blog :::

: (74 articles)

Moi, Daniel Blake : le site pédagogique

Palme d'Or du Festival de Cannes 2016, Moi, Daniel Blake de Ken Loach sortira dans les salles françaises le 26 octobre prochain.
En s'attachant au sort de Daniel, qui suite à un problème de santé et une erreur administrative est confronté au dédale kafkaïen de l'assurance chômage britannique, le vétéran Loach livre un réquisitoire implacable contre la dérive ultralibérale de l'Angleterre et le démantèlement programmé de ce qu'il reste du Welfare State… Éminemment politique (comme le fut son discours lors de la remise de sa seconde palme cannoise), le film l'est à la manière humaniste de Loach : à la froideur mortifère de la néo-bureaucratie numérique, il oppose la chaleur de ses personnages, qui mobilisent des trésors de dignité et de solidarité.
Profondément poignant sans oublier d'être drôle, Moi Daniel Blake ne manquera pas de mobiliser les élèves de Lycée (voire d'excellentes classe de Troisième). Zérodeconduite a consacré un site pédagogique au film : notre dossier pédagogique propose une analyse cinématographique du film, ainsi que des activités destinées aux classes d'Anglais et de Sciences Économiques et Sociales, tandis qu'un entretien avec le sociologue du travail Didier Demazière permet de poursuivre la réflexion, notamment en mettant en perspective la situation des chômeurs en France et en Grande-Bretagne. 

Moi, Daniel Blake de Ken Loach, au cinéma le 26 octobre
Le site pédagogique du film

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 11.10.16 à 18:13 - Réagir

I, Daniel Blake : L'Angleterre sans cœur

I, Daniel Blake de Ken Loach

À près de 80 ans, le vétéran Ken Loach revient à Cannes avec un film engagé qui dénonce à nouveau la guerre menée continûment (par des gouvernements de droite comme « de gauche »), depuis 1979 et l’avènement de Margaret Thatcher, contre "l’esprit de 1945" (pour reprendre le titre de son documentaire).

Daniel Blake est un ouvrier, charpentier de formation qui suite à un malaise cardiaque est placé en congé maladie. À l’issue d'un interrogatoire dont la précision inquisitoire confine à l’absurbe, mené par l’une de ces compagnies privées à laquelle la sécurité sociale britannique sous-traite la chasse aux (prétendus) fraudeurs, Daniel se voit refuser les allocations auxquelles il avait droit selon toute raison. On lui conseille alors, le temps de faire appel de cette décision incohérente, de remplir les démarches pour toucher l'allocation chômage. En même temps qu’il plonge dans le dédale kafkaïen du Pôle emploi britannique, Daniel prend en sympathie Katie, jeune mère de deux enfants en voie avancée de précarisation. Pour oublier sa condition absurde "d’homme malade recherchant des boulots inexistants" (comme il l'exprime avec humour), Daniel va déployer des trésors d'humanité pour améliorer le quotidien de Katie et de ses enfants.

En brossant le portrait de Daniel Blake, Ken Loach porte à l’écran cette majorité silencieuse qui a travaillé toute sa vie sans jamais revendiquer ni protester, sûre de pouvoir se reposer un jour sur les vestiges même peu écornés du welfare state, et qui se réveille avec effroi en plein cauchemar néo-libéral. Le titre, en forme de manifeste, démontre que, face au monstre froid de l’État, le seul recours reste la solidarité, même réduite aux contours de cette drôle de famille recomposée. Encore plus qu'à Dickens et à sa dénonciation des misères du peuple, on pense naturellement à Victor Hugo, tant pour la forme de l'adresse (Le Journal d'un condamné à mort) que par les péripéties de la narration (Les Misérables). L’humanité de Daniel Blake évoque à de nombreuses reprises la figure sublime de Jean Valjean, quand il prend soin des marmots ou essaye de tirer Katie, moderne Fantine, de la prostitution. On pourra trouver le message rebattu et bien pensant, mais il faut reconnaître que le style de Loach, mélange d’humour populaire et de pathétique jamais larmoyant, n’a rien perdu de son mordant.

I, Daniel Blake de Kenneth Loach, 100 mn, Grande-Bretagne
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 16.05.16 à 16:37 - Réagir

Experimenter : le site pédagogique

Au début des années 1960, Stanley Milgram (1933-1984), chercheur en psychologie sociale à Yale, demande à des cobayes sélectionnés par petite annonce d’infliger des chocs électriques d’intensité croissante à d’autres individus, dans le cadre fictif (les chocs électriques sont simulés, la victime est un complice) d’une expérience scientifique (censément consacrée à l’influence de la punition sur l’apprentissage). Dans la variante la plus connue de l’expérience, 65% des individus allèrent jusqu’à la tension maximale (potentiellement mortelle) de 450 volts, prouvant de manière inquiétante la capacité de l’être humain à commettre, sous l’effet d’un conditionnement psychologique léger, des actes cruels et inhumains.

Cette expérience, documentée dans l’ouvrage intitulé Soumission à l’autorité, mais plus connue sous le nom « d’Expérience de Milgram », eut un retentissement mondial. Contemporaine du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem (1961-1962) et des réflexions de la philosophe Hannah Arendt sur la « banalité du mal » (Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, 1963), elle participait du retour réflexif sur le génocide des Juifs par l’Allemagne nazie, et notamment sur la participation (ou l’absence de résistance) des citoyens allemands au processus génocidaire. L’expérience sera reproduite plusieurs fois par d’autres équipes scientifiques, aboutissant à des résultats sensiblement identiques. Elle inspirera le cinéma (I comme Icare d’Henri Verneuil, 1979) et la télévision (Le Jeu de la mort de Christophe Nick, 2010, transposant l’expérience dans le cadre d’une émission de téléréalité).

S’ouvrant sur la fameuse expérience, dont le protocole est mis en scène de manière détaillée, Experimenter de Michael Almereyda s’en détache pour suivre la carrière et la vie (notamment conjugale) de Milgram jusqu’à sa mort en 1984. Le choix est judicieux : si cette expérience a assuré la renommée à Milgram, elle a aussi éclipsé sa carrière ultérieure (marquée pourtant par des travaux riches et variés). Il offre l’avantage d’éviter au film de tomber dans le travers des récents biopics de scientifiques produits par Hollywood : la réduction mélodramatique à un drame personnel (la schizophrénie de John Nashl’homosexualité contrariée d’Alan Turing, ou la maladie de Stephen Hawking), censé nous rapprocher d’un personnage dont les travaux nous sont incompréhensibles. S’appuyant certes sur un matériau beaucoup plus accessible (les expériences en psychologie sociale), Experimenter cherche au contraire à nous installer, avec beaucoup de pédagogie (une pédagogie non dénuée d’humour, comme lors des apartés face caméra de Milgram), au cœur de la réflexion et du travail du scientifique.

Experimenter est donc tout à fait recommandable à un public de lycéens, et pourra donner l’occasion d’un riche travail interdisciplinaire : le film permettra d’aborder plusieurs notions des programme de Sciences Économiques et Sociales et de Philosophie, en collaboration avec l’enseignant d’Anglais. Sur le site pédagogique consacré au film, propose plusieurs fiches d'activités dans les disciplines citées. Elles pourront être complétées par la participation au jeu-concours (en partenariat avec Zérodeconduite et Alternatives économiques), qui propose aux classes de reproduire certaines des expériences de Milgram.

Experimenter de Michael Almereyda, au cinéma le 27 janvier

Le site pédagogique du film

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 27.01.16 à 17:10 - Réagir

Fatima : Entretien avec Bernard Lahire, professeur de sociologie

Professeur de sociologie à l'ENS-Lyon et directeur de l'Équipe Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations du Centre Max-Weber (CNRS), Bernard Lahire a beaucoup travaillé sur les destins scolaires des enfants de milieux populaires. Il a visionné Fatima de Philippe Faucon et répondu à nos questions.

Zérodeconduite : Qu’avez-vous pensé du film de Philippe Faucon ?

Bernard Lahire : C’est un film à la fois très juste d’un point de vue sociologique, et particulièrement bouleversant. C’est le genre de film qu’on aimerait que beaucoup d’adolescents, issus de l’immigration ou non, puissent voir. Car je suis persuadé que cela pourrait dénouer certaines situations familiales problématiques et des souffrances psychiques qui ont pour origine des malentendus, des incompréhensions ou des situations de tension, internes à la famille, mais qui ne peuvent véritablement se comprendre que si l’on sort de la famille pour comprendre le rôle puissamment structurant ou déstructurant de l’école, l’effet des inégalités économiques et culturelles (et, parmi elles, les statuts inégaux des différentes langues), les ragots et les médisances à l’intérieur de certaines communautés de voisinage, etc.

Zdc : Le film a la particularité de montrer la réussite et l’échec scolaire du point de vue de la famille : on ne voit quasiment jamais Nesrine et Souad en cours. Cela fait-il écho avec vos travaux ?

B.L : C’est un choix de point de vue de la part du réalisateur qui éclaire davantage la scène familiale que la scène scolaire. J’ai fait à peu près le même choix dans mon ouvrage Tableaux de familles. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires, même si j’ai mené des entretiens avec les enseignants et que j’avais recueilli des données précises sur les résultats scolaires des enfants. Cela permet de montrer ce qui se trame dans les familles et que généralement les acteurs scolaires ignorent à peu près totalement.

Zdc : Nesrine et Souad ont des parcours scolaires contrastés voire contraires : Nesrine est le modèle de la "bonne élève" qui va accomplir le rêve de réussite de sa mère, tandis que Souad se rebelle contre l’institution scolaire. Comment la sociologie peut-elle rendre compte de parcours aussi contrastés, à l’intérieur d’une même famille ?

B.L. : Les familles que j’ai étudiées ont des enfants en très bonnes situations scolaires et d’autres en échec scolaire. Le but de mon travail était de comparer les familles entre elles (celles qui ont des enfants qui réussissent et celles qui ont des enfants en difficulté), alors qu’elles partagent les mêmes grandes propriétés sociales (faibles revenus et capitaux scolaires faibles ou inexistants). Mais je suis évidemment tombé dans des familles où les frères et sœurs n’avaient pas les mêmes destins scolaires. Pour comprendre ces différences au sein des fratries, il faudrait regarder de près les relations intra-familiales. Dans le cas de la famille de Fatima, il y a une aînée en réussite et une cadette en échec, et l’on peut se demander ce qu’ont vécu différemment l’une et l’autre à l’intérieur de la famille. La famille n’est jamais exactement la même à des moments différents de son existence. Le divorce a peut-être joué un rôle perturbateur chez Souad. Un affaiblissement de l’attention dû aux effets du divorce peut être aussi envisagé : on sent que la mère, qui est une « frustrée scolaire » (elle aurait pu continuer mais a dû stopper sa scolarité, sans doute pour des raisons économiques et familiales), a dû beaucoup suivre ses enfants et l’aînée a amplement bénéficié de ce contrôle moral et affectif bienveillant (elle est sérieuse dans ses études et compte ses sous comme sa mère). Mais la plus jeune a vu sa mère quitter l’espace domestique pour subvenir aux besoins de la famille. Elle a en quelque sorte perdu le principe structurant qu’elle avait en la personne de sa mère. Elle le dit elle-même dans un moment de crise : sa mère part le matin alors qu’il fait encore nuit et revient le soir alors que la nuit est déjà tombée. Le film met en scène un contraste entre Nesrine voulant faire honneur par sa réussite scolaire et professionnelle à une mère qui se sacrifie pour ses enfants (au point de faire le deuil de toute vie sentimentale et d’identifier la réussite de ses enfants avec son bonheur personnel : « Si mes enfants réussissent, mon bonheur sera comblé »), et Souad, qui a honte de sa mère et est en colère contre elle (« Là où il y a un parent blessé, il y a un enfant en colère. »), parce qu’elle a au fond très mal de la savoir obligée de faire un sale boulot, de « nettoyer la merde des autres » comme elle dit. 

Retrouvez cet entretien dans son intégralité sur le site pédagogique du film.

[Fatima de Philippe Faucon. 2015. Durée : 79 min. Distribution : Pyramide Distribution. Sortie le 7 octobre 2015]

Posté dans Entretiens par Zéro de conduite le 08.10.15 à 16:04 - Réagir

Fatima : le site pédagogique

Fatima, le site pédagogique

"Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse."
Le cinéaste Philippe Faucon utilise cette image pour relier et mettre en perspective ses deux derniers films, La Désintégration (2012) et Fatima (2015). Après avoir filmé "l’arbre qui tombe" dans La Désintégration, film sur la dérive terroriste de jeunes français musulmans, qui s’est avéré tristement prémonitoire (des meurtres de Mohamed Merah aux attentats de janvier 2015), le cinéaste renoue avec sa manière du film-portrait : ces films qui, à travers un personnage ou un groupe de personnages, dressent une radiographie riche et subtile de la société française contemporaine, en accordant une attention toute particulière aux descendants de l’immigration maghrébine...

Librement inspiré des ouvrages autobiographiques de Fatima Elayoubi, Fatima met en scène un trio de personnages féminins : son héroïne éponyme, Fatima, femme de ménage immigrée vivant dans l’agglomération lyonnaise, et ses deux filles Nesrine et Souad, l’une étudiante en médecine et l’autre élève de collège. Fatima souffre de son insuffisante maîtrise du français, qui la fragilise sur les plans professionnels et dans sa relation avec ses filles... Nesrine et Souad vivent de manière contrastée leur héritage : si la première se jette à corps perdu dans les études de médecine pour réaliser le rêve d’intégration de sa mère, l’autre exprime dans sa révolte (notamment contre l’institution scolaire) les stigmates de la génération précédente.

Finesse de l’écriture, sobriété de la mise en scène, justesse des comédiens (professionnels comme amateurs) : encore une fois la méthode de Philippe Faucon fait mouche pour camper des personnages qui, loin des clichés et des généralisations, incarnent la richesse et les contradictions d’individus aux prises avec la société et ses instances. Zérodeconduite propose un site pédagogique autour du film destiné principalement aux enseignants de SES et de cinéma (il propose également une activité en EMC sur les discriminations) : en Seconde il pourra illustrer les chapitres "Individus et cultures" et "Formation et Emploi" ; en Première ES il permettra d’aborder l’étude du processus de socialisation, et particulièrement les effets des différentes instances de socialisation, etc.

Fatima de Philippe Faucon, au cinéma le 7 octobre
Le site pédagogique : http://www.zerodeconduite.net/fatima

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 30.09.15 à 17:47 - Réagir

new site