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: (54 articles)

De l'autre c?t? : si loins, si proches


Des "?trangers proches" : voil? comment le g?ographe St?phane de Tapia d?finit la fa?on dont les Europ?ens per?oivent les Turcs (La Turquie entre quatre mondes sur le site des Caf?s G?os). Les termes s’appliquent fort bien aux personnages de De l’autre c?t? (Auf den anderen Seite), et aux relations qui les unissent : en faisant se croiser une demi-douzaine de personnages entre Turquie et Allemagne, vivants ou morts (tr?s belles sc?nes en ?cho de l’embarquement des cercueils) le film de Fatih Akin orchestre une ambitieuse r?flexion sur l’identit? et l’alt?rit?, ce qui nous unit et nous s?pare, ce qui nous rapproche et qui nous ?loigne. Entrem?lement narratif et temporel assez (trop ?) virtuose de leurs trajectoires, le film est impossible ? r?sumer sinon par ses personnages : Ali, vieil immigr? turc saisi par la solitude ; son fils Nejat, professeur de litt?rature allemande ? l’universit? ; Yeter, prostitu?e ? Hambourg et sa fille Ayten, qui ? Istanbul milite clandestinement contre le gouvernement ; Lotte, ?tudiante id?aliste et sa m?re Susanne…
Comme le pr?c?dent film de Fatih Akin (Gegen die Wand, sorti en France sous le titre Head-On), De l’autre c?t? (Auf den Anderen Seite) s’int?resse ? la situation des Turcs d’Allemagne (voir ce dossier propos? par la cha?ne Arte) de la premi?re ou de la deuxi?me g?n?ration, ? leurs rapports avec leur pays d’origine. Mais sa grande r?ussite est de d?passer le probl?me communautaire, ou la question de l’appartenance de la Turquie ? l’Europe : les "?trangers proches", ce sont aussi les uns pour les autres les hommes et les femmes, les parents et les enfants, et l'int?r?t du film est de sans cesse red?finir les rapports entre ses personnages en fonction de ces diff?rentes appartenances.
Moins tragique et plus lumineux que Head-on, Auf den Anderen Seite constitue une belle sortie pour les classes d’Allemand (voir le site officiel allemand du film). Il pourra ?galement pousser ? une r?flexion en G?ographie au lyc?e sur l’Union Europ?enne et ses rapports avec ses voisins, en ?cho au lancinant d?bat sur l’int?gration europ?enne de la Turquie…

[De l'autre c?t? de Fatih Akin. 2006. Dur?e : 2 h 02. Distribution : Pyramide. Sortie le 14 novembre 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 17.11.08 à 14:57 - 11 commentaires

L'?change

L'EchangeParmi les sorties de la semaine, on signalera L'Echange de Clint Eastwood, vu et chroniqu? par Z?rodeconduite.net lors du dernier Festival de Cannes :" Il y a deux films dans L'Echange. C’est tout d’abord le tr?s (trop) classique combat d’une m?re qui reprend le sch?ma ?pique du h?ros seul contre tous (l’institution psychiatrique, les services de police). M?re bafou?e, victime tortur?e, femme humili?e (sans oublier la douleur atroce de la perte de son enfant) Christine Collins ne d?faillera jamais, r?sistera, et m?nera les bourreaux de la soci?t? civile jusque devant les tribunaux. Entre Vol au dessus d’un nid de coucou et les Incorruptibles, ce film-l? repose sur un ?pique parfois lourd ? dig?rer (le petit sourire triomphal d’Angelina qui revient ? l’h?pital et fait face ? la m?chante infirmi?re), qui cherche (et parvient) ? provoquer la piti? et l’indignation du spectateur, avant de satisfaire son in?vitable d?sir de vengeance.Et puis il y a un "film cauchemar" qui rappelle Mystic River. Le ranch "no man’s land", cimeti?re d'enfants, ?voque par les sombres flash-backs la demeure de l’ogre de nos peurs enfantines. Les cris d’enfants insoutenables, les gros plans sur les outils du monstre g?n?rent une angoisse sans pareille."… ainsi que La Bande ? Baader, "biographie" ? grand spectacle r?alis?e par Uli Edel et produite par Bernd Eichinger, le tycoon du cin?ma allemand, du groupe terroriste Fraction Arm?e Rouge, qui fait d?bat parmi les historiens…

[L'?change de Clint Eastwood. 2008. Dur?e : 2 h 21. Distribution : Universal Pictures France. Sortie le 12 novembre 2008]

[La Bande ? Baader d'Uli Edel. 2008. Dur?e : 2 h 25. Distribution : Metropolitan FilmExport. Sortie le 12 novembre 2008]

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Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 14.11.08 à 12:37 - 7 commentaires

Br?ves rencontres : Joyeux No?l de Christian Carion



joyeuxno__l.jpgDisons-le tout de suite : Joyeux No?l de Christian Carion est ? la hauteur de son beau sujet, les fraternisations au front lors du No?l 1914.
Le sc?nario, nourri de plein de petits faits vrais (le chat qui passe d’un camp ? l’autre, les soldats qui ont laiss? maison et famille derri?re les lignes adverses…) tire tout le parti dramatique et comique possible des situations (absurdit? de la guerre de tranch?es, quiproquos lors des fraternisations). La mise en sc?ne est ma?tris?e, atteignant m?me parfois ? une certaine ?l?gance. Et, fait suffisamment rare pour ?tre soulign?, tous les personnages s’expriment dans leur propre langue, la coproduction europ?enne ayant permis un casting international (des prolongements sont donc possibles en classe d’anglais et d’allemand)…
Tout cela en fait une sortie tr?s recommandable pour les ?l?ves, ? quelques r?serves pr?s…
Le film revendique clairement son discours humaniste (cf interviews de Christian Carion) : montrer comment malgr? l’endoctrinement nationaliste (tr?s belle s?quence d’ouverture o? des enfants r?citent des po?mes x?nophobes sur fond de tableau noir) l’humanit? et la fraternit? peuvent pr?valoir. En condensant en un seul lieu et un seul moment de nombreux cas de fraternisation (les chants qui se r?pondent, la messe œcum?nique en latin, la partie de football sur le no man's land, l'?change de tranch?es quand l'artillerie bombarde…), le film risque de donner une id?e fauss?e du conflit. Il faut donc concevoir sa projection comme un contrepoint au cours sur la Premi?re Guerre Mondiale et ? d’autres œuvres (textes, films, bande dessin?e de Tardi) qui en montrent toute l’horreur, en pr?cisant bien aux ?l?ves le contexte de ces fraternisations. On pourra s'appuyer sur un travail interdisciplinaire avec le professeur de fran?ais (cf cette s?quence Regards sur la Guerre de 1914-1918 pour les Troisi?me).
On peut aussi prendre exemple sur le remarquable travail de Vincent Bocquet sur Cinehig autour du film de Stanley Kubrick : Les sentiers de la gloire, de l’histoire ? l’historicit?. Sa d?marche consiste dans un premier temps ? valider la dimension documentaire du film ("D?marche ill?gitime, sans doute, puisqu’elle ?vacue sans scrupule tout ce qui constitue le film en œuvre ; mais c’est une r?duction sans laquelle aucune utilisation p?dagogique du cin?ma de fiction n’est possible") pour ensuite la critiquer (il pointe notamment, citant Marc Ferro, "l’accumulation ? valeur dramatique de situations exceptionnelles ou extrapol?es") afin de faire appara?tre la th?se du r?alisateur, qui elle-m?me s’inscrit dans l'histoire (c’est l’objet de la troisi?me partie).
On pourra ainsi montrer aux ?l?ves comment le film de Christian Carion s’inscrit lui aussi dans son histoire. Deux films r?cents (Un long dimanche de fian?ailles et, de mani?re plus indirecte, Les ?mes grises) ont illustr? avec force le concept de brutalisation de la guerre et montr? l’humanit? en souffrance. Joyeux No?l va plus loin, puisqu'il installe au cœur m?me du conflit la fraternit? et les pr?mices de l’id?al europ?en, comme si on ne pouvait plus comprendre de nos jours pourquoi tant d'allemands et de fran?ais se sont entretu?s.
Pour en savoir plus, le site officiel du film et son espace enseignant proposent un copieux dossier d’accompagnement (qui pourra dispenser de l’achat du dernier num?ro du magazine Historia, qui reprend peu ou prou les m?mes textes) et, plus original, un m?moire de ma?trise sur les fraternisations (Coralie Jacquot, sous la direction de St?phane Audoin-Rouzeau)
Sur Cinehig on trouvera ?galement la retranscription d’un d?bat avec Christian Carion au Festival de Blois 2005. Interrog? par un public d’historiens (enseignants et amateurs), Christian Carion sort du discours promotionnel pr?m?ch?. Ses propos sont int?ressants parce qu’ils d?crivent bien le processus de fabrication d'un discours sur l'histoire (celui du film) ? partir d'un mat?riau historique brut, mais aussi d'une tradition cin?matographique (Christian Carion cite La grande illusion de Renoir comme une influence majeure).
Quant aux sites consacr?s ? la Premi?re Guerre Mondiale, ils sont l?gion, aussi on n’en citera que quelques uns : le site grande guerre des ?ditions Anovi, le site ?ducatif de France 5 qui propose lui-m?me une s?lection de liens, le dossier d’Herodote, et le chapitre "Premi?re Guerre Mondiale" sur Cliotextes qui pr?sente quelques textes sur les fraternisations.

[Joyeux No?l de Christian Carion. 2005. Distribution : UGC. Sortie le 9 novembre 2005]


Posté dans Dans les salles par zama le 09.11.08 à 12:34 - 21 commentaires

Berlin Alexanderplatz : l'int?grale et le site

Vous aimez le cin?ma ou vous ?tes germanophone ? Vous ?tes parisien ? Vous avez un peu de temps ce week-end ?
Nous ne saurions trop vous conseiller l'?v?nement que constitue la pr?sentation, pour la premi?re fois sur grand ?cran en copies 35 mm (le film avait ?t? tourn? en 16 mm pour la t?l?vision), et en version restaur?e (sous l'?gide de la Fondation Fassbinder et de Bavaria Film), de l'int?grale (15 h 30 de film) de Berlin Alexanderplatz (1979-1980), la s?rie-fleuve tir?e par Rainer Werner Fassbinder du roman d'Alfred D?blin (1929), que nous ?voquions d?j? ici.
Cette pr?sentation aura lieu sur deux jours, les 6 et 7 octobre, au Grand Rex ? Paris, et tournera ensuite dans plusieurs villes de France (Lyon, Strasbourg, Toulouse, Mulhouse…). Mais les spectateurs parisiens auront la chance suppl?mentaire de pouvoir rencontrer de nombreux collaborateurs du ma?tre : les com?diens G?nter Lamprecht (Franz Biberkopf), Gottfried John (Reinhold), mais aussi la monteuse Juliane Lorenz et le directeur de la photographie Xaver Schwarzenberger.
Les autres pourront ?galement se rabattre sur une superbe ?dition DVD proposant, outre l'int?grale du film, de nombreux bonus. Le visionnement int?gral de l'œuvre ?tant difficile ? caser dans un emploi du temps normal, nous avons propos? un accompagnement p?dagogique autour de l'?pisode II de la s?rie, intitul? "Comment faut-il vivre quand on ne veut pas mourir ? (Wie soll man leben, wenn man nicht sterben will)".
Le dossier p?dagogique propos? par St?phane G?dicke pour Z?rodeconduite.net propose ainsi, apr?s une pr?sentation des auteurs (D?blin et Fassbinder) et du personnage de Franz Biberkopf, de s'int?resser ? l'arri?re-plan historique particuli?rement bien mis en sc?ne dans cet ?pisode (La R?publique de Weimar et la mont?e du nazisme), puis ? la th?matique des pauvres gens, et aux repr?sentations de la grande ville.

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 06.10.08 à 10:30 - Réagir

O brothers : les Fr?res Grimm





grimm.jpgFaire de Jakob et Wilhelm Grimm, les folkloristes allemands, des illusionnistes ind?licats escroquant les cr?dules, avant d’?tre confront?s pour de bon au surnaturel, voil? une id?e de sc?nario qui paraissait all?chante, surtout associ?e au nom de Terry Gilliam.
Force est de reconna?tre h?las que Les Fr?res Grimm d??oit: l’univers des Grimm est trait? avec une certaine d?sinvolture (on croise bien un chaperon rouge au d?tour d’une for?t, de belles endormies et des reines jalouses, mais les r?f?rences accumul?es finissent par s’annuler) et le propos du film semble bien h?sitant. R?flexion sur les jeux entre r?alit? et fiction, entre l’?criture et la vie ? D?fense et illustration de la magie du folklore face un si?cle d?j? rationaliste (incarn? ici par l’occupation napol?onienne) ? Sleepy hollow de Tim Burton l’avait fait avec plus de coh?rence.
Reste un somptueux livre d’images, un peu trop simplet pour les adultes, mais ne s’adressant pas r?ellement aux enfants.
Pour en savoir un peu plus sur les Grimm, on se reportera ? cet article riche en faits et en liens, et surtout au mini dossier d’Arte Magazine autour de la Th?ma ? Il ?tait une fois ?. O? l’on apprend plein de choses sur les deux conteurs, et l’on tranche finalement le d?bat : le petit Chaperon rouge ?tait plut?t bi?re ou ros? ?

[Les Fr?res Grimm de Terry Gilliam. 2005. Distribution : Metropolitan. Sortie le 5 octobre 2005]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 05.10.08 à 15:34 - Réagir

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