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Comment continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine ? Quelle attitude adopter face à l’impunité ? Se résigner ou se faire justice soi-même" se demande le réalisateur et scénariste Mahamat-Saleh Haroun dans
Daratt (Saison sèche). La fable qu'il a imaginée illustre ces interrogations de manière limpide : un jeune orphelin se rend chez l’homme qui a tué son père, un revolver dans la poche, bien décidé à rendre une justice que la justice lui a refusé, à lui et à toutes les victimes de la guerre civile.
Mais Atim l’orphelin va se rendre compte qu’il n’est
pas facile de tuer un homme, même quand on le tient au bout de son canon. Hamlet aussi rageur qu’impuissant, Atim se transformera peu à peu en héros cornélien, déchiré entre le devoir filial qui lui réclame vengeance et une affection indicible pour la victime qu’elle lui a désignée.
A la thématique de la
vengeance Daratt tisse ainsi progressivement celle de la
transmission, brouillant les schémas attendus et les repères confortables. Certains y liront une illustration freudienne de la nécessité de "tuer le père", d’autres la métaphore d’un pays (un continent ?) en guerre avec lui-même, où tous les liens sociaux et familiaux sont désormais à renouer.
La grande force de
Daratt est d’orchestrer ces interrogations avec une remarquable
économie de moyens filmiques, et un
sens de l’image qui fait mouche : on pense aux mains de Nassara tentant de laver dans la farine nourricière l’horreur supposée de leurs crimes, à la silhouette du grand-père errant dans le désert, spectre vengeur perdu dans la nuit du deuil et du ressentiment ; sans oublier évidemment cette superbe trouvaille, l’amplificateur qu’un Nassara aphone plaque contre sa gorge dans un geste symboliquement suicidaire, et qui suffit à dessiner un personnage à la fois terrifiant et pathétique.
Ce n’est pas ainsi la moindre qualité de ce film de croire autant en les
pouvoirs du cinéma et de la fiction, comme le montre d’ailleurs la dernière scène du film. Seule la mise en scène permettra à Atim de sortir du dilemme mortifère entre vengeance et oubli, et de rendre justice à chacun des protagonistes. Dans le contexte humain et cinématographique de l’Afrique contemporaine, ce geste n’a rien d’anodin.
Pour prolonger ces réflexions on consultera notre
dossier pédagogique mis en ligne sur le
mini-site du film. et réalisé par une enseignante de français et une enseignante de Philosophie. Il met notamment en résonnance le film avec des grands
textes classiques ou contemporains, littéraires et philosophiques : Shakespeare, Hugo, Hegel et Nietzsche, mais aussi le Jean Hatzfeld de
Dans le nu de la vie. On pourra également consulter
l'interview accordée par le réalisateur au portail éducatif
Vousnousils.fr.
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Daratt (saison sèche) de Mahamat-Saleh Haroun. 2006. Durée : 1 h 35. Distribution : Pyramide. Sortie le 27 décembre 2006]