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: (54 articles)

Heimat, un film d'Allemagne


Difficile d’imaginer une exploitation p?dagogique de cette œuvre aux proportions monumentales (plus d’une cinquantaine d’heures). Difficile aussi pour les germanistes ou simplement ceux qui s’int?ressent un peu ? notre voisin d’Outre-Rhin de rester indiff?rent ? l’?v?nement que constitue la "sortie" (le troisi?me volet dans quelques salles de cin?ma, le premier en DVD en attendant les deux autres) d’Heimat , la saga t?l?visuelle d’Edgar Reitz.

Ce feuilleton, comme on disait alors, dresse le portrait de l’Allemagne au vingti?me si?cle (de 1919 ? 2000) ? travers le destin d’une famille et d’un village fictif de Rh?nanie-Palatinat. Couronn? par un immense succ?s lors de sa diffusion en 1984, succ?s que n’ont pas d?menti les deux suites, il fait aujourd’hui partie int?grante du patrimoine culturel germanique. Pour mieux comprendre l’importance de ce v?ritable "lieu de m?moire", on renverra ? deux interviews en ligne d’Edgar Reitz, par Lib?ration et Le Courrier International. Se d?finissant avant tout comme un conteur (aux inspirations tr?s litt?raires : les Buddenbrook de Thomas Mann, Proust, Musil et Balzac…) il revient tout de m?me ? la fois sur la dimension cathartique de son grand œuvre (qui aurait permis ? l'Allemagne de se r?concilier avec son pass?), le rapport des allemands ? l’histoire et ? la nation, et ? ce concept r?put? intraduisible de "Heimat" : "On ne peut pas assimiler le Heimat ? la patrie, qui vient de Vaterland (le pays du p?re), car c'est un concept politique qui englobe le pays entier. Le Heimat est beaucoup plus petit et personnel. "
Sur cette notion si myst?rieuse de Heimat, on trouvera ?galement quelques indices sur le site de l'?mission d'Arte, Karambolage, qui lui consacrait en 2004 sa rubrique "Le Mot" : "Quand on remonte un peu dans l’histoire du mot "Heimat", on apprend ceci : il y eut une ?poque o? la langue allemande opposait "Heimat" ? "ELEND", la mis?re. "Elend" vient de l’ancien allemand "ali-lenti" et signifie litt?ralement "l’autre pays", l’?tranger. Vivre "? l’?tranger" ?tait donc synonyme de vivre "dans la mis?re". Ce qui, implicitement, faisait de "Heimat" un ?quivalent de "bonheur" (la suite ici).

Posté dans Dans les salles par comtessa le 02.04.08 à 21:43 - 4 commentaires

Mon F?hrer : Hitler, connais pas !

Mon F?hrer se termine par une sorte de micro-trottoir qui pose la question suivante ? des jeunes allemands d’aujourd’hui : d'apr?s vous, qui ?tait Adolph Hitler ? On ne sait si le r?alisateur n’a s?lectionn? que les plus ignares, mais la tonalit? de la s?quence est claire : pour reprendre le titre d’un film de Bertrand Blier, "Hitler, connais pas !".
Cette s?quence finale ajoute ? la perplexit? dans laquelle nous plonge le film de Dani Levy : car ? l’ignorance qu’il d?plore chez les jeunes g?n?rations, il ne pourra ajouter que de la confusion. Au-del? de la volont? de transgression et de provocation (Dani Levy reprend m?me la fameuse "sc?ne de la douche", devenue ? la fois le lieu commun et le chiffon rouge des films sur les camps), on se demande durant toute la projection o? veut en venir le film, et quel int?r?t il y a ? pr?senter Hitler en bouffon path?tique, s'en remettant ? son ancien professeur de th??tre juif.
Toute dictature est par essence ridicule (par le culte de la personnalit?, la parano?a, la boursouflure de l’appareil bureaucratique), mais n’est pas Lubitsch (To be or not to be) ou Chaplin (Le Dictateur) qui veut. Si l’on peut s’esclaffer ? quelques gags h?naurmes (le chien qui fait le salut nazi, la fausse demi-moustache de Hitler) ou sourire de certaines r?pliques grin?antes ("Cette histoire de juifs, n’en faites pas une affaire personnelle"), c'est l'impression de malaise qui domine. Sous ses dehors iconoclastes, on pourra juger assez dangereuse la fa?on que Mon F?hrer a d'euph?miser l’exp?rience concentrationnaire (des types qui cassent des cailloux en pyjama ray?) et le sort des juifs (Gr?nbaum retrouvera sans difficult? sa femme et ses enfants d?port?s).

> Peut-on rire d'Adolf Hitler ? (notre article du 21/01/07)
> Un autre "portrait" de Hitler : Peut-on utiliser La Chute (Der Untergang) en classe ?

[Mon F?hrer de Dani Levy. 2006. Dur?e : 1 h 37. Distribution : Jour2F?te. Sortie le 12 mars 2008]

Posté dans Dans les salles par zama le 13.03.08 à 12:40 - 8 commentaires

Les Faussaires : vertige de la fiction, horreur de l'histoire

Faux papiers, fausses identit?s, fausse monnaie : quoi de plus romanesque et de plus cin?matographique que le th?me du faux ? Il constitue le ressort d’un grand nombre de films sur la Seconde Guerre Mondiale, variations plus ou moins brillantes sur la guerre entre espions Alli?s et ceux de l’Axe, dans les registres dramatique (L’Affaire Cic?ron de Mankiewicz) ou comique (To be or not to be de Lubitsch).
L’histoire de Salomon Sorowitsch, faussaire de g?nie impliqu? dans l’op?ration Bernhard (vaste entreprise de contrefa?on de billets de banque lanc?e par les nazis pour saper les ?conomies alli?es), pourrait rentrer dans cette cat?gorie. A ceci pr?s que Salomon Sorowitsch ?tait juif comme la plupart des autres "faussaires" du titre, et qu’il ne participa qu’? son corps d?fendant ? l’op?ration Bernhard : s?lectionn?s par l’administration SS dans tous les camps de concentration europ?ens, les sp?cialistes (illustrateurs, ouvriers typographes, …) furent regroup?s dans le "KZ" de Sachsenhausen pour travailler au projet nazi. Ils b?n?ficiaient d’un traitement de faveur par rapport aux autres d?port?s, tout en ?tant ? la merci des nazis.
On per?oit ce qu’il y avait de d?licat ? m?ler le vertige de la fiction ? la r?alit? historique de la Shoah. Mais l’int?r?t du film, comme le faisait remarquer Christian Bonrepaux dans le Cin?classe consacr? au film, est justement d’aborder la r?alit? du g?nocide nazi de mani?re "oblique". Parqu?s dans un enclos relativement prot?g? ? l’int?rieur du camp de Sachsenhausen (dans l’œil du cyclone en quelque sorte, puisque Sachsenhausen ?tait aussi le QG de l’administration SS), totalement s?par?s des autres d?port?s, les faussaires du film ne per?oivent l’?tendue de l’horreur concentrationnaire que par bribes. Le moment le plus saisissant du film est d’ailleurs la rencontre entre les deux populations du camp d?laiss? par les SS ? l’arriv?e des troupes alli?es : les faussaires d?couvrent avec stup?faction les silhouettes d?charn?es des "musulmans" (comme les appelait Primo Levi) ; de leur c?t? ceux-ci n’arrivent pas ? prendre pour des d?port?s ces d?tenus si bien portants.
Le grand int?r?t du film est l?, plut?t que dans le portrait ambigu de l’officier nazi qui dirige l’op?ration, ou dans le dilemme moral qui tiraille les faussaires (sauver sa peau ? tout prix ou saboter un projet qui risque de permettre la victoire nazie ?). Mais la grande r?ussite des Faussaires r?side ?galement dans l’interpr?tation magistrale de l’acteur Karl Markowics, qui campe un Sorowitsch ambigu, ? la fois fonci?rement amoral et profond?ment humain.
Comme nous l’expliquions dans notre pr?c?dent article, ce film sobre et pudique rec?le en tout cas un vrai int?r?t p?dagogique pour aborder l’histoire du syst?me concentrationnaire. Les enseignants d’Histoire et d’Allemand trouveront ainsi un dossier p?dagogique dans chaque discipline sur le site p?dagogique du film, o? ils pourront ?galement t?l?charger le Cin?classe du Monde de l’Education.

[Les Faussaires de Stefan Ruzowitzky. 2007. Dur?e : 1 h 38. Distribution : Rezo. Sortie le 6 f?vrier 2008]

Posté par zama le 06.02.08 à 16:34 - 7 commentaires

La Vie des autres : RDA, 1984

Le cin?ma allemand est saisi par la fi?vre de l’histoire : apr?s La Chute, Sophie Scholl et Goodbye Lenin !, un nouveau film historique arrive sur nos ?crans, aur?ol? de son succ?s local (le film a remport? sept Lolas 2006, l'?quivalent de nos C?sars) et international (apr?s avoir remport? le Prix du Meilleur Film europ?en le film est en lice pour l’Oscar du meilleur film ?tranger, comme Indig?nes ou Le Labyrinthe de Pan).
On peut toutefois se demander ce qui proc?de d’un besoin du peuple allemand de r??valuer l’histoire nationale r?cente (nazisme, partition du pays), et ce qui tient aux qualit?s cin?matographiques ?videntes des succ?s ?voqu?s. Le cas de La Vie des autres (Das Leben der Anderen) de Florian Henckel von Donnersmarck est encore plus ?clatant, car on ne pourra lui reprocher aucune complaisance :ni la fascination pour le mal hitl?rien qui guettait La Chute, ni la (n)ostalgie un peu doucereuse de Goodbye Lenin !, ni le manich?isme rassurant de Sophie Scholl
La Vie des autres est une plong?e sans concession dans les arcanes de la STASI (abbr?viation de [Ministerium f?r die] Staatsicherheit) et d’un pays qui comme nul autre d?mocratie "pays de l’Est" peut-?tre n'a su ?riger la surveillance et la parano?a g?n?ralis?es en syst?me.
En 1984 (l’allusion ? George Orwell n’est ?videmment pas anodine), l’auteur de th??tre Georg Dreyman, pourtant r?put? ami du r?gime, est mis sous surveillance ?troite de la STASI. Gerd Wiesler, l’officier charg? de superviser l’op?ration, comprend vite qu’il s’agit d’une intrigue personnelle : le ministre Bruno Hempf veut se d?barrasser du dramaturge car il convoite la compagne, l’actrice Christa-Maria Sieland. La machine infernale est en marche, mais un grain de sable s'y est gliss?…
Le film est certes haletant comme un bon thriller d’espionnage, doubl? d’une ?mouvante histoire d’amour. Mais il pr?sente aussi un int?r?t historique et p?dagogique certain : il ne donne certes que peu d’informations sur la vie quotidienne en Allemagne de l’Est au milieu des ann?es quatre-vingt, mais c'est pour mieux faire ressentir l’?touffement totalitaire et les m?canismes implacables d’une dictature polici?re. Gr?ce ? un trio de personnages denses et complexes (Georg Dreymann artiste officiel qui finit par ouvrir les yeux, Gerd Wiesler monstre froid guett? par l'humanisation, Christa Maria Sieland contrainte ? des choix impossibles…), Florian Henckel von Donnersmarck livre une radiographie implacable des r?alit?s de la "d?mocratie populaire" allemande, en m?me temps qu'il pose des questions passionnantes sur le r?le de l'art ou la responsabilit? individuelle…
Pour l’exploitation p?dagogique de ce film, on renverra ? notre mini-site La Vie des Autres, qui propose deux dossiers p?dagogiques :
— en Histoire, Jean-Charles Geslot et Val?rie Marcon s’appuient sur l’exemple de la RDA pour ?tudier les caract?ristiques d'un r?gime totalitaire
— en Allemand, St?phane G?dicke propose une exploitation linguistique et culturelle tr?s d?taill?e du film.
On pourra ?galement s’apppuyer sur le num?ro sp?cial du suppl?ment Cin?classe du Monde de l’Education, qui comprend notamment un grand entretien avec l’universitaire Jacques Rupnik. Et on se reportera ? cette interview du r?alisateur Florian Henckel von Donnersmarck sur le site Vousnousils.fr.

[La Vie des Autres de Florian Henckel von Donnersmarck. 2006. Dur?e : 2 h 17. Distribution : Oc?an Films. Sortie le 31 Janvier 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 31.01.08 à 11:58 - 27 commentaires

Les Faussaires : le site p?dagogique

C’est un paradoxe fr?quent quand le cin?ma s’int?resse ? l’Histoire : en s’attachant aux destins exceptionnels, aux histoires hors du commun, ne risque-t-il pas de trahir la v?rit? souvent plus prosa?que des faits ?
L’histoire v?ridique mais hors du commun de Salomon Sorowitsch (comment un roi de la fausse monnaie, et d'autres experts juifs d?port?s, deviennent l'instrument d’une vaste op?ration nazie destin?e ? destabiliser les ?conomies alli?es), est ?videmment bien peu repr?sentative du sort des millions de juifs d?port?s par l'Allemagne nazie. Mais le r?cit ?crit par le survivant Adolf Burger (intitul? L’Atelier du diable), port? ? l’?cran dans le film Les Faussaires, offre une description pr?cieuse du fonctionnement du "KZ" de Sachsenhausen. Il serait dommage de s’en passer, par exemple dans le cadre du programme d’Histoire de Premi?re g?n?rale.
Alors que les r?alisateurs se sont int?ress?s aux camps d’extermination (les fameux La Liste de Schindler de Spielberg ou La Vie est belle de Roberto Benigni, mais aussi plus r?cemment Etre sans destin de Lajos Koltai), ou aux ghettos juifs (Le Pianiste de Roman Polanski), peu se sont consacr?s ? la vie dans les camps de concentration.
C’est pourquoi nous consacrons un dossier p?dagogique en Histoire au film Les Faussaires, t?l?chargeable sur le site p?dagogique du film. Tout en soulignant ce caract?re exceptionnel des faits qu’il relate, ce dossier s’appuie sur le film pour aborder les caract?ristiques de l'univers concentrationnaire, mais ?galement les relations entretenues entre les d?port?s eux-m?mes, plus rarement trait?es dans les manuels, et les formes de r?sistance qui ont pu malgr? tout exister dans les camps.
Dans un souci interdisciplinaire, le site p?dagogique propose ?galement une didactisation sp?cifique pour les enseignants d’Allemand. Et il permet enfin de t?l?charger le suppl?ment Cin?classe que le Monde de l’Education a consacr? au film.

> Les Faussaires, au cin?ma le 6 f?vrier
> Le site p?dagogique du film

Posté dans L'agenda par zama le 29.01.08 à 17:08 - 5 commentaires

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