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Sin nombre : Sud-Nord? et retour

Sin nombreCes derni?res ann?es le cin?ma am?ricain a abondamment scrut? sa fronti?re m?ridionale, et mis en sc?ne les flux licites (marchandises) et illicites (drogue, immigr?s) qui la traversent. L’originalit? de Sin nombre du jeune r?alisateur Cary Joji Fukunaga est de porter son regard un peu plus loin, jusqu’au cœur de l’Am?rique centrale o? l’attraction et l’influence des Etats-Unis ne se font pas moins sentir qu'? leurs portes.
Sin nombre fait se croiser les destins d’une famille hondurienne qui va tenter de rejoindre le nord ? bord (ou plut?t sur le toit) d’un train de marchandises, et de deux jeunes mareros (membres d'une mara, un gang)?: Casper qui va se mettre au ban du groupe, au p?ril de sa vie, et le tout jeune Mickey qui cherche lui ? s’y faire accepter.
La plus grande qualit? du film est le brio avec lequel le sc?nario entrem?le les itin?raires de ces diff?rents personnages, et m?lange les registres fictionnel (la traque, l’histoire d’amour) et documentaire. En suivant les candidats ? l’exil sur toute la longueur du trajet, en montrant les avanies qu’ils subissent (pourchass?s par la police et les douanes, rackett?s par les mareros) et les dangers qu’ils courent, le film donne une vision terriblement concr?te d’un processus dont on ne consid?re g?n?ralement que l’aboutissement (comme Costa Gavras l’a fait, de mani?re plus symbolique, avec Eden ? l'Ouest). La peinture du monde cod? et ultraviolent des maras semble en comparaison plus conventionnelle : comme si l’utilisation de codes visuels et de sch?mas narratifs tr?s balis?s par le cin?ma et la t?l?vision am?ricaine d?r?alisait un ph?nom?ne dont le documentaire La vida loca (dont le r?alisateur, Christian Poveda, est mort assassin? peu apr?s le tournage)?avait donn? un aper?u saisissant.
Sin nombre montre ainsi de mani?re frappante les interconnexions entre Nord riche et Suds pauvres?: le flux des clandestins venus de toute l’Am?rique centrale pour se heurter ? la porte ?troite de la fronti?re ?tatsunienne?; mais aussi, dans l’autre sens, la destabilisation des soci?t?s d’Am?rique centrale par ces ph?nom?nes d’allers et retours.
Les maras ne sont ainsi que l’exportation, via notamment les immigr?s expuls?s en masse depuis les ann?es 80, d’une forme de d?linquance proprement am?ricaine (les deux principales maras sont n?es ? Los Angeles), comme le d?notent les surnoms (Casper, Mickey) que se donnent les mareros, tout empreints de culture am?ricaine.
Si la violence du film le rend difficilement exploitable en tant que tel en classe, on pourra donc n?anmoins le signaler aux ?l?ves de Seconde et de Terminale dans le cadre de leur programme de G?ographie.

[MAJ 03/11/2009] A voir ?galement le bel article de Betrand Pleven sur le site des Caf?s G?ographiques

[Sin nombre de Cary Joji Fukunaga. 2008. Dur?e?: 1 h 36. Sortie le 25 octobre. Distribution?: Diaphana]

Posté dans Dans les salles par zama le 26.10.11 à 15:57 - 3 commentaires

Nostalgie de la lumi?re : le site p?dagogique

Nostalgie de la lum?re

Quel rapport entre l'astronomie et l'arch?ologie ? Entre les origines de l'univers et le pass? des hommes ? Entre la douleur des proches de "desaparecidos" (disparus de la dictature Pinochet) et la curiosit? des scientifiques ? Avec Nostalgie de la lumi?re, Patricio Guzm?n, le m?morialiste des ann?es Allende (La bataille du Chili,?Salvador Allende…) et Pinochet (La m?moire obstin?e, Le Cas Pinochet…) livre une m?ditation ? la fois intime et philosophique sur le concept de m?moire et sur notre rapport au pass?.
Transport? par la beaut? plastique des paysages terrestres (le d?sert d'Atacama au Chili) et c?lestes, Nostalgie de la lumi?re est un documentaire d'une rare ambition esth?tique et intellectuelle, qui a fait l'?v?nement au dernier Festival de Cannes. C'est ?galement un tournant dans la filmographie du documentariste chilien, qui parvient ? transcender son sujet de pr?dilection.

Z?rodeconduite.net propose aux enseignants un site p?dagogique pour exploiter toutes les richesses du film, notamment en classe d'Espagnol et de Philosophie.

Nostalgie de la lumi?re de Patricio Guzm?n, au cin?ma le 27/11

Le site p?dagogique
> Le dossier p?dagogique (Philosophie, Espagnol)
> Le suppl?ment V.O. Scope

> Le film est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans L'agenda par zama le 20.10.11 à 17:46 - 1 commentaire

La Piel que habito (La peau que j'habite)

La Piel que habito

Un chirurgien esth?tique de renomm?e mondiale, Roberto Ledgard, ?perdu d'amour pour son ?pouse d?funte,? conserve prisonni?re une myst?rieuse jeune femme dans sa r?sidence luxueuse. Qui est-elle ?
Thriller ? cheval sur les genres , "film trans" par excellence, le dernier opus d'Almod?var, s'il rend hommage ? un certain cin?ma, interroge aussi et surtout la mythologie de la cr?ation. Antonio Banderas incarne un homme s?duisant mais froid, dont l'?l?gance rappelle Cary Grant dans ses r?les les plus ambigus, que ce soit Les Encha?n?s ou Soup?ons. Mais il est ?galement m?decin, et en tant que tel il va ?voquer les figures du savant : le docteur Frankenstein, le m?decin des Yeux sans visage de Georges Franju ou le savant de Metropolis. Enfin, sa cruaut? sans freins et sa volont? de puissance le rapprocheront du comte Zaroff ou du docteur Moreau. Almod?var navigue comme d'habitude en eaux troubles et rend hommage aux cin?mas de genre : thriller hitchockien, film d'anticipation, m?lodrame, il ne trouve jamais son style qu'en ressassant ses mod?les ? l'infini… Mais l'hommage n'est chez lui jamais loin de la parodie, et quand Banderas enfile un masque on aper?oit soudain Fant?mas derri?re Cary Grant.
De fait ce sont davantage les r?f?rences mythologiques qui ?clairent le film, ? commencer par le mythe de Pygmalion, amoureux fou de sa statue qui fond comme cire au soleil sous son ?treinte, une fois que Venus aura r?pondu ? son offrande (mais de cette union na?tra Myrrha, la fille incestueuse). Or, si Roberto s'apparente ? Pygmalion, Vera est ? la fois statue, fille et tueuse, c'est aussi un personnage de fant?me comme il en appara?t chez Villiers de l'Ile-Adam. On pense ?galement ? la transgression du docteur Frankenstein qui chez Shelley d?fie les lois de la cr?ation et ne songe qu'au corps sans se pr?occuper de l'?me.

Quels sont les rapports entre le cr?ateur et sa cr?ature ? Amour, haine, filiation, d?sir, rivalit? ? Vera n'est-elle pas aussi une cr?atrice (elle s'inspire de Louise Bourgeois) qui trouve dans l'art les ressources pour survivre ? La chim?re est-elle sensible (on peut l?gitimement se demander si sa peau, insensible aux br?lures, r?agit aux caresses).? Le film distille un certain malaise (en cela on pourait le rapprocher de Michael de Markus Schleinzer, autre histoire de r?clusion forc?e), car il pose toute une s?rie de questions ?thiques auxquelles il choisit de ne pas r?pondre : comme dans Parle avec elle, le spectacle almod?varien les emporte avec lui.
Comme le dit le personnage de Marisa Paredes, "Nous sommes des vampires". Le vampire c'est celui qui se nourrit du sang des autres pour vivre, pour survivre. Almod?var se nourrit de ses r?alisateurs f?tiches, comme Ledgard se nourrit de Vera, ce sont des cr?ateurs... inqui?tants.?

La Piel que habito (La Peau que j'habite), de Pedro Almod?var, Espagne, 117 mn, S?lection Officielle (en comp?tition)

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 20.05.11 à 22:49 - Réagir

M?me la pluie : de l'eau, de l'or, de la brioche

Meme la pluie

Dans une sc?ne de M?me la pluie, une ?quipe de tournage occidentale, invit?e ? une mondanit? par le gouverneur local d’un pays pauvre (la Bolivie), assiste ? la r?pression d’une manifestation populaire sous les fen?tres m?mes du palais. Une coupe de champagne ? la main, un des acteurs cite alors de mani?re provocatrice la reine Marie-Antoinette (? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent de la brioche. ?). Difficile pour le spectateur de ne pas penser ? cet instant ? l’autre film ? sur le cin?ma ? sorti la m?me semaine, Somewhere, dans lequel Sofia Coppola d?peint le spleen dor? d’une vedette hollywoodienne recluse au Ch?teau Marmont, comme elle racontait les affres de la reine ? Versailles. D’un c?t? (Somewhere) un cin?ma de l’intime et de la m?lancolie, ignorant superbement la rumeur du monde, au risque d’une certaine vacuit? ; de l’autre (M?me la pluie, r?alis? par Iciar Bollain mais sc?naris? par Paul Laverty, le sc?nariste de Ken Loach) un cin?ma politiquement engag?, essayant de retranscrire les processus historiques pass?s et pr?sents (le film est d?di? ? l’historien Howard Zinn), au risque d’un certain acad?misme. On se souvient des d?bats qui avaient agit? le Festival de Cannes en 2006 quand Le Vent se l?ve (de Ken Loach, sc?nario de Paul Laverty) avait rafl? la Palme d’Or au nez et ? la barbe de Marie Antoinette de Sofia Coppola.

On ne saurait toutefois r?duire le film d’Iciar Bollain ? du simili-Loach, et M?me la pluie ? un film ? de ? Paul Laverty. M?me s’il a les qualit?s (efficacit? narrative, rythme, sens du lyrisme) et les d?fauts habituels (personnages convenus, morale ?difiante…) des films du sc?nariste (on pense notamment ? Bread and roses), il renouvelle son approche en entrem?lant au r?cit tr?s loachien de r?volte sociale (le sc?nario s’inspire d’un des nombreux conflits li?s ? la privatisation de la distribution de l’eau en Am?rique du Sud)) l’histoire plus ?labor?e d’un ? film dans le film ?. M?me la pluie raconte d’abord le tournage d’une coproduction internationale dans un coin perdu du tiers-monde (? Ici on trouve des figurants ? 2 dollars par jour. ? jubile le cynique producteur), entrecoup? par les images du film en train de se tourner, une fiction historique ? grand spectacle. Toute l’ironie est que la fiction en question d?nonce, ? travers les personnages de Christophe Colomb, Antonio de Montesinos ou Bartholome de Las Casas (celui de La Controverse de Valladolid), les pr?misses de la colonisation de l’Am?rique du Sud, et sa contestation ; et que pour tenir le r?le de l’Indien r?volt? contre les conquistadores, le r?alisateur fictionnel (jou? par Gael Garcia Bernal) engage ? son corps d?fendant l’indig?ne qui se r?v?lera ?tre le leader de la lutte populaire en train de couver.

On voit ce qui transpara?t ? travers l’entrem?lement de ces deux ?poques et de ces trois r?cits : la rapacit? des premiers conquistadores exigeant leur tribut de m?tal jaune trouve un ?cho dans celle des multinationales s’appropriant un bien aussi vital que l’eau ; mais le film pointe aussi, plus ironiquement, les contradictions d’une industrie (et de ses acteurs) aussi prompte ? d?noncer les oppressions d’hier qu’? s’accommoder de celles d’aujourd’hui (et n’?chappant aux logiques de mondialisation : c'est une main d'œuvre bon march? que le producteur recherche en Bolivie). Quand la r?volte ?clate enfin, le film pose alors clairement la question de l’engagement de l’artiste (opposant les r?actions respectives du producteur — Luis Tosar — et du r?alisateur — Gael Garcia Bernal —), et son corrolaire, celle des rapports entre l’art et la vie. Alors que le producteur h?site entre foncer dans l’?meute pour sauver une des petites figurantes du film et suivre l'?quipe qui fuit les lieux pour poursuivre le tournage ailleurs, on pense ? la c?l?bre interrogation de Giacometti : dans un mus?e en feu, faut-il sauver le Rembrandt ou le chat ?
Par sa richesse th?matique et narrative mais aussi et surtout son double contexte historique et g?ographique, M?me la pluie s’av?re un mat?riau passionnant pour une utilisation en classe d’Espagnol, qu'on pourra compl?ter par des ?clairages en histoire (sur la d?couverte de l'Am?rique) et en g?ographie (sur la question de l'acc?s ? l'eau). ?

[M?me la pluie d’Iciar Bollain. Dur?e : 1 h 44. Distribution : Haut et court. Sortie le 5 janvier 2011]

> Ce film est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans Dans les salles par zama le 10.01.11 à 15:47 - 6 commentaires

Le Labyrinthe de Pan

"Le sommeil de la raison engendre des monstres…" De cette citation, tir?e d'une eau-forte de Goya, on a fait deux lectures: une lecture litt?rale s'appliquant ? la cr?ation artistique (le peintre pr?cisait ainsi son propos : "la fantaisie, sans la raison, produit des monstruosit?s ; unies, elles enfantent les vrais artistes et cr?ent des merveilles "), et une lecture m?taphorique et politique, qui renvoit de mani?re coutumi?re aux totalitarismes (ainsi Primo Levi d?crivant le lager comme "le plus mena?ant des monstres engendr?s par le sommeil de la raison").
De monstres il est beaucoup question dans Le Labyrinthe de Pan : monstres fantastiques comme ceux que la jeune Ofelia croisera dans son exploration du monde de Pan ; monstres historiques aussi, ? l'instar du capitaine Vidal (Sergi Lopez), cruelle incarnation du franquisme triomphant, traquant sans rel?che les derniers maquis r?publicains (nous sommes en 1944). Toute l'originalit? du film est de les mettre constamment en parall?le, le merveilleux servant d'?chappatoire ? une r?alit? violente, et vice versa.
Si le propos du r?alisateur mexicain Guillermo del Toro n'est pas toujours tr?s clair (dans le dossier de presse il ?voque le fascisme comme "perversion de l'innocence"), la magie de la mise en sc?ne op?re ind?niablement.
Le film pourra faire l'objet d'une int?ressante utilisation p?dagogique en classe d'Espagnol, moins pour le contexte historique que pour l'inspiration picturale revendiqu?e par Guillermo del Toro : Goya et sa p?riode noire, notamment le c?l?brissime Saturne d?vorant un de ses enfants (cf la sc?ne ou le "Pale Man" d?vore les f?es) ou ses "caprichos". On pourra d'ailleurs ?tudier le r?cit sous l'angle des "rapports de pouvoir" (domination, influence, opposition, r?volte) inscrits au programme des classes de Premi?re.

[Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. 2006. Dur?e : 1 h 52. Distribution : Wild Bunch. Sortie le 1 novembre 2006]

> Ce film est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans Dans les salles par le 01.11.10 à 23:51 - 16 commentaires

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