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Comme un lion : entretien avec B. Cremonesi et J. Gout

Comme un lion de Samuel Collardey raconte l'itinéraire d'un adolescent africain à qui des agents véreux font miroiter une carrière dans le football professionnel, avant de l'abandonner une fois débarqué en France.
Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique pour étudier le film en Primaire (Cycle 3) et au Collège (notamment dans le cadre du programme de Géographie de 5ème et 4ème). Le film présente l'intérêt de pouvoir être travaillé en interdisciplinarité avec le professeur de sport. C'est pourquoi nous avons recueilli les commentaires sur le film de deux enseignants d'EPS, dont l'un est responsable d'une section football dans son collège.
Un film sur le sport
Bruno CREMONESI : Comme un lion est un film intéressant parce qu'il traite du sport en tant que tel, et qu'il le fait de manière intelligente. Souvent au cinéma le sport n'est qu'une toile de fond, un prétexte à l'histoire. Là le football est vraiment traité en tant que tel, de l'intérieur, et comme un vrai enjeu dramatique. Le film montre également le sport comme un fait social total, qui travaille la société en profondeur, qui influe énormément sur la vie de quartier. Dans le moindre petit bled rural, dans la banlieue la plus déshéritée il y a toujours au moins un club de foot : c'est une forme très importante de lien social. On voit très bien dans le film les passions de toutes sortes que le sport soulève, et comment la vie de cette petite ville tourne autour de l'équipe de foot.
Julien GOUT : Je trouve intéressant de montrer que la passion de ce jeune pour le football en tant que "jeu" prend le pas sur sa désillusion et le pousse à intégrer une équipe, aussi modeste soit-elle. La relation entre le joueur et l’entraineur est aussi, selon mon expérience dans le milieu amateur, plutôt révélatrice du type de relation qui peut s’instaurer entre un joueur doué et passionné et un entraîneur investi.
De l'Afrique à la France : commerce ou trafic ?
Bruno CREMONESI : La première partie est très intéressante : cette tranche de vie d'un jeune sénégalais qui va se retrouver en Europe attiré par l'eldorado du foot professionnel. Derrière son parcours, il y a toutes les questions de l'immigration, de l'inégalité Nord-Sud, d'une forme de néo-colonialisme. On voit très bien comment les perspectives de fortune financière et de gloire symbolique constituent un irrésistible aimant pour les jeunes Africains, alors que la réalité du foot professionnel en France ce sont plutôt les petits salaires, l'absence de formation et de perspectives d'avenir.
Julien GOUT : Cette première partie est quand même un peu timide quant au rôle des clubs professionnels et au manque d’intervention des instances par rapport à ce "commerce" de jeunes footballeurs. L’agent camerounais et l’agent français sont présentés comme les premiers coupables. Il est vrai que ces agents (ou pseudo-agents) sont les principaux acteurs de ce système, mais alors les clubs professionnels en sont les véritables "metteurs en scène". Si ces agents fonctionnent sur un modèle qui consiste à faire venir un maximum de joueurs à l’essai (afin de s’assurer que certains au moins seront recrutés), c’est aussi et surtout parce que les clubs de football professionnels engagent des "scouts" souvent rémunérés à la commission. De la même manière, les instances fédérales, qui représentent l’Etat dans l’activité football, ne font rien pour enrayer ces dérives. Pour travailler actuellement dans le football en ile de France et y avoir créé une section sportive scolaire football, je vis quotidiennement cette problématique en étant confronté aux "yeux" des centres de formation lors des différents temps de pratique auxquels les joueurs participent. Le même problème se pose avec de nombreux jeunes qui partent "à l’essai" dans des clubs et qui reviennent bredouille dans leur quartier, où ils sont ensuite montrés du doigt. Une autre problématique est produite par ce système, celle des joueurs recrutés par des centres de formation alors qu’ils sont encore jeunes (14-15 ans) et qui voient les portes se refermer juste avant de passer professionnel à 19-20 ans, sans aucune qualification, et ravagés par un espoir anéanti au dernier moment.
Bruno CREMONESI : Sur ce sujet je signale un très beau roman pour la jeunesse, Je préfère qu'ils me croient mort d'Ahmed Kalouaz, paru en 2011. Il raconte sensiblement la même histoire, d'un jeune africain "importé" en France et ensuite abandonné par son pseudo-agent.
Le football amateur
Julien GOUT : La thématique du clivage entre football amateur et football professionnel est selon moi très importante. On perçoit bien à travers l’histoire de ce jeune que la performance au niveau amateur ne garantit pas de pouvoir montrer ses qualités au niveau supérieur. Les centres de formation fonctionnent en vase clos et préfèrent s’en remettre à l’avis d’agents "scouts", souvent plus intéressés par leur propres intêrets que ceux des joueurs et des clubs, plutôt qu’au travail régulier des clubs amateurs. Or la performance dans des compétitions amateurs devrait constituer une garantie sur laquelle s’appuyer pour les clubs professionnels.
La trajectoire de Mytri et les critères de recrutement
Bruno CREMONESI : La dimension qui m'a le plus gêné dans le film c'est la trajectoire un peu irréaliste du héros : on a l'impression qu'il suffit qu'il aligne trois dribbles pour qu'on lui déroule le tapis rouge. Bien sûr c'est un conte, ça fait partie de la fiction : mais si je montre le film à mes élèves, c'est justement une critique qu'il faudra les amener à formuler.
Julien GOUT : C'est une caricature, mais justement elle est intéressante, parce que révélatrice. Je trouve que ce film met bien l’accent sur l’intérêt des clubs professionnels pour ce qu’ils appellent la "perle rare", le diamant brut doté de qualités techniques individuelles spectaculaires qui permettront au club de le vendre et de réaliser une plus value commerciale.
Bruno CREMONESI : En tant qu'enseignants de sport nous combattons cette idée du "talent". On ne devient pas footballeur professionnel uniquement par son talent : c'est un cocktail de performance, de stabilité psychologique, d'encadrement familial… Contrairement aux idées reçues, tous les pratiquants compétitifs ne viennent pas de milieux défavorisés. C'est pour cela que le personnage de l'entraîneur est un contrepoint intéressant : il avait autant de talent que le jeune héros à son âge, ça ne l'a pas empêché de rater sa carrière. C'est révélateur de la trajectoire d'une majorité de bons joueurs qui n'arrivent pas à percer. L'autre chose à ajouter c'est qu'en football la dimension tactique, l'analyse du jeu sont de plus en plus importantes. Zinedine Zidane n'était pas le meilleur dribbleur de sa génération : c'est sa vision du jeu, son intelligence tactique, sa capacité à anticiper qui en ont fait un joueur d'exception.
Julien GOUT : Il faut d'ailleurs signaler que ces modalités de recrutement, longtemps sclérosées, sont depuis deux ans (et la réforme de la Direction technique Nationale, qui fait suite aux dix ans de traversée du désert du football français) en train d’évoluer vers une part plus importante réservée à l’intelligence collective des joueurs et à l’état d’esprit, au-delà des seules qualités individuelles, physiques ou techniques.
Bruno Cremonesi est professeur d'EPS en Seine-Saint-Denis, responsable national du SNEP-FSU, chargé du secteur Éducatif
Julien Gout est professeur d'EPS en Seine-Saint-Denis, Responsable de Section Sportive Football et éducateur Sportif Option Football
Comme un lion, au cinéma le 9 janvier
> Le site pédagogique du film
Posté dans Débats par Zéro de conduite le 08.01.13 à 15:47 - Réagir
Comme un lion, le site pédagogique

On se souvient encore de L'Apprenti (2008) de Samuel Collardey, portrait sensible et d'une grande justesse d'un jeune apprenti dans un ferme du Haut-Doubs (Prix Louis Delluc du Premier film, aujourd'hui au catalogue de Lycéens au cinéma) (voir le site pédagogique Zérodeconduite.net).
Avec Comme un lion, Samuel Collardey reste fidèle à sa méthode (le mélange entre fiction et documentaire) et creuse ses thématiques (l'adolescence, l'apprentissage, la transmission, la filiation). Mais la chronique rurale a laissé place à une véritable odyssée : Mitri, quinze ans, jeune sénégalais remarqué pour ses qualités footballistiques, va vivre le déracinement, l'abandon, la misère, avant de faire la rencontre qui changera sa vie.
Inspiré de l'histoire vraie d'un jeune du centre de formation de Sochaux, Comme un lion ne se contente pas de dénoncer le trafic des jeunes footballeurs africains : c'est à la fois un magnifique film sur le sport dans toutes ses dimensions de fait économique et social, et une chronique sociale toute en nuances.
Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique qui comprend des activités en Primaire (Cycle 3) et en Géographie (5ème-4ème). Mais le film est évidemment à travailler en interdisciplinarité avec l'enseignant d'EPS, notamment pour des classes qui s'intéressent de loin ou de près (sections sportives notamment) au football.
Comme un lion de Samuel Collardey, au cinéma le 9 janvier
Le site pédagogique du film
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 28.12.12 à 10:26 - Réagir
Ernest et Célestine en salles

Le nouveau petit bijou du studio Les Armateurs (les producteurs de Michel Ocelot et de son récent Kirikou) sort en salles.
Nous l'avions vu et apprécié lors du dernier Festival de Cannes : "Dès l’entame, on est saisi par l’originalité du ton et le soin apporté à la forme. Le scénario a développé l’histoire de la rencontre entre l’ours Ernest et la souris Célestine, gagnant une liberté bienvenue en se plaçant chronologiquement avant les albums de Gabrielle Vincent. Le film se structure sur une série d’oppositions entre grand et petit, dessus (la ville des ours, en tous points nos semblables) et dessous (le monde souterrain des souris, qui rappelle les Gaspards de Pierre Tchernia), mais aussi entre la norme et la marge : la rencontre entre l’ours marginal et la petite souris anticonformiste va bouleverser l’ordre trop bien réglé des choses. La facture frappe par la fluidité de l’animation, à la fois douce et nerveuse, et par le travail sur la matière sonore (les voix des comédiens mais aussi les bruitages)." (lire l'article en entier).
En plus d'une excellente sortie de fin d'année, Ernest et Célestine est un support pédagogique hautement recommandable, à proposer au Cycle 1 comme au Cycle 2 de l'école élémentaire, en variant les approches. Parmi les pistes pédagogiques possibles :
— En Education civique et morale : mener des débats autour des sentiments explorés dans le film (jalousie, amour, abandon, estime de soi, accepter l’autre dans sa différence…) et des questions fondamentales soulevées dans le film (cf l’histoire)
— En Sciences : travail sur les dents (incisives) à mettre en relation avec la petite souris des contes
— Arts visuels : comment travailler de façon minimaliste pour exprimer une idée (exemple : comment exprimer « l’hiver » en un trait de crayon), qu'est-ce que la technique de l’aquarelle…
— En Musique : travail sur des chansons de Thomas Fersen
— Et bien sûr en Lecture la possibilité d'un travail en réseau autour des albums de Gabrielle Vincent…
[Ernest et Célestine de Benjamin Renner, Vincent Patar et Pascal Aubier. Durée : 1 h 19. Distribution : Studio Canal. Sortie le 12 décembre 2012]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 12.12.12 à 22:46 - 2 commentaires
De Charlot à Chaplin : 10 chefs d'œuvre à redécouvrir

Le pantalon trop large, la canne et le chapeau melon : la silhouette de Charlot (ou the tramp, le vagabond, comme disent les anglophones) se confond avec l’idée même du cinéma. Mais derrière les aventures de ce petit personnage si génialement croqué, il y a un cinéaste complet, qui maîtrisait avec un soin maniaque à la fois l’écriture, la prise de vue, la mise en scène, la scénographie et la postproduction (musique comprise) de ses films ; un cinéaste qui sut dépasser le seul burlesque, après l'avoir maîtrisé à la perfection, pour proposer des oeuvres d’une richesse et d’une complexité croissantes.
Par leur diversité et leurs richesse, les films de Chaplin offrent une matière incomparable à l’enseignant, et peuvent être étudiés dès les premières années d’école (The Kid, Le Cirque…) jusqu’à l’université (cas sans doute unique dans l'histoire du cinéma).
A partir du 24 octobre, Mk2 propose dans les salles de cinéma la rétrospective "De Charlot à Chaplin" : 10 films de Charles Chaplin (The Kid, L'opinion publique, La Ruée vers l'or, Le Cirque, Les Lumières de la ville, Les Temps modernes, Le Dictateur, Monsieur Verdoux, Les Feux de la rampe, Un roi à New York), soit la quasi intégralité de ses longs-métrages, en version numérique restaurée.
A cette occasion nous avons dressé l’inventaire des pistes pédagogiques possibles autour des films de la rétrospective, et des (nombreux) dossiers et fiches d'accompagnements disponibles en ligne, via un mini-site "Chaplin"…
De Charlot à Chaplin, Rétrospective de 10 films de Charles Chaplin :
The Kid, L'opinion publique, La Ruée vers l'or, Le Cirque, Les Lumières de la ville, Les Temps modernes, Le Dictateur, Monsieur Verdoux, Les Feux de la rampe, Un roi à New York
A partir du 24 octobre 2012 dans les salles de cinéma
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 19.10.12 à 10:29 - Réagir
Kirikou et les hommes et les femmes

Quatorze ans après Kirikou et la sorcière (1998) et sept après Kirikou et les bêtes sauvages (2005), Michel Ocelot fait à revivre son petit héros pour un troisième opus, Kirikou et les hommes et les femmes, qui part à l’assaut d’une nouvelle génération de jeunes spectateurs. L’animation respecte les codes esthétiques et la charte graphique des précédents films, mais ce nouveau long métrage a recours à la 3D pour donner de la profondeur aux scènes en étageant les plans.
Pour le reste, il n’y a pas de surprise : Kirikou apparaît tel qu’en lui-même l’éternité le change, et le film travaille les variations (cinq petites histoires : le toit de la femme forte, le vieux grincheux , le monstre bleu, la griotte, la flûte et la mère) à partir du même matériau de base. Le spectateur adulte trouvera sans doute que le filon s’épuise, et que le principe du film à sketches est un peu fastidieux : les plus jeunes retrouveront eux avec bonheur leur héros favori dans de nouvelles aventures et sur grand écran.
Pour l’enseignant, le film de Michel Ocelot offre de riches possibilités pédagogiques, à tous les cycles de l’école élémentaire (cycles 1, 2 et 3). Le premier travail qui s’impose en classe avec ce film est un travail de vocabulaire, qui peut même être mené avant de voir le film, afin de s’assurer de la bonne compréhension, surtout pour les plus jeunes. (Exemple : le griot ou la griotte est la personne qui raconte des histoires.) Après le film, un travail en géographie peut être proposé sur l’Afrique : habitudes culinaires (founiou aux légumes…), habitat (case…), habits (boubou de feuilles, pagne de Karaba…), végétation (ficus-ficelle….), climat (vent : l’harmattan…), jeux (awalé…), ainsi (à travers la 3ème histoire, celle du monstre bleu) que sur un peuple nomade africain : les touaregs.
D’autre part, tout le monde se souvient de la fameuse chanson qui a rendu Kirikou célèbre : « Kirikou n’est pas grand mais il est vaillant ». Dans ce nouvel épisode, on retrouve tout au long du film le même genre de petits dictons : « Le chacal n’est plus et la panthère est repue » ou encore « Kirikou n’est pas gros mais c’est un griot ». On pourra donc proposer aux élèves un travail d’écriture ou de création pour imaginer d’autres petits dictons. Pour les plus jeunes, le dernier, celui de la flûte, sera l’occasion de faire de la musique avec des objets du quotidien (peigne, colliers, bol, grattoir…). Enfin, pour les plus grands, ce film permettra de travailler en éducation civique et morale sur les valeurs véhiculées par le film, de manière peut-être plus lisible que les précédents : ouverture à la différence, tolérance, entraide…
[Kirikou et les hommes et les femmes de Michel Ocelot. 2012. Durée : 1 h 28. Distribution : Studio Canal. Sortie le 3 octobre 2012]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 05.10.12 à 13:37 - Réagir

