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Bébé Tigre : le site pédagogique

B?b? Tigre, c'est Many, dix-sept ans. Un jeune sikh arriv? clandestinement en France (comme nous le montrent la premi?re s?quence du film, impressionnante) et pris en charge par la R?publique au titre de Mineur ?tranger isol?. Parfaitement int?gr?, Many m?ne une scolarit? brillante, et peut esp?rer mener des ?tudes sup?rieures. Mais il est tiraill? entre cette promesse d'avenir et la fid?lit? ? ses parents, qui ont pay? son ?migration au prix fort et attendent de lui qu'il travaille et leur renvoie de l'argent.
Pour son premier film, Cyprien Vial a eu l'intelligence de se focaliser sur un personnage principal, ? partir duquel il tire de nombreux fils narratifs et th?matiques. Car Many est au centre d'un ?cheveau complexe de relations (sociales, l?gales, ?conomiques, sentimentales), d'engagements et de fid?lit?s, au milieu duquel il doit parvenir ? trouver sa propre voie, et faire les choix qui le d?finiront en tant qu'adulte autonome.
S'appuyant sur le charisme de son interpr?te principal (le jeune Harmandeep Palminder), Cyprien Vial a men? un minutieux travail de documentation et de pr?paration (notamment avec l'atelier th??tre d'une classe de Coll?ge), qui leste ses personnages d'une remarquable ?paisseur. D'un c?t? et de l'autre de la l?galit?, on peut citer les figures antagonistes de la famille d'accueil et du passeur, figure paternelle ambigu? contre laquelle Many devra se rebeller.

Z?rodeconduite propose un dossier p?dagogique (?ducation civique, G?ographie, ?ducation ? l'image) autour de ce premier film tr?s r?ussi, qui peut ?tre un support pour les programmes d’?ducation civique et de G?ographie des classes de Sixi?me et de Quatri?me, notamment dans le cadre des chapitres sur les mobilit?s humaines, les droits des mineurs ou le droit ? l’?ducation, et qui, au-del?, permettra ?galement de questionner l’adolescence, ses contraintes, ses difficult?s, mais aussi ses potentialit?s.

[B?b? Tigre de Cyprien Vial. 2014. Dur?e : 87 mn. Distribution : Haut et Court. Sortie le 14 janvier 2015]

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 14.01.15 à 12:16 - Réagir

Despu?s de Lucia : th??tre de la cruaut

Despues de Lucia

Después de Lucia est de ces films qui mettent au défi le jugement critique : parce que l’ambiguïté troublante du propos y est balancée par une indéniable maîtrise formelle, et que l’absence assumée de discours nous renvoie à nos interrrogations.

Le film déploie dans un premier temps l’histoire d’un deuil, le titre étant à prendre à la lettre.  Après le décès accidentel de Lucia, son mari Roberto et sa fille Alejandra, 15 ans, commencent une autre vie : déménagement, nouveau travail pour l’un, nouvelle école pour l’autre. La frêle jeune fille semble s’en tirer moins mal que le massif Roberto, muré dans une douleur indicible et aveugle à ce qui l’entoure. Alors que l’on commence à comprendre la situation (le film est avare en informations), la narration dévie de cette trajectoire balisée : partie en week-end dans la luxueuse villa d’un de ses nouveaux camarades, Alejandra tombe dans les bras d’un garçon. Celui-ci aura l’indélicatesse de filmer leurs ébats, et la perversité de faire circuler les images, point de départ du drame. Le groupe-classe, qui l’avait rapidement adoptée, va se retourner contre Alejandra, et se liguer afin de lui faire payer cet « écart »  S’ensuit pour Alejandra un long calvaire alimenté à la fois par l’imagination perverse des jeunes gens, par l’aveuglement des adultes (dont celui du père, hébété de douleur), et par l'absolue passivité d'Alejandra, qui jamais n'opposera de résistance à ses bourreaux, ni ne voudra en parler à un adulte (de peur de faire de la peine à son père, comme le suggère le film).
Después de Lucia ne nous épargnera aucune étape de ce chemin de croix. Systématiquement méprisée, humiliée, violentée, Alejandra finira prostrée sous les jets d’urine de ses petits camarades mâles, après qu’ils l’auront violée à tour de rôle. La mise en scène est certes suffisamment précise et distanciée (plans-séquences fixes discrètement chorégraphiés, jeu avec le hors-champ et les ellipses) pour rendre le « spectacle » à peu près supportable (âmes sensibles s’abstenir toutefois). Mais on peut voir dans cette maîtrise une perversion supplémentaire : par son impassibilité et son naturalisme la mise en scène fait mine de nous placer devant la réalité brute, alors que le calvaire d’Alejandra est pure fiction, entièrement imaginée et minutieusement agencée par le jeune cinéaste. A cet égard on pourra interroger le glaçant plan-séquence final, qui choisit de fermer la porte à toute idée de rédemption ou de justice, en orchestrant un dernier quiproquo tragique.

Au-delà de la violence psychologique du film qui restreint son public (classes averties et très préparées), on pointera le risque d'un malentendu. A prendre Después de Lucia comme un témoignage sociologique sur les phénomènes de harcèlement (voir le dossier pédagogique du film), à le promouvoir comme un outil pour prévenir des comportements similaires, on tombe dans le piège même du film : prendre pour argent comptant un matériau qu’il faudrait au contraire interroger (en classe de Philosophie par exemple).

[Después de Lucia de Michel Franco. Durée : 1 h 43. Distribution : Bacfilms. Sortie le 3 octobre 2012] 

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels  sur la boutique DVD Zérodeconduite.   

> Sur le Café pédagogique : Le film mexicain Después de Lucia et le harcèlement à l'école

Posté dans Dans les salles par zama le 09.10.13 à 17:49 - 19 commentaires

Les Chevaux de Dieu et Le Repenti

Les Chevaux de Dieu

Deux longs m?trages pour une seule interrogation : pourquoi devient-on terroriste ? C’est bien l’humanit? des islamistes que Merzak Allouache et Nabil Ayouch entreprennent d’explorer dans Le Repenti et Les Chevaux de Dieu. Passent ainsi ? la question Rachid, terroriste alg?rien tout comme Hamid, Nabil et Tarek, trois des marocains responsables des attentats de Casablanca en 2003.?

Les motivations du premier laissent dubitatif. Apr?s une d?cennie d’amn?sie collective mise au service de la concorde civile alg?rienne, le r?alisateur Merzak Allouache s’engage, au d?but des ann?es 2000, dans l’?laboration d’un sc?nario dont le parti pris est de laisser le spectateur libre d’interpr?ter le comportement ambigu de Rachid. Menac? dans son petit village de l’arri?re-pays alg?rien, le terroriste repenti s’installe en ville pour vivoter gr?ce ? un petit boulot de serveur. Doux de caract?re, il ne parvient pas v?ritablement ? convaincre son entourage de la sinc?rit? de sa repentance. Quel est cet hypocrite qui, tout en matant du coin des yeux les jeunes femmes et go?tant son plaisir devant les ?missions de t?l?vision, tarde ? livrer des informations au commissaire de police et propose, contre une grosse somme d’argent, de conduire un couple bris? par la trag?die terroriste sur la tombe de leur fille ex?cut?e par ses anciens fr?res d’armes ? Peut-il sinc?rement couper tous les liens qui l’unissaient aux fondamentalistes ? Fait-il passer sa survie avant sa foi ? Cherche-t-il simplement ? s’enrichir ou bien ? œuvrer cyniquement pour le sinistre djihad ? A toutes ces questions, la fin du film de M. Allouache pr?f?re h?las ne pas r?pondre, et la d?ception est ? la hauteur de l'attente.

Tel n’est pas le parti pris de Nabil Ayouch qui se livre dans Les Chevaux de Dieu (photo) ? une fine et minutieuse dissection du cheminement de trois jeunes qui les conduit des bidonvilles de Casablanca aux missions suicide organis?es dans la M?dina. Claire et argument?e, sa r?ponse ? la question des origines de l’islamisme est ? trouver dans l’incapacit? de la soci?t? marocaine ? int?grer toutes ses composantes. C’est bien la destruction de leur r?seaux de sociabilit? qui pousse les jeunes vers le radicalisme religieux. Jeune ca?d alcoolique, dealer de drogue sans vergogne, terreur de son bidonville, Hamid se range aux c?t?s des fondamentalistes une fois jet? en prison. Son jeune fr?re Tarek et son ami d’enfance Nabil s’engagent quant ? eux dans la sanglante voie du djihad quand, livr?s ? eux-m?mes apr?s un meurtre accidentel, ils n’ont plus personne vers qui se tourner pour demander r?confort et s?curit?.
Pour tous ces naufrag?s de la soci?t? marocaine, le processus d’enr?lement djihadiste para?t incontournable. Accueillis chaleureusement, nourris, encadr?s, choy?s, ils franchissent, une ? une, les diff?rentes ?tapes de l’apprentissage du terrorisme, depuis l’enseignement des arts martiaux jusqu’au lavage de cerveau fondamentaliste. Non content de livrer une passionnante description des rouages des organisations islamistes, le long m?trage de Nabil Ayouch s’offre ? un public fran?ais, r?cemment traumatis? par la folie meurtri?re de Mohammed Merah, comme une invitation stimulante ? relancer les d?bats sur la pluralit? des itin?raires emprunt?s par les terroristes fondamentalistes dans le monde.

Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch, Maroc, France, Belgique, 115 mn
Un certain Regard

Le Repenti (Et taaib) de Merzak Allouache, Alg?rie, France, 87 mn
Quinzaine des r?alisateurs?

Posté dans Festival de Cannes par Francis Larran le 24.05.12 à 13:44 - Réagir

La Pirogue : les damn?s de la mer

La Pirogue

Une possibilit? sur dix de ne jamais arriver ? destination, une sur six de mourir en mer, mais une sur une de ne pas gagner sa vie au S?n?gal. Les calculs sont vite faits pour la trentaine de clandestins embarqu?s dans La Pirogue de Moussa Tour?. Tous partiront risquer leur vie en mer pour tenter de rallier l’Europe via l’Espagne et ainsi ? rentrer dans l’Histoire ?.? L’humiliant discours de Dakar de 2007 hante le r?alisateur s?n?galais comme les passagers de la pirogue. Rappel?s au d?but de la projection, moqu?s au cours du film, les propos de Nicolas Sarkozy invitent ? l’action.
Grave et d?monstratif, le long m?trage de Moussa Tour? d?crit, ?tape par ?tape, l’itin?raire mortel qu’une poign?e d’hommes venus d’Afrique subsaharienne ont d?cid? d’emprunter pour gagner l'Europe. Leurs motivations sont aussi claires que diverses. Pour les uns, le salut viendra de leur talent de footballeur ou de musicien. Pour les autres, il sera conquis ? force de labeur dans les exploitations agricoles espagnoles ou dans les commerces dans les grandes villes europ?ennes. Pour tous, les conditions de l’exp?dition seront atroces. Eprouv?s dans leurs chairs comme dans leurs ?mes, les clandestins venus des quatre coins de l’Afrique subsaharienne (Dakar, Guin?e…) doivent surmonter les escroqueries cyniques des passeurs, subir l’amateurisme de leurs capitaines de pirogue, affronter leur peur de l’oc?an d?cha?n?, r?sister ? la soif comme ? la faim, refuser de porter secours ? des compagnons de travers?e ? la d?rive pour ?viter de subir leur triste mort, d?passer leurs superstitions comme leur tentation de trouver des boucs ?missaires ? leurs malheurs, oublier leur douleur ? la mort de leurs proches…
Le triste tableau de l’immigration clandestine est bross?, un terrible r?quisitoire prononc?. Avec le long m?trage de Moussa Tour?, la communaut? internationale est violemment confront?e ? sa coupable indiff?rence ? des souffrances appel?es ? se r?p?ter inlassablement. Sur la trentaine des clandestins embarqu?s sur la pirogue, seule une demi douzaine survivra. La le?on de leur malheur suffit-elle ? les dissuader de risquer une seconde fois leur vie ? Non. A peine renvoy?s des Canaries o? ils ont ?t? secourus par la Croix Rouge espagnole, les rescap?s rejettent symboliquement l’accueil que Dakar leur r?serve. Les quinze malheureux euros re?us ? leur retour serviront ? acheter des maillots du Bar?a afin d’entretenir l’espoir de leurs enfants de r?ussir sur la terre promise europ?enne.

La Pirogue de Moussa Tour?, S?n?gal, France, Allemagne, 87 mn
S?lection Officielle, Un certain regard

Posté dans Festival de Cannes par Francis Larran le 21.05.12 à 18:48 - Réagir

Azur et Asmar

Nous avons pu d?j? pu dire ici (au moment du Festival de Cannes) tout le bien que nous pensions d'Azur et Asmar, la nouvelle r?alisation de Michel Ocelot, le p?re du c?l?brissime Kirikou : la splendeur inou?e de ses d?cors et de son animation, mise au service d'un r?cit qui puise avec intelligence dans un fonds mythologique et l?gendaire transm?diterran?en, et qui pr?che sans mi?vrerie pour des valeurs comme l'ouverture et la tol?rance.
Le film sort opportun?ment ? la veille des vacances de la Toussaint, ce qui devrait en faire (avec U de Gr?goire Solotareff et Serge Elissalde) la sortie familiale id?ale, ? m?me de ravir les enfants sans ennuyer leurs parents. Les enseignants devront eux attendre un peu, et pourront r?fl?chir ? loisir ? un travail p?dagogique gr?ce aux quelques ressources propos?es.
En partenariat avec l'?diteur Nathan (voir ce num?ro sp?cial du Journal des Instituteurs, qui recense ?galement les nombreuses parutions associ?es au film) le site officiel du film propose dans son Espace Enseignants des pistes p?dagogiques ? destination du primaire, adapt?es aux diff?rents cycles et enseignements.
Mais le film (? la diff?rence sans doute de U) peut tr?s bien donner lieu ? une lecture un peu plus ?labor?e au Coll?ge, en cinqui?me et en sixi?me, et dans plusieurs disciplines dont on pourra croiser les approches : en Arts Plastiques on pourra s'int?resser au travail de l'animation et aux nombreuses sources iconographiques du film (les arts d?coratifs arabo-andalous, les enluminures du Moyen-?ge, les tableaux du Douanier Rousseau), en Histoire ? l'?tude du monde musulman, en ECJS au message sur le racisme et la tol?rance, et bien s?r en Fran?ais sur le conte, ? la fois ? travers l'?tude des sch?mas narratifs et actantiels, et la r??criture des textes fondateurs (La Bible, Les mille et une nuits).
Certains de ces aspects sont d?velopp?s, sous la plume d'Anne Henriot, dans le dossier Cin?doc propos? par le CNDP :
Une intrigue ?labor?e / Un merveilleux teint? d'humour / L'aventure de l'alt?rit? / L'art du raffinement.

[Azur et Asmar de Michel Ocelot. 2004. Dur?e : 1 h 39. Distribution : Diaphana. Sortie le 25 octobre 2006]

Posté dans Dans les salles par zama le 25.10.10 à 20:56 - 3 commentaires

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