L'actualité educative du cinéma
Ah, la politique, difficile de s'en détacher complètement… Il y a quelques mois, Francis Larran nous proposait de voir dans les synopsis de la série des Rocky un reflet de l'idéologie américaine au tournant des années 70-80 (c'était notre séance du mois d'octobre). Contredisant le cliché qui situerait Hollywood forcément à gauche de la psyché américaine, il montrait comment le héros inventé et interprété par Sylvester Stallone incarnait à merveille le retour reaganien aux "valeurs de l'Amérique" (America is back !).
On pourra poursuivre l'analyse grâce au site Cadrage.net qui propose un article du québécois Yannick Quéau intitulé : "Hollywood et la sécurisation de l'identité états-unienne : Rocky ou la (re)valorisation des mythes fondateurs". L'enseignant replace le film de Jon Avildsen (1977) dans cette vague d'œuvres qui ont participé "à une entreprise de diffusion des valeurs libérales de la droite conservatrice, à travers une sorte de projet quasiment éducatif (responsabilité individuelle face à l'adversité, liberté d'améliorer sa condition, promotion des valeurs liées au courage, à la persévérance…". Il lit ainsi le tableau manichéen du monde ouvrier que dresse le film (tableau sordide mais illuminé par les valeurs simples de notre héros) à la lumière des valeurs de la droite conservatrice, il interprète le combat perdu par Rocky comme une possible métaphore du Vietnam (on peut perdre en restant le héros).
Moins convaincant dans ses démonstrations sur le féminisme (Adrian peut-elle être vue comme un idéal anti-féministe ?) ou le rôle des médias, il est en revanche très percutant dans son analyse du boxeur Appollo Creed comme une caricature à peine voilée de Mohammed Ali (à travers c'est plus largement le mouvement des droits civiques qui est visé) : "Il est présenté comme le champion incontestable, un individu arrogant, sûr de lui (trop?) et capable de manipuler les journalistes. Mais surtout, Creed méprise les mythes fondateurs de la nation. Son combat avec Rocky n'est pour lui rien d'autre que l'occasion d'ironiser sur le libéralisme des État-Unis et sur la réussite individuelle accessible à tous. (…) Le soir du combat est l'occasion pour Appolo de ridiculiser une fois de plus les fondements des États-Unis. Déguisé en Georges Washington, il jette de l'argent à la foule et joue les recruteurs pour l'armée américaine, allusion directe au refus de Ali de se soumettre au service militaire."
Yannick Quéau conclut : "Pour Stallone, en 1976, les États-Unis sont divisés en deux camps. D'un côté, on trouve ceux qui méprisent les mythes fondateurs, c'est-à-dire les noirs du mouvement des droits civiques et tous ceux qui se retrouvent dans le discours de Ali, de l'autre, on identifie Rocky Balboa et les conservateurs. Le combat final va permettre à Rocky de prouver que ceux qui croient dans les valeurs traditionnelles de l'Amérique véritable ont raison de penser ainsi." Et pour finir, il souligne ironiquement que le dernier avatar de la série, Rocky Balboa, est sorti sur les écrans français le même jour (un 24 janvier) que Bobby d'Emilio Estevez : deux icônes majeures, mais diamétralement opposées, de la culture états-unienne. Deux projets de société, comme on dit…
Posté dans Le classeur par zama le 15.05.07 à 01:18
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