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Le Labyrinthe de Pan

"Le sommeil de la raison engendre des monstres…" De cette citation, tir?e d'une eau-forte de Goya, on a fait deux lectures: une lecture litt?rale s'appliquant ? la cr?ation artistique (le peintre pr?cisait ainsi son propos : "la fantaisie, sans la raison, produit des monstruosit?s ; unies, elles enfantent les vrais artistes et cr?ent des merveilles "), et une lecture m?taphorique et politique, qui renvoit de mani?re coutumi?re aux totalitarismes (ainsi Primo Levi d?crivant le lager comme "le plus mena?ant des monstres engendr?s par le sommeil de la raison").
De monstres il est beaucoup question dans Le Labyrinthe de Pan : monstres fantastiques comme ceux que la jeune Ofelia croisera dans son exploration du monde de Pan ; monstres historiques aussi, ? l'instar du capitaine Vidal (Sergi Lopez), cruelle incarnation du franquisme triomphant, traquant sans rel?che les derniers maquis r?publicains (nous sommes en 1944). Toute l'originalit? du film est de les mettre constamment en parall?le, le merveilleux servant d'?chappatoire ? une r?alit? violente, et vice versa.
Si le propos du r?alisateur mexicain Guillermo del Toro n'est pas toujours tr?s clair (dans le dossier de presse il ?voque le fascisme comme "perversion de l'innocence"), la magie de la mise en sc?ne op?re ind?niablement.
Le film pourra faire l'objet d'une int?ressante utilisation p?dagogique en classe d'Espagnol, moins pour le contexte historique que pour l'inspiration picturale revendiqu?e par Guillermo del Toro : Goya et sa p?riode noire, notamment le c?l?brissime Saturne d?vorant un de ses enfants (cf la sc?ne ou le "Pale Man" d?vore les f?es) ou ses "caprichos". On pourra d'ailleurs ?tudier le r?cit sous l'angle des "rapports de pouvoir" (domination, influence, opposition, r?volte) inscrits au programme des classes de Premi?re.

[Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. 2006. Dur?e : 1 h 52. Distribution : Wild Bunch. Sortie le 1 novembre 2006]

> Ce film est disponible dans la boutique DVD.

Posté dans Dans les salles par le 01.11.10 à 23:51 - 16 commentaires

Nostalgie de la lumi?re : Atacama, lieu de m?moire(s)

Nostalgie de la lumi?re

Que ceux qui croient conna?tre le cin?ma de Patricio Guzm?n et l’histoire du Chili aillent voir Nostalgie de la lumi?re. Que ceux qui n’en ont jamais entendu parler s’y pr?cipitent.
Les premiers d?couvriront un film qui renouvelle totalement l’approche de l’auteur de La Bataille du Chili, La M?moire obstin?e, Salvador Allende, Le cas Pinochet… Les autres un des documentaires les plus beaux et les plus originaux des derni?res ann?es.

Nostalgie de la lumi?re part d’une co?ncidence g?ographique : le d?sert d’Atacama, sorte de capitale de l’astronomie mondiale, qui concentre les grands projets scientifiques de pointe (notamment le gigantesque t?lescope international ALMA), est aussi, par ses caract?ristiques physiques (l’exceptionnelle s?cheresse du climat), un des hauts lieux de m?moire du Chili. Pendant que les astronomes scrutent patiemment la vo?te ?toil?e, d’autres fouillent inlassablement le sol : historiens et anthropologues (le sol conserve des traces du pass? chilien jusqu’? l’?poque pr?colombienne) mais ?galement proches des desaparecidos du r?gime de Pinochet (qui s’est servi du d?sert comme zone de rel?gation et d’ex?cution, et a fait dispara?tre les victimes).
Plut?t que d’opposer ces deux d?marches, Patricio Guzm?n a l’intuition de les rapprocher : apr?s tout, c’est aussi le pass? que scrutent les astronomes, en ?tudiant non pas les ?toiles mais la lumi?re qui leur en parvient, des milliers d’ann?es plus tard. Ce qui pourrait passer pour une id?e farfelue ou trop th?orique devient le point de d?part d’une exploration ? la fois po?tique et philosophique des notions de pass?, d’histoire, de m?moire. Le film passe harmonieusement des origines de l’univers au pass? de la dictature, des astronomes et des historiens aux femmes, sœurs ou filles de disparues. Sa richesse est de mettre ces t?moignages sur le m?me plan, de ne pas s?parer ? experts ? et ? t?moins ?, engageant tous ses interlocuteurs ? partager une m?me r?flexion, nourrie par le r?alisateur-narrateur. En alternant r?flexion et contemplation, t?moignages et paysages (c?lestes ou terrestres) Nostalgie de la lumi?re parvient ? trouver le point d’?quilibre entre la col?re et l’apaisement, entre la beaut? du cosmos et l’horreur de notre monde.

Z?rodeconduite.net a consacr? ? Nostalgie de la lumi?re un dossier p?dagogique r?dig? par des enseignants de philosophie et d’espagnol. On trouvera ?galement, sur le site p?dagogique du film, le suppl?ment V.O. Scope de Vocable consacr? au film.

[Nostalgie de la lumi?re de Patricio Guzm?n. 2010. Dur?e : 1 h 30. Distribution : Pyramide. Sortie le 27 octobre 2010]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 27.10.10 à 18:56 - 10 commentaires

Le dernier ?t? de la Boyita : ceci est ton corps

Le dernier ?t? de la Boyita

Pour ?chapper ? la cohabitation avec sa grande sœur que l’adolescence ?loigne progressivement d’elle, Jorgelina d?cide de passer les grandes vacances avec son p?re, dans un domaine de la pampa argentine. Elle y retrouve Mario, le fils des ouvriers agricoles du domaine, lui aussi aux prises avec les transformations de la pubert?.
A travers les yeux de la petite Jorgelina, Le dernier ?t? de la Boyita analyse le glissement hors de l’enfance (symbolis?e par la "Boyita", caravane-terrain de jeu ?chou?e dans le jardin familial) et la construction adolescente d’identit?s sexu?es. C'est le choix de ce point de vue (une petite fille qui observe sans les comprendre les bouleversements qui frappent ses a?n?s) qui donne son originalit? et sa fra?cheur au film de l'argentine Julia Solomonoff, sur un sujet d?j? largement explor? par le cin?ma. Mais l'autre grande qualit? du Dernier ?t? de la Boyita est de replacer ses personnages dans un temps (le d?but des ann?es quatre-vingt), un lieu (la campagne argentine) et milieu social d?termin?s (le p?re de Jorgelina est m?decin, celui de Mario appartient au monde des peones), et de nouer les questionnements intimes ? un ?cheveau de relations familiales, sociales, ?conomiques. Cet arri?re-plan donne aux personnages adultes ?paisseur et subtilit?, et dissuade de les juger trop h?tivement : ainsi on comprend que les parents de Mario, qui appartiennent ? la communaut? allemande rurale de l'?tat d'Entrerios, ne sont pas vraiment "arm?s" pour faire face ? ce qui arrive ? leur fils.
Difficile d'en dire plus sur Le dernier de la Boyita sans en d?florer l'int?r?t, puisque l’intrigue du film s’organise autour du d?voilement progressif d’un secret. Le charme du film tient ? la justesse avec laquelle Julia Solomonoff rend compte du cheminement de sa petite h?ro?ne (ainsi quand "Jorge" se bouche les oreilles pour ne pas entendre l'explication scientifique d?livr?e par son p?re), ainsi qu'? la mani?re naturaliste et presque sensuelle qu'elle a de s'attarder sur la campagne, les chevaux, les travaux des champs (belle sc?ne sur le sacrifice d'un bœuf pour la f?te annuelle du village, qui fait penser ? L'Apprenti de Samuel Collardey).
Ses qualit?s-m?mes (subtilit?, rythme paisible) rendent le film peut-?tre un peu difficile d’acc?s pour des jeunes coll?giens (qui ont peu ou prou l’?ge des personnages du film), mais un travail tr?s int?ressant peut ?tre men? ? partir de la troisi?me ainsi qu'au lyc?e (en lien ?ventuellement avec le cours de SES). Le site Cin?langues propose un dossier p?dagogique d'une trentaine de pages, largement illustr? et couvrant l'ensemble des th?matiques du films.

[Le dernier ?t? de la Boyita de Julia Solomonoff. 2010. Dur?e : 1 h 30. Distribution : Epicentre. Sortie le 8 septembre 2010]

Pour aller plus loin :
Le site officiel du film (fran?ais / espagnol)
— Le dossier p?dagogique Cin?langues

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 12.09.10 à 16:18 - Réagir

Demandez le programme !

Venus noire

Demandez le programme des prochaines semaines sur Z?rodeconduite.net !

La rentr?e, c'est traditionnellement le moment o? le Festival de Cannes du printemps pr?c?dent s'expose sur les ?crans : si la Palme d'Or, Oncle Boonmee… a ouvert le bal sortant le 1er septembre, on verra successivement dans les prochaines semaines le Grand Prix (et prix de l'Education Nationale), Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, puis le beau Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun (auteur d'Abouna et de Daratt). Entre les deux se glissera la fresque historique de Rachid Bouchareb sur la lutte du FLN en France, Hors la loi (le 23 septembre) tandis qu'il faudra patienter pour d?couvrir La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier (le 3 novembre).

Mais c'est du c?t? des documentaires qu'on trouve peut-?tre les propositions les plus int?resssantes… Cleveland contre Wall Street, vrai-faux proc?s de la crise des subrimes, est sur les ?crans depuis la mi-ao?t, et notre coup de cœur, Benda Bilili ! (voir notre site p?dagogique), sort demain. Le 6 octobre, on d?couvrira un autre coup de cœur, le remarquable Entre nos mains de Mariana Otero (Histoire d'un secret, La Loi du coll?ge), qui raconte l'aventure de salari?s du textile (majoritairement des femmes) qui d?cident de reprendre leur entreprise en SCOP (Soci?t? coop?rative de production) : tr?s bient?t, dossier pour les SES sur Z?rodeconduite.net. Enfin, le 27 octobre sortira un autre film cannois, Nostalgie de la lumi?re de Patricio Guzman, sur lequel Z?rodeconduite.net proposera ?galement un dossier p?dagogique en Espagnol et en Philosophie.

On signalera ?galement le 13 octobre Elle s'appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner (voir le site officiel et notre dossier p?dagogique), adaptation du best-seller de Tatiana de Rosnay sur la m?moire de la rafle du Vel'd'Hiv et, au rayon (pr?)histoire cette fois, Ao le dernier N?anderthal de Jacques Malaterre (L'Odyss?e de l'esp?ce), dont le site officiel propose ?galement des ressources p?dagogiques.
Mais c'est Venus noire d'Abdellatif Kechiche, pr?sent? actuellement ? la Mostra de Venise, qui constituera sans aucun doute l'?v?nement cin?matographique de l'automne (le 27 octobre). Le destin tragique de Saartije Baartmann, d?te la "Venus hottentote", expos?e comme un ph?nom?ne dans les foires puis les bordels d'Europe pour son physique callipyge, ?tudi?e et diss?qu?e (pour les m?mes raisons) par les scientifiques comme Cuvier (le Mus?e de l'Homme exposera ses restes jusqu'en 1974), nous parle autant des d?buts du XIX?me si?cle (et notamment du racisme scientifique qui constituera un des socles id?ologiques de la colonisation) que de notre ?poque… On fait confiance au r?alisateur de L'Esquive et La Graine et le mulet pour rendre compte de ce martyre avec rigueur et pudeur.

Illus. : Venus noire d'Abdellatif Kechiche

Posté dans L'agenda par zama le 07.09.10 à 22:21 - Réagir

L'?il invisible de Diego Lerman

L'œil invisible

Le m?me jour que Nostalgie de la lumi?re ?tait pr?sent? dans une autre section, La Quinzaine des r?alisateurs, L'œil invisible (La mirada invisible) de Diego Lerman. Autre g?n?ration (Diego Lerman n'a pas trente ans), autre pays (l'Argentine), autre genre (la fiction), mais m?me exp?rience historique de la dictature. Huis-clos ?touffant dans l'enceinte du lyc?e national de Buenos-Aires, celui qui forme les futures ?lites du pays, L'œil invisible met en en sc?ne Marita, surveillante qui participe ? la discipline de fer qui r?gne dans l'institution. Prenant de plus en plus sa tache ? cœur, Marita est tiraill?e entre sa fascination pour l'autorit? (repr?sent?e par M. Biasuto le surveillant g?n?ral ? moustache, qu'elle ne laisse pas indiff?rent) et son d?sir pour un jeune lyc?en, m?taphore (un peu trop ?) transparente de l'Argentine du d?but des ann?es 80, partag?e entre go?t de l'ordre et d?sirs d'?mancipation. Son z?le ambigu ? traquer la "subversion" chez ces jeunes gar?ons ? peine plus jeunes qu'elle, va la conduire dans des zones (au figur? comme au propre, puisqu'elle passe une bonne partie du film dans les toilettes des gar?ons) de plus en plus scabreuses.
Entre "l'ordre" et la "subversion", l'histoire tranchera : les derni?res minutes annoncent l'humiliation de la guerre des Malouines (1982), qui gu?rira le pays de sa fi?vre nationaliste et provoquera la chute de la junte.

L'œil invisible (La mirada invisible) de Diego Lerman – Quinzaine des R?alisateurs
Sortie fran?aise pr?vue pour le 1/09/2010

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Posté par zama le 16.05.10 à 16:10 - Réagir

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