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Enfance clandestine : grandir au temps des g?n?raux

Enfance clandestine

L’histoire r?cente de son pays, l’argentin Benjamin Avila l’a v?cue au plus profond de sa chair : ? peine entr? dans l’adolescence il perdrait sa m?re, militante clandestine d’un parti r?volutionnaire, tu?e par les nervis de la junte militaire… Le voir pleurer ? chaudes larmes devant l’ovation re?ue par son film lors de sa pr?sentation officielle de la Quinzaine des R?alisateurs ?tait sans doute l’un des moments les plus ?mouvants de ce Festival.
Apr?s un documentaire intitul? Nietos, sur les enfants des ? disparus ? dont les identit?s ont ?t? r?tablies par les grands-m?res de la Plaza de Mayo, Avila livre avec Enfance clandestine son premier film de fiction. Produit par Luis Puenzo (l’auteur du culte L’Histoire officielle, film-r?f?rence sur la p?riode), le film noue un joli r?cit d’apprentissage autour de ce pass? traumatique. Enfance clandestine raconte l’?ducation sentimentale du petit Juan alias Ernesto, scolaris? ? Buenos Aires sous la fausse identit? qui sert de couverture ? sa famille, rentr?e clandestinement au pays apr?s un exil br?silien pour relancer la r?sistance int?rieure.
Comment vivre une enfance ordinaire dans des circonstances extraordinaires ? Comment comprendre des choix et des probl?mes d’adultes quand on a suffisamment ? faire avec les questionnements de son ?ge ?? La mise en sc?ne de Benjamin Avila privil?gie les plans serr?s qui ? la fois retranscrivent le sentiment de claustration de cette famille r?duite ? la clandestinit?, la vision parcellaire que l’enfant peut avoir de la r?alit?, et la sensualit? de son ?veil au sentiment amoureux. Par l’?ge de son h?ros, par son approche pudique et d?licate (aussi bien des premiers ?mois amoureux que des traumatismes biographiques de l’auteur —les sc?nes les plus dures ?tant ?voqu?s par des s?quences anim?es—), Enfance clandestine est un film ? conseiller vivement aux classes d’Espagnol, ? l’instar de Mon ami Machuca et Kamtchatka.

Enfance clandestine (Infancia clandestina) de Benjamin Avila, Argentine, Espagne, Br?sil, 112 mn
Quinzaine des r?alisateurs

Posté dans Festival de Cannes par zama le 26.05.12 à 23:39 - 1 commentaire

Revue de web : Thatcher, Faucon, Amador?

> A la diff?rence de ses films pr?c?dents, La D?sint?gration de Philippe Faucon ne nous a pas convaincus (voir notre article : "La D?sint?gration : radical"). Sur T?l?rama.fr, le r?alisateur de La Trahison explique et d?fend ses choix avec acuit?, ? travers trois extraits comment?s :
"Le constat d'Ali est partag? par nombre de jeunes des cit?s : ils ont le sentiment que l'?cole est un leurre, une voie de garage, m?me quand ils s'impliquent fortement dans leurs ?tudes. Des enqu?tes statistiques l'ont prouv? : ? dipl?me ?gal, des ?l?ves d'origine maghr?bine ou africaine ont sept fois plus de difficult?s que les autres ? trouver un stage et d?crocher un travail apr?s leurs ?tudes. La D?sint?gration veut parler du pr?sent sans manich?isme ou simplification avec une histoire et des vrais personnages dans leur complexit? et leurs contradictions. Il fallait donner corps et chair ? une r?alit? que l'on conna?t surtout d'une mani?re abstraite gr?ce aux chiffres et aux enqu?tes. Le film montre qu'un discours radical peut prosp?rer quand r?gne un sentiment d'exclusion, d'abandon, de vide."

> Nous citions son ouvrage R?ves de droite ? propos du film La Dame de fer, qui a valu ? Meryl Streep un Oscar attendu (voir notre article : "La Dame de fer : politique du roi Lear"). Sur le blog culture du Monde Diplomatique, elle revient in extenso sur le film de de Phyllida Lloyd ("La Dame de fer", ou la petite histoire pour r??crire la grande" : "Le parcours de Margaret Thatcher, fille d’un petit ?picier de Grantham, mais aussi seule femme dans un monde politique uniform?ment masculin — ah ! la cin?g?nie de ce tailleur pervenche au milieu d’une nu?e de costumes sombres... —, correspond ? merveille au sch?ma de ces success stories dont le cin?ma raffole, et qu’il produit ? jet continu dans une sorte de r?flexe narratif machinal. Les personnages bienveillants qui entourent l’h?ro?ne (son p?re, son mari, ses mentors du Parti conservateur) et qui croient en elle l’adjurent, comme il se doit, de "rester toujours fid?le ? elle-m?me", et autres maximes creuses tout droit sorties d’un manuel de d?veloppement personnel. Dans la s?quence o? la d?put?e fra?chement ?lue se met en route pour le Parlement, l’ombre du prestigieux b?timent semble ?craser sa petite voiture o? tra?nent, p?le-m?le, un tube de rouge ? l?vres et les jouets de ses enfants — mani?re de tabler encore sur la complicit? avec le public f?minin : elle aussi, elle est une m?re qui travaille. Comment ne pas souhaiter la victoire de cette obscure et m?ritante jeune femme que tout le monde traite de haut en raison de son sexe et de sa basse extraction sociale ? Comment ne pas frissonner avec elle lorsque, apr?s sa victoire aux ?lections, la fille d’?picier pousse pour la premi?re fois la porte du 10 Downing Street ?? Faisant ses premiers pas lors d’une r?union locale du Parti conservateur, celle qui s’appelle encore Margaret Roberts vante l’excellente pr?paration aux responsabilit?s politiques que lui aurait donn?e son enfance modeste : "Comme l’homme ou la femme de la rue, je sais que, lorsque j’ai trop d?pens? une semaine, je dois faire des ?conomies la semaine suivante." On retrouve ici la sempiternelle et fallacieuse comparaison entre les finances d’un Etat et celles d’un foyer. (…)".

> Le site Cin?langues propose un copieux dossier p?dagogique (pdf) destin? aux enseignants d'Espagnol autour d'Amador (au cin?ma depuis le 15/02) le nouveau film de Fernando Le?n de Aranoa (Les Lundis au soleil), qui raconte la relation entre un vieil homme et une jeune femme immigr?e engag?e pour s'occuper de lui. La premi?re partie est une pr?sentation g?n?rale du film en fran?ais, la seconde, en espagnol (Cuaderno de cine), propose "une r?flexion progressive sur le film par le biais de photogrammes et d'extraits de dialogues".

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 07.03.12 à 16:31 - Réagir

Sin nombre : Sud-Nord? et retour

Sin nombreCes derni?res ann?es le cin?ma am?ricain a abondamment scrut? sa fronti?re m?ridionale, et mis en sc?ne les flux licites (marchandises) et illicites (drogue, immigr?s) qui la traversent. L’originalit? de Sin nombre du jeune r?alisateur Cary Joji Fukunaga est de porter son regard un peu plus loin, jusqu’au cœur de l’Am?rique centrale o? l’attraction et l’influence des Etats-Unis ne se font pas moins sentir qu'? leurs portes.
Sin nombre fait se croiser les destins d’une famille hondurienne qui va tenter de rejoindre le nord ? bord (ou plut?t sur le toit) d’un train de marchandises, et de deux jeunes mareros (membres d'une mara, un gang)?: Casper qui va se mettre au ban du groupe, au p?ril de sa vie, et le tout jeune Mickey qui cherche lui ? s’y faire accepter.
La plus grande qualit? du film est le brio avec lequel le sc?nario entrem?le les itin?raires de ces diff?rents personnages, et m?lange les registres fictionnel (la traque, l’histoire d’amour) et documentaire. En suivant les candidats ? l’exil sur toute la longueur du trajet, en montrant les avanies qu’ils subissent (pourchass?s par la police et les douanes, rackett?s par les mareros) et les dangers qu’ils courent, le film donne une vision terriblement concr?te d’un processus dont on ne consid?re g?n?ralement que l’aboutissement (comme Costa Gavras l’a fait, de mani?re plus symbolique, avec Eden ? l'Ouest). La peinture du monde cod? et ultraviolent des maras semble en comparaison plus conventionnelle : comme si l’utilisation de codes visuels et de sch?mas narratifs tr?s balis?s par le cin?ma et la t?l?vision am?ricaine d?r?alisait un ph?nom?ne dont le documentaire La vida loca (dont le r?alisateur, Christian Poveda, est mort assassin? peu apr?s le tournage)?avait donn? un aper?u saisissant.
Sin nombre montre ainsi de mani?re frappante les interconnexions entre Nord riche et Suds pauvres?: le flux des clandestins venus de toute l’Am?rique centrale pour se heurter ? la porte ?troite de la fronti?re ?tatsunienne?; mais aussi, dans l’autre sens, la destabilisation des soci?t?s d’Am?rique centrale par ces ph?nom?nes d’allers et retours.
Les maras ne sont ainsi que l’exportation, via notamment les immigr?s expuls?s en masse depuis les ann?es 80, d’une forme de d?linquance proprement am?ricaine (les deux principales maras sont n?es ? Los Angeles), comme le d?notent les surnoms (Casper, Mickey) que se donnent les mareros, tout empreints de culture am?ricaine.
Si la violence du film le rend difficilement exploitable en tant que tel en classe, on pourra donc n?anmoins le signaler aux ?l?ves de Seconde et de Terminale dans le cadre de leur programme de G?ographie.

[MAJ 03/11/2009] A voir ?galement le bel article de Betrand Pleven sur le site des Caf?s G?ographiques

[Sin nombre de Cary Joji Fukunaga. 2008. Dur?e?: 1 h 36. Sortie le 25 octobre. Distribution?: Diaphana]

Posté dans Dans les salles par zama le 26.10.11 à 15:57 - 4 commentaires

Nostalgie de la lumi?re : le site p?dagogique

Nostalgie de la lum?re

Quel rapport entre l'astronomie et l'arch?ologie ? Entre les origines de l'univers et le pass? des hommes ? Entre la douleur des proches de "desaparecidos" (disparus de la dictature Pinochet) et la curiosit? des scientifiques ? Avec Nostalgie de la lumi?re, Patricio Guzm?n, le m?morialiste des ann?es Allende (La bataille du Chili,?Salvador Allende…) et Pinochet (La m?moire obstin?e, Le Cas Pinochet…) livre une m?ditation ? la fois intime et philosophique sur le concept de m?moire et sur notre rapport au pass?.
Transport? par la beaut? plastique des paysages terrestres (le d?sert d'Atacama au Chili) et c?lestes, Nostalgie de la lumi?re est un documentaire d'une rare ambition esth?tique et intellectuelle, qui a fait l'?v?nement au dernier Festival de Cannes. C'est ?galement un tournant dans la filmographie du documentariste chilien, qui parvient ? transcender son sujet de pr?dilection.

Z?rodeconduite.net propose aux enseignants un site p?dagogique pour exploiter toutes les richesses du film, notamment en classe d'Espagnol et de Philosophie.

Nostalgie de la lumi?re de Patricio Guzm?n, au cin?ma le 27/11

Le site p?dagogique
> Le dossier p?dagogique (Philosophie, Espagnol)
> Le suppl?ment V.O. Scope

> Le film est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans L'agenda par zama le 20.10.11 à 17:46 - 1 commentaire

M?me la pluie : de l'eau, de l'or, de la brioche

Meme la pluie

Dans une sc?ne de M?me la pluie, une ?quipe de tournage occidentale, invit?e ? une mondanit? par le gouverneur local d’un pays pauvre (la Bolivie), assiste ? la r?pression d’une manifestation populaire sous les fen?tres m?mes du palais. Une coupe de champagne ? la main, un des acteurs cite alors de mani?re provocatrice la reine Marie-Antoinette (? Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent de la brioche. ?). Difficile pour le spectateur de ne pas penser ? cet instant ? l’autre film ? sur le cin?ma ? sorti la m?me semaine, Somewhere, dans lequel Sofia Coppola d?peint le spleen dor? d’une vedette hollywoodienne recluse au Ch?teau Marmont, comme elle racontait les affres de la reine ? Versailles. D’un c?t? (Somewhere) un cin?ma de l’intime et de la m?lancolie, ignorant superbement la rumeur du monde, au risque d’une certaine vacuit? ; de l’autre (M?me la pluie, r?alis? par Iciar Bollain mais sc?naris? par Paul Laverty, le sc?nariste de Ken Loach) un cin?ma politiquement engag?, essayant de retranscrire les processus historiques pass?s et pr?sents (le film est d?di? ? l’historien Howard Zinn), au risque d’un certain acad?misme. On se souvient des d?bats qui avaient agit? le Festival de Cannes en 2006 quand Le Vent se l?ve (de Ken Loach, sc?nario de Paul Laverty) avait rafl? la Palme d’Or au nez et ? la barbe de Marie Antoinette de Sofia Coppola.

On ne saurait toutefois r?duire le film d’Iciar Bollain ? du simili-Loach, et M?me la pluie ? un film ? de ? Paul Laverty. M?me s’il a les qualit?s (efficacit? narrative, rythme, sens du lyrisme) et les d?fauts habituels (personnages convenus, morale ?difiante…) des films du sc?nariste (on pense notamment ? Bread and roses), il renouvelle son approche en entrem?lant au r?cit tr?s loachien de r?volte sociale (le sc?nario s’inspire d’un des nombreux conflits li?s ? la privatisation de la distribution de l’eau en Am?rique du Sud)) l’histoire plus ?labor?e d’un ? film dans le film ?. M?me la pluie raconte d’abord le tournage d’une coproduction internationale dans un coin perdu du tiers-monde (? Ici on trouve des figurants ? 2 dollars par jour. ? jubile le cynique producteur), entrecoup? par les images du film en train de se tourner, une fiction historique ? grand spectacle. Toute l’ironie est que la fiction en question d?nonce, ? travers les personnages de Christophe Colomb, Antonio de Montesinos ou Bartholome de Las Casas (celui de La Controverse de Valladolid), les pr?misses de la colonisation de l’Am?rique du Sud, et sa contestation ; et que pour tenir le r?le de l’Indien r?volt? contre les conquistadores, le r?alisateur fictionnel (jou? par Gael Garcia Bernal) engage ? son corps d?fendant l’indig?ne qui se r?v?lera ?tre le leader de la lutte populaire en train de couver.

On voit ce qui transpara?t ? travers l’entrem?lement de ces deux ?poques et de ces trois r?cits : la rapacit? des premiers conquistadores exigeant leur tribut de m?tal jaune trouve un ?cho dans celle des multinationales s’appropriant un bien aussi vital que l’eau ; mais le film pointe aussi, plus ironiquement, les contradictions d’une industrie (et de ses acteurs) aussi prompte ? d?noncer les oppressions d’hier qu’? s’accommoder de celles d’aujourd’hui (et n’?chappant aux logiques de mondialisation : c'est une main d'œuvre bon march? que le producteur recherche en Bolivie). Quand la r?volte ?clate enfin, le film pose alors clairement la question de l’engagement de l’artiste (opposant les r?actions respectives du producteur — Luis Tosar — et du r?alisateur — Gael Garcia Bernal —), et son corrolaire, celle des rapports entre l’art et la vie. Alors que le producteur h?site entre foncer dans l’?meute pour sauver une des petites figurantes du film et suivre l'?quipe qui fuit les lieux pour poursuivre le tournage ailleurs, on pense ? la c?l?bre interrogation de Giacometti : dans un mus?e en feu, faut-il sauver le Rembrandt ou le chat ?
Par sa richesse th?matique et narrative mais aussi et surtout son double contexte historique et g?ographique, M?me la pluie s’av?re un mat?riau passionnant pour une utilisation en classe d’Espagnol, qu'on pourra compl?ter par des ?clairages en histoire (sur la d?couverte de l'Am?rique) et en g?ographie (sur la question de l'acc?s ? l'eau). ?

[M?me la pluie d’Iciar Bollain. Dur?e : 1 h 44. Distribution : Haut et court. Sortie le 5 janvier 2011]

> Ce film est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans Dans les salles par zama le 10.01.11 à 15:47 - 6 commentaires

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