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Des Abeilles et des hommes : entretien avec Olivier Belval, apiculteur

Olivier Belval est président de l'Union Nationale des Apiculteurs Français (UNAF). Après avoir grandi au sein d'une ferme apicole en Ardèche, il décide de reprendre l'exploitation familiale. Il gère 450 ruches et produit du miel en agriculture biologique. Engagé dans la défense des abeilles et des apiculteurs, il est membre de la Coordination Européenne de l'apiculture créée autour de la problématique des pesticides. Nous l'avons interrogé sur le film de Markus Imhoof et l'état des lieux qu'il dresse

Zérodeconduite.net : En tant qu'apiculteur, constatez-vous également le syndrome d'effondrement des abeilles décrit dans le film ?

O. B. : A ses débuts, vers 1995, le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles était appelé "le mal français des abeilles". En France, les premiers apiculteurs qui en ont parlé les ont signalé autour des miellées de tournesols. C'était à l'époque de la mise sur le marché des néonicotinoïdes, le Gaucho en particulier. Et c'est là que tout a commencé. Au départ, on nous regardait, de l'autre côté de l'Atlantique avec une espèce de sourire de dédain, sous-entendant : ''Vous les apiculteurs français, vous ne savez pas élever vos abeilles''. Nous étions, selon eux, touchés par un mal bizarre, d'où l'expression : "Le mal français des abeilles". A partir du moment où c'est devenu un mal américain c'est devenu un problème planétaire. Sauf que le problème a suivi la mise sur le marché de ces produits sur l'ensemble de la planète. Ils ont pour effet de faire perdre la mémoire aux abeilles, de provoquer des problèmes dans leurs rythmes cardiaques, des problèmes de rythmes de battement d'ailes (une aile va battre plus ou moins vite que l'autre), des problèmes de fertilité des mâles, de fertilité des reines.  

Zérodeconduite.net : Pourquoi l'abeille se meurt ?

O. B. : L'abeille meurt à cause de l'artificialisation de l'environnement. Si l'abeille meurt sur les amandiers californiens, c'est parce qu'ils sont en monoculture généralisée et que l'usage des pesticides dans ces cultures est systématique. L'apiculteur industriel américain qui revient en acceptant d'avoir sacrifié des centaines et des centaines de ruches, est un apiculteur qui accepte de mener ses abeilles-marchandises au casse-pipe. Il a vendu son âme à l'agrochimie, il n'a plus rien à faire de la qualité du vivant. Tout autant que celui qui veut préserver une prétendue "race pure" d'abeilles, Fred Jaggi. Parce que la solidité, la robustesse de l'abeille est justement liée au fait que ses gènes sont mélangés. Elle ne résistera que mieux aux maladies. Face à la maladie dans son rucher, cet apiculteur suisse détruit sa colonie. Il existe d'autres solutions. Faire une apiculture plus en accord avec la nature, avec son environnement. Le problème numéro un ce sont les pratiques agricoles, pas l'apiculteur directement, à l'exception de quelques industriels de l'apiculture.  La cause principale de la mortalité des abeilles ce sont les pratiques agricoles, c'est le court-termisme, c'est l'appât du gain. C'est cela qui nuit aux abeilles. Cette attitude est très répandue chez les agriculteurs en général. Elle existe chez certains apiculteurs qui utilisent l'abeille comme une marchandise. C'est ce vers quoi certaines politiques publiques voudraient nous pousser et ce contre quoi les apiculteurs de France se révoltent. L'avenir de l'apiculture ce sont les petites exploitations qui continuent de produire du miel dans un environnement plus sain. Et pour que l'environnement soit plus sain, il nous faut une agriculture plus raisonnable, qui ne soit pas de la production intensive. Vouloir transformer l'apiculture en un élevage hors sol de plus en plus dépendant des intrans, c'est dramatique pour l'avenir de l'abeille et de notre alimentation. Et cette dernière dépend essentiellement de l'avenir de l'abeille.  

Zérodeconduite.net : Qu'avez-vous pensé du documentaire de Markus Imhoof ?

O. B. : J'ai été saisi par la beauté des images, et séduit par le ton très personnel. Mais il faut savoir que l'apiculture que filme Markus Imhoof ne correspond pas trop à l'apiculture telle qu'elle se pratique en France et en Europe : l'apiculteur industriel américain qui transporte ses ruches sur des milliers de kilomètres dans l'année, la monoculture intensive de l'amandier, la pollinisation facturée entre 150 et 200 dollars la ruche... De l'autre côté, le "papiculteur" suisse (Fred Jaggi) est au premier abord très sympathique ; mais son discours sur la race pure et l'extermination des ruches malades ne l'est pas du tout.  L'apiculture qui existe majoritairement en France et en Europe, et qui n'est pas montrée dans le film, est représentée par de petits apiculteurs professionnels qui possèdent entre 200 et 400 ruches. En France, on produit du miel. Aux Etats-Unis, on vend un service de pollinisation, dont le miel est un sous-produit. J'ai également été très choqué par les images de pollinisation à la main en Chine. Je ne comprends pas que le gouvernement chinois n'ait pas réalisé que les pesticides ont tué les abeilles. Il devrait les interdire et réintroduire l'abeille.  

Zérodeconduite.net : Vu l'importance de l'abeille pour l'homme, on est proche d'une catastrophe écologique ?

O. B. : L'abeille est à l'origine de la fécondation de 80 pour cent des plantes et de 35 pour cent de notre alimentation. Cela représente environ trois milliards d'euros pour la France, l'impact direct du service de pollinisation gratuit rendu par les abeilles sur la production agricole. Chaque plante sauvage dépend de la pollinisation des abeilles et la disparition de l'abeille domestique n'est qu'un facteur d'alerte. Notre abeille est une sentinelle dans ce sens parce que toutes les abeilles sauvages disparaissent à présent. On est face à la plus rapide et à la plus vaste des extinctions d'espèces de la planète jamais enregistrées. Si l'abeille disparait, l'humain ne disparaîtra quatre ans après comme on le fait dire à Einstein. Mais la disparition des abeilles est un signal de la disparition massive d'autres espèces qui sont nécessaires à la survie de l'humanité.

Des Abeilles et des Hommes, de Markus Imhoof, au cinéma le 20 février 2013.

> Voir également notre article et notre site pédagogique en ligne

Posté dans Débats par Magali Bourrel le 22.02.13 à 15:34 - Réagir

Des Abeilles et des hommes : bien plus qu'une histoire de miel

Les abeilles n'ont jamais cessé d'occuper la famille du réalisateur Markus Imhoof. Son grand-père était apiculteur, sa fille et son gendre s'intéressent au système immunitaire des abeilles, et elles fascinent ses petits-enfants. A travers le documentaire Des Abeilles et des Hommes, le réalisateur suisse s'interroge sur leur extinction.
En effet, partout sur la planète, l'abeille se meurt : entre 50 et 90% des abeilles ont disparu depuis quinze ans. S'exprimant à la première personne, Markus Imhoof se demande ce que ses petits-enfants mangeront quand ils auront son âge, car les abeilles fécondent 80 % des espèces végétales. Sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits, ni de légumes. Le cinéaste et metteur en scène a souhaité rendre ces petites créatures visibles pour mieux les faire connaître. Pour qu'elles paraissent aussi grandes, et parfois même plus grandes que les hommes, il a inventé des outils sur mesure pour filmer les abeilles comme de véritables acteurs. Le spectateur peut ainsi développer un lien émotionnel avec les abeilles, voire s'identifier à elles. Il assiste à leurs actions dans l’espace avec des travellings, des mouvements de grue et autres panoramiques. L'équipe du film a placé la caméra sur de petits hélicoptères ou des ballons et, pour entrer au coeur des ruches, l'a munie d'un objectif endoscopique utilisé pour les opérations chirurgicales. Un studio a été construit spécialement pour les abeilles et une équipe de tournage macro leur était entièrement consacré. La réalisation de ce film s'est déroulée sur cinq années, de la préparation au tournage : à peu près le temps qu'il avait fallu pour réaliser Microcosmos (1996).
Pour élucider le syndrome d'effondrement des abeilles, Markus Imhoof a aussi rencontré et observé des apiculteurs aux quatre coins du monde : un vieux bonhomme suisse qui tient à la "pureté" de la race de ses abeilles, un apiculteur industriel américain qui fait son miel (600 000 dollars par an !) grâce à ses pollinisatrices, une ouvrière chinoise qui pollinise à la main dans une région où les abeilles ont totalement disparu, mais aussi un apiculteur qui apprivoise  avec respect les abeilles tueuses au fin fond de l'Arizona. Mais les abeilles demeurent les actrices principales d'un film qui commence par un travelling somptueux autour de la naissance d'une reine et se clôt sur un envol métaphorique.

Le film, aussi prenant que pédagogique, constitue en tout cas un support idéal pour un travail en classe, en Sciences de la Vie et de la Terre, de la Sixième (à travers la découverte de l'abeille, sa classification scientifique, sa place dans son milieu) jusqu'à la Terminale : autant d'activités développées dans notre dossier pédagogique SVT.

[Des Abeilles et des Hommes de Markus Imhoof. 2012. Durée : 1 h 28. Distribution : Jour2fête. Sortie le 20 février 2013]

> Le site pédagogique Zérodeconduite.net

Posté dans Dans les salles par Magali Bourrel le 21.02.13 à 18:32 - Réagir

Des Abeilles et des hommes, le site pédagogique

Des Abeilles et des Hommes

"Si l'abeille disparaissait du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre."
La citation d'Einstein serait apocryphe, mais elle dit bien l'importance d'Apis mellifera pour homo sapiens. Près de 80% des espèces végétales ont en effet besoin des abeilles pour être fécondées : sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits ni de légumes.
L'autrichien Markus Imhoof a enquêté aux quatre coins du globe sur les causes d'une épidémie aussi soudaine que brutale (entre 50 et 90% des abeilles ont disparu de la surface de la terre depuis quinze ans) qui menace directement notre survie. Autour de ce documentaire aussi palpitant que scientifiquement rigoureux, Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique destiné aux enseignants de Sciences de la Vie et de la Terre. De la Sixième jusqu'à la Terminale, il propose des activités pour étudier le film en classe, en lien avec le programme…

Des Abeilles et des Hommes de Markus Imhoof, au cinéma le 20 février
> Le site pédagogique du film (SVT)

Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 10.02.13 à 22:58 - Réagir

Augustine : l'invention de l'hystérie

Augustine

"Hystérique, madame, voilà le grand mot du jour. Êtes-vous amoureuse ? vous êtes une hystérique. Êtes-vous indifférente aux passions qui remuent vos semblables ? vous êtes une hystérique, mais une hystérique chaste (…) Vous êtes ceci, vous êtes cela, vous êtes enfin ce que sont toutes les femmes depuis le commencement du monde ? Hystérique ! hystérique ! vous dis-je. Nous sommes tous des hystériques, depuis que le docteur Charcot, ce grand prêtre de l’hystérie, cet éleveur d’hystériques en chambre, entretient à grands frais dans son établissement modèle de la Salpêtrière un peuple de femmes nerveuses auxquelles il inocule la folie, et dont il fait, en peu de temps, des démoniaques."
Maupassant, "Une femme", chronique parue dans le Gil Blas, 16 août 1882

1885, Paris. Le docteur Charcot (Vincent Lindon), qui dirige à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière un service de plus de 200 lits réservé à des femmes souffrant de convulsions, poursuit ses recherches sur l’hystérie féminine. S’il a acquis une grande notoriété auprès du public parisien par ses fameuses "Leçons" du mardi matin (voir le célèbre tableau de Brouillet), utilisant notamment l'hypnose pour recréer de spectaculaires crises chez ses patientes, il lui reste encore à convaincre définitivement ses pairs. Parmi la masse indistincte des malades, il repère en la personne d’Augustine (interprétée par Soko), personnage historique dont les archives photographiques de l'hôpital gardent la trace (voir l'ouvrage du critique d'art Georges Didi-Hubermann, Invention de l'hystérie), la patiente qui lui permettra d’arriver à ses fins.

Le grand sujet d’Augustine, c’est la fascination-répulsion des hommes pour le désir féminin, ce désir que, dans la société corsetée de la fin du XIXème siècle, l’hystérie permettait d’exprimer, et d’exhiber (d’où le succès des leçons publiques de Charcot). Des bûchers dressés pour les sorcières du Moyen-âge à l’approche scientifique de Charcot, le progrès est indéniable, mais pas dénué d’ambiguïtés. Alors que s’établit une relation de confiance entre Augustine et le médecin, la libido sciendi (indissociable du désir de reconnaissance de Charcot), se confond peu à peu avec la libido tout court, et on ne sait plus si le regard que Charcot porte sur Augustine est celui d’un thérapeuthe, d’un chercheur, d’un esthète (voir les photos d’Augustine qu'il réalisait) ou plus prosaïquement d’un voyeur
En se passant avec une louable rigueur (le débordement de l’hystérie étant précisément dû à l’impossibilité de les exprimer) des mots et des explications, se limitant à une approche strictement behaviouriste de ses personnages, le film nous laisse un peu à distance des émotions d’Augustine ou du trouble de Charcot. Un pied dans l’ancrage documentaire (les témoignages face caméra de patientes d’aujourd’hui dans des costumes d’hier), un autre dans le fantastique fin de siècle (la musique du Dracula de Francis Ford Coppola sur le générique de début), il n'atteint vraiment le vertige escompté que dans son dernier quart d’heure : quand l'héroïne cesse enfin d’être passive pour s’émanciper du désir de Charcot. Magnifique ironie, c’est grâce à une mascarade, celle qu’elle joue devant les membres de l’Académie, que sera enfin reconnue la réalité scientifique de la maladie… Dialoguant, d’une sélection à l’autre, avec le prestigieux Au-delà des collines de Cristian Mungiu, le premier film d’Alice Winocour montre de très belles promesses derrière une ambition complètement aboutie…

Augustine d’Alice Winocour, France, 102 mn
Semaine de la critique
Sortie au cinéma : le 3 novembre

Pour aller plus loin :
> Voir ce mémoire de DESS (12 pages) intitulé "Le regard médical Réflexions à propos du tableau de Brouillet « Une leçon clinique à la Salpêtrière »" (pdf) qui montre à travers le tableau de Brouillet que le regard médical, "en tant qu’il se réfère à une conception de l’homme héritée d’un cartésianisme réduit à une techno-science" est intrinsèquement an-éthique, car il ne permet pas la rencontre avec les patients.

Posté dans Festival de Cannes par zama le 22.05.12 à 13:09 - Réagir

Félins : (toujours) sauvages et (encore plus) beaux

Félins

Depuis Sauvage et beau de Frédéric Rossif (1984), on constatera que la grammaire filmique du documentaire animalier n'a pas vraiment changé : alternance de gros plans à la longue focale (pour isoler l'animal) et de plans larges (pour le replacer dans son environnement), de plans fixes (pour montrer une mère alaitant ses petits) et de panoramiques endiablés (la course folle du léopard), morceaux de bravoure et passages obligés que sont les scènes de prédation, etc.
Mais les techniques d'enregistrement et de traitement des images (et des sons) auront accompli un bond énorme, qui font des films animaliers d'aujourd'hui de grands spectacles à l'esthétisme souvent époustouflant : Félins s'inscrit pleinement dans cette lignée, notamment par ses mémorables scènes de cavalcades (tournés grâce à une caméra permettant d'enregistrer à très grande vitesse pour restituer des ralentis spectaculaires).
Troisième long-métrage produit par le label Disney Nature (après Les Ailes pourpres et Pollen), Félins met en scène les rois du documentaire animalier (lions majestueux, véloces guépards, et charmantes petites boules de poils) en nous contant l'histoire de quelques "personnages" : le lion Fang, vieux chef de tribu déclinant, son rival Kali qui lorgne sur le territoire de son voisin, Sita, mère guépard qui veille sur sa progéniture…  S'adressant au public le plus large, Félins est construit comme un conte, prenant le parti de la fictionnalisation des images et de l'anthropomorphisation des animaux (du moins certains d'entre eux : crocodiles ou buffles n'ont pas voix au chapitre, réduits au rang de prédateurs ou de gibier anonymes). 
Mais la voix du narrateur, qu'un public adulte jugera certainement redondant, et qui permet "d'accrocher" le jeune public, n'entache heureusement ni l'attrait esthétique ni l'intérêt scientifique des images. En Primaire, le film permettra ainsi un très riche travail, dès le Cycle 2, autour des animaux de la savane. On pourra également travailler le film avec des élèves de collège en SVT : en Sixième, on pourra aborder la classification des animaux et la chaîne alimentaire, en partant des ressources présentes dans et autour du fleuve. En Quatrième, on pourra mener une étude comparative du mode de vie, de l'organisation du groupe, des techniques de chasse, de l'éducation des petits, stratégies de reproduction, chez les lions et les léopards...

Zérodeconduite.net propose une copieux dossier pédagogique autour du film, rédigé par deux professeurs des écoles.

[Félins d'Alastair Fothergill et Keith Scholey. 2011. Durée : 1 h 27. Distribution : Disney. Sortie le 1er février 2012]

Pour aller plus loin :
Le Site pédagogique Zérodeconduite.net

Posté dans Dans les salles par zama le 01.02.12 à 10:19 - Réagir