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Notre pain quotidien : dis-moi ce que tu manges…

D’un côté les chiffres (hectolitres de lait, milliers de têtes, tonnes de blé) tellement énormes qu’ils en deviennent abstraits, de la guerre économique mondiale ; de l’autre côté les images, rassurantes voire lénifiantes des publicités télévisées ou des emballages de produits cuisinés : notre rapport à l’industrie agroalimentaire est marqué par une certaine schizophrénie.
Sortant en France à un mois d'intervalle, deux documentaires autrichiens s’attachent à réajuster nos représentations de consommateurs aux réalités du productivisme… Si le film-enquête We Feed the World (sortie le 25 avril, mini-site pédagogique à venir sur Zérodeconduite.net) prend le parti de l'explication et de la pédagogie, Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter se distingue au contraire par son splendide hermétisme. A mi-chemin entre installation artistique (fixité et composition des cadres, travail sur la lumière et le chromatisme, on pense à la photographie contemporaine, notamment aux grands formats d’Andreas Gursky) et cinéma documentaire, Notre pain quotidien provoque un émerveillement mêlé d’effroi, et nous laisse plein d'interrogations…
Pour étayer la réflexion on renverra à la courte interview où le réalisateur précise ses intentions ("Car c’est bien notre manière de vivre qui est scandaleuse ; cette économie, cette efficacité sans âme étant intrinsèquement liée au mode de vie de nos sociétés. Il n’y a rien de mal à acheter des produits bios, à vouloir manger moins de viande ! Mais c’est aussi une excuse. Nous apprécions tous les fruits de l’automatisation, de l’industrialisation, d’une globalisation qui suit son cours et dont les répercussions vont bien au-delà de l’agroalimentaire…") et aux Pistes pour la classe proposées par Philippe Leclercq sur le site du CNDP ("Leur beauté glacée que l’on peut prendre pour un souci de neutralité du cinéaste devient par son application et sa constance la manifestation de la laideur morale du système, de son cynisme froid et dur comme la limpidité tranchante des images."). Présenter ce film à des élèves tient évidemment de la gageure, tant la proposition est radicale, voire violente… Aussi c'est peut-être en Philosophie qu'on tirera le mieux parti de ce film, notamment lors du chapitre sur le vivant.
[Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter. 2006. Durée : 1 h 32. Distribution : KMBO. Sortie le 14 mars 2007]
Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 20.03.08 à 00:05
Commentaires
woah, je me rappelle un docu sur l'élevage des poulets et des veaux, ça m'a rendu végétarien de 14 à 17 ans, au grand désespoir de mes parents… Et puis un jour, j'ai craqué devant une côte de bœuf… Je ne sais pas si je vais retenter le coup…
le mec du cauchemar de darwin,… il etait pas autrichien aussi ?
j'ai été assez surpris des cris d'orfraie poussés par tous les commentateurs sur la "déshumanisation" que montrerait ce film, et les références lourdaudes à l'univers concentrationaire. Comme si une usine était conçue pour être un lieu "humain" et le travail à la chaîne une activité épanouissante. Le taylorisme et l'automatisation ne datent quand même pas d'hier.
on peut lire dans ce film tout autre chose : la merveilleuse inventivité de l'homme, les pouvoirs libérateurs de la technique, le respect de normes draconiennes d'hygiène et de sécurité alimentaire. Quand au fait que ce soit des produits de la nature et des êtres vivants qui soient transformés dans ces usines, rappelons que l'homme est carnivore, et qu'il y a des milliards sur terre. Ces réactions sont assez révélatrices d'après moi de notre schizophrénie par rapport à la nourriture : nous voulons la meilleure qualité, le risque zéro et les prix les plus bas, tout en nous préférant nous imaginer que la pomme que l'on croque a été cueillie à la main dans une atmosphère bucolique, que le poulet que l'on dévore ait gambadé librement dans la basse-cour, etc. La pub ne nous donne que ce que l'on a envie de voir et d'entendre : comme dit mélanie, après avoir vu une chaîne d'abattage de poulet, on n'a plus envie d'en manger…
je trouve la démarche du film assez intéressante : répondre à l'image par l'image. confronter aux images de la pub celles de la production pour déchirer le voile d'ignorance douillet qui nous permet de continuer à consommer de la m… sans réagir. en l'occurence je crois plus au choc des photos qu'au poids des mots…
En fait le truc c'est que oui dans l'usine c'est extrêmement propre. Mais quand on voit les conditions dans laquelle ce qui est produit est consommé il y a un problème. Regardons bien où et ce que les personnes mangent pendant leur pause. On se dit tout ça pour ça. Finalement on se trouve à mâcher un sandwich ramolli avec une tranche de jambon et des rondelles de tomate sans goût dehors à côté de son scooter ou assis seul à une table malgré le déploiement de moyens impressionnants pour produire tout ce que nous consommons. Le problème il est la. Ces gens sont traités comme de la merde ils viennent au travail dans un car pourri ils sont observés tout le temps et il font toujours la même chose de manière ultra stressante à un rythme fou tout ça pour continuer à survivre dans des conditions merdiques.
Personellement ce film ne m'a par contre pas dégouté de ce que je mange. On le sait bien que l'industrie est à la base de tout ce que nous consommons même le bio et l'équitable au vu des quantités produites. Je ne vais pas devenir végétarien parce que j'ai vu ce documentaire. Les fruits et légumes sont aussi énormément concernés. Je suis omnivore et c'est plus facile d'aller acheter son cancer au supermarché après une journée de travail que de subvenir à ses besoins en comptant sur une nature féconde qui n'existe plus. Je suis né la-dedans et il fait trop froid en hiver dans ce pays.
Un film à rapprocher de Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio, tout autant dans la forme que dans le fond.
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