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Une Question humaine bien mal posée

Auteur de deux magnifiques long-métrages à la lisière du documentaire (Paria et La Blessure, saisissantes plongées dans les marges de la société), Nicolas Klotz se lance avec La Question humaine dans la fable philosophique, via l’adaptation d’un court roman de François Emmanuel. Le film raconte l’histoire de Simon, psychologue d’entreprise qui à l’occasion d’une enquête sur l’un de ses directeurs, va se retrouver confronté à un passé qui n’est pas le sien. La thèse de François Emmanuel et Nicolas Klotz est qu’il n’y a pas de différence de nature entre la politique salariale des entreprises capitalistiques modernes et le système nazi d’extermination des juifs : la barbarie commence quand le langage technique fait disparaître la "question humaine" et dédouane ceux qui l’emploient de tout questionnement moral.
La réflexion, provocante, pourrait être stimulante. Elle est hélas invalidée ici par une certaine lourdeur symbolique du scénario, qu’accentue encore la grandiloquence de la mise en scène. Ainsi, l’entreprise pétrochimique pour laquelle travaille Simon s’appelle la SC Farb : allusion transparente à la IG Farben, le conglomérat qui entre autres fournissait le gaz Zyklon B au régime nazi. D'abord séduit par cette attaque radicale du libéralisme, le spectateur finit par se récrier devant ces analogies lourdingues entre CAC 40 et Troisième Reich. Peut-on sincèrement identifier les victimes de plans sociaux à celles des camps d’extermination ? Le peuple zélé des cadres à des héritiers d’Eichmann ? Est-ce que toute entreprise de rationalisation managériale est nécessairement frappée du sceau du fascisme ?
L’ennui et l’agacement tournent franchement au malaise quand l’évocation de la Shoah ne semble plus qu'au service de l’exercice de style: ainsi de la séquence finale, mi-Duras mi-Lanzmann, où sur fond d’écran noir la voix de Mathieu Amalric énumère les prénoms de déportés entrecoupés de mots allemands.

La Question humaine de Nicolas Kotz. Quinzaine des Réalisateurs.

Posté dans Cannes 2007 par zama le 19.05.07 à 15:54

Commentaires

De Clarissa, posté le 21.05.07 à 23:16

Guillaume le blanc et ses Vies précaires, vies ordinaires me semble plus percutant... que le message "Nous sommes tous des nazis", je veux bien être coupable en acceptant d'^étre un rouage de la société, mais pas "un nazi"....
je trouve que parler de surimpression, voire d'image est un peu déplacé, mais bon, ça doit être pour choquer le bourgeois, et cela doit être mon attachement inconscient à cette classe mortifère qui me fait entrevoir le film avec autant de méfiance.
De catherine, posté le 23.05.07 à 14:10

Nicolas Klotz et son équipe ont fait un gros travail préparatoire avec le public en Ile de France, intitulé "substance/turbulence". Je n'ai pas vu le film, mais l'initiative mérite d'être saluée.
De mayas, posté le 29.05.07 à 22:21

Décidément, le nazisme est employé à toutes les sauces, à force de le galvauder, on finira par oublier l'objectif poursuivi par les nazis avec la solution finale. Je préfère méditer sur cet extrait de 'une saison en machettes "de Jean Hatzfeld.
"Le génocide surpasse la guerre, parceque l'intention dure pour toujours même si elle n'est pas couronnée de succès. C'est une intention finale" dit une cultivatrice rwandaise. Référence étonnante à la solution finale.
De Henri, posté le 16.09.07 à 22:27

Grotesque. Le film de quelqu'un qui s'écoute parler. Même en enlevant 30 secondes au début et à la fin de chaque plan (comme pour A Bout de souffle), ça n'en ferait toujours pas un film. Et le message sous-jacent est celui-ci : qu'importe les méthodes actuelles des entreprises, puisque les nazis ont fait pire. C'est du hors-sujet total, de l'écran de fumée, et on puise à la fin dans le lacrymogène. Je cherchais le mot en sortant. "Méprisable" irait bien.
De S. Martin, posté le 22.09.07 à 15:00

Oui, méprisable ce film. Il montre ce que l'esthétisme fait avec les "bons sentiments" et ce que fait la philosophie heideggérienne en France: on ne fait pa sun bon film avec de bonnes idées: et là ils sont faits par leur film qui es tun film de soumission à la pensée nihiliste qui sacralise le nazisme, le déshistoricise et met le langage dans la langue. Un film où on prend le spectateur pour un idiot est un film de propagande où l'image est le contraire d'une énigme (voyez les signes de la "shoah" qui pullulent alors que l'extermination des Juifs d'Europe est ici réduite à une idée si ce n'est à un mot...) et où la musique est la dernière des religions: il n'y a rien à en dire, nous dit le film puisqu'elle est avant la langue... mais la musique ne sauve même pas le film puisqu'elle est prise, elle aussi, dans le filet des signes et autres clins d'oeil que les auteurs assènent comme des clercs rivés à leur herméneutique du dévoilement: mais ce film ne montre qu'une chose: la non-pensée d'une telle philosophie et sa captation de l'art à des fins de bonne conscience. Quand on voit le niveau de la critique du politique dans ce film, c'est-à-dire purement émotionnel, on voit que la "pensée" de tels "artistes" est du pur asservissement. Il vaut mieux aller dans la salle à côté voir "les méduses", par exemple.
De Anne, posté le 09.10.07 à 15:50

tout à fait d'accord avec vos analyses : c'est lamentable de produire des films pareils et de véhiculer de tels idées construites sur rien. Du pseudo intellectualisme comme on espérait ne plus en voir
De roselyne, posté le 09.10.07 à 22:31

film lourd,lent,confus;je connais bien la durete du liberalisme,ayant subi un plan social;mais combien j'ai prefere "ressources humaines" avec jalil lespers bien plus
pertinent et sensible;un vrai gachis

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