blog :::

: (78 articles)

Rien de personnel : une soir?e particuli?re

Dans Le Cœur conscient (1960), Bruno Betteleheim ?crivait : "Si vous voulez briser la r?sistance des hommes, c’est tr?s simple. Il suffit de cr?er de l’incertitude. Il suffit qu’ils ne sachent plus de quoi demain sera fait. Confront? ? l’incertitude permanente, au fait de savoir si son poste va ?tre transform? ou non, sa place prise ou non, son m?tier chang? ou non, l’homme perd toute esp?ce de r?sistance".? Si l’on connaissait d?j? la pr?carisation du monde ouvrier, le premier film de Mathias Gokalp vient nous confirmer que celui des cadres n’est pas ?pargn?.
Rien de personnel nous entra?ne au sein des laboratoires Muller et nous fait d?couvrir des techniques de management tr?s particuli?res. Au cours d’une soir?e les cadres de l’entreprise vont devoir se livrer ? une sorte de "speed dating", exercice cens? permettre d’?valuer leurs comp?tences. Mais les rumeurs de rachat de l’entreprise, la pr?sence de l’?poux de la directrice de communication (peu au fait des us et coutumes du monde des cadres et des techniques de management), ou l’homme de m?nage qui finit par ?tre confondu avec le PDG des laboratoires Muller sont autant de grains de sable qui vont venir faire d?railler cette s?ance de travail un peu particuli?re. La soir?e va devenir le miroir d’une soci?t? malade, d’un monde vivant dans l’ins?curit? permanente. Ce qui n’aurait pu ?tre qu’un film quasi documentaire sur le monde pr?caris? des cadres devient alors, une formidable r?flexion sur l’individualisme pouss? ? son paroxysme, une fable des temps modernes, o? le cynisme et la peur font bon m?nage.
Rien de personnel permettra aux enseignants de Sciences Economiques et Sociales d’aborder de nombreux th?mes propos?s dans les programmes de seconde, de premi?re ES et de terminale ES.
Ainsi, en Seconde et en Terminale ES, le film peut ?tre l’occasion de travailler le lien entre les modes d’organisation du travail et les relations de travail ( les conditions de travail, ou la question du conflit). En effet, l’individualisation des rapports au sein de l’entreprise peut permettre de comprendre pourquoi les conflits du travail, qui n’ont pas disparu, sont cependant moins importants que dans les ann?es soixante dix. La sc?ne entre le syndicaliste et le chef d’entreprise est, ? ce titre, ?loquente. Ces ?l?ments trouvent aussi leur place sp?cifiquement dans le programme de terminale ES (dans la partie "mutation du travail et conflits sociaux").
De m?me, le film peut ?tre exploit? dans le cadre de l’?tude de la coh?sion sociale et les instances d’int?gration, la question du lien social,? ici dans le monde des cadres, et plus g?n?ralement dans l’entreprise, est pos?e, et permet de s’interroger sur ce qui le fonde. La concurrence entre les individus peut-elle ?tre facteur d’efficacit? ?conomique et sociale ? La solidarit?, le collectif ont-ils encore leur place dans le monde du travail ? Ces questions peuvent aussi ?tre abord?es en Premi?re ES, en option sciences politiques, o? la notion de pouvoir est travaill?e (sous-partie portant sur la citoyennet? et le lien social). En tronc commun, on pourra aussi travailler le notion de culture et celle de la socialisation secondaire.
Pour tous les enseignants qui ?duquent ? l’image, c’est aussi un exercice de style particuli?rement r?ussi, qui permet d’analyser sans difficult?s la question du point de vue, et de d?cortiquer les parti pris du metteur en sc?ne : la construction en trois? "chapitres" nous fait revivre une m?me sc?ne plusieurs fois (m?mes personnages, m?me lieu, m?me temps) sous un angle diff?rent, ce qui d?stabilise le spectateur et fait ?voluer son appr?hension des personnages (ainsi la jeune cadre interpr?t?e par M?lanie Doutey ou le personnage de Jean-Pierre Darroussin).

[Rien de personnel de Mathias Gokalp.2009. Dur?e : 1h31. Distribution : Rezofilms. Sortie le 16 septembre 2009]

Posté dans Dans les salles par Patricia Morini le 24.09.09 à 11:30 - 1 commentaire

Let's make money : la couleur de l'argent

Lets make money

Le documentaire sur la mondialisation est-il devenu un genre en soi ? Le m?me jour que Katanga Business de Thierry Michel sort Let’s make money, le nouveau film de l’Autrichien Erwin Wagenhofer.
En 2007, le r?alisateur autrichien nous alertait avec We feed the world (auquel nous avions consacr? un site p?dagogique) sur les d?rives ?conomiques, humaines et environnementales d’un "march? mondial de la faim" qui allait aboutir ? la crise alimentaire plan?taire. Aujourd’hui, Let’s make money se penche sur le "travail de l’argent", ? savoir sur le fait que l’argent puisse rapporter hors de tout travail humain ou m?canique ; le film d?monte ainsi les rouages d’un syst?me qui a abouti ? la crise ?conomique et financi?re actuelle.
L’enqu?te men?e par Wagenhofer se situe imm?diatement sur une ?chelle mondiale : d?s les premi?res images du film, il appara?t que l’or p?niblement extrait au Ghana par des travailleurs mis?rables est envoy? en Suisse o? il est stock? sous forme de lingots parfaitement polis – et rapportera pour 97% aux Occidentaux, pour 3% aux Africains… Tout le documentaire suit les ramifications d’une mondialisation financi?re qui touche l’ensemble de la plan?te via fonds de pensions, investissements internationaux, au moyen d’acteurs comme les chefs d’entreprise, les investisseurs, ou encore les gouverneurs de paradis fiscaux ; les contrastes Nord/Sud, les ph?nom?nes transnationaux, le r?le des firmes multi-nationals (FMN) sont ainsi visibles.
Certains faits analys?s par Let’s make money sont moins connus du grand public – comme les liens entre la City de Londres et l’?le de Jersey, juridiction secr?te qui permet ? nombre de soci?t?s de ne pas payer d’imp?ts tout en disposant de l’int?gralit? de leur argent ? Londres ; ou le fait qu’il existe, entre autres sur la Costa del Sol espagnole, des investissements immobiliers qui tournent litt?ralement ? vide, n’ayant pour but que de faire fructifier de l’argent et non de loger des personnes ; ou, surtout, le r?le d'individus surnomm?s les "chacals" dont le plus connu, John Perkins, raconte ? l’?cran la fonction comme il l’a fait dans son livre : ces v?ritables "assassins financiers" sont envoy?s par des grandes entreprises occidentales (cautionn?es par leur gouvernement) dans des pays du Sud, qu’ils encouragent ? s’endetter aupr?s du FMI ou de la Banque mondiale afin que, en rupture de paiement, ceux-ci deviennent ensuite d?pendants des investisseurs occidentaux – et doivent leur c?der leurs mati?res premi?res, ou bien se soumettre ? leurs exigences diplomatiques… Enfin, fait int?ressant, le documentaire d’Erwin Wagenhofer retrace les ?tapes de cette mondialisation ultralib?rale en rappelant le r?le de la Conf?rence du Mont P?lerin de 1947 , qui a inspir? le Consensus de Washington des ann?es 1970 ainsi que le n?olib?ralisme impuls? par Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les ann?es 1980.
Les ?l?ves de Terminale g?n?rale trouveront donc des images et des t?moignages concrets sur un syst?me complexe et dont il leur faut conna?tre les principaux ressorts. Toutefois le propos est tellement virulent contre les profiteurs de la mondialisation financi?re qu’il en vient parfois ? flirter avec la th?orie du complot. Proc?dant h?las ? quelques f?cheuses simplifications (sur les relations entre investisseurs et lieux d’investissement par exemple), Let's make money privil?gie le sensationnel (ainsi les d?clarations cyniques de quelques entrepreneurs sans ?me : "Le meilleur moment pour acheter, c’est lorsque le sang se r?pand dans les rues. M?me si c’est le v?tre.") ? une analyse approfondie de la complexit? de la situation (? la diff?rence de Katanga Business). Bien que divis? en chapitres qui veulent guider le raisonnement, le film se perd dans les m?andres des flux financiers dont on ne comprend pas toujours la logique. Il ne faut pas chercher ? y trouver une compr?hension globale de la mondialisation financi?re, mais plut?t quelques ?clairages lat?raux.

[Let's make money d'Erwin Wagenhofer. 2008. Dur?e : 1 h 47. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 15 avril 2009]

Posté dans Dans les salles par marion le 15.04.09 à 19:21 - 12 commentaires

Que les SES soient avec toi

La "Force", fontaine d'abondance p?dagogique ? Apr?s Star Wars et la physique, Star Wars et la g?ographie, Star Wars et l'histoire des mythes, voici Star Wars en SES… Dans la derni?re ?dition mensuelle du Caf? p?dagogique Claude Bordes nous signale le dossier documentaire r?alis? par Renaud Chartoire et t?l?chargeable en pdf sur le site du CNDP, qui propose d'?tudier la saga de Georges Lucas comme "ph?nom?ne ?conomique, social et politique" :
"Les cours d’introduction en classe de seconde et de premi?re nous am?nent ? montrer aux ?l?ves que les SES r?alisent une approche ? la fois ?conomique, sociale et politique des ph?nom?nes contemporains. Pour ce faire, la plupart des manuels proposent d’analyser une activit? donn?e (les vacances, la musique, la mode, le cin?ma...) en mettant l’accent sur cette triple dimension. Le dossier documentaire suivant reprend cette d?marche, mais en l’appliquant au cas particulier de la saga Star Wars, qui se pr?te parfaitement ? ce type d’analyse."
D?veloppement du merchandising et de l'empire commercial "Star Wars" mais aussi importance du poste dans le budget des fans et concentration du secteur de la distribution, c'est surtout l'?conomie de la saga qui est ?voqu?e. On regrettera l'absence de correction, mais le choix des documents (articles de journaux principalement) constitue une synth?se utile.

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 18.12.08 à 18:15 - Réagir

La Graine et le mulet : petites gens, grand film

Apr?s les festivaliers v?nitiens (le film a re?u un Prix Sp?cial du Jury ? la Mostra, et la com?dienne Hafsia Herzi un Prix d’interpr?tation), les critiques fran?ais l’ont salu? avec une rare unanimit?, et le public semble ? son tour r?pondre ? l’appel.
Ce n’est pas une raison pour ne pas dire ? notre tour l’immense bien que nous pensons de La Graine et le mulet, brillante ?toile de d?cembre dans le ciel qu’on dit morne du cin?ma fran?ais. On conna?t l’argument du film, sur lequel pas un producteur n’aurait sans doute mis? un kopeck n’?tait le pedigree de Kechiche : licenci? des chantiers navals parce que trop vieux et pas assez productif, Slimane investit ses maigres indemnit?s dans l'achat et la r?novation d'un bateau, pour y monter, avec l'appui de sa (ou plut?t de ses) famille(s) un restaurant sp?cialis? dans le couscous de poisson.
Mais de m?me que L’Esquive, par son travail sur la langue de Marivaux et les codes th??traux, ?chappait aux orni?res du film de banlieue (voir notre dossier p?dagogique en Fran?ais), La Graine et le mulet parvient ? s’affranchir de toute pesanteur sociale ou sociologique, ? d?passer ce que son mat?riau pouvait avoir de mis?rabiliste ou de convenu. C'est pourquoi, si une seconde vision du film r?v?le la finesse avec laquelle Kechiche retranscrit la violence du monde du travail, ou celle plus symbolique des institutions (la condescendance avec laquelle sont trait?s Slimane et son projet), on est tout d'abord happ? par l'?nergie des personnages et l'?vidence de l'histoire.
Rarement dans le cin?ma fran?ais (on ne voit que Maurice Pialat ou chez nos cousins belges, que les fr?res Dardenne) les outils d’un cin?ma naturaliste (cam?ra port?e, style documentaire, m?lange d’acteurs professionnels et amateurs) n’auront ?t? mis au service d’une telle ma?trise narrative (difficile de trouver une sc?ne de transition ou d’explication, dans ces deux heures trente de film). Non content de saisir le r?el ? pleins bras (en tout cas de nous donner cette impression fascinante), Abdelatif Kechiche le hisse ? dimension sup?rieure, celle de l’?pique puis du tragique.
Le film aligne ainsi les morceaux de bravoure : ce repas de famille tellement pantagru?lique qu’il en devient inqui?tant, le chœur des comm?res (les vieux voisins de Slimane), les tirades respectives de Rym (Hafsia Herzi), surjouant la fureur pour convaincre sa m?re, et de Julia (Alice Houri), hoquetant de d?sespoir devant son beau-p?re qui n’en peut mais ; et surtout cette s?quence finale qui alterne la course absurde de Slimane ? la poursuite de son scooter (on ne peut s’emp?cher de penser ? celle du Voleur de bicyclette de De Sica) et la danse du ventre de Rym ensorcelant, comme dans un conte des Mille et une nuits, une assembl?e de notables hostiles.
On renverra aux beaux articles de Philippe Leclercq pour les Actualit?s pour la classe du CNDP, tr?s p?dagogique (il analyse de mani?re tr?s fine la "circulation du langage", notamment chez les personnages f?minins), et ? celui de St?phane Delorme dans les Cahiers du Cin?ma, qui replace Kechiche dans l'histoire du cin?ma fran?ais.

[La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche. 2007. Dur?e : 2 h 31. Distribution : Path?. Sortie le 12 d?cembre 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 17.12.08 à 19:39 - 10 commentaires

La s?ance du mois (novembre) : Le go?t des autres en SES

Com?die d'observation sociale finement dialogu?e et interpr?t?e, Le Go?t des autres avait ?t? le grand succ?s du printemps 2000, rassemblant plus de 3,5 Millions de spectateurs fran?ais dans les salles de cin?ma.
Centr? sur les diff?rences culturelles (au sens large) qui s?parent des personnages socialement identifi?s et typ?s (chef d’entreprise, artistes, serveuse de bar, gardes du corps, femme au foyer...), le film met au jour avec humour ou cruaut? des ph?nom?nes de diff?renciation et de distinction, qui engendrent des rapports de domination. Il peut donc ?tre ?tudi? d'un point de vue sociologique, sous l'angle des th?ses de Pierre Bourdieu.
Notre s?quence du mois propose d'?tudier Le go?t des autres avec les classes de Premi?re ES, pour aborder plusieurs questions centrales du programme de SES telles que la socialisation, la culture ou la structure sociale.

[T?l?charger la s?quence p?dagogique au format pdf]

> voir ?galement cette ?tude sur le site cadrage.net

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 28.11.08 à 20:30 - 3 commentaires

new site