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Jeunes Critiques : Blue Ruin
Pour la première fois et à l'occasion de ce Festival de Cannes, Zérodeconduite.net ouvre ses pages à des textes d'élèves : en l'occurence les élèves de la khâgne option cinéma du lycée Paul Valéry de Paris, embarqués à Cannes, entre l'écrit et l'oral de leur concours, par leur professeur Philippe Zill.
Nous proposons ici des extraits, regroupés par film, de chacune de leurs critiques, réalisées à chaud et dans l'effervescence du Festival. Les textes intégraux sont disponibles eux en pdf.

Blue Ruin de Jeremy Saulnier, par Juliette M.
"Le film de Jeremy Saulnier reflète une nouvelle mode, développée notamment par les frères Cohen avec Burn after reading et No country for old men. Chez eux, comme chez Saulnier, tout ce que le thriller présente de grave, de violent, de glauque, de tendu, semble, à peine amorcé, se dissoudre dans une émergence du réel, comme si le réel venait annuler le romanesque cinématographique, ou, en tout cas, rappeler qu’il est issu du réel. Blue ruin fait constamment naître des embryons d’attentes cinématographiques chez le spectateur (attentes qui viennent des conventions et des usages ancrés chez lui par sa culture filmique), pour les désamorcer aussitôt. (...)"

Blue Ruin de Jeremy Saulnier, par Alice C.
"Jeremy Saulnier livre un film qui s’inspire des classiques américains sans pour autant y adhérer complètement, et donne à voir le portrait d’un sud de l’Amérique encore emprisonnée dans les traditions de vendettas familiales et de violence dans lesquels se retrouvent entraînés les personnages les plus tranquilles et doux comme Dwight. La même atmosphère est perceptible dans d’autres films américains comme Shotgun Stories de Jeff Nichols (lui aussi très ancré dans cette atmosphère propre au sud des États-Unis), où deux familles se trouvent opposées au moment du décès du père (qu’elles ont en commun) jusqu’à la mort de certains membres, et où chaque coup ou insulte est rendu sans que le cycle ne puisse jamais s’arrêter. Ce que montre Saulnier à travers le décalage de son film (parfois humoristique), c’est le ridicule et la banalité (puisqu’ici personne n’a les traits d’un héros) d’un tel conflit qui ne découlent finalement que de la liaison adultérine de deux familles. Il dresse ainsi une peinture réaliste de la violence, des superstitions, et de la puissance des institutions familiales dans le Sud des États-Unis."
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Posté dans Festival de Cannes par zama le 22.05.13 à 19:14 - Réagir
Jeunes critiques : Jimmy P.
Pour la première fois et à l'occasion de ce Festival de Cannes, Zérodeconduite.net ouvre ses pages à des textes d'élèves : en l'occurence les élèves de la khâgne option cinéma du lycée Paul Valéry de Paris, embarqués à Cannes, entre l'écrit et l'oral de leur concours, par leur professeur Philippe Zill.
Nous proposons ici des extraits, regroupés par film, de chacune de leurs critiques, réalisées à chaud et dans l'effervescence du Festival. Les textes intégraux sont disponibles eux en pdf.

Jimmy P. (psychothérapie d'un Indien des plaines) d'Arnaud Desplechin, par Marie B.
"Les mots complexes me font peur, avec les mots simples on rapproche les choses de nous" dit Georges Devereux à son patient. C’est sans doute cette formule que Desplechin applique à son film : Filmer simplement mais justement cet entretien psychanalytique entre un anthropologue spécialiste de la culture amérindienne (Mathieu Amalric) et son patient indien Blackfoot (Benicio Del Toro), un ex-soldat de la Seconde Guerre mondiale sujet à des traumatismes psychiques.
Que penser de ce couple étonnant formé par Mathieu Amalric et Benicio Del Toro ? Pour son dernier film, en quittant la France, Arnaud Desplechin change de ligne : finis les repas de famille, les conversations qui s’enchaînent, les personnages qui se rencontrent et se bousculent. Mais si Jimmy P. est un film plus épuré, qui retrace les séances entre un patient indien et son médecin, ce n’est pas qu’un film sur la psychanalyse, ou sur la condition de l'Indien des Etats-Unis, mais un film sur l’homme ; G. Devereux dit d’ailleurs que Jimmy ne souffre d’aucun mal à part celui de tout homme : la vie.
(…)
Voir également la critique du film par Zérodeconduite.net : Jimmy P. : aux racines de l'ethnopsychiatrie
Posté dans Festival de Cannes par Zéro de conduite le 22.05.13 à 12:37 - Réagir
Suzanne : naturalisme et résilience

Projeté à la Semaine de la Critique, le second long-métrage de Katell Quillévéré (après Un Poison violent) met en scène l’histoire de Suzanne (Sara Forestier) qui pour l’amour fou d’un jeune délinquant abandonne son enfant et quitte sa famille...
Le film revendique un ancrage naturaliste. Le père (François Damiens) est routier, la mère est décédée, la famille pique-nique au cimetière. Suzanne tombe enceinte alors qu’elle n’est que lycéenne, sa sœur Maria (Adèle Haenel) étudie la couture… La vie poursuit son cours jusqu'à la rencontre entre Sarah et Julien. A ce titre le plan qui les montre enlacés, s’embrassant dans un tunnel de tôle renvoie aussi bien à une vignette de film sentimental (on attend le fondu en noir) qu’à un décor prosaïque laissant présager d’une suite beaucoup moins rose.
Ces choses-là ayant été dites, la réalisatrice échappe toutefois à son programme naturaliste : si en effet tout n’est pas rose, rien n’est noir pour autant. Le père sait pardonner, la sœur est toujours présente, l’enfant abandonné n’est pas rongé par le ressentiment, la co-détenue de Suzanne est "gentille" et les routiers sympas, le bad boy a des allures de prince charmant et le film s’achève sur un sourire, comme si chaque épreuve était l’occasion d’expérimenter la résilience. On peut lire dans ce choix la volonté bienvenue de ne pas alourdir le propos, mais c'est la vraisemblance qui en pâtit…
Film estimable porté par l’interprétation de comédiens tous justes (exceptée l'absence surprenante de tout accent méridional, alors que l’action se situe entre Alès et Marseille), Suzanne semble en porte-à-faux entre un point de départ très dramatique (l’abandon d’un enfant) et un traitement plus léger qui finit par paraître superficiel.
Suzanne de Katell Quillévéré, France, 2013, 1 h 30
Semaine de la critique
Posté dans Festival de Cannes par comtessa le 18.05.13 à 11:05 - Réagir
Rengaine : la ballade des quarante tueurs

Le premier film de Rachid Djaïdani a créé, à raison, l’événement à Cannes, lors de sa projection dans la sélection parallèle de la Quinzaine des Réalisateurs. Film coup de poing que son réalisateur aura mis neuf ans à tourner, monter, produire, ressasser, retourner, remonter, élaguer, en autodidacte, Rengaine tient à la fois de la poésie pour son côté "piéton de Paris", du western pour ses gros plans, du Dogme pour la caméra à l’épaule, et de la boxe pour ses dialogues en uppercut qui terrassent le spectateur, après l’avoir fait s’esclaffer.
Sabrina et Dorcy s’aiment, ils veulent se marier. Mais Sabrina est issue d’une famille musulmane d’origine maghrébine qui compte quarante frères, tandis que Dorcy, apprenti comédien, est… noir et chrétien. Prévenu par un mystérieux coup de téléphone du projet de sa sœur, Slimane, le frère aîné de Sabrina, rameute la fratrie au fil de ses déambulations parisiennes, dans le but de mettre un terme à cette relation, fût-ce par des moyens expéditifs. L’histoire d’amour contrariée évoque évidemment Roméo et Juliette mais aussi toutes les comédies de Molière où les projets matrimoniaux des jeunes gens sont contrecarrés par une autorité parentale dénaturée. Ici le paterfamilias s’incarne dans le personnage du grand frère Slimane (Slimane Dazi, impressionnant) mais aussi, de l’autre côté, dans celui de la mère de Dorcy. Chacun reste campé sur des positions, révélant une mentalité archaïque dont on trouvera par exemple l'analyse dans La Domination masculine de Pierre Bourdieu.
C’est à travers cette représentation de l’opposition aux amours métissées, que Rachid Djaïdani brocarde le repli identitaire mais aussi l’hypocrisie d’une partie de la société française issue de l’immigration. De ces éclats d’images et de paroles subsiste un constat : cette France-là est fracturée, cassée, il n’y a aucune solidarité qui vaille, même dans la petite délinquance des vendeurs de shit. Au-delà de la critique des religions, le message est clair : l’ignorance, le manque d’ouverture d’esprit, le refus de l’Autre, ces conduites instinctives de survie du clan, forment le terreau de la violence. Le film a des allures de fable avec ses naïvetés : la lisibilité du schéma actantiel, l’hyperbole (les quarante frères qui évoque les quarante voleurs d’Ali Baba… ou encore les Forty guns de Samuel Fuller), l’ironie tragique (Slimane éprouve un amour fou pour une jeune artiste… juive), le deus ex machina (l’apparition du quarantième frère, Rachid, mis au ban du clan en raison de son homosexualité). Mais derrière ces allures de conte, c’est un film qui laisse pantois par son réalisme et l’audace avec laquelle il va fouiller dans les fractures identitaires, sans aucun respect pour le politiquement correct.
Voilà un film qu’on aimerait voir projeter à l’Elysée (comme c’est la mode) et surtout dans tous les lycées, voire collèges de France : par la mise en scène de l’accouchement intérieur de Rachid, par la tendresse avec laquelle il regarde ses personnages (y compris les plus repoussants), par son humour qui fait œuvre de pédagogie (au sens du classique "castigat ridendo mores"), Rengaine est une magnifique réponse à l’intolérance.
[Rengaine de Rachid Djaïdani. 2012. Durée : 75 mn. Distribution : Haut et court. Sortie le 14 novembre 2012]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 14.11.12 à 14:56 - Réagir
Augustine : le site pédagogique

Paris, hiver 1885. A l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, le professeur Charcot étudie une maladie mystérieuse : l’hystérie. Augustine, 19 ans, devient son cobaye favori, la vedette de ses démonstrations d’hypnose…
Aussi présente (par les rapports et photographies qui détaillent ses faits et gestes) que mystérieuse, aussi célèbre que méconnue (on ne connaît même pas son vrai nom) : Augustine, l’héroïne éponyme du premier film d’Alice Winocour, est un fascinant paradoxe. En lui donnant une existence de fiction, en imaginant sa relation avec son médecin, Charcot, père de la neurologie moderne et précurseur de la psychanalyse, le film Augustine ausculte un noeud de notre histoire intellectuelle, culturelle et sociale. Aux croisements du corps et de l’esprit, de la réalité et de sa représentation, du masculin et du féminin, elle pose également des questions brûlantes à notre époque…
Zérodeconduite.net consacre au film d'Alice Winocour un site pédagogique incluant un dossier de 24 pages : une partie approches thématiques (L'hystérie, symptôme d'une époque / Les prémices de la psychanalyse / Domination de genre, domination de classe…) et des activités en Philo (autour des notions suivantes des programmes de Terminale : théorie et expérience ; le vivant ; le désir ; la culture ; autrui ; le sujet).
Augustine d'Alice Winocour, Au cinéma le 7 novembre
Le site pédagogique : www.zerodeconduite.net/augustine
> Le dossier pédagogique
> La bande-annonce
Posté dans L'agenda par Zéro de conduite le 16.10.12 à 15:53 - Réagir

