Categories
Rubriques
Derniers billets
- Tous les matins du monde : la fiche pédagogique
- Benda Bilili ! : le site pédagogique
- Zérodeconduite.net fait peau neuve (et ouvre sa boutique) !
- Cinélycée : le retour des Cinéclubs
- Cannes 2010 : Palmarès et bilan
- Des hommes et des dieux… prix de l'Education Nationale 2010
- Hors la loi de Rachid Bouchareb
- Documentaires : Inside Job et Countdown to zero
- Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
- Carlos d'Olivier Assayas
blog
Balzac et l’insoutenable cruauté du romanesque
"Ne touchez pas la hache…" Derrière ce titre énigmatique se dissimule l’adaptation d’un des plus célèbres petits romans de Balzac, La Duchesse de Langeais. Jacques Rivette a choisi en fait le titre initial de l'œuvre, issu d’une réplique du général Montriveau qui renverse le rapport de force castrateur que lui imposait jusqu’alors Antoinette de Langeais.
Dans le dossier de presse du film (voir sur le site des Films du Losange), les auteurs du scénario (Pascal Bonitzer et Jacques Rivette) insistent longuement sur leur fidélité "non seulement à l'esprit mais également à la lettre" du récit de Balzac : "Dès le départ, ce qui nous intéressait, même si cela peut paraître chimérique, était de transposer en termes cinématographiques l'écriture de Balzac. Cette écriture joue sur des forces contradictoires, qui génèrent comme un système d'explosion contenue : les longues phrases coupées par des incidentes,les changements de vitesse surprenants, cette façon de dire presque en passant les choses les plus importantes...Voilà pourquoi il faut effectivement lire Balzac mot à mot. C'est une écriture à trois dimensions." Paradoxalement, si on ne peut contester la précision littérale de l'adaptation (que le réalisateur définit joliment comme une "compression" à la César), on sera plus circonspect sur "l'esprit" dans lequel Rivette adapte Balzac. Il transforme en effet le récit pour le moins mouvementé et romanesque de Balzac (enlèvement, fuite de la duchesse par la "barrière d'Enfer", attaque d'un couvent en Espagne...) en un adagio funèbre, qui fait entendre les cœurs soupirer sur les parquets craquants des salons mondains du Boulevard Saint-Germain, sous une Restauration à peine née et déjà moribonde.
Tandis que le roman ciselait des dialogues incisifs, imposait une lecture fiévreuse par la prolepse inaugurale, l'analepse centrale et le rythme des scènes qui s’enchaînait, le film de Rivette, tout en respectant scrupuleusement le texte et son découpage, autopsie méticuleusement une passion, diffusant dans chaque plan une ombre mortifère.
Le spectateur du XXIème siècle, nécessairement frivole, à l’image des castes aristocratiques du XIXème aura le loisir d’observer sous toutes les coutures les tenues, si simples et si recherchées d’Antoinette de Langeais, interprétée par Jeanne Balibar, qui contrastent avec l’uniforme mal dégrossi de Montriveau (Guillaume Depardieu). C’est peut-être sur ce point que l’adaptation joue avec nos repères pour mieux nous faire sentir que l’amour, vestige précieux de l'aristocratie, peut certes se fabriquer artificiellement, à travers des châles découvrant un pied nu ("la duchesse aux pieds nus"?) ou des mots narrant des épopées lyriques ("le chevalier du désert"?) mais qu’il ne s’éprouve jamais mieux que dans le manque et l’absence de l’autre. Et encore, dans ce chassé-croisé sadien, la possession ne s’accomplit que dans l’étreinte impossible d’une voix, d’un regard, d’une attente.
Paradoxalement, Rivette nous fait entendre ce temps qui s’égraine inéluctablement dans un sablier, diffusant et l’adagio et l’urgence, comme le personnage de Montriveau, trompé à la fois par une pendule arrêtée et un amour-propre impétueux. Servi par des acteurs hors-pair, dont la présence indéniable habite le vide d’une société, le film regarde la passion avec l’œil sceptique d’un moraliste, comme si la raison cherchait à comprendre ce cœur qu’elle ne connaît pas (on notera à ce sujet la présence d'intertitres soulignant la causalité mécanique des scènes).
Il serait évidemment intéressant en Seconde, mais aussi en Première, de se livrer à une comparaison entre l’adaptation de Rivette et le chef d’œuvre de Balzac, pour mesurer cette discordance des rythmes et l’effet qui en est tiré. Emettons à ce propos une hypothèse : Rivette ne livrerait-il pas de Balzac une lecture flaubertienne ?
[Ne touchez pas à la hache de Jacques Rivette. 2006. Durée : 2 h 17 mn. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 28 mars 2007]
Posté dans Dans les salles par comtessa le 28.03.08 à 11:52
Commentaires
c'est tout ce qui différencie la patte d'un "auteur" des fades adaptations télévisuelles du service public (les Maupassant)…
Bel article! ça me donne envie de voir le film, en plus c'est un de mes romans préférés, j'adooooore Balzac. Quand même sur Flaubert vous y allez un peu fort...enfin je vais aller voir ce que vous avez essayé de dire.
très bien vu le truc sur les parquets qui craquent, j'ai jamais entendu autant de grincements de lames dans un film (par ailleurs on les entend bien tellement c'est silencieux)
pardon, mais je ne comprends pas bien le titre de l'article : à quoi fait référence "l'insoutenable cruauté du romanesque" ?
à l'insoutenable légèreté de l'être, un truc pour dire que le romanesque, ça te flingue le cerveau, sitôt que t'y crois, cf mme Bovary et flaubert, d'accord, pas d'accord, à toi de voir, j'ai bien bu et corrige mes fautes d'ortho...
euh, je comprends tjs pas…
Bon, je définirais le "romanesque", comme un état d'esprit qui construit des situations de séduction, de retournement, de coups de théâtre, de rupture. En partant de ce postulat, on peut penser que le romanesque est d'abord "sentimental", qu'il concerne l'amour, mais pas l'amour comme dans la vraie vie, un amour idéalisé. Or je trouve que ce film dévoile les dessous de cette construction (cf la coquetterie de la duchesse), et cette autopsie est cruelle (pour le personnage de la duchesse, car elle est prise au propre piège de la passion qu'elle a inspirée atificiellement) et insoutenable (on voit où ça la mène, elle ne peut pas littéralement supporter la présence de Montriveau dans le couvent, par ailleurs, il me semble que ce pauvre Montriveau est tout tendu dans son pantalon, et qu'il souffre de la construction romanesque imposée par la duchesse,"un jour je te dis oui, l'autre je te dis non"). Par ailleurs, il s'agissait de faire évidemment un jeu de mots avec l'ouvrage de Kundera intitulé L'insoutenable légèreté de l'être, qui à sa manière démythifie le grand amour, tout en le célébrant... C'est un peu plus clair?
bon, je comprends, je comprends même mieux depuis que j'ai vu le film, que j'aime bien, mais qui est quand même du Rivette, qui reste du Rivette.. et qui au final est trop long, c'est un euphémisme, mais je me plonge dans le roman...
ah bon, le titre de l'article, c'est une référence à l'insoutenable légèreté de l'être? et c'est quoi au fait?
Rivette fait partie des vaches sacrées de la nouvelle vague, il peut continuer à filmer n'importe comment, on s'inclinera toujours… j'ai trouvé ça très long et très ennuyeux, hormis l'incroyable présence de Guillaume Depardieu (je n'en dirai pas tant de Mme Balibar, horripilante à souhait, mais après tout c'est le rôle qui veut ça).
bizarre bizarre. Qui usurpe l'identité de Muscatelli ? Je sais de source sure qu'il n'est pas encore allé voir le Rivette, et je suis persuadé qu'il va terriblement apprécier... bizarre bizarre...
Juste une remarque, de l'ordre de l'érudition si on veut : Ne touchez pas la hache n'est pas une invention de Rivette : c'est le titre original de la
(je recommence because problème avec le HTML de mes italiques et impossibilité d'éditer)
Juste une remarque, de l'ordre de l'érudition si on veut : Ne touchez pas la hache n'est pas une invention de Rivette : c'est le titre original de La Duchesse de Langeais : il est donc de Balzac.
Je ne crois pas que le début de l'article vous démente!!!
Commentaires
- LOL sur 300 : Tout ça pour Sparte
- Gargo sur Tous les matins du monde (Quignard / Corneau) au programme des TL
- Thomas sabo charm sur Un Secret… à l'écran
- EJ sur Cinélycée : le retour des Cinéclubs
- sur Les Bureaux de Dieu : les monologues du Planning
La Boutique DVD
Le DVD du jour
Le Roi Danse
39.50 €
Tous les films
Tous les réalisateurs
Tous les dossiers
Liens
Nos partenaires
Education à l'image
Infos pratiques
- Vidéo en classe et droit [Cinéhig]
Ressources
- Sceren
- Cinehig [Histoire-Géo]
- Weblettres [Lettres]
- Filmeducation.org [Anglais]