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Mandela, un long chemin vers la libert? : Nelson et Winnie

Mandela, un long chemin vers la libert?

Imagin? d?s 1995 par le producteur sud-africain Anant Singh, Mandela, A long walk to freedom ne sort sur les ?crans de cin?ma qu'aujourd'hui, alors que le monde ach?ve ? peine de c?l?brer la disparition de la derni?re ic?ne politique du XX?me si?cle. Ce hasard ach?ve de consacrer le film de Justin Chadwick comme LE "biopic" du premier pr?sident de l'Afrique du Sud post-apartheid : d'abord parce qu'il se pr?sente comme l'adaptation fid?le de l'autobiographie de "Madiba" ; ensuite, et surtout, parce qu'? la diff?rence d'œuvres ant?rieures (Goodbye Bafana, qui se concentrait sur la captivit? de Mandela, Invictus, qui roman?ait la victoire de l'?quipe sud-africaine ? la Coupe du Monde de Rugby de 1994) ce nouveau film suit Mandela suit la majeure partie de sa vie.

A la faveur des hommages, r?trospectives, dossiers sp?ciaux qui ont ces derniers jours ?clair? les moindres zones d'ombre de la vie du grand homme, on mesure la gageure que repr?sente une telle entreprise : comment r?sumer en deux heures et quelques (de ce qui doit rester un divertissement populaire) une "longue marche" de plus de soixante ans, avec ses brusques acc?l?rations (la p?riode de clandestinit?, le proc?s de Rivonia, la lib?ration) mais aussi le long et d?sesp?rant tunnel que constitu?rent ses 27 ann?es d'incarc?ration ? Quel fil narratif tirer pour donner unit? et coh?rence ? l'accumulation de faits biographiques d?j? largement connus ?

Le film choisit judicieusement de mettre l'accent sur la relation qui unit Nelson ? "l'autre Mandela" : Winnie Madikizela Mandela, compagne tendrement aim?e qui se muera par la force des choses en partenaire, puis en adversaire, politiques. C'est un choix doublement f?cond : sur le plan de la fiction, montrer un Mandela ambitieux, coquet, un peu coureur, en un mot humain, et le faire incarner par un acteur de quarante ans (Idriss Elba, star de la s?rie The Wire), permet de nous faire un tant soit peu ressentir la violence que subit Madiba, ? qui furent vol?s vingt-sept ann?es de sa vie sentimentale, sexuelle, familiale… Sur le plan historique, l'accent mis sur la relation entre Nelson et Winnie est aussi un excellent raccourci pour faire comprendre la grandeur politique de Mandela : cette capacit? ? d?passer le ressentiment pour imposer la r?conciliation ? un pays au bord de la guerre civile (le film montre les affrontements entre partisans de l'ANC et zulus de l'Inkhata, alors tent?s par la s?cession), alors que la majorit? de ses partisans semblait aveugl?e par son esprit de revanche. Ceux-l?, c'est Winnie qui les repr?sente dans le film, Winnie auquel le r?gime sud-africain, non contente de l'avoir s?par?e de son mari et du p?re de ses filles, fit endurer un v?ritable calvaire (vexations, incarc?rations, torture, exil), la transformant en opposante farouche et d?termin?e. Et c'est encore elle qui les repr?sente aujourd'hui, malgr? des frasques (dont une accusation de meurtre) sur lesquelles le film passe pudiquement (fid?le en cela ? l'indulgence que lui manifesta toujours Nelson) : tous ceux qui pensent que les blancs s'en sont tir?s ? bon compte, et que Madiba leur a vol? "leur r?volution".

Sans aucune audace sur le plan cin?matographique mais dot? de moyens cons?quents, Mandela, un long chemin vers la libert? est donc un biopic qui s'acquitte honn?tement de sa tache, et qui pourra ?tre utile aux enseignants, notamment d'anglais, souhaitant aborder l'Afrique du Sud et le parcours de Mandela en classe.

[Mandela, un long chemin vers la libert? de Justin Chadwick. 2013. Dur?e : 139 mn. Distribution : Path?. Sortie le 18 d?cembre 2013]

Pour aller plus loin :
> Un dossier p?dagogique en Histoire sur le film de Justin Chadwich
> Notre site p?dagogique sur le film Goodbye Bafana de Bille August (2007) : il propose un dossier p?dagogique (Anglais, Histoire) ainsi que le magazine Cin?classe du Monde de l'?ducation, avec notamment une interview de l'historien François-Xavier Fauvelle-Aymar qui replace l'histoire de l'apartheid dans celle des relations internationales (expliquant ainsi le soutien dont b?n?ficia tr?s longtemps l'Afrique du Sud de la part des d?mocraties occidentales), point que n'aborde pas le film
> Des ressources pour les enseignants d'Anglais sur le site acad?mique de Dijon

Posté dans Dans les salles par zama le 18.12.13 à 17:06 - Réagir

The Lunchbox : In(de) the mood for love

The Lunchbox

Le premier long-m?trage de Ritesh Batra, d?couverte de la derni?re Semaine de la Critique (Cannes 2013) raconte la magnifique "tomb?e en amour" de deux personnages que tout oppose : Ila (Nimrat Kaur), jeune ?pouse d?laiss?e de la classe moyenne, et Saajan (Irrfan Khan, d?j? vu dans Slumdog Millionaire, The Amazing Spiderman, L'Histoire de Pi), comptable misanthrope ? la veille de la retraite. Cet innamoramento est d'autant plus sublime qu'il est ?conome de ses effets : loin de tout lyrisme, il se glisse dans les silences, les non-dits et les rendez-vous manqu?s, et prend pour cadre un Bombay quotidien et r?aliste, ? cent lieues des sucreries bollywoodiennes.

Comme dans In the mood for love de Wong Kar Wa?, on retrouve donc une ?pouse d?laiss?e : Ila pr?pare chaque matin des plats d?licieux pour reconqu?rir son mari, et les lui fait livrer au bureau dans la "lunch-box" en m?tal qui donne son titre au film. On d?couvre avec curiosit? l'organisation des Dabbawallahs, ce syst?me sophistiqu? de livraisons quotidiennes qui permet ? la population de Bombay de consommer au bureau des plats faits maison. Par extraordinaire (la statistique est d'une erreur sur un million, selon des math?maticiens de Harvard), le livreur se trompe et sert l'un de ces d?lices, non pas au mari distant, mais ? l'inconnu Saajan... La lunch box va ainsi devenir l'espace d'une rencontre gustative et servir ? l'?change d'une correspondance, d'abord lapidaire, puis plus ample, dans laquelle chacun des protagonistes va r?v?ler ses failles et ses blessures. Le r?alisateur ?vacue la question morale d'un possible adult?re entre Saajan, le veuf et Ila la femme mari?e, en montrant la souffrance existentielle d'Ila qui malgr? tous ses efforts n'arrive pas ? cr?er le dialogue avec son ?poux, et dont un fait divers rapport? ? la radio (une m?re de famille qui se suicide avec ses enfants) laisse entrevoir le destin tragique. Par ailleurs le film se pla?t ? rapprocher une jeune et belle femme et un homme entrant en vieillesse, qui, m?me s'il porte toujours beau, commence ? "sentir l'odeur de son grand-p?re" : Saajan refusera la facilit? et la vanit? de la s?duction, contrastant en cela avec le personnage de l'?poux volage.

Les destins de ces deux personnages qui n'?taient pas appel?s ? se croiser sont figur?s par les trains bond?s, et, surtout, par le trajet de la lunchbox verte, ballott?e par les Dabbawallahs dans le labyrinthe inextricable de Bombay.? M?me si Ila et Saajan ?changent leurs souvenirs nostalgiques d'une Inde pass?e, le film se tourne r?solument vers le futur : il s'agit pour Ila de commencer une nouvelle vie, et pour Ritesh Batra d'envisager une soci?t? moins cruelle envers ses femmes… C'est ici qu'il convient d'?voquer Shaikh (Nawazuddin Siddiqui), le troisi?me personnage du film, jeune employ? que Saajan est cens? former avant son d?part : orphelin aux faux airs de Tony Curtis indien, mi-escroc, mi-h?ros, Shaikh parvient par son humour gracieux ? se faire adopter par Saajan, comme il a r?ussi ? convaincre la famille de son beau-p?re de c?l?brer le mariage avec la jeune fille qui avait tout quitt? pour lui. Cette touche picaresque ajoute au charme d'un film qui joue sur les sensations, ? travers un d?fil? de plats ?pic?s qui scandent l'?volution int?rieure des personnages…

D?s la quatri?me, on peut conseiller aux ?l?ves ce tr?s joli film (d'ailleurs s?lectionn? pour le Prix Jean Renoir des Lyc?ens 2014) qui offre un regard loin des clich?s sur l'Inde. M?me si certains passages sont en hindi, le film peut ?tre utilis? en cours d'anglais pour aborder cet ex-pays du Commonwealth. Il pourra ?galement ?tre abord? en cours de g?ographie pour l'?tude de la ville de Mumba?/Bombay, en Seconde comme ?tude de cas sur "Villes et d?veloppement" durables, en Terminale ES/L pour le chapitre sur "Mumbai, modernit?, in?galit?s". Le film est particuli?rement int?ressant par son illustration de la mobilit? urbaine, celles des hommes (mouvements pendulaires des travailleurs dans les trains de banlieue bond?s, embouteillages dantesques dans les rues) comme celle des marchandises (les trajets complexes, utilisant diff?rents moyens de transport, des lunchboxes), et par le tableau des in?galit?s sociales et spatiales qu'il laisse appara?tre en filigrane.

[The Lunchbox de Ritesh Batra. 2013. Dur?e : Distribution : Happiness. Sortie le 11 d?cembre 2013]

Pour aller plus loin :
> La fiche p?dagogique du Prix Jean Renoir

Posté dans Dans les salles par comtessa le 11.12.13 à 12:24 - 1 commentaire

Faites le mur : le Banksy que vous pouvez vous offrir

Il est passé par ici, il repassera par là… Durant tout le mois d'octobre, le génial Banksy, "artiste de rue", le plus célèbre, le plus secret et — accessoirement — le plus cher au monde a défrayé la chronique newyorkaise avec son projet de résidence sauvage : créer une œuvre par jour dans les rues la "grosse pomme", dont l'emplacement était annoncé après coup sur son site internet… C'est l'occasion de découvrir la seule œuvre que – sauf nouveau miracle banksyen – la plupart d'entre nous pourront jamais s'offrir : son film Faites le mur (Exit through the gift shop en VO), sorti en France en 2010, aujourd'hui édité en DVD (et disponible sur la boutique Zérodeconduite.net). Faites le mur est le portrait d'un personnage nommé Thierry Guetta, magnat français (accent inénarrable inclus) de la fripe et vidéaste compulsif, s'improvisant témoin passionné du mouvement street art et de ses figures de proue. Mais s'avérant incapable de tirer un film cohérent de ses quelques dix-mille heures de rushes, Thierry Guetta décide d'abandonner son rôle de témoin pour se "mettre à son compte" sous le pseudonyme de "Mister Brainwash", caricature vivante des dérives de l'art contemporain, parvenant à vendre à prix d'or des œuvres ineptes entourées d'un discours fumeux, au grand dam de ses mentors (le film a failli s'appeler "Comment vendre de la m… à des c…")… 

Il ne fallait pas s'attendre à un documentaire classique de la part de ce trublion qui a distribué des faux billets à l'effigie de Lady Di, introduit le costume de Guantanamo à Disneyland, ou repeint le mur de séparation entre Israël et la Palestine (entre autres exploits)… Ce brillant mockumentary, constamment drôle et vivifiant, est non seulement un témoignage de première main sur le mouvement street art (dont on voit les œuvres en situation, et les principaux artistes : Space Invader, Shepard Fairy, Banksy lui-même), mais aussi et surtout un manifeste de l'art de Banksy appliqué au cinéma.
Il ne manquera pas d'enthousiasmer et d'interpeller (quel est le vrai du faux) les lycéens, et c'est pour cela que nous proposons le DVD dans notre boutique avec un dossier pédagogique destiné aux profs d'anglais. On consultera aussi avec profit l'interview de l'historien de l'art Alain Milon, consacré à ce film et à Vandal de Hélier Cisterne.

Dans la boutique Zérodeconduite.net :
Faites le mur (Exit through the gift shop)
de Banksy, 2010, DVD France Télévisions Distribution
DVD + droits d'utilisation en classe et de prêt + dossier pédagogique anglais

Bonus : un excellent article du Monde faisant le point sur Banksy : "Banksy, génie ou imposteur" ?

 

Posté dans Dans les bacs par Zéro de conduite le 30.10.13 à 16:51 - Réagir

M?moires de nos p?res

 

Premier épisode de la saga consacrée par Clint Eastwood à la bataille d'Iwo Jima, Mémoires de nos pères s'attache à explorer le point de vue américain sur ce sanglant épisode de la Seconde Guerre Mondiale (il faudra attendre 2007 et la sortie de Lettres d'Iwo Jima pour en découvrir la vision japonaise).
Mémoires de nos pères est l'adaptation d'un récit de James Bradley dont le père, vétéran de la bataille de l'île d'Iwo Jima, péniblement prise aux Japonais, fit partie des six soldats qui hissèrent le drapeau américain sur le mont Suribachi le 23 février 1945.
Cette action fut immortalisée par le photographe Joe Rosenthal. Le film traite l'histoire du cliché de cette scène (voir cette analyse de la photo, parmi 4 autres, proposée le site académique de Strasbourg) destiné à devenir, dans un premier temps le symbole de la future victoire américaine, puis quelques années plus tard une image-emblème (statue) de la force et de la valeur des soldats américains.
Grâce à de fréquents flash-backs, Clint Eastwood entrelace l'histoire vécue par ces soldats lors de la prise de cette île avec celle de la tournée des trois survivants de la photographie de Rosenthal aux Etats-Unis, acclamés comme des héros au cours d'une campagne publicitaire destinée à inciter les Américains à acheter des bons de guerre. Ce long-métrage, qui n'est pas un simple film de guerre, mène ainsi une réflexion approfondie sur la construction de l'Histoire : comment passe-t-on de la simple réalité des combats à un épisode légendaire de l'histoire d'une nation ? Eastwood choisit d'y répondre en montrant à la fois la transformation d'une photographie en une icône patriotique comme celle de simples soldats en véritables héros d'une nation.
Ce film peut se prêter par ailleurs à un travail pédagogique dans le cadre du programme d'histoire des premières générales et de la Terminale STG, consacré à la Seconde Guerre Mondiale. Il présente en effet la réalité des combats menés lors de la reconquête du Pacifique, qui sont plus rarement abordés au cinéma que les grandes batailles européennes de cette période. Il est utile d'autre part pour comprendre les différents enjeux de la guerre totale menée par les Etats-Unis : la tournée des survivants du cliché de Rosenthal rappelle en effet l'intense travail de propagande mis en oeuvre pour convaincre les Américains du bien-fondé de leur combat comme de l'impérieuse nécessité de financer l'effort de guerre de la nation.
On pourra par ailleurs, en inscrivant ce long-métrage dans la filmographie de Clint Eastwood, étudier l'appréhension de l'histoire des Etats-Unis par Hollywood. Le metteur en scène, ancienne icône des westerns et des films policiers américains (Le Bon, la Brute et le Truand ; L'inspecteur Harry), s'interroge en effet depuis plus d'une quinzaine d'années sur les principes fondateurs de l'histoire de son pays, qu'il a lui-même longtemps incarnés. Comme Impitoyable et Space Cow Boys, le film rappelle en effet combien l'allégeance aux épisodes glorieux de la nation et la soumission respectueuse à une généalogie de héros pose problème à un pays qui aujourd'hui met en question la valeur de ses mythes fondateurs.

[Mémoires de nos pères de Clint Eastwood. 2006. Durée : 2 h 12. Distribution : Warner Bros. Sortie le 25 octobre 2006]

Posté dans Dans les salles par zama le 26.10.13 à 18:31 - 10 commentaires

As I lay dying : entretien avec Fr?d?rique Spill

As I lay dying

Quand on demandait ? William Faulkner ce qu'il faisait ? Hollywood, il r?pondait en toute simplicit? : "La pute". L'anecdote r?sume ? elle seule le clich? du grand ?crivain sudiste g?chant son g?nie pour quelques poign?es de dollar dans la Babylone du septi?me art, clich? savoureusement mis en sc?ne par les fr?res Coen dans Barton Fink ? travers leur personnage ? cl? de W.P. Mayhew.

Il serait dommage de s'en tenir ? ?a pour r?sumer les rapports entre Faulkner et le cin?ma : d'un c?t?, l'auteur du Bruit et la fureur a notamment co-?crit cinq films avec Howard Hawks, dont Le Grand sommeil et Le Port de l'angoisse, comme le rappelle Philippe Garnier ; de l'autre, ses romans et nouvelles ont inspir? des cin?astes comme Douglas Sirk (La Ronde de l'aube, 1957, d'apr?s Pyl?ne), Martin Ritt ou Tony Richardson… Aujourd'hui, c'est le jeune James Franco qui s'attaque ? un des chefs d'œuvre de Faulkner, Tandis que j'agonise, et au d?fi que pose sa narration ?clat?e et son style touffu… On a beaucoup parl?, notamment lors de la pr?sentation du film au dernier Festival de Cannes, du choix du split-screen pour retranscrire la multiplicit? des points de vue. Mais la grande r?ussite du film de J. Franco est sans doute d'avoir r?ussi ? donner chair cin?matographique, ? travers les com?diens et la mise en sc?ne, ? ce petit coin de Tennessee qui constitue le d?cor de la quasi totalit? de son œuvre de fiction : le comt? de Yoknapatowpha.

Nous avons interrog? l'universitaire Fr?d?rique Spill, Ma?tre de conf?rences en litt?rature am?ricaine ? l'universit? de Picardie, et sp?cialiste de Faulkner (L'idiotie chez William Faulkner, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2009), pour mieux cerner l'univers fictionnel de Faulkner et sa place dans l'histoire litt?raire. Cet entretien est ? retrouver en int?gralit? sur le site p?dagogique du film, avec un dossier p?dagogique destin? aux enseignants d'anglais.

Pouvez-vous nous pr?senter l'?crivain William Faulkner ?

F. Spill : Faulkner est un ?crivain du sud des ?tats-Unis. Il est n? en 1897 dans l'?tat du Mississippi et y a pass? presque toute sa vie, ? quelques excursions pr?s ? la Nouvelle Orl?ans ou en Europe au moment o? il ?tait un ?crivain en herbe. Lorsqu'il re?oit le prix Nobel de litt?rature en 1949, il est amen? ? voyager mais il conserve un fort attachement ? sa r?gion. Il est tr?s ancr? dans son terroir, notamment dans la ville d'Oxford au Mississippi qui se situe ? quelques dizaines de kilom?tres de Memphis (Tennessee).?

L'oeuvre de Faulkner se d?roule essentiellement dans le sud des Etats-Unis.

F. Spill :? L'auteur a recr?? cet environnement sp?cifique dans sa fiction. Toute son oeuvre, ? quelques exceptions pr?s, se passe dans le comt? fictif du Yoknapatawpha, nomm? pour la premi?re fois dans le roman As I lay dying. Il a ?tabli, ? plusieurs moments de sa carri?re, une carte du comt? qui retrace les lieux majeurs de l'oeuvre. Dans ce comt?, les personnages se croisent et reviennent d'un roman ? l'autre. Cela ressemble un peu ? une com?die humaine balzacienne. Dans le film de James Franco, il y a une allusion ? Snopes, le personnage qui vend l'attelage de mules. Cette famille Snopes prend de l'ampleur ? mesure que l'oeuvre de Faulkner s'accro?t. Une trilogie lui est enti?rement consacr?e.

Le roman As I lay dying a ?t? ?crit dans les ann?es 30. Quel est le contexte historique ?

F. Spill : Les ?tats-Unis traversent la Grande D?pression qui suit le krach de Wall Street de 1929. Le ch?mage augmente, c'est la crise. Une s?rie de temp?tes de poussi?re, appel?e le Dust Bowl, affecte le sud du pays et plonge les paysans dans la mis?re. Les visages des personnages du film le rendent tr?s bien. Ils rappellent les photographies de Dorothea Lange. Quant au roman, la l?gende veut qu'il ait ?t? ?crit en quelques semaines et d'un seul jet, au moment o? William Faulkner n'?tait pas encore un ?crivain connu. Il travaillait comme gardien dans la centrale ?lectrique d'Oxford au Mississippi.

William Faulkner est une figure embl?matique de la litt?rature moderne.

F. Spill : Les deux premiers romans qu'on associe traditionnellement au modernisme sont les romans faulkn?riens Le Bruit et la Fureur (The Sound and the Fury) et Tandis que j'agonise (As I lay dying) ainsi que le roman d'Ernest Hemingway, Le soleil se l?ve aussi (Fiesta). De l'autre c?t? de l'Atlantique, le pr?c?dent des auteurs comme James Joyce ou Virginia Woolf, qui ont donn? corps et ?me ? ce mouvement d'apr?s-guerre qu'est le modernisme. Il se caract?rise par la fragmentation de ses choix esth?tiques. Il rend compte d'un monde d?truit, fait de morceaux et de fragments, ? l'issue de la Premi?re Guerre Mondiale.

Comment se traduit la fragmentation dans la litt?rature de William Faulkner ?

F. Spill : C'est la fin du narrateur omniscient qui conna?t le pass?, le pr?sent et l'avenir de ses personnages, et ce qu'ils pensent. Il n'y a plus de narrateur fiable auquel on peut faire confiance dans les informations qu'il v?hicule. L'incertitude est permanente. Le lecteur est livr? ? la subjectivit? d'un narrateur et puis d'un autre.

(…) (Lire la suite de l'entretien sur le site p?dagogique du film)

[As I lay dying de James Franco. 2013. Dur?e : 1 h 50. Distribution : Metropolitan Filmexport. Sortie : 9 octobre 2013]

Posté dans Entretiens par zama le 08.10.13 à 23:12 - Réagir

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