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Tsotsi et la géographie sud-africaine

Alors que sort sur les écrans Goodbye Bafana de Bille August, évocation positive et héroïque du destin de Nelson Mandela et de la transition (relativement) pacifiée vers la démocratie, le film Mon nom est Tsotsi de Gavin Hood (sorti en juillet 2006 et aujourd'hui disponible en DVD), peut constituer un utile contrepoint, plus réaliste et plus noir, pour les enseignants. Loin des cercles du pouvoir de Pretoria ou du Cap, le film suit un petit délinquant noir (un tsotsi, terme générique d'argot) arpentant la ville de Johannesburg dans toute son étendue, des townships misérables aux quartiers de la nouvelle bourgeoisie noire.
Deux sites s'attachent à faire du film un objet et un support de géographie. Sur le site de l'Académie de Lille (et dans le cadre d'un dossier consacré à l'Afrique), Nicolas Smaghue ("Cinéma et géographie : Une plongée dans les townships de Johannesburg") démontre combien l'étude d'un film de fiction peut être fructueuse lors d'une leçon de géographie : "Le géographe utilise l’image pour ce qu’elle donne à lire. Les avantages sont nombreux par rapport à une image fixe (ou un hyperpaysage) car on y ajoute une dimension sociale dynamique et surtout un regard à plusieurs échelles. L’errance de Tsotsi nous fait traverser les différentes composantes de l’espace urbain." En deux temps (une présentation des personnages comme "tableau de la société sud-africaine", puis une étude du "paysage urbain filmé"), il dresse le tableau d'une réalité urbaine : persistance de la ségrégation, violence (à l'instar de la situation des grandes métropoles africaines), éclatement et morcèlement de la structure urbaine ("la question des déplacements et des transports est bien visible : les temps de trajet sont longs, les personnages se déplacent aussi beaucoup à pied. Le township est isolé du reste de l'agglomération par de vastes zones tamps, non construites…").
Il est intéressant de remarquer que le film de Gavin Hood (couronné en 2006 par l'Oscar du Meilleur Film Etranger) est inspiré d'un récit d'Athol Fugard, rédigé dans les années 1960 et publié dans les années 80 : comme si la rupture politique de la fin du régime d'apartheid n'avait pas réellement changé la situation. Sur le site des Cafés Géographiques, Myriam Houssay-Holzschuch étudie la transposition d'une époque à l'autre : si effectivement "le passé d'apartheid informe toujours la situation post-apartheid", le scénario du film a introduit des phénomènes importants, comme l'apparition du SIDA (l'Afrique du Sud est dramatiquement touchée par l'épidémie) et l'existence d'une nouvelle élite noire, etc. A la différence du livre, la fin du film laisse une petite place à l'espoir : "Symbole de la rédemption politique d’une société et de ses ambitions universalistes, description réaliste de la pauvreté et de la violence touchant la majorité de la population, Tsotsi rend compte des ambivalences sud-africaines."

Posté dans Le classeur par zama le 10.04.07 à 13:44

Commentaires

De jurieu, posté le 11.04.07 à 12:24

j'avais trouvé ce film remarquable, et j'étais étonné que Zérodeconduite.net n'en ait pas parlé à sa sortie. Voila l'oubli réparé !
De hélène, posté le 13.04.07 à 11:35

il faut souligner la qualité du dossier posté par l'excellent Beffroi sur l'Afrique : une mine de renseignements et de regards nouveaux…
De le tone, posté le 17.04.07 à 17:20

très bon film a rapprocher de celui de fernando mereilles… "La Cité de Dieu"…

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