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: (18 articles)

Primaire : à l'école de la vie

Primaire

Quand elle parle de Primaire, sa réalisatrice explique que le point de départ du film a été l’émotion qu’elle a ressentie quand son fils a quitté son école, en fin de CM2. « Moi je pleurais parce que c’était la fin de l’enfance, lui était excité par la vie qui s’ouvrait devant lui ! J’ai réalisé à quel point l’école marque nos vies d’enfants et de parents ». Quitter l’enfance, c’est peut-être là le cœur du quatrième film d’Hélène Angel. L’un des personnages principaux du film, Sacha, se voit en effet retirer l’un des droits fondamentaux de l’enfance, le droit à l’insouciance. Abandonné par sa mère, qui se contente de lui donner un peu d’argent chaque semaine, le garçon doit apprendre à se débrouiller seul. C’en est fini pour lui des récréations joyeuses et du plaisir d’apprendre, désormais Sacha bascule dans un univers où l’isolement se conjugue à la violence. « Tu pues », lui murmurent-ils à plusieurs reprises, alors que Sacha, qui vit seul, n’a plus d’habits propres à mettre. Le film frappe par sa justesse à mettre en scène une situation de harcèlement, s’appuyant sur le jeu des jeunes acteurs, en particulier Ghillas Bendjoudi qui, dans le rôle de Sacha, parvient à plusieurs reprises à dégager une violence crédible et émouvante.

L’autre héroïne du film, c’est la « maîtresse » de Sacha, Florence (Sara Forestier), qui va découvrir la situation du petit garçon et se mettre en tête de le sauver, s’engageant corps et âme dans une relation de plus en plus ambiguë. Le cas de Sacha est le pivot d’un questionnement moral fort sur le rôle de l’enseignant, mis en position de sentinelle des dysfonctionnements familiaux et sociaux (on retrouve la problématique du Ça commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier). En cela, Primaire n’est pas dénué d’une portée politique (comme le dit Hélène Angel, l’école est un décor clos qui raconte le monde) : le film aborde également, en filigrane, des questions comme le salaire des professeurs, l'engagement syndical, ou encore la précarité des assistants de vie scolaire. La réussite du film est ainsi de parvenir à traiter ces différentes questions sans renoncer pour autant à la légèreté propre à l’enfance. Le choix de la réalisatrice de tourner avec deux caméras, l’une fixe, l’autre sur rails, lui permet de conserver la spontanéité des enfants et la confusion des salles de classe. L’esthétique du film s’inscrit elle aussi dans un univers enfantin, par son décor d’école format réduit bien sûr, mais également par le choix de couleurs vives présentes dans tous les plans.

On regrettera cependant que Primaire ne parvienne pas tout à fait à trouver sa voix, entre enfants et adultes, entre burlesque et drame social. Certes, la confusion des genres s’intègre assez bien à l’aspect foisonnant du film, qui colle à l’atmosphère des écoles primaires. Mais elle donne parfois lieu à des fausses notes, comme celle que constitue le monologue final de Sara Forestier, dans lequel Florence explique aux enfants son rapport à l’école et, plus largement (trop largement), sa compréhension de la vie. Pour Hélène Angel, l’idée était probablement de montrer l’évolution de son personnage, son accès « à une plus grande conscience de la vie ». Mais ce monologue est doublement maladroit : à la fois trop et mal écrit (abusant de grandes phrases plates comme « le monde est beau, mais il n’est pas juste »), il sort le personnage de Florence de la fiction pour en faire, de manière trop évidente, le porte-parole des intentions de la réalisatrice. Il résume la fragilité de Primaire, film sur les enfants mais pour les adultes, qui ne sait jamais vraiment sur quel pied danser.

Philippine le Bret

[Primaire de Hélène Angel. 2017. Durée : 105 mn. Distribution : Studio Canal. Au cinéma le 4 janvier 2017]

Posté dans Dans les salles par zama le 09.01.17 à 17:36 - Réagir

Mon maître d'école : mon instit, ce héros

Il s’appelle Burel, Jean-Michel Burel. Il n’est qu’un chiffre dans les statistiques, un des 800 000 et quelques enseignants français, cette profession qu’on a l’habitude de traiter dans les grandes masses. Mais pour ses élèves il a été pendant plus de trente ans « maître Burel », celui qui leur délivrait le savoir et les ouvrait au monde, celui qui leur a donné confiance en eux et en l’école.

En revenant, plus de trente ans après, filmer l’instituteur de son enfance, toujours en poste dans la même école à classe unique du même village rural (Saint-Just-et-Vacquières dans le Gard) Émilie Thérond livre véritable « feel-good movie » qui touche droit au cœur en ces temps troublés. Le film est porté par le charisme de Monsieur Burel : son autorité tranquille, sa bonhommie, sa faconde toute pagnolesque (avec l’accent méridional). La dramaturgie du documentaire s’appuie sur le compte-à-rebours de cette dernière année avant la retraite, qui confère aux dernières scènes du film une émotion vibrante.

Mon maître d’école fleure évidemment bon la nostalgie : celle d’une école rurale, bucolique et sereine, encore préservée de la crise sociale et de violence ; d’une époque où l’instituteur était un notable dont personne ne se serait avisé à contester l’autorité ; d’une liberté pédagogique pas encore entamée par les normes suprotectrices ou une administration trop présente. On s’étonne ainsi de la présence discrète et émouvante, au fond de la classe, de Lionel, adulte handicapé qui continue à assister aux cours de Monsieur Burel. Mais l’enseignant, qui lui aussi a évolué avec le temps (il s’en rend compte en regardant les photos ou le vieux carnet de notes que lui présente la réalisatrice), se défend de tout passéisme. Il tient aussi et surtout à ne pas apparaître comme un donneur de leçons, insistant sur la singularité profonde de chaque enseignant : ce qui marche avec lui et avec cette classe n’est pas forcément transposable ailleurs, et ne sera pas forcément valable l'année suivante… Émilie Thérond se tient à cette modestie comme à un viatique, livrant une chronique toute en simplicité, bercée par le rythme des saisons et la musique de Yodelice, et se concentrant sur un lumineux portrait d’enseignant, qui porte haut les valeurs (respect, tolérance, bienveillance) de l’École de la République.

Zérodeconduite est partenaire du film, et lui consacre un site pédagogique. Si le film touchera et intéressera d’abord les maîtres eux-mêmes (ils ne sont pas si fréquents les films qui mettent en scène l’acte d’enseigner), il peut également donner lieu à un travail en classe : nous proposons un dossier pédagogique destiné au Cycle 3, qui permettra de travailler en amont (étude de l’affiche) et en aval du film, notamment sur la comparaison entre une école urbaine et une école rurale, le portrait du maître et le passage au collège.

[Mon maître d’école de Emilie Thérond. 2015. Durée : 82 mn. Distribution : The Walt Disney Company France. Au cinéma le 13 janvier 2016]

Le site pédagogique

Posté dans Dans les salles par zama le 13.01.16 à 20:37 - Réagir

Adama : le site pédagogique

Adama, le site pédagogique

Entre l’Afrique et de l'Europe, le conte et l’Histoire, de l’enfance et de l’âge adulte : Adama, le premier long-métrage de Simon Rouby, se situe à la croisée des chemins. Le film, très remarqué lors dernier Festival d'Annecy, s’inspire de l’histoire vraie des tirailleurs sénégalais pour raconter la quête initiatique d’un jeune africain de douze ans, parti chercher son grand frère dans les tranchées de Verdun. Adama ne sait pas ce que sont la France ou l’Allemagne, ni qu’un sanglant conflit les oppose ; il n’a jamais quitté son village, ni même vu un homme blanc (un "nassara" comme on les appelle dans son village) en vrai. Au cours de cette extraordinaire aventure, il découvre les horreurs de la guerre, mais fait aussi l’expérience de la fraternité.

Adama nous invite à poser un regard neuf sur notre histoire, tout en proposant aussi un conte universel sur le passage à l’âge adulte. Zérodeconduite et Canopé proposent un site pédagogique autour du film, qui permettra de travailler du Cycle 3 au Lycée.

Adama de Simon Rouby, au cinéma le 21 octobre
Le site pédagogique du film (dossier Primaire, Collège / Histoire et Français) : http:www.zerodeconduite.net/adama

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 04.10.15 à 18:26 - Réagir

Lamb : le site pédagogique

Lamb, le site pédagogique

 

Premier film éthiopien à être présenté au Festival de Cannes (en Sélection officielle, dans la section “Un Certain Regard”), Lamb est l’œuvre d’un jeune cinéaste, Yared Zeleke, né à Addis Abeba, formé aux États-Unis et passé par la Cinéfondation du Festival de Cannes.
S’appuyant sur ses propres souvenirs (il a vécu l’exil comme un déchirement), Yared Zeleke livre un conte initiatique au récit limpide et aux images superbes (signées par Josée Deshaie, chef opératrice des films de Bertrand Bonello), porté par le naturel de ses interprètes non-professionnels. Le film raconte l’histoire d’Ephraïm, jeune garçon qui, à la mort de sa mère, se voit confié par son père à la famille de son oncle. En proie au deuil et au déracinement, Ephraïm va devoir prouver son ingéniosité et sa force de caractère, pour se faire accepter par cette nouvelle famille, et pour sauver sa brebis Chuni, promise au sacrifice par son oncle.

Ce film court et plein de charme a l’intérêt de nous faire découvrir les paysages, la réalité géographique et économique, les mœurs et les traditions d’un pays de la corne de l’Afrique relativement mal connu et très différent du nôtre (car très rural), tout en nous faisant réfléchir à des questions universelles (le deuil, les liens de famille, l’égalité filles-garçons)... Lamb pourra être proposé en Primaire au Cycle 3 (CM1-CM2), pour travailler à la fois la culture humaniste (géographie, éducation civique) et la maîtrise de la langue (à l’écrit comme à l’oral). Au collège, il pourra être exploité avec profit en classe de Géographie en 6ème-5ème, conférant plus de sens et de réalité concrète à des thèmes et définitions souvent abstraits pour des jeunes de pays développés (la vie dans une zone rurale pauvre, l’exemple d’un “Pays moins avancé” (PMA), les problématiques du développement durable). Zérodeconduite propose deux dossiers pédagogiques (Primaire, Collège) autour du film pour donner des pistes d’exploitation pédagogique aux enseignants. 

Lamb de Yared Zeleke, au cinéma le 30 septembre
Le site pédagogique (dossier Primaire, Collège-Géographie)

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 22.09.15 à 10:45 - Réagir

Sur le chemin de l'?cole : parcours de combattants

Sur le chemin de l'?cole

"On oublie trop souvent que l'?ducation est une chance."? A prendre le message au pied de la lettre, et ?tant donn? l'?ge du public vis?, on pourrait voir le documentaire de Pascal Plisson comme une pure entreprise de culpabilisation : ces portraits d'enfants du tiers-monde luttant pour acc?der ? l'?ducation, et parcourant des kilom?tres pour acc?der ? leurs ?tablissements, ne sont-ils destin?s qu'? l'?dification de nos petits ?coliers pourris-g?t?s, sur le mode bien connu du "tu as int?r?t ? finir ton assiette, il y a des petits africains qui meurent de faim." ?
Sur le chemin de l'?cole a heureusement l'intelligence de tourner le dos au mis?rabilisme, en jouant ? fond la carte de l'aventure : ses jeunes protagonistes sont film?s comme des petits h?ros ? la volont? aussi inflexible que leur objectif est noble, ils ?voluent dans des d?cors aussi grandioses (les montagnes de l'Atlas, les plateaux du Kenya) qu'hostiles voire dangereux… Le jeune spectateur peut ainsi se projeter dans ces h?ros ? la fois proches et lointains, et go?ter le parfum d'aventure (aller ? l'?cole ? cheval !) avant de r?fl?chir ? la le?on de morale…

Avec son rythme un peu languissant et ses maladresses formelles (les p?rip?ties — le fauteuil roulant qui cr?ve, l'attaque d'un troupeau d'?l?phants — semblent un peu fabriqu?es), le film laissera peut-?tre les spectateurs adultes sur leur faim. On aurait aim? un peu plus d'informations factuelles sur ces enfants, leur situation, leurs difficult?s, et un peu moins de belles images. Mais pour peu que l'enseignant fasse l'effort de tirer tous les fils (g?ographie, ?ducation civique…) propos?s par le film et de remplir les blancs qu'il laisse (quelques informations ici), Sur le chemin de l'?cole peut ?tre l'occasion d'une belle s?ance scolaire et d'un tr?s enrichissant travail en classe, en Primaire (? partir du Cycle 3) et au Coll?ge (en 6?me sur "L'Enfant") en ?ducation Civique et G?ographie…?

[Sur le chemin de l'?cole de Pascal Plisson. 2013. Dur?e : 1 h 17. Distribution : Walt Disney Pictures France. Sortie le 25 septembre 2013]

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier p?dagogique, sur la boutique DVD Z?rodeconduite

Posté dans Dans les salles par zama le 25.09.13 à 18:21 - 1 commentaire

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