite : Joyeux No?l de Christian Carion est ? la hauteur de son beau sujet, les fraternisations au front lors du No?l 1914.
Le sc?nario, nourri de plein de petits faits vrais (le chat qui passe d’un camp ? l’autre, les soldats qui ont laiss? maison et famille derri?re les lignes adverses…) tire tout le parti dramatique et comique possible des situations (absurdit? de la guerre de tranch?es, quiproquos lors des fraternisations). La mise en sc?ne est ma?tris?e, atteignant m?me parfois ? une certaine ?l?gance. Et, fait suffisamment rare pour ?tre soulign?, tous les personnages s’expriment dans leur propre langue, la coproduction europ?enne ayant permis un casting international (des prolongements sont donc possibles en classe d’anglais et d’allemand)…
Tout cela en fait une sortie tr?s recommandable pour les ?l?ves, ? quelques r?serves pr?s…
Le film revendique clairement son discours humaniste (cf interviews de Christian Carion) : montrer comment malgr? l’endoctrinement nationaliste (tr?s belle s?quence d’ouverture o? des enfants r?citent des po?mes x?nophobes sur fond de tableau noir) l’humanit? et la fraternit? peuvent pr?valoir. En condensant en un seul lieu et un seul moment de nombreux cas de fraternisation (les chants qui se r?pondent, la messe œcum?nique en latin, la partie de football sur le no man's land, l'?change de tranch?es quand l'artillerie bombarde…), le film risque de donner une id?e fauss?e du conflit. Il faut donc concevoir sa projection comme un contrepoint au cours sur la Premi?re Guerre Mondiale et ? d’autres œuvres (textes, films, bande dessin?e de Tardi) qui en montrent toute l’horreur, en pr?cisant bien aux ?l?ves le contexte de ces fraternisations. On pourra s'appuyer sur un travail interdisciplinaire avec le professeur de fran?ais (cf cette s?quence Regards sur la Guerre de 1914-1918 pour les Troisi?me).
On peut aussi prendre exemple sur le remarquable travail de Vincent Bocquet sur Cinehig autour du film de Stanley Kubrick : Les sentiers de la gloire, de l’histoire ? l’historicit?. Sa d?marche consiste dans un premier temps ? valider la dimension documentaire du film ("D?marche ill?gitime, sans doute, puisqu’elle ?vacue sans scrupule tout ce qui constitue le film en œuvre ; mais c’est une r?duction sans laquelle aucune utilisation p?dagogique du cin?ma de fiction n’est possible") pour ensuite la critiquer (il pointe notamment, citant Marc Ferro, "l’accumulation ? valeur dramatique de situations exceptionnelles ou extrapol?es") afin de faire appara?tre la th?se du r?alisateur, qui elle-m?me s’inscrit dans l'histoire (c’est l’objet de la troisi?me partie).
On pourra ainsi montrer aux ?l?ves comment le film de Christian Carion s’inscrit lui aussi dans son histoire. Deux films r?cents (Un long dimanche de fian?ailles et, de mani?re plus indirecte, Les ?mes grises) ont illustr? avec force le concept de brutalisation de la guerre et montr? l’humanit? en souffrance. Joyeux No?l va plus loin, puisqu'il installe au cœur m?me du conflit la fraternit? et les pr?mices de l’id?al europ?en, comme si on ne pouvait plus comprendre de nos jours pourquoi tant d'allemands et de fran?ais se sont entretu?s.
Pour en savoir plus, le site officiel du film et son espace enseignant proposent un copieux dossier d’accompagnement (qui pourra dispenser de l’achat du dernier num?ro du magazine Historia, qui reprend peu ou prou les m?mes textes) et, plus original, un m?moire de ma?trise sur les fraternisations (Coralie Jacquot, sous la direction de St?phane Audoin-Rouzeau)
Sur Cinehig on trouvera ?galement la retranscription d’un d?bat avec Christian Carion au Festival de Blois 2005. Interrog? par un public d’historiens (enseignants et amateurs), Christian Carion sort du discours promotionnel pr?m?ch?. Ses propos sont int?ressants parce qu’ils d?crivent bien le processus de fabrication d'un discours sur l'histoire (celui du film) ? partir d'un mat?riau historique brut, mais aussi d'une tradition cin?matographique (Christian Carion cite La grande illusion de Renoir comme une influence majeure).
Quant aux sites consacr?s ? la Premi?re Guerre Mondiale, ils sont l?gion, aussi on n’en citera que quelques uns : le site grande guerre des ?ditions Anovi, le site ?ducatif de France 5 qui propose lui-m?me une s?lection de liens, le dossier d’Herodote, et le chapitre "Premi?re Guerre Mondiale" sur Cliotextes qui pr?sente quelques textes sur les fraternisations.

[Joyeux No?l de Christian Carion. 2005. Distribution : UGC. Sortie le 9 novembre 2005]


Posté dans Dans les salles par zama le 09.11.08 à 12:34 - 21 commentaires

O brothers : les Fr?res Grimm





grimm.jpgFaire de Jakob et Wilhelm Grimm, les folkloristes allemands, des illusionnistes ind?licats escroquant les cr?dules, avant d’?tre confront?s pour de bon au surnaturel, voil? une id?e de sc?nario qui paraissait all?chante, surtout associ?e au nom de Terry Gilliam.
Force est de reconna?tre h?las que Les Fr?res Grimm d??oit: l’univers des Grimm est trait? avec une certaine d?sinvolture (on croise bien un chaperon rouge au d?tour d’une for?t, de belles endormies et des reines jalouses, mais les r?f?rences accumul?es finissent par s’annuler) et le propos du film semble bien h?sitant. R?flexion sur les jeux entre r?alit? et fiction, entre l’?criture et la vie ? D?fense et illustration de la magie du folklore face un si?cle d?j? rationaliste (incarn? ici par l’occupation napol?onienne) ? Sleepy hollow de Tim Burton l’avait fait avec plus de coh?rence.
Reste un somptueux livre d’images, un peu trop simplet pour les adultes, mais ne s’adressant pas r?ellement aux enfants.
Pour en savoir un peu plus sur les Grimm, on se reportera ? cet article riche en faits et en liens, et surtout au mini dossier d’Arte Magazine autour de la Th?ma ? Il ?tait une fois ?. O? l’on apprend plein de choses sur les deux conteurs, et l’on tranche finalement le d?bat : le petit Chaperon rouge ?tait plut?t bi?re ou ros? ?

[Les Fr?res Grimm de Terry Gilliam. 2005. Distribution : Metropolitan. Sortie le 5 octobre 2005]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 05.10.08 à 15:34 - Réagir

Berlin Alexanderplatz, version restaur

Le cin?ma allemand a retrouv? depuis quelques ann?es une certaine vitalit?, rencontrant les des grands festivals internationaux, remportant de nombreux succ?s aupr?s du grand public (cf en France de La Chute de Olivier Hirschbiegel, Le Parfum de Tom Tykwer, La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck)… Apr?s des ann?es de relative atonie, cette petite renaissance a relanc? l'int?r?t pour les grands a?n?s de la Nouvelle Vague allemande, et notamment pour celui qui ?tait ? la fois leur chef de file et leur enfant terrible : Rainer Werner Fassbinder. Il y a deux ans, le Centre Pompidou avait programm? une int?grale des œuvres du ma?tre, tandis que l'?diteur Carlotta Films sortait deux copieux coffrets de versions restaur?es.
Ne manquait ? la r?trospective du Centre qu'une seule œuvre, mais pas la moindre : Berlin Alexanderplatz, la s?rie (en 13 ?pisodes et 1 ?pilogue) tourn?e (en 1979-1980) pour la t?l?vision allemande d'apr?s le magistral roman d'Alfred D?blin. Apr?s un patient et minutieux travail de restauration men? par Bavaria Film et la Fondation Fassbinder, sous l'?gide des collaborateurs du r?alisateur, on va pouvoir red?couvrir Berlin Alexanderplatz comme on ne l'avait jamais vu : le film a ?t? restaur? num?riquement en haute d?finition (2K), et des copies 35 mm ont ?t? tir?es pour la premi?re fois (le film avait ?t? tourn? en 16 mm). La sortie du coffret DVD (comprenant les 14 ?pisodes et de nombreux bonus) chez Carlotta Films le 3 octobre s'accompagnera donc d'une tourn?e-?v?nement commen?ant le 6 octobre au Grand Rex ? Paris et se poursuivant (? Lyon, Strasbourg, Toulouse…) tout au long de l'ann?e scolaire.
En attendant le dossier p?dagogique que Z?rodeconduite.net consacrera ? la s?rie, on terminera avec ces belles lignes de Fassbinder sur son rapport au roman de D?blin : "Il se peut que Berlin Alexanderplatz m'ait aid? ? reconna?tre cette exigence envers l'art, ? la formuler et surtout ? la poser envers mon propre travail. J'ai donc rencontr? une oeuvre d'art qui n'?tait pas seulement en mesure d'aider, en quelque sorte, ? vivre - de cela aussi, je reparlerai - une oeuvre d'art donc, Berlin Alexanderplatz, qui aide ? ?laborer du th?orique sans ?tre th?orique, qui contraint ? des attitudes morales sans ?tre morale, qui aide donc ? accepter le banal comme essentiel, comme sacr?, sans ?tre banale ou m?me sacr?e ou sans pr?tendre ?tre un expos? sur l'essentiel et malgr? tout sans ?tre pour autant cruelle, ce qui n'est pas rare pour des oeuvres de cette envergure."

> MAJ 17/09/07 : voir notre site p?dagogique Berlin Alexanderplatz

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 12.09.08 à 11:08 - 1 commentaire

Les particules ?l?mentaires

Ouvrant le bal des adaptations de l'automne (Le Parfum de Tom Tykwer, Le Grand Meaulnes de Daniel Verhaeghe), l’oeuvre de Michel Houellebecq qui avait d?fray? la chronique en 1998 arrive sur les ?crans dans la version allemande d'Oskar Roehler. Si le roman para?t difficilement exploitable en cours pour des lyc?ens en raison d’une ?criture crue, voire pornographique, il n’en demeure pas moins int?ressant pour le tableau sociologique des trente derni?res ann?es qu’il dresse, le rapport de soi ? autrui et l’impossibilit? de communiquer qui l’affecte. Le film parvient ? retranscrire avec justesse un roman ? la fois comique et d?sesp?r?, sans toutefois aller jusqu’au bout de l’inhumanit? comme chez Houellebecq.
Une empathie profonde se d?gage pour ces personnages, Bruno, Michel, Christiane et Annabelle, naufrag?s d’une soci?t? soi-disant lib?r?e et victimes expiatoires de qu?tes illusoires telles que le plaisir, le bonheur, l’amour, le r?confort. S’il ne fait pas l’?conomie des sc?nes o? les relations humaines sont autopsi?es du point de vue de la sexualit?, le film a la pudeur de se d?tacher du sexe pour percevoir son impact sur l’individu, la tendresse qu’il g?n?re ou le d?sespoir qu’il provoque.
On pourrait d?plorer le fait que le film se d?roule en Allemagne, mais Roehler est parvenu ? transposer le contenu universel du roman et l’allemand, tant?t nonchalant, tant?t nerveux traduit habilement les rythmes d’une ?criture tant?t froide, tant?t hallucin?e. C’est donc un film ? voir et en version originale.
On recommandera surtout ces deux œuvres ? des ?tudiants de BTS, voire ? des lyc?ens de Terminale Litt?raire avertis, germanistes ou non, qui pourront s’interroger sur le poids des d?terminismes g?n?tiques, sociaux ou psychanalytiques dans la construction de l’identit?, en Fran?ais et en SES voire en Philosophie. Ils pourront comparer la fin du film et celle du roman pour d?terminer un choix, pas si anodin que cela : l’esp?rance sans aller jusqu’? l’optimisme ou l’impasse du d?sespoir

[Les particules ?l?mentaires d'Oskar Roehler. 2006. Dur?e : 1 h 53 mn. Distribution : TFM. Sortie le 30 ao?t 2006]

Voir ?galement :
Le site officiel du film
Le site officiel Michel Houellebecq
Le blog de Michel Houellebecq

Posté dans Dans les salles par comtessa le 31.08.08 à 13:07 - 6 commentaires

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