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Lord of War / The Constant Gardener : L’Afrique entre la seringue et le fusil

constantwarlord.jpgDans le thriller The Constant Gardener de Fernando Meirelles (La cité de Dieu), un des personnages compare les agissements de l’industrie pharmaceutique en Afrique au trafic d’armes. On pourra se faire sa propre idée sur le sujet puisque sort aujourd’hui, coïncidence ou signe des temps (Télérama y voit un mouvement de fond : la redécouverte de l’Afrique par Hollywood), Lord of war d’Andrew Niccol, film retraçant précisément l’itinéraire d’un de ces "seigneurs de la guerre" qui alimentent le continent en engins de destruction.
Le second prend le parti de la satire et du cynisme pour dépeindre un salaud intégral, alors que le premier, thriller mâtiné de mélo présente des héros classiquement plus positifs (Rachel Weisz en pasionaria des ONG, donnant le sein à un petit orphelin noir après avoir perdu son bébé en couches !). Mais les deux films présentent des ressemblances frappantes : ils dépeignent un Occident tirant profit des malheurs de l’Afrique, ils posent le problème de la responsabilité individuelle face à la tragédie. On pourra également leur faire les mêmes reproches : un manichéisme qui désamorce toute réflexion au profit d’une indignation facile (méchants marchands d’armes et affreuses multinationales), et un regard finalement assez condescendant sur l’Afrique, qu’il tienne de la carte postale (les plans très "National Geographic" de Meirelles) ou de la caricature (la galerie de pantins sanguinaires de Lord of War). On pense souvent au Cauchemar de Darwin qui ne faisait que suggérer ce qui est ici lourdement asséné, et qui soulignait la complexité des interactions entre l’Afrique et l’Occident.
Reste que The Constant Gardener et Lord of war tranchent dans la production hollywoodienne standard par leur efforts très documentés pour rendre compte de la réalité africaine et porter un discours sur le monde tel qu’il va (mal).
On peut signaler ces deux films aux élèves de Terminale notamment pour les faire réfléchir à certains aspects de leurs programmes d’Histoire et de Géographie. Lord of War illustre ainsi remarquablement le chapitre sur "la recherche d’un nouvel ordre mondial" (Sections L, ES) en décrivant le démantèlement des arsenaux de l'ancien bloc soviétique qui alimentera (entre autres) les multiples conflits inter-africains. Et quelle illustration plus cruelle et frappante des flux commerciaux de la mondialisation (Géographie, Sections L, ES, Chapitre "Un espace mondialisé") que cette magistrale séquence d’ouverture, qui suit en point de vue subjectif une balle de fusil, de l’usine où elle a été fabriquée jusqu’au crâne d’un enfant-soldat du Libéria où elle finira sa carrière ?

[The Constant Gardener de Fernando Meirelles. 2005. Durée : 2 h 8. Distribution : Mars. Sortie le 28 décembre 2005]
[Lord of war d'Andrew Niccol. 2005. Durée : 2 h 2. Distribution : SND. Sortie le 4 Janvier 2006]

Posté dans Dans les salles par zama le 05.01.06 à 01:16

Commentaires

De Flo, posté le 08.01.06 à 15:01

et je continue tant que j'y suis, ah la la, The Constant Gardener a au moins un mérite, son titre, assez flou pour susciter la curiosité, comme du reste en son temps The taylor of Panama du même John Le Carré. Avalanches de clichés, non? Des effets Bennetton, avec un fond de mauvaise conscience occidentale qui trouve malgré tout le culot d'asséner que si les Africains vivent dans un "cauchemar", c'est qu'ils le veulent bien (scéne avec le pilote et la petite fille)ou ne font rien contre, et puis les méchants "méchants" sont plus bêtes que cyniques, ça leur fait une excuse, non?
De Françoise, posté le 08.01.06 à 19:39

je vous trouve bien sévère sur The Constant Gardener. le scénario est remarquablement agencé, notamment l'articulation entre la très belle histoire d'amour et l'histoire d'espionnage. Ça donne beaucoup de richesse aux personnages, par exemple au personnage de Ralph Fiennes l'anglais un peu terne (comme aime à les représenter Le Carré) qui ne s'intéresse qu'au jardinage. Je pense à l'ambiguïté de sa phrase quand il dit à Tessa : "quoique vous fassiez tous les deux, je veux que ça cesse". Et je ne trouve pas le film du tout "Benetton" justement, il évite le regard trop hollywoodien, sans doute le regard de Fernando Mereilles (superber "La cité de Dieu"), et il a le mérite souligné par la presse d'avoir été tourné dans les vrais lieux (au Kenya). Oui, malgré toutes les tragédies l'Afrique est belle, faut-il s'interdire d el e montrer ?
De geof, posté le 09.01.06 à 20:52

"hollywood redécouvre l'afrique" ? je ne sais pas si je suis un spectateur blasé ou fatigué, mais en visionnant ces deux films j'ai vu plus de conventions hollyqoodiennes que d'Afrique… Ah Nicolas Cage jouant son personnage à vingt ans ! et j'ai l'impression que les occidentaux ne parlent que d'eux-mêmes en prenant l'Afrique commme pretexte : toujours le lourd fardeau de l'homme blanc. Rendez nous le cauchemar de darwin !
De tobi, posté le 09.01.06 à 23:44

parce qu'il n'y avait pas de convention dans le cauchemar de darwin peut-être ? documentaire ultra scénarisé et manichéen à souhait, et dont le seul résultat a été de pousser les vertueux petits français à… ne plus manger de perche du nil et donc à plonger les tanzaniens encor eplus dans la merde. inutile de cracher sur Hollywood, on n'est pas bien meilleurs…
De jurieu, posté le 12.01.06 à 14:57

à quand un film comparable sur la "Françafrique" ? y en aurait des choses à dire…
De jojo, posté le 13.01.06 à 11:27

Rien à voir, circulez ! C'est bien l'impression que m'a procurée cee lord of war signé par l'un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Encore un film qui ne nous dit rien de plus que les "vingt minutes" et autres magazines dans lesquels l'information est réduite au maximum. Ici, c'est Mtv qui nous explique comment ça se passe en Afrique, ou plus précisément chez les "sauvages". Un film caricatural qui vos prendra 2h pour trois quart d'heure devant un journal diplomatique.
De janot, posté le 13.01.06 à 13:24

daccor avec toi jojo mais je vais aller plus loin en traitant le film de putassier. Filmer ce sujet de cette façon avec tous les artifices merdiques d'hoolywood afin de divertir le spectateur lambda est pas correcte. Et cela donne une belle merde comparer au cauchemar de darwin certes manichéen (mais lord of war l'est autant, comme l'est tous les films d'ailleurs, comme Voyage au bout de l'enfer si on entre dans les classiques) qui a le mérite de remettre le cerveau du spectateur a sa vrai place et non a celle du connard bouffeur de pop corn.
La faiblesse de lord of wae est criante et l'utilisation de la voix off afin de calmer la pulsion narcissique du spectateur renforce mon idée de déchet sur ce film. Il y a mieux a faire que dépenser des millions pour tourner un movie en afrique. Ce n'est pas en tournant des films, et surtout comme celui la que l'occident pourra racheter sa dette envers l'Afrique.
De bambaata, posté le 13.01.06 à 13:25

constant gardener : encore un film sur l'afrique ou jamais un africain n'a la parole
De janot, posté le 13.01.06 à 14:13

tout a fait bambaata mais c'est malheuresement comme ca depuis tojours. Le cinéma est une propagande et si hoolywood investit autant d'argent, ce n'est pas seulement pour divertir le monde mais aussi pourle corrompre. Ou étaient les points de vue des vietcongs dans Voyage au bout de l'enfer, Full metal jacket, ... Des corées sur la film pendant la guerre de corée.
Et maintenant c'est en Afrique ou les seuls africains qui ont la parole sont les sanguinaires chefs d'état ou sbire (pour lord of war en tout cas).
De tuquoque, posté le 13.01.06 à 15:24

oh la, les janot et les jojo, faut vous calmer, les gars, vous liser trop les Cahiers du cinéma… moi je préfère que les spectateur bouffent leur putain depop-corn devant ces 2 films (qui ont le mérite d'énoncer une vérité claire : l'Occident se torche le cul avec l'Afrique, excuse my french) que devant le seigneur des anneaux ou narnia (ou devant fox news ou tf1). et je ne vous cite pas les dizaines de films amércians des 20 dernières annees qui exaltent le nationalisme, l'autodefense, la beaufitude satsifaite ou simplement une vision schematiqu du monde
"Il y a mieux a faire que dépenser des millions pour tourner un movie en afrique." : c'ets tres naif comme vision. Tu veux faire quoi, envoyer cet argent aux Ong ? ben commençons par toi : t'as quà rendre ta carte pass et résilier ton adsl et envoyer tout l'argent aux petits noirs
De bernd, posté le 14.01.06 à 11:08

deux mots seulement : d'après moi ces deux films ont un mérite : nous montrer qu'une vie d'africain ne vaut pas une vie d'européen, en termens de décisions politiques et de traitemnet médiatique il s'agirait plutôt de 10 contre un, et encore. vu hier au journal de 13 h de France 2 : six minutes de reportage sur la "belle victoire de Luc ALphand" blablabla et ensuite la présentatrice annonce en plateau : signalons aussi la mort d'un petit africain de dix ans heurté par la voiture d'un des concurrents. Une phrase et hop on passe à autre chose. ecoeurant.
De bernd, posté le 14.01.06 à 11:09

il s'agissait du paris-dakkar, bien sûr
De janot, posté le 15.01.06 à 20:27

ouai j'aime pas le dakar non plus et si lord of war révèle quelque chose, c'est uniquement qu'hoolywood est une machine de propagande du gouvernement ricain, coome l'est france 2 pour chirac et ses potes. Dépenser des tunes pour faire un beau film que les petits noirs ne verront jamais c'est comme le dakar, même idéologie putassiere de l'être humain batard
De jojo, posté le 17.01.06 à 19:24

Contre point un peu moins molasson de "lord of war", The constant gardner est une belle fiction d'un réalisateur en devenir. Sa caméra à l'épaule renforce l'aspect docu-fiction (si l'on veut être généreux) et nous montre l'Afrique sous un aspect un peu plus réaliste. MAis la fiction est encore trop forte et l'Afrique disparaît sous cette belle histoire d'amour. A quant un film sur l'Afrique réalisé par un "africain", c'est la question que je me suis posé en sortant de la salle. "J'sais pas", ma répondu Philippe Skorecki. C'est bien dommage.
De janvier, posté le 21.01.06 à 11:14

"A quant un film sur l'Afrique réalisé par un "africain" : Idrissa Ouedrago, Ousmane Sembene, Abderrahmane Sissako, ça vous dit quelque chose ? chaque année au Fespaco on peut voir des dizaines de films sur l'Afrique réalisées par des Africains. Après, est-ce qu'il y a des gens ici pour s'y intéresser, aller en salles et ainsi financer la production à venir ? le problème il est plus là qu'à Hollywood. Et si ces deux films peuvent faire qu'on s'intérese un peu + à l'Afrique…
De janvier, posté le 21.01.06 à 11:15

et j'ajoute : y-a-t-il quelqu'un pour reprocher à Michel Ocelot (il est tout blanc) de faire un film sur l'Afrique ? (Kirikou)
De antoine, posté le 25.01.06 à 00:06

pour ceux que ça intéresse : un article sur le trafic d'armes organisé par Charles Taylor au Libéria. ça rappellera qqch a ceux qui ont vu Lord of war :
http://www.globalwitness.org/press_releases/display2.php?id=185
De Stéphanie, posté le 25.01.06 à 09:24

Lord of War a le mérite de faire réviser toutes les relations internationales depuis les années 1980. Mais je ne suis pas sûre de le conseiller aux élèves: le parti pris cynique est d'autant plus mal venu qu'il se double d'un cynisme non voulu (ex: un plan insoutenable, sur le ravage des armes en Afrique, bp trop rapide pour que l'on puisse un peu le digérer; la scène suivante est donc forcément, et pas consciemment, extrêmement grinçante). En fait, on a du mal, du coup, à compatir pour les victimes. Et ça, c'est qd même un pb pour un film qui se veut une dénonciation du trafic d'armes, non?
De heidi, posté le 27.01.06 à 17:17

vos commentaires intelligents pour la plupart ne me donnent pas envie de voir ces films...fausse bonne conscience et vraie pourriture ...plus assez de mots pour parler de l'abjection et de l'insoutenable. Bref, qui a vu Black Panthers de Mario van Peeble? courrez allez courrez le chercher et suppliez pour le voir pas facile de le trouver en Belgik
De Guerin Ianis, posté le 22.02.06 à 21:50

la phrase citée dans le film à la fin:"Il ya 2 tragédies dans la vie: ne pas obtenir ce qu'on veut....et l'obtenir!" est tiré de Pensées:365 pensées bouddhistes". A méditer!
De Franklin, posté le 25.06.06 à 19:49

Contrairement à certains, j'ai un 'Master of Science in Health Care Ethics' et ai étudié pendant quelques années la problématique de l'éthique des essais cliniques sur les populations vulnérables du Tiers Monde. Je me suis par ailleurs rendu sur le continent africain pour être au plus près de la réalité du terrain.
La réalité décrite dans ce film, à savoir l'exploitation des populations vulnérables d'Afrique -mais les scènes auraient pu se dérouler en Asie par exemple- au bénéfice de l'industrie pharmaceutique des pays riches et de leurs populations, est une réalité que certains n'osent pas reconnaître.
Pour ceux qui ne veulent pas se voiler la face, je recommande la lecture de l'article de Joe Stephens publié dans le Washington Post ( Sunday, December 17, 2000) et intitulé : "The boby hunters: as drug testing spreads, profits and lives hang in balance".
Enfin , pour ceux qui veulent encore ignorer, qu'ils sachent que Constant Gardener est tiré de faits réels qui se sont bel et bien déroulés au Kenya.
A bon entendeur...
Franklin

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