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Night moves : une autre Am?rique

Night moves

Le casting de t?tes connues (Dakota Fanning, la petite fille de La Guerre des Mondes de Spielberg, Stellan Sgarsgard et surtout Jesse–The Social Network–Eisenberg) et la promesse d'un "thriller", devraient permettre au nouveau film de Kelly Reichardt d'attirer un public plus large que ses pr?c?dents long-m?trages, sortis en France de mani?re relativement confidentielle malgr? le soutien de la critique. La r?alisatrice d'Old Joy et Wendy and Lucy n'en reste pas moins fid?le ? ses fondamentaux : mise en sc?ne minimaliste (rigueur des cadres, travail sur la dur?e) et peinture d'une Am?rique en marge, absente des radars hollywoodiens…

Night moves raconte la radicalisation de deux jeunes militants ?colos de l'Oregon (Nord-Ouest des ?tats-Unis) qui, lass?s de cultiver les l?gumes bio et de refaire le monde au coin du feu, d?cident de passer ? l'action, violente : il s'agit de plastiquer l'un de ces nombreux barrages hydro-?lectriques qui, pour faire tourner les tablettes et smartphones des urbains de Seattle, bouleversent l'?cosyt?me de cette r?gion encore sauvage, sous couvert d'?nergie "verte".? La grande force du film de Kelly Reichardt est de nous ?pargner toute justification (politique, psychologique…), au profit d'un r?cit strictement behavioriste : ?pousant la structure en trois actes du "hold up movie" classique (?laborer le plan, le mettre en œuvre, se faire oublier), Night moves est, —litt?ralement— un film d'actions (au pluriel). Comment se procurer suffisamment d'engrais pour l'explosif, comment acheter le bateau qui servira ? l'attentat, comment approcher les lieux sans se faire remarquer : chacun de ces micro-suspenses, orchestr?s avec rigueur par la mise en sc?ne de Kelly Reichardt, parvient ? faire monter une tension qui culmine dans la tr?s belle s?quence nocturne de l'attentat. Par sa secheresse implacable, par sa dimension tragique (tout ne se passera —?videmment— pas comme pr?vu), Night moves rappelle ainsi parfois de grands classiques du film noir ? la trame similaire, comme The Asphalt Jungle (Quand la ville dort) de John Huston ou The Killing (L'Ultime razzia) de Stanley Kubrick, la nature luxuriante ayant remplac? la jungle urbaine, et l'id?al politique l'app?t du gain.

Au-del? de sa r?ussite en tant que "film de genre", Night moves invite ?galement ? r?flechir sur le sens d'une action violente dont les trois h?ros n'interrogent jamais le bien fond?. Par petites touches impressionnistes, par indices gliss?s ?a et l?, Kelly Reichardt dessine des personnages aux mobiles plus troubles et ambigus que la seule d?fense de l'environnement : ainsi Dena, riche h?riti?re en rupture de ban (c'est elle qui ach?te, cash, le hors-bord qui donne son titre au film) taraud?e par la mauvaise conscience de classe ; ainsi Josh, monstre froid (l'acteur Jesse Eisenberg compose ici un pendant mutique au tr?s bavard Mark Zuckerberg) qui sublime son inadaptation sociale (et son attirance pour Dena) dans cette entreprise terroriste.

H?las, apr?s une premi?re heure brillante et haletante, Night moves ne tient pas toutes ses promesses. Une fois l'attentat commis, les trois comparses se s?parent, et le film ?vacue Dena et Harmon pour se recentrer sur le personnage de Josh. Alors que la tension dramatique retombe, les enjeux du film semblent se r?duire : hant? par les cons?quences funestes de son acte (l'explosion du barrage a noy? un campeur), Josh erre comme une ?me en peine, h?ros d'une version contemporaine de Crime et ch?timent qui nous priverait de tout acc?s aux pens?es de Raskolnikov. Le basculement de la fin, qu'on ne racontera pas ici, laisse le spectateur circonspect, et dans l'incertitude : qu'est-ce qu'au fond veut nous dire Kelly Reichardt avec cette histoire ? Night moves n'en reste pas moins un film int?ressant et relativement accessible, qui m?rite d'?tre conseill? aux ?l?ves ? la fois pour ses qualit?s de mise en sc?ne et pour sa peinture d'une Am?rique alternative. Le film pourra notamment ?tre utilis? en Anglais au cycle terminal pour aborder "l'id?e de progr?s".

[Night moves de Kelly Reichardt. 2013. Dur?e : 1 h 47. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 23 avril 2014]

Posté dans Dans les salles par zama le 29.04.14 à 01:04 - Réagir

Her : Son r?ve familier

Her

Le dernier film de Spike Jonze, sobrement intitul? Her, se situe dans un avenir proche mais pourtant familier, o? des syst?mes d’exploitation dernier cri deviennent les compagnons sensibles d’?mes en peine. A Los Angeles, Theodore Twombly (Joaquin Phoenix) encore sous le coup de sa rupture avec son ?pouse Catherine (Rooney Mara), se r?fugie dans une bulle virtuelle (jeux en 3D, relations ?rotiques), au grand dam de ses proches… En faisant l’acquisition d’un nouveau syst?me d’exploitation dernier cri, sa vie va, contre toute attente, changer.

Sautons all?grement par-dessus toutes les invraisemblances : ce syst?me d’exploitation est un ?tre qui s’?veille, sensible et intuitif, programm? pour s’adapter en tous points ? la psych? de Theodore, en quatre questions auxquelles le h?ros ne r?pond pour ainsi dire pas. Pourquoi le spectateur a-t-il envie d'y croire ? Tout d’abord parce que Spike Jonze r?ussit avec d?licatesse ? nous faire prendre un film de science-fiction (le personnage de Samantha rappelle Jarvis, le majordome d'Iron Man) pour un film r?aliste, en nous montrant des individus ultra-connect?s comme nous en croisons tous les jours dans la rue ou les transports en commun, parlant ? haute voix ? des interlocuteurs invisibles, cach?s dans des oreillettes de plus en plus discr?tes. Ensuite parce que ce film propose, au-del? du r?cit d’une passion qui semble impossible, une r?flexion sur le langage et ses interstices. Spike Jonze montre clairement que toute relation humaine se noue ou se d?noue dans le langage, opposant ceux qui n'?coutent pas (la m?re de Theodore qui ne parle que d'elle, les personnages jou?es par Olivia Wilde, Kirsten Wiig et Matt Letsche, voire Theodore lui-m?me dans sa relation avec Catherine), ? ceux qui sont capables de le faire (Amy et Samantha, la voix du syst?me d’exploitation). On remarquera ?galement la profession de Theodore, ?crivain public "2.0" dont le m?tier est de jongler avec les mots et les sentiments des autres… un peu ? la mani?re d'un syst?me d’exploitation.

On peut voir dans la relation entre Theodore et Samantha une r??criture du mythe de Pygmalion, ? ceci pr?s que la statue avait un corps mais pas d’?me, alors qu’ici le syst?me d’exploitation a un nom (? Samantha ?, qu’il s’est choisi lui-m?me) et une voix (dont Theodore choisit le genre — comme on choisit son psychanalyste —, pas l'inflexion — celle de la sculpturale Scarlett Johansson—) et peut-?tre une ?me, mais pas de corps. Pourtant les r?les s’inversent et c’est Samantha, par un subtil jeu de miroir, qui r?v?lera au grand jour le talent d’?crivain de Theodore. Si le titre du film rappelle la r?ification du syst?me d’exploitation ? travers le pronom personnel compl?ment d’objet ? Her ?, l’intrigue r?ussit le tour de force de nous la pr?senter toujours comme une personne ? part enti?re, qui parvient m?me ? s’incarner dans de nombreuses sc?nes, dont l’une des plus touchantes est ce pique-nique ? quatre personnes, mais ? trois corps. Her ?pouse ainsi la trame d’une intrigue sentimentale r?aliste : rencontre, amour-fusion, distance, retrouvailles, jalousies… Malgr? quelques longueurs (le film s'?tirant sur plus de deux heures), c'est une vraie r?ussite, m?lant habilement moments d’autant plus comiques qu’inattendus, ?motion sans pathos, et gr?cieuses autant que discr?tes envol?es lyriques.

Le film pourra ?tre ?tudi? au lyc?e en cours d'anglais, autour de la th?matique "L'id?e de progr?s". On ne saurait ?galement trop le conseiller aux ?tudiants de BTS qui ont ? leur programme les th?mes ? Parole, ?change, conversation et r?volution num?rique ? et ? Cette part de r?ve que chacun porte en soi ?. Dans le cadre de ? Parole, ?change, conversation et r?volution num?rique ?, on pourra ?tudier avec les ?l?ves la mani?re dont le film pr?sente la "r?volution" num?rique comme une "?volution", qui, loin de faire table rase du pass?, en r?actualise et r?invente les formes (Theodore exerce le "vieux m?tier" d'?crivain public) ainsi que la fa?on dont il place le langage au centre des enjeux du futur. Quant au th?me du r?ve, on pourra remarquer que Samantha ressemble ? une incarnation ultramoderne du R?ve familier de Verlaine ; sans corps (? Est-elle blonde, brune ou rousse ? Je l’ignore ?) mais dot?e d’une voix (? Elle a l’inflexion des voix ch?res qui se sont tues ?), elle est celle qui r?conforte et accompagne, comme en r?ve, l’?me esseul?e de Theodore.?

[Her de Spike Jonze. 2013. Dur?e : 126 mn. Distribution : Wild Bunch. Sortie le 19 mars 2014]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 25.03.14 à 13:47 - Réagir

Braddock America : la fascination des ruines

Braddock America

On ?voquait ici m?me, ? l'occasion d'un article sur le dernier film de Jim Jarmusch, la fascination pour les ruines. Si au temps des romantiques cette fascination s'exer?ait sur les vestiges monumentaux des civilisations grecque et romaine, elle s'est report? en ce d?but de XXI?me si?cle sur un patrimoine plus r?cent mais non moins d?grad? : les restes de la civilisation industrielle occidentale, usines d?saffect?s, friches industrielles, cit?s ouvri?res en d?sh?rence.
Dans Only lovers left alive, Jarmush montrait la majestueuse d?confiture de la ville de Detroit, Michigan, ex-capitale de l'industrie automobile (surnomm?e Motor City ou Motown). Le documentaire Braddock America de Jean-Lo?c Portron et Gabriella Kessler, nous transporte quelques centaines de kilom?tres au sud, dans la banlieue de Pittsburgh, Pennsylvanie, au cœur de la "Fonderie", la r?gion de l'acier am?ricain.

Au fil des d?ambulations dans cette ville (presque) fant?me, et d'une galerie d'attachants portraits, le documentaire dresse une s?rie de th?matiques famili?res : la nostalgie de l'?ge d'or, le ressentiment contre le cynisme des d?cideurs ?conomiques, la fiert? malgr? tout… Le plus frappant a posteriori dans ces t?moignages est sans doute le sentiment d'invincibilit? de cette "aristocratie ouvri?re" persuad?e que rien ne pouvait lui arriver, que Braddock serait toujours Braddock, que le monde aurait toujours besoin de l'acier am?ricain : ainsi cet ouvrier qui fait construire une piscine pour occuper une p?riode de ch?mage dont il ne s'imagine pas un instant qu'elle puisse perdurer, et encore moins devenir d?finitive…

Le film est remarquable par son ambition formelle : on saluera la musique ent?tante de Valentin Portron, la qualit? plastique de l'image, mais surtout le travail subtil de montage qui tisse les t?moignages d'aujourd'hui aux images d'archives... Celles-ci (hauts-fourneaux fonctionnant ? plein r?gime, th?ories d'ouvriers le jour de la paye, sc?nes de famille) ne sont pas utilis?es pour leur valeur informative mais pour leur charge romanesque et ?motionnelle, comme des r?miniscences nostalgiques d'un temps de prosp?rit? : comment cet enfer d'acier, de bruit et de fureur, s'est transform? ? la faveur du temps qui passe en un v?ritable paradis perdu ? H?las, pass? la s?duction de la premi?re demi-heure, rien de bien neuf dans ce lamento de la d?sindustrialisation (dernier documentaire d'une longue s?rie sur le sujet), que vient encore alourdir un retour deux si?cles en arri?re (une des grandes batailles de la Guerre de Sept Ans s'est d?roul?e non loin de l?) dont on se demande en quoi il ?claire le pr?sent. En l'absence d'un v?ritable enjeu narratif (comme celui qui animait l'autrement plus combattif Cleveland contre Wall Street de Jean-St?phane Bron) ou simplement d'une lueur d'espoir, le spectateur, faute de partager la fascination manifeste des documentaristes pour leurs personnages, glisse insensiblement de la m?lancolie ? l'ennui

[Braddock America de Jean-Lo?c Portron et Gabriela Kessler. 2013. Dur?e : 101 mn. Distribution : ZED. Sortie le 12 mars 2014]

Pour aller plus loin :
> Un dossier sur le film
> Des extraits in?dits comment?s par les deux cin?astes

Posté dans Dans les salles par zama le 14.03.14 à 17:18 - Réagir

Beaucoup de bruit pour rien : entretien avec S. Hatchuel et A. Hudelet

Beaucoup de bruit pour rien

Sarah Hatchuel et Ariane Hudelet sont toutes deux universitaires, spécialistes des rapports entre cinéma et littérature. Elles travaillent également sur l'univers des séries télévisées anglo-saxonnes et dans ce cadre collaborent au sein du projet GUEST-Normandie, Groupe Universitaire d’Etudes sur les Séries Télévisées (voir leurs biographies détaillées en fin d'entretien).
C'est à ce double titre que nous avons voulu les interroger sur le film de Joss Whedon 
Beaucoup de bruit pour rien (au cinéma le 29 janvier) nouvelle adaptation de la comédie de Shakespeare par l'un des cinéastes et showrunners ("créateur de série") américains les plus en vue du moment.

Zéro de conduite.net : Qu'avez-vous pensé du film de Joss Whedon ?

Sarah Hatchuel : C'est une adaptation très réussie de Shakespeare, dont on peut tout à fait se servir pédagogiquement. On pense inévitablement à la version de Kenneth Branagh ; il serait très intéressant de comparer les deux. Il y a en effet dans les deux films un ton, une esthétique et un choix d'époque très différents. Branagh est clairement dans l'épique, avec des clins d'œil au western, au "musical". Il privilégie les paysages grandioses, les extérieurs, les couleurs, tandis que Whedon applique à la pièce un traitement beaucoup plus intime, en intérieurs, en noir et blanc. La grande villa en Toscane était un peu l'héroïne du film de Branagh, tandis que Whedon se recentre sur le couple Beatrice/Benedick.

Ariane Hudelet : La grande qualité du film à d'arriver à faire un Shakespeare "américain". Les personnages sont des gens aisés de la jet set, qui habitent dans une villa luxueuse, et on accepte sans aucun problème qu'ils parlent "shakespearien". On l'accepte d'autant plus volontiers que l'esthétique du film est truffée de références cinématographiques. Il y a un côté Woody Allen dans l'utilisation du noir et blanc et du jazz, dans la fluidité de la mise en scène, qui passe d'une conversation à l'autre… Le film fait également de nombreuses références à la comédie hollywoodienne "screwball", ces films des années quarante et cinquante mettant en scènes des couples animés d'une sorte de tension à la fois conflictuelle et érotique (généralement joués par Katharine Hepburn, Spencer Tracy, Cary Grant ou James Stewart).

S.H. : On voit d'ailleurs bien que Much Ado About Nothing préfigure ces comédies hollywoodiennes.

Zero de conduite.net : Le film est signé par un des "papes" de la "pop culture" américaine, le créateur de la série Buffy contre les vampires. Au-delà des adaptations proprement dites, quelle est l'influence de Shakespeare sur cette culture (cinéma, série, bandes dessinées) ?

S.H. : Elle est immense, évidemment. Toute la culture anglo-saxonne est imprégnée de deux textes fondamentaux : la Bible et Shakespeare ! On sent d'ailleurs dans le film une grande familiarité avec le théâtre shakespearien. Joss Whedon avait l'habitude d'inviter chez lui ses amis comédiens pour faire des lectures shakespeariennes, et c'est dans le cadre d'une de ces lectures qu'il a pu lancer le tournage de Much Ado About Nothing. Il émane du film un plaisir communicatif : plaisir de la mise en scène, avec le jeu sur la théâtralité (par exemple quand un personnage se cache derrière un buisson de pure convention), mais aussi et surtout plaisir du jeu pour les comédiens. Les acteurs sont vraiment dans le "camp", dans l'exposition du jeu.  
Il y a une spontanéité très américaine, que l'on retrouve dans les musicals (les films avec Judy Garland, Mickey Rooney) : "let's put on a show and see what happens !". On retrouve un peu le même esprit en Angleterre avec les pageants, ces spectacles qui se jouent à Noël par exemple. A cet égard le film de Whedon m'a rappelé un autre film de Kenneth Branagh, In the Bleak Midwinter (Au beau milieu de l'hiver, 1995), qui raconte comment une troupe d'acteurs désœuvrés investit l'église d'un petit village pour y monter Hamlet avec trois bouts de ficelle. Whedon est un peu dans le même esprit, la mise en abyme en moins.

A.H. : Quand on connaît Joss Whedon c'est tout sauf surprenant : c'est un homme d'une grande culture, qui adore mélanger les genres, les registres. Ce qui compte vraiment dans Buffy contre les vampires, au-delà des codes du fantastique, c'est le mélange de références à la culture classique (par exemple le mythe de Pygmalion) et à la culture ultra-contemporaine, l'alternance entre l'action pure et ce qu'on appelle le "wit" en anglais (les traits d'esprits, les jeux de mots). On retrouve dans Much Ado About Nothing, ce mélange complètement décomplexé de références, le plaisir de mêler Shakespeare au cinéma américain et à l'univers de Whedon (à travers la présence des acteurs de ses différentes séries).

S.H. : Le film se place à cet égard dans une voie ouverte en 1996 par Al Pacino avec Looking for Richard. Les deux films montrent que les Américains n'ont absolument pas à se justifier d'adapter Shakespeare : il leur appartient tout autant qu'aux Anglais. Ils s'affranchissent ainsi de cette sorte d'intimidation exercée par les "acteurs shakespeariens" anglais : les acteurs de Joss Whedon sont dans un jeu très naturel, voire naturaliste, et cela fonctionne parfaitement.

A.H. : Whedon est un adaptateur, un recycleur, mais un peu comme Shakespeare à son époque ! Shakespeare n'a créé que deux pièces ex nihilo, sans s'inspirer de sources externes : The Tempest et Midsummer Night's Dream. Pour Much Ado About Nothing, il s'est inspiré d'une histoire écrite par un moine italien. Il ne faut pas sacraliser Shakespeare, en faire un canon intouchable…

Zéro de conduite.net : Comment résumer les thématiques de la pièce de Shakespeare ?

S.H. : Il est intéressant de revenir au titre original, Much Ado About Nothing, qui est beaucoup plus polysémique que sa traduction française. "Nothing" à l'époque élisabéthaine pouvait s'entendre de différentes façons : c'est d'abord, comme aujourd'hui, le "rien", d'où l'idée du "tout ça pour ça !", que reprend le titre français. Mais "nothing" pouvait aussi se prononcer, à l'époque élisabéthaine, comme "noting", remarquer : cela donnerait donc ici "beaucoup de bruit pour la vision, l'observation" ou pour la "surveillance". Cela renvoie au thème du voyeurisme, qui est très important dans la pièce : il y a beaucoup de moments où les personnages s'épient, se surveillent, s'écoutent. Joss Whedon a très bien exploité cette dimension en encadrant souvent ses personnages à travers des fenêtres, des portes, des vitres, en les capturant dans le reflet d'un miroir ou d'une fenêtre, ou bien en choisissant des angles frappants (en surplomb par exemple), qui donnent le sentiment d'un regard un peu voyeur.
Enfin, à l'époque élisabéthaine le mot "nothing" pouvait aussi désigner le sexe féminin, que l'on définissait en creux, par opposition au sexe masculin (no-thing : qui est dénué de quelque chose). Much Ado About Nothing est donc également une pièce sur le genre. C'est d'autant plus fort que les rôles féminins étaient joués à l'époque par des hommes. Quand Beatrice dit : "Ha si seulement j'étais un homme, je pourrais aller tuer Claudio et manger son cœur sur la place du marché !", il faut se souvenir qu'à l'époque c'était un homme jouant une femme qui prononçait ces mots. Il y a donc là un jeu sur les frontières entre le masculin et le féminin.

A.H. : Joss Whedon aime les héroïnes fortes, à l'image de Buffy. Il n'est pas étonnant qu'il s'intéresse à un personnage comme Beatrice.

(…) Lire la suite de l'entretien sur le site pédagogique du film.

Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado about Nothing), de Joss Whedon, au cinéma le 29 janvier

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Anglais, Français), sur la boutique DVD Zérodeconduite.  

Posté dans Entretiens par Zéro de conduite le 28.01.14 à 10:42 - Réagir

Beaucoup de bruit pour rien : le site p?dagogique

Beaucoup de bruit pour rien

Quand Joss Whedon, le créateur de la série Buffy contre les vampires et et le réalisateur du "blockbuster" The Avengers, s'empare d'une des plus célèbres comédies de Shakespeare, Much Ado about Nothing (Beaucoup de bruit pour rien) cela donne… une très jolie surprise, légère et euphorisante comme les bulles du champagne. Du champagne, entre autres alcools, il y en a beaucoup dans le film, qui transpose l'intrigue de Shakespeare (ou les amours contrariées de Beatrice, Benedick, Hero et Leonato) dans la jet-set californienne d'aujourd'hui, à la manière d'un Baz Luhrmann.
Dans un noir et blanc et sur une musique jazzy qui rappellent l'univers de Woody Allen, les acteurs s'approprient brillamment la langue de Shakespeare, pour le plus grand plaisir du spectateur. Alors que 2014 sera en France l'année anniversaire de la naissance de Shakespeare ("Shakespeare 450"), le film est une jolie occasion d'introduire les élèves à ses comédies, en s'appuyant pourquoi pas, à titre de comparaison, sur la version de Kenneth Branagh, sortie il y a tout juste vingt ans.

Zérodeconduite.net consacre un site pédagogique au film, avec un dossier en Anglais et en Français.

Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado about nothing) de Joss Whedon, au cinéma le 29 janvier 2014
> Le site pédagogique : www.zerodeconduite.net/beaucoupdebruitpourrien

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Anglais, Français), sur la boutique DVD Zérodeconduite.   

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 22.12.13 à 23:50 - Réagir

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