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As I lay dying : le site p?dagogique

As I lay dying

William Faulkner, le "stream of consciousness", 59 chapitres et 14 narrateurs diff?rents : le moins qu'on puisse dire est que James Franco, acteur star (127 heures, Le Monde fantastique d'Oz, La Plan?te des Singes : les origines) et r?alisateur ?mergent, n'a pas eu froid aux yeux en s'attaquant ? ce monument de la litt?rature qu'est As I lay dying de William Faulkner (publi? en 1931). Pr?sent? lors du dernier Festival de Cannes dans la s?lection Un Certain Regard, le film sortira le 9 octobre sur les ?crans fran?ais, en version originale sous-titr?e.

Le site Z?rodeconduite.net lui consacre un site p?dagogique, qui propose ? la fois un dossier p?dagogique destin? aux enseignants d'Anglais (particuli?rement ceux enseignant la Litt?rature en Langue ?trang?re aux s?ries L) et un entretien avec l'universitaire Fr?d?rique Spill, sp?cialiste de Faulkner.

As I lay dying, un film de James Franco, au cin?ma le 9 octobre

Le site p?dagogique : www.zerodeconduite.net/asilaydying

Posté dans Sur le web par Zéro de conduite le 01.10.13 à 21:32 - Réagir

Jimmy P. : entretien avec la sc?nariste Julie Peyr

Jimmy P.

Julie Peyr est sc?nariste (Happy few et Douches froides d'Anthony Cordier) et romanci?re (Le Corset, Deno?l). Elle a co-?crit Jimmy P., Psychoth?rapie d'un indien des plaines avec Arnaud Desplechin et Kent Jones. David Larre enseigne la philosophie au lyc?e Maurice Utrillo de Stains, il ?crit sur le blog de critique dramatique aupoulailler.com et pour Z?rodeconduite.net. Nous les avons fait se rencontrer pour ?voquer l'?criture de Jimmy P., le travail d'adaptation du livre de Georges Devereux (Psychoth?rapie d'un Indien des plaines : r?alit?s et r?ve, 1951, r??dit? chez Fayard), la mise en sc?ne de la psychanalyse au cin?ma…

David Larre : Tout d'abord je voudrais dire que j'ai beaucoup aim? le film. A la fois il nous emm?ne dans un univers familier du cin?ma d'Arnaud Desplechin, celui de la psychanalyse, mais il le fait d'une mani?re totalement nouvelle et inattendue. Ce qui m'a le plus surpris c'est que c'est un film tr?s doux, apais?, pas aussi corrosif que peuvent les films pr?c?dents de Desplechin, par exemple dans la repr?sentation des rapports familiaux. Depuis quand Desplechin conna?t-il ce texte, et quand est venue l'id?e de l'adapter ?

Julie Peyr : Arnaud Desplechin conna?t ce texte depuis tr?s longtemps, c'est v?ritablement un de ses "livres de chevet". Il n'a pas arr?t? de le lire et le relire, il s'en est nourri pour ses films pr?c?dents, tout en poursuivant ce r?ve un peu inaccessible de l'adapter un jour. L'adaptation d'un texte non-romanesque, centr? sur une psychanalyse, tourn? aux Etats-Unis : ?a apparaissait comme une sacr?e gageure…?

D.L. : Il n'y a pas dans le film les ?l?ments saillants habituellement associ?s ? la th?rapie au cin?ma : r?sistances, transfert, d?couverte d'une sc?ne originelle atroce. Le film est ? mille lieux par exemple de l'hyst?rie de A dangerous method de David Cronenberg, consacr? ? la relation entre Freud et Jung, et du r?cit de ces "grands cas" devenus presque mythologiques. C'est un film sur la psychanalyse prise au long cours, au ras du quotidien…

J.P : Il est vrai que ce film s'?loigne d'une repr?sentation "canonique" de la psychanalyse telle que l'ont install?e les films d'Alfred Hitchcock par exemple. Il n'y a pas ce passage oblig? de la r?v?lation finale d'un traumatisme cens? expliquer le mal-?tre du personnage principal, comme dans Pas de printemps pour Marnie ou La Maison du Docteur Edwardes. Jimmy P. est plut?t un film qui va de petite d?couverte en petite d?couverte, m?me si il y a une progression dramatique, des "coups de th??tre" sur lesquels nous avons b?ti les articulations du sc?nario. C'est aussi ce qui fait la beaut? du livre et du film : ils montrent que ce dont on souffre, et dont peut nous gu?rir la psychanalyse, ce n'est pas forc?ment un traumatisme spectaculaire (viol, inceste), mais d'une multitude de petites choses qui en s'accumulant finissent par devenir insupportables. En ce sens je trouve que le film constitue un bel hommage ? la psychanalyse…

D.L. : Comment avez-vous travaill? sur le texte de Devereux ? Dans le film, l'amie de Devereux, regardant ses notes de s?ances, dit qu'elles ressemblent ? un dialogue de th??tre.?

J.P : Le livre de Devereux reproduit tous les mots prononc?s au cours de l'analyse de Jimmy Picard, du premier "bonjour" jusqu'au dernier "au revoir"… On a donc effectivement l'impression d'un dialogue de th??tre, m?me si les r?pliques sont assez longues. Tout le travail consistait ? r?duire ce texte tr?s cons?quent et ? y d?celer les points qui dans le sc?nario pouvaient constituer des ?l?ments dramatiques forts. Il fallait concilier les exigences du cin?ma et la fid?lit? au livre, ? laquelle Arnaud ?tait vraiment attach?…

D.L. : En m?me temps le film ?chappe ? l'enfermement du face ? face, au dispositif un peu ?touffant d'une s?rie comme En analyse, qui est constitu?e uniquement de s?ances. Le film prend le temps de nous pr?senter Jimmy Picard puis Devereux. Ensuite, une fois la th?rapie commenc?e, il y a de nombreuses sc?nes qui nous permettent de nous ?chapper des s?ances. D'o? avez-vous tir?s ces ?l?ments romanesques "p?riph?riques" ?

J.P : Nous avons exploit? toute une s?rie d'indices tir?s du texte, soit du dialogue lui-m?me, soit des commentaires de Devereux. On savait qu'ils n'avaient pas toujours rendez-vous dans la m?me pi?ce, qu'? un moment Jimmy s'?tait fait faire des lunettes, et caetera. Nous nous sommes accroch?s ? ces petites choses pour donner de la chair ? l'histoire, offrir un arri?re-plan ? ces s?ances. Il y a eu aussi, ?videmment tout un travail de documentation pour savoir ? quoi pouvait ressembler un h?pital militaire en 1948, la vie dans une r?serve, les rapports entre un type comme Devereux et la m?decine "officielle"…

D.L. : J'ai ?t? tr?s frapp? par la facilit? avec laquelle Jimmy rentre dans la parole, dans le principe de la cure…

J.P. : Oui c'est effectivement un des aspects ?tonnants du livre. Jimmy rentre tr?s vite en confiance, il y a une complicit? qui s'?tablit avec Devereux. Cet aspect du livre a beaucoup touch? Arnaud : la premi?re fois qu'il m'a parl? du film, il me l'a pr?sent? comme "une histoire d'amiti? entre deux tocards" ! D'un c?t? il y a un Indien qui revient sans gloire de la guerre, qui a ?t? bless? sans que l'on sache vraiment ce qu'il a ; de l'autre c?t? il y a un analyste exil? en Am?rique, qui a chang? de nationalit? et de religion, qui n'est pas reconnu par ses pairs car il n'est m?me pas m?decin… Peut-?tre sont-ce ces points communs qui font qu'ils s'entendent et se comprennent tr?s vite.

D.L. : Il y a tr?s peu de r?sistance de la part de Jimmy, le film est presque d?nu? de confrontations. La seule opposition de Jimmy vient ? la fin du film, quand il est question de religion. Je me suis demand? si ce qui se d?roulait dans le film ne correspondait pas plut?t au soulagement d'une ?me (sur le mod?le de la confession) qu'? la cure analytique proprement dite.

J.P : Dans le processus de la cure analytique le patient s'en remet compl?tement ? l'analyste. Puis arrive le moment de la fin de la cure, quand il va falloir se d?brouiller par soi-m?me. A ce moment-l? Jimmy panique ? l'id?e de se retrouver tout seul. C'est l? qu'il en appelle ? la religion et ? la figure du pr?tre. Devereux le remet face ? sa libert? et sa solitude. Jimmy en veut alors ? Devereux d'avoir fait figure de pr?tre ou d'agent protecteur indien, pour finalement l'abandonner, le laisser livr? ? lui-m?me. La col?re de Jimmy exprime son d?sarroi et sa terreur…

D.L. : Est-ce que la fin du film correspond ? l'ach?vement de la cure ? Le film semble laisser des choses en suspens, des questions non r?solues. En m?me temps il semble que Jimmy s'est all?g? de certains de ses maux, qu'un nouvel espace de possibles s'ouvre pour lui.? J.P. : Nous nous sommes pos?s cette question de la fin de la cure pendant toute l'?criture… Comment une cure se termine-t-elle, quand peut-on dire qu'elle est achev?e ? C'est une des questions les plus d?licates de la psychanalyse. Il y a un paradoxe suppl?mentaire dans le livre de Devereux : plus l'analyse avance, plus Jimmy fait de crises ! Il semble aller de plus en plus mal, va de rechute en rechute. Mais ? partir de maintenant il saura affronter lui-m?me ces crises, lui dit Devereux… C'est en cela que l'on peut parler, sinon de gu?rison, ou en tout cas de progr?s…? D.L. : C'est plut?t r?ussi dans le film : il y a une forme de r?solution qui n'est pas "la" r?solution…

J.P. : La fin n'est effectivement pas dans le spectaculaire, on peut se dire que ?a n'est pas tr?s cin?matographique. Mais nous tenions vraiment ? ?tre fid?le au livre. Dans le livre Jimmy dit : "Il y a encore quelque chose, mais je ne sais pas quoi." C'est tr?s flagrant dans l'histoire du th??tre de marionnettes : Jimmy voit quelque chose sur sc?ne qui le perturbe profond?ment, et il n'arrive pas ? expliciter ce trouble. Devereux ?met des hypoth?ses, qu'il aurait ?t? trop long de reprendre dans le film. Il y a des questions r?solues dans le film, et d'autres qui ne le sont pas…

D.L. : Le film pose la question majeure de l'ethnopsychiatrie, celle de la diff?rence culturelle au cœur de la relation th?rapeutique. C'est un th?me qui ?tait d?j? abord? dans Rois et reines. Le personnage jou? par Mathieu Amalric rejette violemment la psychiatre de l'institution, jou?e par Catherine Deneuve, et se pr?cipite chez son analyste, d'origine africaine, qui semble jouer pour lui le r?le d'un v?ritable gourou. Qu'est-ce qui int?resse Desplechin l?-dedans ?

J.P. : Ce personnage de psychanalyste d'origine africaine dans Rois et Reine s'appelle d'ailleurs… Devereux ! L'inspiration est plus qu'?vidente. Je pense que ce qui int?resse profond?ment Arnaud c'est qu'il n'y a pas de rapport social de domination entre Devereux et Picard. Devereux ne traite pas Jimmy comme un inf?rieur, mais v?ritablement comme son ?gal. Les autres m?decins ont un rapport diff?rent avec Jimmy, dans lequel entre une part de condescendance, mais aussi de culpabilit? vis ? vis du peuple am?rindien. En cela, le film est tr?s diff?rent de L'Enfant sauvage de Truffaut : la dimension p?dagogique, le rapport entre ma?tre et ?l?ve, en est totalement absente… Tout ce que fait Devereux c'est de r?v?ler Jimmy ? lui-m?me, il le force ? s'?couter.

D.L. : L'autre grande qualit? du film, c'est le personnage de Jimmy, et son interpr?tation par Benicio del Toro. C'est le premier beau personnage d'Indien qu'il m'ait ?t? donn? de voir au cin?ma depuis celui d'Ira dans M?moires de nos p?res de Clint Eastwood.

J.L : Le cin?ma am?ricain donne peu de places ? ces personnages d'am?rindiens. En revanche il y a une litt?rature native american tr?s vivace, avec des auteurs passionnants comme Sherman Alexie, James Welch. Leurs livres tournent souvent autour de la m?me probl?matique identitaire : faut-il rester dans la r?serve et pr?server ? tout prix cette culture ancestrale en train de dispara?tre, ou faut-il partir dans les grandes villes et se fondre dans la culture dominante ? Nous nous en sommes beaucoup servis pour incarner Jimmy, pour essayer de le comprendre de l'int?rieur…

[Jimmy P., Psychoth?rapie d'un Indien des plaines d'Arnaud Desplechin. 2013. Distribution : Le Pacte. Sortie le 13 septembre 2013]

> Voir ?galement notre article ("Jimmy P. : aux racines de l'ethnopyschiatrie" publi? au moment du Festival de Cannes 2013

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Posté dans Entretiens par Zéro de conduite le 11.09.13 à 19:35 - Réagir

Jeunes critiques : Behind the candelabra (my life with Liberace)

Pour la premi?re fois et ? l'occasion de ce Festival de Cannes, Z?rodeconduite.net ouvre ses pages ? des textes d'?l?ves : en l'occurence les ?l?ves de la kh?gne option cin?ma du lyc?e Paul Val?ry de Paris, embarqu?s ? Cannes, entre l'?crit et l'oral de leur concours, par leur professeur Philippe Zill.
Nous proposons ici des extraits, regroup?s par film, de chacune de leurs critiques, r?alis?es ? chaud et dans l'effervescence du Festival. Les textes int?graux sont disponibles eux en pdf.

Behind the candelabra

Behind the candelabra (My life with Liberace) de Steven Soderbergh, par Juliette M.

"La mode du biopic qui se renforce depuis dix ans refl?te le manque d’inventivit? des studios, dont t?moignent la multiplication des adaptations Marvel, les suites de blockbusters et les remakes. En l’occurrence, le biopic appara?t comme une id?e lumineuse : adapter au cin?ma la vie hors du commun d’une personnalit? excentrique, c’est se garantir un sc?nario et un box-office (puisque le personnage est d?j? c?l?bre). Le concept du biopic cr?? un vivier de projets illimit?s que les studios ne se lassent pas d’exploiter. Or, peut-?tre le devraient-ils. (...)"

La critique int?grale en pdf

Behind the candelabra (My life with Liberace) de Steven Soderbergh, ?tats-Unis, 2013, 118 mn
S?lection Officielle, en comp?tition

Posté dans Festival de Cannes par Zéro de conduite le 26.05.13 à 09:22 - 1 commentaire

Jeunes critiques : For those in peril

Pour la premi?re fois et ? l'occasion de ce Festival de Cannes, Z?rodeconduite.net ouvre ses pages ? des textes d'?l?ves : en l'occurence les ?l?ves de la kh?gne option cin?ma du lyc?e Paul Val?ry de Paris, embarqu?s ? Cannes, entre l'?crit et l'oral de leur concours, par leur professeur Philippe Zill.
Nous proposons ici des extraits, regroup?s par film, de chacune de leurs critiques, r?alis?es ? chaud et dans l'effervescence du Festival. Les textes int?graux sont disponibles eux en pdf.

For those in peril

For those in peril de Paul Wright, par Ang?le P.

"Comment repr?senter ce qui n'est plus ? Le vide que laisse la mort d'une personne aim?e ? Dans son film For those in peril Paul Wright s'y attelle avec une grande justesse. Il utilise plusieurs cam?ras de diff?rentes qualit?s (super 8, 35 mm et Iphone) afin de repr?senter la confusion et l'incompr?hension dans laquelle se retrouve le personnage principal face ? la mort de son fr?re. Ce brouillard d'?motions qui assaille le personnage t?moigne de la jeunesse du r?alisateur. En effet, ce film est en grande partie autobiographique. Paul Wright a perdu son p?re ? l'?ge de quatorze ans, trop jeune pour comprendre ce qui lui arrivait ? l'?poque, il met aujourd'hui en sc?ne ses ?motions et touche avec force son public dans ce r?ve de retrouvailles impossibles. (...)"

La critique int?grale en pdf

For those in peril de Paul Wright, par Alexis D.

"Bazin, dans ses ?crits th?oriques, affirmait d?j? la capacit? du cin?ma ? ? sauver l'essence par l'apparence ?. Paul Wright fait de la multiplicit? des formats vid?os (super 8, mini DV, vid?os d'?crans...) l'illustration de cette id?e, comme si les images d'archives, dont l'irruption au cœur de la di?g?se imite le processus m?moriel, avaient la possibilit? de ressuciter Michael, le fr?re d?c?d?. En effet, apr?s la mort de son fr?re Michael, Aaron, rong? par la tristesse et la nostalgie, se voit assailli de r?miniscences, qui interf?rent avec le pr?sent, et se construisent en ?cho par rapport ? lui. La superposition de ces images t?moigne des strates de r?alit? qui composent le souvenir du jeune homme. (...) "

La critique int?grale en pdf

For those in peril de Paul Wright, par Alice C.

"(...) le film de Paul Wright peut se ranger au c?t? de celui de Spike Jonz : Where the wild things are, ou de Benh Zeitlin : Beast of the southern wild, tout deux mettant en sc?ne cette figure de l'enfant ou du personnage pur et r?veur, mais surtout seul et incompris, qui se r?fugie dans se fantasmes pour mieux affronter la r?alit?. For those in peril apporte ? ce th?me commun une vision tr?s pessimiste du deuil de ? l'adulte ? ou de l'individu raisonnable. Si il est clair que la vision d'Aaron tient du fantastique (bien qu'elle s'av?re vraie), il semble que le repli des villageois et leur conviction profonde quant ? la culpabilit? du jeune homme sont eux plus proche de la peur irrationnelle que de la ma?trise et de la sagesse attendues.? (...)"

La critique int?grale en pdf

For those in peril de Paul Wright, par Camille L.

"Paul Wright, lors de sa rencontre avec le public au festival de Cannes a d?clar? qu'il avait voulu ? examiner l'?me des personnages ? dans son film. Tout le dispositif du film est donc int?ressant ? analyser pour voire comment on entre dans la subjectivit?, les ?motions et les sentiments d'Aaron (seul survivant d'un accident de p?che o? sont fr?re ? laiss? sa vie). Le film commence : un noir, des soupirs. Un plan de demi-ensemble d'un homme flou et la mise au point sur la mer se trouvant ? l'arri?re plan, nous comprenons d?j? que le personnage est perdu, angoiss?. (...)"

La critique int?grale en pdf

For those in peril de Paul Wright, Grande-Bretagne, 2013, 93 mn
Semaine de la Critique

Posté dans Festival de Cannes par Zéro de conduite le 25.05.13 à 00:13 - Réagir

Inside Llewyn Davis : esth?tique de la lose

Inside Llewyn Davis

Si le protagoniste du dernier film de Joel et Ethan Coen, Llewyn Davis (Oscar Isaac), n’a jamais exist?, sa cr?ation s’inspire de Dave von Ronk, qui avait dans les ann?es soixante enregistr? un album introspectif intitul? Inside Dave von Ronk. Le titre annonce la plong?e dans l’?gotisme de ce personnage de loser tout autant que l’ancrage dans les racines du folk.

Llewyn Davis s’apparente? en effet ? Barton Fink, dans cette longue d?ambulation de gal?riens qui constitue semble-t-il un sujet de pr?dilection dans la filmographie des fr?res (depuis the Dude du Big Lebowski, en passant par George Clooney dans O’Brother, ou l’improbable rencontre des deux protagonistes de No country for old men). Si l’un ?tait sc?nariste, d?vor? d’ambition, paralys? par l’angoisse de la page blanche, contractant par inadvertance un pacte faustien, Llewyn Davis est un chanteur folk qui se produit dans des bars o? on l’invite par charit? (quand ce n’est pas pour d'autres raisons plus cruelles). Au royaume de la loose, Llewyn est roi. Son manager le roule, il dort ? droite et ? gauche, mais il m?prise ceux qui r?ussissent au nom d’un principe simple : lui est un artiste, un vrai.
M?me s’ils rendent leur personnage attachant, les Coen semblent prendre un cruel plaisir ? en souligner la st?rilit? : c’est l’hiver (saison des pannes s?ches po?tiques), et tout ce qu’on apprend de la vie sentimentale de Llewyn c’est que s’il aide ses ex ? avorter (tout un symbole), lui-m?me n'a pas ?t? capable d’engendrer.
Llewyn semble condamn? ? l’?chec depuis que son partenaire s’est jet? du pont George Washington. L’onomastique souligne la g?mellit? perdue du h?ros (le double "l" de son nom d'origine galloise, la rime avec "twin" et "win", le nom est d’origine galloise), et comme le rappelle une de ses conqu?tes : "T’es le fr?re du roi Midas, tout ce que tu touches tu le transformes en merde !". Dans cette odyss?e absurde, cet anti-h?ros, plus Perceval qu’Ulysse (le nom de son chat roux "indolent compagnon de voyage"), semble rater toutes les occasions que le destin met sur sa route, parce qu’il se montre syst?matiquement hautain et m?prisant. Le p?riple jusqu’? Chicago avec le faiseur de roi Bud Grossman, interpr?t? par F. Murray Abraham, se solde sur une d?convenue. La rencontre avec l’ogre Goodman, v?ritable incarnation du d?mon, semble expliquer la spirale r?p?titive ? laquelle le h?ros semble condamn? et qui structure le film. Alors qu’au fond du bar, une silhouette dylanienne se profile, reprenant le Farewell de Llewyn et s’?levant vers la gloire, notre personnage, lui, s’enfonce dans l’obscurit? et l’oubli. Mais le sous-texte mythique tient davantage du clin d’œil au spectateur que d’une v?ritable signification.

Ainsi le film est fort dr?le, mais au final quelle grandeur y a-t-il ? se moquer, pour des r?alisateurs comme pour le spectateur, d’un damn? de la cr?ation ? Certes Inside Llewyn Davis est un film musical (l’atmosph?re folk rappelle l’univers de O’Brother) dont les interpr?tes ne font pas semblant de chanter et dans lequel les morceaux sont livr?s in extenso. La reconstitution historique est savoureuse, depuis la barbe ? collier de Justin Timberlake, jusqu’aux d?gaines du couple de professeurs d’universit?, en passant par la coupe de? cheveux de John Goodman… comme d’habitude, se surprend-on ? soupirer, comme si le film m?me n’?chappait pas ? la mal?diction de la r?p?tition, comme si le beau style des Coen ne trouvait pas l? mati?re ? se renouveler.

Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Coen, 2012, ?tats-Unis, 105 mn
S?lection Officielle, en Comp?tition

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 21.05.13 à 18:45 - Réagir

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