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Parvana : la vie sous les talibans racontée aux enfants

Parvana

Les histoires, gardiennes de la mémoire

« Tout change toujours, Parvana. Les histoires sont là pour nous le rappeler. » Pour le père de Parvana, héroïne éponyme du film de Nora Twomey, les histoires sont un acte de résistance. Dans un Kaboul régi par les Talibans, il raconte à sa fille, interdite d’école, l’histoire – riche et tragique – de leur pays. Il éduque ainsi la petite fille, lui transmettant, de manière souterraine, la mémoire afghane. Conscient de cette importance des histoires dans la vie de tous les enfants, Parvana choisit d’en raconter deux en même temps. D’un côté la vie quotidienne de Parvana, petite fille obligée de se déguiser en garçon pour nourrir sa famille après l’arrestation de son père ; de l’autre le conte, que l'héroïne elle-même raconte, histoire merveilleuse et terrifiante du jeune Soliman, parti combattre un terrible roi-éléphant pour assurer la survie de son village.

Être une fille sous le régime taliban

Adapté d’un roman jeunesse, Parvana fait ainsi revivre le Kaboul de la fin des années 1990, avant l’invasion américaine. La ville est alors soumise à la loi des talibans, qui interdisent aux femmes – même pré-pubères – de se montrer seules dans l’espace public, et s’attachent à détruire toute trace de la culture et de l’histoire préislamiques du pays. Brimades, emprisonnement et passages à tabac… le scénario retranscrit avec précision les violences infligées aux femmes et aux opposants du régime. Une atmosphère lourde qui contraste avec la beauté du graphisme : la couleur explose dès qu’une brèche se dessine entre le gris des murs et le jaune de la poussière – les grands yeux verts de Parvana, le rouge vif de son voile, les teintes bariolées des étals du marché.
Il est dommage que ce graphisme, si précis quand il s’agit de retranscrire l’époque, soit plus grossier pour les personnages. Dotés d’une palette d’émotion trop limitée, ils présentent souvent au spectateur un visage un peu lisse. Leur profondeur psychologique s’en trouve à ce point restreinte que chaque personnage peut être réduit à un seul trait de caractère : la petite fille courageuse, la mère résignée, le méchant taliban, le gentil taliban… Ce recours à des archétypes, s’il ne dérangera probablement pas les enfants, frustrera les adultes.

Le courage des enfants

Il est dommage aussi que l’enchâssement des deux récits se fasse de manière trop mécanique. La réalisatrice et sa scénariste introduisent chaque fois l’irruption du conte par un prétexte narratif : systématiquement, lorsque Parvana rentre chez elle après avoir écumé les rues de Kaboul à la recherche de son père, sa mère ou sa sœur lui demandent de raconter l’histoire de Soliman pour calmer le dernier-né de la famille. Cette manière très didactique d’amener le conte rend les parallèles entre la vie de Parvana et les aventures de Soliman un peu grossiers.Ce didactisme se résorbe heureusement dans la dernière partie du film, alors que les dangers auxquels sont confrontés Parvana et Soliman se font de plus en plus pressants (pour elle l’approche de la guerre, la découverte de son travestissement par un taliban, les menaces sur son père ; pour lui, la confrontation avec le terrible roi-éléphant). À la faveur de l’accélération du récit, les deux histoires se croisent de manière plus fluide, et se font écho de façon plus subtile. Le conte devient alors le support du récit réaliste, au lieu d’en être une respiration accessoire. Naît ainsi l’idée que ces histoires que l’on se raconte (ou qu’on nous raconte) sont un puits auquel on peut s’abreuver de courage et de connaissances, pour affronter ensuite ses démons de la vie réelle. Une morale à laquelle les (grands) enfants seront sans nul doute sensibles.

D'un point de vue pédagogique, le film est accessible au Cycle 3. Au collège, il pourra nourrir le programme de Sixième en EMC ("Les inégalités face à l'éducation") et Français ("Contes et récits merveilleux"), ou de manière plus périphérique le programme de Géographie de 5ème ("Les inégalités devant l'alphabétisation", "La question de l'accès l'eau").

Philippine le Bret

[Parvana de Nora Twomey. 2018. Durée : 98 mn. Distribution : Le Pacte. Sortie le 27 juin 2018]

Un dossier pédagogique sur le film

 

Posté dans Dans les salles par zama le 28.06.18 à 15:35 - Réagir

L'île aux chiens : the more I see men, the more I like dogs

Kings

Neuvième film du célèbre Wes Anderson, L’Île aux chiens témoigne, une fois de plus, de la formidable capacité de renouvellement du réalisateur américain. Après avoir exploré l’âge d’or d’une Mittel-Europa d’opérette dans Grand Budapest Hotel, il nous transporte dans un Japon rétro-futuriste pour nous conter une rocambolesque aventure canine, renouant pour ce faire avec la technique d’animation image par image (déjà utilisée pour Fantastic Mr Fox). Un hommage vibrant au pays du Soleil Levant et au meilleur ami de l’homme, qui sous ses dehors de films d’aventure et son humour délicieux, délivre un message plus profond et corrosif qu’il n’y paraît…

Un film d’aventures pour (grands) enfants

Loin des récits-gigognes (La Famille Tennenbaum, Grand Budapest Hotel) ou des narrations buissonnières (La Vie aquatique, À bord du Darjeeling, Moonrise Kingdom) qui caractérisent son cinéma, le nouveau film de Wes Anderson frappe par la simplicité apparente de son argument, digne des classiques de la littérature enfantine (de Belle et Sébastien à Lassie, chien fidèle) : un jeune garçon (Atari) cherche son chien (Spots), et va tout mettre en œuvre pour le retrouver. 
Le film se tiendra à cette ligne, parfaitement lisible par les plus jeunes, orchestrant un véritable récit d’aventures avec ses péripéties et ses rebondissements, son opposition manichéenne entre bons (Atari, les chiens, Tracy, le professeur Watanabe) et méchants (le maire Kobayashi et sa clique). Bien sûr, autour de cette ligne narrative très simple, Wes Anderson construit un univers d’une originalité et d’une richesse dont il a seul le secret : un Japon rétro-futuriste (le récit est situé « vingt ans dans dans le futur »), une métropole (Megasaki) qui croule sous le poids de ses déchets, une épizootie de fièvre canine qui menace de sauter la barrière des espèces, un sombre complot ourdi par le maire et les amis des chats, sur le fond de prophétie millénaire et d’antique inimitié entre canidés et félins. Il brosse également un système de personnages aux personnalités hautes en couleurs (la meute de « mâles alpha » menée par Chef/Chief) et aux ramifications subtiles (Atari, orphelin, n’est autre que le pupille du Maire)…

Un retour à l’animation image par image

L'Île aux chiens est le deuxième film d’animation de Wes Anderson. Près de dix ans après Fantastic Mr Fox, il donne l’occasion au cinéaste de poursuivre et d’approfondir son travail sur l’animation en volume image par image (ou stop-motion en anglais). On sait la prédilection du cinéaste pour cette technique qui le renvoie à ses émerveillements de jeune spectateur (pour Fantastic Mr Fox, il citait les séquences animées du King Kong de Schoedesack et Cooper ou les effets spéciaux La Belle et la bête de Jean Cocteau…) et dont les ressorts s’accordent parfaitement à son esthétique : d’un côté, l’attention maniaque, presque fétichiste aux détails (cadres très travaillés, décors, costumes, habillage visuel…), de l’autre, une dimension encore artisanale, à rebours de la fluidité aseptisée que les technologies numériques ont apporté au « dessin animé ».

Par la richesse et la complexité de ses multiples décors, par la diversité de ses personnages (chiens, humains, robots…), L’Île aux chiens constitue un véritable tour de force. On n’ose imaginer les défis posés à l’équipe d’animateurs par les morceaux de bravoure que constituent les scènes de meeting au « town hall » (avec ses centaines de « figurants »), ou, dans un autre registre, la préparation minutieuse d’un repas de sushi… Mais au-delà des détails techniques, l’exploit le plus remarquable est sans doute la capacité du cinéaste à maintenir l’originalité et la cohérence d’une vision personnelle tout au long d’un processus aussi laborieux et complexe, impliquant des centaines de collaborateurs de diverses nationalités.

Des renards aux chiens

D'un point de thématique, L’Île aux chiens s’inscrit également dans la continuité de Fantastic Mr Fox. S’il délaisse l’adaptation au profit d’un scénario original, si un Japon futuriste a remplacé la paisible campagne anglaise, Wes Anderson reste dans le registre des bêtes à poil, plus précisément des canidés, le sauvage renard (vulpes vulpes) laissant place au chien domestiqué (canis lupus familiaris). Le film reprend d’ailleurs, à front renversé, cette réflexion sur l’animalité : là où Fox avait la nostalgie de sa nature sauvage de voleur de poules, les chiens errants de L’Île aux chiens regrettent le confort de la domesticité à laquelle ils ont été arrachés… Le film orchestre ce constant balancement entre animalité (les chiens marchent à quatre pattes, vont chercher un bâton, s’assoient et font des tours quand on le leur demande ) et humanité (doués de parole, ce sont d’indécrottables bavards dotés d’un goût certain pour l’introspection). L’une des scènes les plus drôles du film – pastiche de western spaghetti – montre deux meutes qui se déchirent (littéralement) pour un sac d’ordures après s’être fort civilement accordées pour en analyser soigneusement le contenu.
Ce travail est amplifié et prolongé par l’attention particulière accordée aux dialogues et aux voix. Loin des castings vocaux habituels de films d’animation, qui mêlent acteurs comiques et vedettes télévisuelles, Wes Anderson accorde la même importance à sa distribution que pour ses films « en chair et en os ». On retrouve ainsi de grands comédiens à la signature vocale reconnaissable entre toutes, qu’ils soient de vieux complices du cinéaste (Bill Murray) ou de nouveaux venus dans son univers (Bryan Cranston, Scarlett Johanson, Frances Mc Dormand). Et le cinéaste apporte le même soin aux versions traduites de ses films. Dans la version française on retrouvera ainsi Mathieu Amalric et Isabelle Huppert (déjà de l’aventure de Fantastic Mr Fox) mais aussi Romain Duris, Vincent Lindon ou… Jean-Pierre Léaud.

Une invitation au voyage au pays du Soleil Levant

Le film se place sous les auspices des polars urbains (moins connus que ses films de samouraïs) du maître nippon Akira Kurosawa et de son comédien fétiche Toshiro Mifune (qui donne ses traits au Maire Kobayashi) : L’Ange ivre, Chiens enragés, Entre le ciel et l’enfer, Les salauds dorment en paix… Mais au-delà du cinéma de Kurosawa, le film est une véritable invitation au voyage (comme l’était À bord du Darjeeling Limited pour l’Inde), un florilège à peu près complet de la culture nippone : des samouraïs au théâtre nô, en passant par les combats de sumos, les estampes d’Hokusai, les haïkus, les jardins zen, la préparation des sushis, la robotique, les films de monstre (Seijun Suzuki) ou la "caméra à hauteur de tatami" (Yasujiro Ozu), on retrouve tout ce qui constitue aux yeux d’un Occidental les traits marquants de ce que Roland Barthes appelait « l’Empire des signes ».
On pourrait parler d’exotisme et de clichés si Wes Anderson ne réinvestissait pas ceux-ci avec autant d’humour et de minutie : on pense au détournement de Sous la grande vague au large de la côte à Kanagawa (l’estampe la plus connue d’Hokusai) agrémentée de chiens miniature dans le pur style de l’ukiyo-e, ou aux pastiches de haïkus, cet art poétique si typiquement japonais. On remarquera également le travail, plus discret mais tout aussi décisif, sur la bande sonore du film :  le choix malicieux de ne pas sous-titrer les nombreux dialogues japonais, poussant le spectateur à véritablement écouter les sonorités de la langue, ou la partition hybride composée par Alexandre Desplat (le compositeur attitré de Wes Anderson), faisant la part belle aux instruments japonais (notamment les taikos, tambours traditionnels).
On ne saurait toutefois réduire L’Île aux chiens à une japonaiserie : comme toujours chez le cinéaste d’Austin, Texas, les références, notamment cinématographiques, s’y bousculent, constituant un véritable bouillon de pop-culture (le western de Sergio Leone, les dessins animés Disney — La Belle et le Clochard — ou Pixar — Wall-E —, le cinéma de Miyazaki, les films de James Bond…) dont le décryptage constitue une aventure à part entière.

Le meilleur ami de l’homme

Si dans notre culture occidentale le renard est le symbole de la ruse et de la malice (qualités qu’illustrait brillamment le Fox de Roald Dahl), le chien personnifie lui, l’attachement et la fidélité, depuis l’Argos d’Ulysse (le seul à reconnaître son maître après vingt ans d’absence) jusqu’aux « fidèles compagnons » de nos héros de bande-dessinée (Milou)… Cette thématique du « meilleur ami de l’homme » (qui a renoncé à sa nature sauvage pour mettre ses qualités au service de son maître humain) est au centre de L’Île aux chiens : en positif bien sûr à travers les liens qui unissent héros à deux et quatre pattes (à commencer par le jeune Atari et son chien Spots) ; mais aussi en négatif, à travers les mauvais traitements que font subir les humains aux canidés, des cruelles expériences médicales menées sur les cobayes à la radicale « décanisation » décidée par le Maire Kobayashi. Qu’importe que se cache derrière tout cela une loufoque secte de félinolâtres (qui ourdissent leurs sombres projets en caressant leurs chats à la manière de méchants de James Bond) : les qualités canines forment le cruel miroir des turpitudes humaines, et la manière dont l’homme traite les animaux est une bonne mesure de son (in)humanité. Ou, pour le dire à la manière de Shakespeare (citation sans doute apocryphe)  « The more I see men, the more I like dogs »…

Une dystopie écologique et politique

Au-delà de l’humour et du second degré, L’Île aux chiens aborde ainsi des thématiques plus profondes qu’il n’y paraît. Déjà The Grand Budapest Hotel laissait affleurer, sous le kitsch délicieux du « monde d’hier », le tragique de l’Histoire (montée du nazisme et stalinisme). En se situant dans un futur proche aux traits exacerbés (à la manière des dystopies littéraires ou cinématographiques), L’Île aux chiens nous renvoie lui aux profondes angoisses écologiques et politiques liées à l’avenir de notre civilisation. À travers cette Île-Poubelle, décharge à ciel ouvert où sont déversés tous les déchets de la métropole avoisinante, c’est l’impossible gestion des déchets de nos sociétés de consommation qui est questionnée. Dans leur somptueuse méticulosité, les décors dantesques de Wes Anderson composent des visions à la fois magnifiques (à l’image de cet abri constitué de bouteilles de saké, que la lanterne d’Atari transfigure en grotte chatoyante) et effrayants. Suivant les héros humains et canins dans leur aventure, le spectateur découvre en même temps qu’eux les vestiges d’une société malmenée par une nature qu’elle avait brutalisée : un parc d’attraction abandonné, des alignements de camions rouillés, une centrale nucléaire tombant en ruines… L’Île-Poubelle, autrefois habitée, n’a pas résisté aux ravages d’un tsunami, d’un tremblement de terre et d’une éruption volcanique. Toute ressemblance avec des faits réels (la catastrophe de Fukushima en 2011 pour ne citer qu’elle) n’est évidemment pas fortuite.
Mais l’inquiétude distillée en filigrane par L’Île aux chiens est aussi politique qu’environnementale. À travers la figure du Maire Kobayashi, qui impose à une population inquiète la déportation puis l’extermination des chiens de la ville, Wes Anderson pointe les dérives populistes et autoritaires qui menacent nos démocraties : manipulation des foules, instrumentalisation des peurs, abus des fake news, désignation de boucs émissaires, haine des experts et de la science, répression de l’opposition et muselage de la presse... Le tableau est à peu près complet. La mise en scène des discours martiaux du maire, dans une immense salle drapée de rouge et noir, renvoie très directement à l’esthétique des régimes autoritaires des années trente, qu’ils soient japonais, allemand ou italien.

Un pour tous, tous pour un

À la violence brute du maire et aux vociférations des foules, le film oppose d’attachants héros à deux et quatre pattes. Prenant comme protagonistes un orphelin (Atari), une étudiante étrangère (Tracy) et une meute de chiens errants, L’Île aux chiens est comme tous les films de Wes Anderson une ode aux marginaux, aux inadaptés et aux outsiders (« underdogs » disent les anglo-saxons, terme qu’on pourra entendre ici littéralement). C’est aussi un hommage à la coopération et à la solidarité, car le héros andersonien (même l’individualiste Mister Fox) n’arrive jamais seul à ses fins. Au-delà de la devise dumassienne du « un pour tous, tous pour un », on retrouve ici l’un des thèmes essentiels du cinéma de Wes Anderson, qui n’a eu de cesse de mettre en valeur un collectif (famille, fratrie, gang, groupe, meute…) hors duquel l’individu ne peut se réaliser. Il est redoublé ici par une réflexion sur l’altérité et son dépassement : séparés par la barrière de l’espèce et l’absence d’un langage commun, Atari et les chiens (à commencer par le farouche Chef/Chief) doivent, comme dans Le Petit Prince de Saint Exupéry (une autre histoire d’aviateurs), apprendre à s’apprivoiser. Face à la division et à la haine de l’Autre (qu’il soit chien ou étranger) instrumentalisées par Kobayashi et sa clique, le film montre comment l’unité peut se reconstituer par delà les barrières culturelles et linguistiques. Au-delà des multiples gags et clins d’œil qu’il suscite, le jeu sur le langage et ses traductions (ou pas) a ainsi valeur de symbole : essayer de comprendre l’autre, c’est mettre en œuvre une forme d’empathie… Et L’Île aux chiens de délivrer, sans avoir l’air d’y toucher, une jolie leçon de vivre ensemble.

Vital Philippot et Philippine Le Bret

[L'île aux chiens de Wes Anderson. 2018. Durée : Distribution : Twentieth Century Fox France. Sortie le 11 avril 2018]

Pour aller plus loin :
Télécharger notre dossier pédagogique (Primaire, Collège)

Posté dans Dans les salles par zama le 13.04.18 à 14:22 - Réagir

L'île aux chiens : le dossier pédagogique

L’Île aux chiens de Wes Anderson

Neuvième film de Wes Anderson, L’Île aux chiens témoigne, une fois de plus, de la formidable capacité de renouvellement du réalisateur américain. Après avoir exploré l’âge d’or d’une Mittel-Europa d’opérette dans Grand Budapest Hotel, le réalisateur de La Famille Tennenbaum et La Vie aquatique nous transporte dans un Japon rétro-futuriste pour nous conter une rocambolesque aventure canine. Il renoue pour ce faire avec la technique d’animation image par image déjà utilisée pour Fantastic Mr Fox, poussée ici à un degré de sophistication et de splendeur visuelle rarement atteint.
Hommage vibrant (et goguenard) au pays du Soleil Levant et au meilleur ami de l’homme, qui sous ses dehors de films d’aventure et son humour délicieux, délivre un message plus profond qu’il n’y paraît, L'île au chiens est aussi une véritable corne d'abondance pédagogique, tant le film regorge de thématiques et de références. Accessible en version française dès le Cycle 3, le film permettra de travailler en interdisciplinarité au Collège : Lettres, Éducation à l'image, Géographie, initiation aux Langues Vivantes, Anglais, SVT, Technologie.

Notre dossier pédagogique multiplie les approches et les mises en activité pour tirer le meilleur parti du film : il propose aux élèves de s'initier à la culture japonaise (et d'écrire un haïku !), de réfléchir au traitement des déchets, de réaliser un chien en matériaux recyclés, de comprendre comment fonctionne un vaccin, d'analyser un pastiche de western, etc.

L'Île aux chiens de Wes Anderson, au cinéma le 11 avril

Le dossier pédagogique de Zérodeconduite (31 pages, PDF)

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 03.04.18 à 12:29 - Réagir

Primaire : à l'école de la vie

Primaire

Quand elle parle de Primaire, sa réalisatrice explique que le point de départ du film a été l’émotion qu’elle a ressentie quand son fils a quitté son école, en fin de CM2. « Moi je pleurais parce que c’était la fin de l’enfance, lui était excité par la vie qui s’ouvrait devant lui ! J’ai réalisé à quel point l’école marque nos vies d’enfants et de parents ». Quitter l’enfance, c’est peut-être là le cœur du quatrième film d’Hélène Angel. L’un des personnages principaux du film, Sacha, se voit en effet retirer l’un des droits fondamentaux de l’enfance, le droit à l’insouciance. Abandonné par sa mère, qui se contente de lui donner un peu d’argent chaque semaine, le garçon doit apprendre à se débrouiller seul. C’en est fini pour lui des récréations joyeuses et du plaisir d’apprendre, désormais Sacha bascule dans un univers où l’isolement se conjugue à la violence. « Tu pues », lui murmurent-ils à plusieurs reprises, alors que Sacha, qui vit seul, n’a plus d’habits propres à mettre. Le film frappe par sa justesse à mettre en scène une situation de harcèlement, s’appuyant sur le jeu des jeunes acteurs, en particulier Ghillas Bendjoudi qui, dans le rôle de Sacha, parvient à plusieurs reprises à dégager une violence crédible et émouvante.

L’autre héroïne du film, c’est la « maîtresse » de Sacha, Florence (Sara Forestier), qui va découvrir la situation du petit garçon et se mettre en tête de le sauver, s’engageant corps et âme dans une relation de plus en plus ambiguë. Le cas de Sacha est le pivot d’un questionnement moral fort sur le rôle de l’enseignant, mis en position de sentinelle des dysfonctionnements familiaux et sociaux (on retrouve la problématique du Ça commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier). En cela, Primaire n’est pas dénué d’une portée politique (comme le dit Hélène Angel, l’école est un décor clos qui raconte le monde) : le film aborde également, en filigrane, des questions comme le salaire des professeurs, l'engagement syndical, ou encore la précarité des assistants de vie scolaire. La réussite du film est ainsi de parvenir à traiter ces différentes questions sans renoncer pour autant à la légèreté propre à l’enfance. Le choix de la réalisatrice de tourner avec deux caméras, l’une fixe, l’autre sur rails, lui permet de conserver la spontanéité des enfants et la confusion des salles de classe. L’esthétique du film s’inscrit elle aussi dans un univers enfantin, par son décor d’école format réduit bien sûr, mais également par le choix de couleurs vives présentes dans tous les plans.

On regrettera cependant que Primaire ne parvienne pas tout à fait à trouver sa voix, entre enfants et adultes, entre burlesque et drame social. Certes, la confusion des genres s’intègre assez bien à l’aspect foisonnant du film, qui colle à l’atmosphère des écoles primaires. Mais elle donne parfois lieu à des fausses notes, comme celle que constitue le monologue final de Sara Forestier, dans lequel Florence explique aux enfants son rapport à l’école et, plus largement (trop largement), sa compréhension de la vie. Pour Hélène Angel, l’idée était probablement de montrer l’évolution de son personnage, son accès « à une plus grande conscience de la vie ». Mais ce monologue est doublement maladroit : à la fois trop et mal écrit (abusant de grandes phrases plates comme « le monde est beau, mais il n’est pas juste »), il sort le personnage de Florence de la fiction pour en faire, de manière trop évidente, le porte-parole des intentions de la réalisatrice. Il résume la fragilité de Primaire, film sur les enfants mais pour les adultes, qui ne sait jamais vraiment sur quel pied danser.

Philippine le Bret

[Primaire de Hélène Angel. 2017. Durée : 105 mn. Distribution : Studio Canal. Au cinéma le 4 janvier 2017]

Posté dans Dans les salles par zama le 09.01.17 à 17:36 - Réagir

Zarafa : girafomania

Zarafa

"Qu'est-ce que c'est que ce truc-l? ?" On doute que la phrase mise dans la bouche du personnage du roi Charles X par le film Zarafa soit v?ridique. Mais elle nous dit bien la stup?faction des europ?ens qui d?couvrirent pour la premi?re fois le mamif?re au long cou, aujourd'hui rendu si familier par les documentaires animaliers, les albums pour la jeunesse, les dessins anim?s,… et bien s?r la fr?quentation des zoos.
Co-r?alis? par le r?alisateur R?mi Bezan?on (Le Premier jour du reste de ta vie) et l'animateur Jean-Christophe Lie (auteur d'un court-m?trage tr?s remarqu?, L'Homme ? la Gordini), Zarafa raconte autant qu'il la romance l'histoire vraie de la girafe ?ponyme, la premi?re ? avoir foul? le sol fran?ais (et la troisi?me en Europe, la premi?re remontant ? Alexandre de Medicis) : offerte au roi de France par le vice-roi d'Egypte, d?barqu?e ? Marseille, remontant la France "? pattes", accompagn?e par le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, elle arriva ? Paris en 1827 pour prendre ses quartiers au Jardin des Plantes, suscitant un engouement sans pr?c?dent (on parle de 600 000 visiteurs pour le seul ?t? 1827).
Le film prend clairement le parti du conte exotique et moral, multipliant les personnages (? commencer par le petit h?ros, Maki) et les p?rip?ties, reliant l'histoire de Zarafa ? nos pr?occupations modernes (l'esclavage, le colonialisme…). A la fois somptueux livre d'images (une Afrique enchanteresse, un Paris dickensien, ou plut?t hugolien en diable) et fable sur la libert?, Zarafa puise son inspiration graphique autant dans la ligne claire de l'animation classique (le Michel Ocelot de Kirikou, voire les premiers Disney) que dans le trait plus stylis? (et adulte) de Joann Sfar ou Sylvain Chomet (voir la peinture croquignolesque du Paris de la Restauration, atteint de "girafomania", sous l'influence revendiqu?e des caricatures de Daumier).

Ce film tr?s r?ussi offre de nombreuses pistes p?dagogiques ? exploiter en classe avec les ?l?ves de Cycle 2 et de Cycle 3 : en sciences (par l'?tude de l'animal bien s?r, mais aussi par exemple en expliquant le fonctionnement d'un ballon), en g?ographie (on peut retracer sur un atlas le parcours des h?ros, du d?sert du Soudan jusqu'? Paris, et comparer les diff?rents types de paysages et de climats travers?s), en histoire (en expliquant le contexte de la Restauration, en comparant le Paris d'aujourd'hui au Paris du d?but du XIX?me si?cle, ou en abordant la question de l'esclavage), mais aussi en arts visuels (en travaillant sur les paysages et les diff?rences de point de vue : paysage vu du sol / vu d'en haut, de la montgolfi?re, en cr?ant une collection d'objets sur le mod?le de l'imprim?-girafe, en cr?ant de petits personnages comme ceux qu'utilise le vieil homme pour raconter l'histoire…), sans compter les nombreux d?bats que peut susciter le film.

[Zarafa de R?mi Bezan?on et Jean-Christophe Lie. 2011. Dur?e : 1 h 18. Distribution : Path?. Sortie le 8 f?vrier 2012]

> Pour aller plus loin :
La gazette de Zarafa, jeu-concours organis? par Nathan Jeunesse (jusqu'au 26/02)
La v?ritable histoire de Zarafa, une exposition du Cabinet d'histoire du Jardin des Plantes

Posté dans Dans les salles par zama le 13.02.16 à 15:44 - Réagir

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